Par Zaphod
lundi 31 mars 2008
"Un enfant de l'amour" - Doris Lessing
dimanche 30 mars 2008
"Le Désert des Tartares" - Dino Buzzati
Résumé
Mon avis
aujourd'hui.samedi 29 mars 2008
"L'Elegance du hérisson" - Muriel Barbery
J'ai cédé à la déferlante d'avis positifs sur ce bouquin. Que ce soit sur la blogosphère littéraire, dans les conversations ou avec le prix des libraires 2007, l'engouement était quasi général. Forcément, ça m'a donné envie. Ce genre de coup de foudre général me fait quasiment chaque fois le même effet : j'ai été déçue. Je m'attendais à un truc génial et je me suis mangé un bouquin simplet et ma foi assez sympathique, mais je l'aurai certainement oublié dans trois jours. C'est pour ça que je me dépêche de faire ma critique sinon j'en serai peut-être incapable demain.
Muriel Barbery veut donc essayer de bousculer les stéréotypes, en faisant parler une concierge qui est cultivée et une gosse de riche qui se rebelle contre ses bourgeois de parents au point de vouloir se suicider et faire brûler l'appartement. Déjà, l'idée n'est pas super emballante. Mais en plus, l'auteure enfonce avec élan des portes ouvertes, en voulant casser les préjugés elle ne fait que les renforcer. Parce qu'elle suppose qu'on doit être super surpris et hyper extasié d'avoir pu penser qu'une concierge lise des livres, oh mon dieu, que je suis surprise. Ben oui, il y a des concierges qui ne sont pas idiotes, je ne savais pas que c'était surprenant. Et la Paloma, elle, est une gamine insupportable et extrêmement intolérante, on a envie de la baffer pendant tout le roman. Mais j'avoue que ça s'arrange vers la fin, heureusement.Ensuite, le livre ne raconte rien. Sous prétexte de faire parler ses personnages, on dirait que Muriel Barbery a livré ses petites réflexions de tous les jours, sur la Vie et les Hommes. Des petites pensées que plus ou moins tout le monde a, pas de quoi se pâmer. Rien qui fasse avancer.
Bon, je mens un peu, allez, il y a vaguement une petite histoire qui arrive vers la page 160 avec le monsieur japonais. "La Musique du hasard" - Paul Auster
Par Zaphod
Résumé : C'est l'histoire d'un mec qui roule en voiture, qui perd aux cartes, et qui construit un mur.
Ma lecture: Je crois que je vais me faire descendre. Il y a longtemps, j'avais emprunté un livre d'Auster à la bibli. Je ne me souviens plus du titre, une histoire dont le personnage principal était écrivain (mais a mon avis, cet indice ne doit pas suffire à identifier un livre précis d'Auster).
Je m'étais ennuyé comme un rat mort et le livre m'était bien vite tombé des mains. Ni les personnages, ni l'histoire, ni le style ne m'intéressaient. Pourtant, j'ai toujours entendu le plus grand bien (c'est un euphémisme) de cet écrivain, alors, je devais lui donner une seconde chance. J'ai choisi "la musique du hasard" pas tout à fait au hasard. Et j'ai bien failli revivre la même expérience, car j'ai trouvé le début du livre affreux.
La manière dont Auster met en place son histoire est pour moi l'incarnation typique d'un style lourd. Je me rends compte que je dois argumenter un peu ici, alors, je recopie le début du chapitre 3, mais beaucoup d'autres extraits pourraient servir d'exemple.
Nashe réalisait que cette manière d'agir ne lui ressemblait pas. Il s'entendait prononcer des mots qui, à l'instant même où il les articulait, lui paraissaient exprimer la pensée de quelqu'un d'autre, comme s'il n'avait été qu'un acteur en train de se produire sur la scène d'un théâtre imaginaire en récitant un texte écrit d'avance à son intention. Il n'avait jamais rien ressenti de pareil, et ce qui l'étonnait c'était combien ça le troublait peu, l'aisance avec laquelle il se glissait dans ce rôle. L'argent seul importait, et si ce gamin mal élevé pouvait lui en obtenir, Nashe se sentait enclin à tout risquer pour contribuer à la réussite de son entreprise. Ce projet était sans doute insensé, mais le risque en lui-même constituait une motivation, ce geste de confiance aveugle prouvait qu'il était enfin disposé à accueillir tout ce qui pouvait lui arriver.
Etc ... Je me demande pourquoi Auster croit devoir nous expliquer tout ce qu'il vient de nous raconter dans les deux premiers chapitres. Chez un auteur qui a du style, toutes ces interprétations des faits et ces impressions auraient du ressortir de la lecture du récit sans devoir être froidement exposés comme s'il prenait le lecteur pour un idiot. Ces explications du récit à l'intérieur du récit sont d'une lourdeur insupportable. Elles pourraient à la rigueur passer s'il s'agissait d'un récit à la première personne (le personnage essaye de comprendre ce qui lui arrive et fait part de ses réflexions), mais pas avec un narrateur omniscient. On dirait un mauvais résumé fait par un potache de cinquième.
Heureusement, ce défaut s'atténue grandement vers le milieu du roman, je crois que c'est lorsque le personnage principal rencontre son alter ego, ce qui permet une forme de dialogue et ouvre un peu cette relation figée entre l'auteur et son personnage. Je dois dire aussi pour être honnête qu'il y a quelque chose de génial et de fascinant dans ce roman : c'est la situation du héros.
Qui n'a pas eu envie au moins une fois de tout plaquer, de se débarrasser de toute contrainte ?
La question est dans ce cas si on se révélerait une personne différente, ou même si on pourrait atteindre de cette manière le vrai Moi. Cette question est suffisamment passionnante pour ne plus avoir envie de lâcher le livre. J'ai adoré (et pour cause !), puisque c'est finalement le problème de l'individu confronté à son propre néant. Je ne résiste pas à deux petites citations :
... le musée de Flower n'était qu'un cimetière d'ombres, un autel dément à l'esprit de néant.
Car même le plus minuscule zéro était un grand trou de néant, un cercle assez vaste pour contenir le monde.
Auster, à ce stade, ne donne pas de réponse toute faite et on n'est même pas sûr de ce qui se passe vraiment (par exemple, est-ce qu'il y a eu arnaque, la vie des héros est-elle réellement menacée, ...).
J'ai bien aimé aussi certaines des situations loufoques, comme la manière de tout miser sur un "coup de chance", ou le mode de remboursement de la dette. La fin est un peu une pirouette toutefois, mais c'est vrai aussi qu'elle s'inscrit dans la logique du récit et qu'on la sentait venir d'une certaine manière.

En résumé, je n'ai pas accroché au style, ni aux personnages un peu plats, mais j'ai adoré les situations et les thèmes abordés. Donc, je m'en vais lui laisser une autre chance, probablement avec "Moon Palace" (le livre que j'avais l'intention d'emprunter initialement).
vendredi 28 mars 2008
"Achille au pied léger" - Stefano Benni
Par Gaël
Ulysse, auteur en mal d'inspiration, travaille dans une petite maison d'édition du nom de Forge qui, face à une concurrence de plus en plus déchaînée, est menacée de perdre son âme. Frappé par des accès de sommeil impromptus et poursuivi, jusque dans ses rêves, par les auteurs des manuscrits qu'il doit lire, il se réfugie dans son amour pour Pilar-Pénélope, une BTLSPS (beauté typiquement latino sans permis de séjour), mais cède également volontiers aux avances des sirènes telles que Circé, secrétaire du directeur de la maison d'édition...
C'est alors qu'Ulysse reçoit un étrange courriel provenant d'un certain Achille, qui souhaiterait lui parler. Intrigué, il accepte et découvre, au fin fond d'un palais bourgeois, un jeune homme cloué à vie dans un fauteuil roulant. Une amitié hors du commun naît entre eux ; elle bouleversera leurs existences.
Stefano Benni regroupe à lui seul toutes les images que l'on peut avoir de l'Italie. Il allie à la fois la culture classique et le roman moderne, la richesse d'une ancienne aristocratie et la générosité du peuple italien. Ca chuchote en ciselé et ça gouaille à tue-tête, ça nous raconte des histoires banales et des épopées extraordinaires. Dans "Achille au pied léger", on retrouve un peu de tout ça, et plus encore. Benni crée avec Ulysse un anti-héros dépassé par les événements, mais qui n'a d'autre choix que de les affronter, à l'instar de son homonyme antique. Le monde dans lequel vit Ulysse est angoissant, oppressant, significatif d'une certaine Italie encore récente, menée sous l'égide de Berlusconi, qui n'est jamais cité ouvertement mais dont l'aura pèse sur le contexte : vagues de licenciements massifs, expulsion de sans-papiers, industrialisation à outrance de l'art, valeur suprême de l'argent... Sans accusation explicite, Benni écrit un pamphlet contre une Italie qu'il refuse, qui tue sa propre culture à petit feu. En employant les patronymes des héros mythologiques, l'auteur invoque la grandeur culturelle de ce pays comme arme contre un système capitaliste qui fait honte à son passé.
Mais "Achille au pied léger", c'est avant tout une histoire. Celle d'un écrivain qui a bien du mal à gérer sa vie, vie qui va être bouleversée quand entre en scène le personnage d'Achille, sorte de monstre tapi dans sa chambre tel un ermite au ban de la société. La rencontre entre les deux personnages évoque celle de Jonathan Harker et de Dracula, mais également la découverte de John Merrick dans "Elephant Man". Achille ne peut pas marcher, souffre de multiples difformités physiques et d'une maladie incurable, mais il est aussi doté d'une intelligence hors du commun et d'un cynisme à toute épreuve. Achille propose un marché à Ulysse : si celui-ci lui raconte tout ce qu'il veut savoir en détail, il lui écrira le livre qu'Ulysse ne parvient pas à écrire. Naît alors entre les deux une relation fondée sur la sincérité et l'humour, mais aussi sur la perversité et la souffrance. Des échanges entre les deux hommes naîtra une complicité inattendue, qui prend la dimension d'une parabole sur le respect d'autrui et de la vanité de se fier aux apparences. On peut voir dans le personnage d'Achille un symbole de la création de l'artiste. Ulysse étant sujet à des phases de sommeil aussi fréquentes que subites, n'a-t-il pas rêvé Achille? Dans ce cas-là, leur relation prend une dimension métaphorique de l'artiste affrontant son monstre intérieur pour pouvoir écrire un livre, LE livre. Car dans le monde de Stefano Benni, une oeuvre se doit d'être comme une amitié : entère, sans compromis ni mensonge.
Malgré ces thèmes graves, il ne faut pas oublier la légèreté de ton de l'auteur, l'art avec lequel il dissémine la folie et le fantastique dans son monde oppressant. Spécialiste de la situation grotesque et absurde, Benni amène avec plaisir ses personnages dans des situations aussi loufoques que poétiques, comme Ulysse victime d'un hold-up de la part des auteurs imaginés des manuscrits dont il a la charge (il se fait ligoter tel Gulliver par les Lilliputiens), ou un concours de danseuses exotiques aussi hilarant que pathétique. Benni continue à nous surprendre, à trimballer son lecteur dans une Italie à la fois si familière et inédite à chaque roman. "Giovanna, grazie mille per la scoperta di questo scrittore"!
jeudi 27 mars 2008
"Le Livre des Illusions" - Paul Auster
Il aura suffit que je dise quelques semaines plus tôt que depuis quelques années Paul Auster était en baisse pour que je tombe sur une merveille ! Comme si une puissance supérieure avait voulu me montrer à quel point j'avais tort et avait délibérément placé ce livre d'occase sur ma route, ce livre sorti en 2002 - c'est à dire précisément au moment où j'avais décidé que j'avais accordé bien assez d'attention à des textes très moyens comme "Tombouctou" ou "Sophie Calle"...A la mort de son épouse et de son fils, David Zimmer s'est réfugié dans l'écriture, rédigeant l'unique étude sur le cinéaste Hector Mann (sorte de Chaplin trascendé par l'imaginaire austeresque). Vers la fin des années 30, après une poignée de comédies à succès, Mann a tout plaqué, s'est littéralement volatilisé...David, qui s'est rapidement laissé fasciner par le mystère entourant le personnage, a fait de son étude un ouvrage référence doublée d'un mini succès...puis a tenté de trouver d'autres dérivatifs à sa douleur.
Il en est à ce point de sa vie lorsque débute le roman, sur un étrange courrier : une femme prétend en effet être l'épouse de Mann, qui serait toujours en vie mais à l'agonie. Pis encore : elle lui demande expressément de les rejoindre, lui et son époux, au Nouveau Mexique...
Difficile de sortir du livre...je l'ai fini il y a une heure et je suis encore tout remué, tout confus...assailli par un mélange de sensations bizarres...pour moi c'est assurément le meilleur livre d'Auster depuis "Music Of Chance". On y retrouve un élément qui, à mon sens, avait disparu de ses livres ces dernières années : le côté "histoire extraordinaire vécue par des gens ordinaires". Une sorte de "auster's touch" (totalement sublimée dans "Mr Vertigo").
D'un autre côté, s'il est évident que Paulo a conservé sa marque de fabrique, il introduit aussi des éléments nouveaux et innattendus...à commencer par le cinéma, comme par hasard (puisque pour ceux qui ne le savaient pas Auster a pas mal bossé pour le 7eme art depuis une dizaine d'années). Les premières pages, lorsque le narrateur évoque ses rapports avec cet art, sont superbes. C'est assez paradoxal, car même si la couverture de mon édition montre un vieux rétroprojecteur, le cinéma n'est absolument pas au coeur de l'oeuvre...pas plus en tout cas que la littérature - ou n'importe quel autre art.
Autre élément totalement nouveau, la construction du texte, bâti comme une tragédie antique. Ce qui le rend difficile à résumer, chaque détail étant capital (même les passages où Zimmer essaie de traduire Chateaubriand) pour amener au dénouement final, prévisible au moins cent pages à l'avance mais pas moins douloureux pour autant.
Une oeuvre-somme, finalement. Car certains des éléments utilisés par l'auteur étaient déjà présents en filligranes dans "Leviathan" ou "The Locked Room".

(exemple de détail : vers le milieu du livre, un des personnages laisse entendre que l'histoire se passe en 1988...et il faut attendre la dernière page pour comprendre pourquoi, pourquoi ça ne pouvait pas se passer en 2002)
mercredi 26 mars 2008
"De manière à connaître le jour et l'heure" - Nicolas Cauchy
Le titre ne me disait rien, et le résumé, encore moins. Mais c'était un livre pour moi, on me l'avait juré. En effet : tous ceux qui, comme moi, entrent dans la catégorie "familles, je vous hais", ont des chances de se laisser passionner par le roman de Nicolas Cauchy.En apparence, une histoire simple racontée de manière compliquée : premier flash, Jean fête ses cinquante-quatre ans avec toute sa famille. Second flash, Jean est mort, les mêmes sont réunis pour son enterrement. Les langues se délient, les rancoeurs éclatent, et chacun aura voix au chapitre dans ce roman "choral" qui m'a enthousiasmée. Nicolas Cauchy ne raconte rien de très original, mais il le raconte très bien, donnant un caractère, une personnalité, et une voix crédible à chacun de ses dix personnages. Aux grands secrets il préfère les petits tabous destructeurs, le lecteur-voyeur assiste à la dissolution d'une famille modèle.
Difficile de lâcher ce livre, et le pire, c'est que je ne sais pas vraiment pourquoi : l'histoire n'est pas très originale, la construction non plus, mais ça marche. C'est vrai que la langue est très belle, et que le ton est particulier, mélancolique mais distancié, moins sombre que le laisse supposer le
résumé. De ces idées de départ souvent reprises ailleurs se dégage une personnalité et un style ; résultat, ce roman élégant est très au-dessus de la moyenne de ce qui se publie de nos jours."Portrait de l'écrivain en animal domestique" - Lydie Salvayre
"J'avais le cou meurtri à cause de la laisse, et l'esprit fatigué de l'entendre me dire C'est noté ? vingt fois par jour C'est noté ? Car je devais me rendre à l'évidence, j'étais à son service." Le livre s'ouvre sur cette phrase. Les 234 pages qui suivent tournent en rond autour de cette phrase. Tobold le roi du hamburger a embauché la narratrice pour qu'elle rédige un livre à sa gloire. Elle l'accompagne dans ses déplacements, dans sa vie, et prend des notes lui obéit au doigt et à l'oeil, devient son toutou, son objet jusqu'à perdre toute estime d'elle même. Il faut dire que Tobold est un odieux personnage riche, cynique, mégalomane, brutal, un Homo Capitalistus capricieux, entouré de d'une cour de carpettes soumises et peureuses.C'est long, répétitif, convenu. Le rapport de domination est traité sans originalité. La narratrice inspire pitié. Dès les premières pages j'ai eu envie de lui coller 2 baffes. Elle ne se soumet pas aux désirs de Tobold, elle arrive à lui déjà soumise et prête à toutes les compromissions. Difficile ensuite de la comprendre et de la défendre dans ses choix. Les clichés sont nombreux (la femme
de Tobold est un archétype), la critique facile. Bref ce portrait ne casse pas 3 pattes à un canard. Vite lu, vite oublié.mardi 25 mars 2008
"Mon idée du plaisir" - Will Self
Ian Wharton est doté d'une étrange faculté : il a une mémoire eidétique, qui lui permet non seulement de se souvenir dans les moindres détails de scènes aperçues même fugitivement, mais aussi de deviner ce qui se cache derrière ce qui constitue normalement une barrière pour l'oeil humain. Un mystérieux personnage se faisant surnommer L'Obèse contrôleur, survenu dans sa vie alors qu'il n'est encore qu'un enfant, lui propose d'apprivoiser ce don afin de pouvoir l'exploiter. Malgré tout, Ian grandit avec la crainte de ce pouvoir qu'il va refouler jusqu'à ce qu..(pour connaître la suite, vous n'avez qu'à le lire!)Le roman est divisé en 2 parties : l'une dans laquelle le personnage principal s'exprime à la première personne, l'autre dans laquelle la narration s'effectue à la 3ème personne. Confronté aux doutes qui habitent Ian Wharton quant à la nature de son incroyable capacité -dans la première moitié de l'ouvrage- le lecteur est lui-même partagé : s'agit-il effectivement d'un pouvoir confinant à la magie, ou du délire d'un individu atteint de sérieux troubles psychologiques? Ensuite, on a l'impression que l'auteur, las des interrogations de son héros, reprend les rènes du récit pour laisser libre cours à une imagination débridée et faire la lumière sur la véritable nature dudit héros : finies les incertitudes et les mièvreries, place à la cruauté gratuite et à un monde où le mal, nourri de pouvoir et d'argent, ne peut que triompher. Cela fait froid dans le dos, surtout lorsque l'on devine que W.Self, derrière l'irréalisme de l'histoire, ne fait que dépeindre notre société consumériste, qui confère au "produit" toute son importance, et où la faiblesse, l'innocence et l'affection n'ont pas leur place.
L'auteur le fait avec un vocabulaire très riche (proximité du dictionnaire conseillée pendant la lecture), et n'hésite pas à impliquer le lecteur en l'interpellant de temps à autre.
Une découverte très intéressante...
"La vérité sur Lorin Jones" - Alison Lurie
L'Avis de Zaph
Polly Alter, historienne de l'art, se voit confier la mission d'écrire la biographie de Lorin Jones, une peintre talentueuse mais méconnue décédée quelques années plus tôt.
Polly va donc se lancer sur les traces de Lorin et rencontrer les personnes qui l'ont connue. Mais celles-ci ont des visions très contrastées, pour ne pas dire contradictoires de l'artiste. D'autant que chacun essaye de tirer la couverture à soi, et que personne n'a envie d'être dépeint sous un jour défavorable dans le livre de Polly.
Tout ce questionnement sur la personnalité de Lorin, va forcément avoir un écho dans la vie de Polly, à un moment ou des choix importants s'offrent à elle.
Polly va en quelque sorte se découvrir elle-même tout en découvrant Lorin, et pour nous, lecteurs, c'est un vrai plaisir de voir se dessiner progressivement et parallèlement ces deux personnalités.
Tout cela est amené par Alison Lurie avec beaucoup de subtilité.
Finalement, saura-t'on la vérité sur Lorin Jones?
Je vous laisse le soin de le découvrir. Mais c'est sûr que la vérité n'est jamais aussi simple qu'on pourrait le croire, par exemple, en lisant une biographie.
Une chouette découverte.
L'Avis de Lhisbei
Polly Alter est New-Yorkaise, divorcée et mère d’un adolescent avec lequel le courant ne passe plus. Elle rêvait d’être peintre mais sa vocation s’est envolée quand elle a posé les yeux sur une toile de Lorin Jones. Cette toile représentait tout ce que Polly aurait voulu exprimer mais Lorin Jones l’exprimait avec beaucoup plus de talent qu’elle n’aurait pu le faire. Polly est donc devenue historienne de l’art et travaille aussi pour des galeries d’art. Polly est une féministe (nous sommes à la fin des années 70, début des années 80) et beaucoup de ses amies sont lesbiennes (ce qui pour l’époque devait probablement être le comble de la subversion dans les milieux artistiques guindés). Lorsqu’on lui propose de rédiger une biographie de Lorin Jones elle s’emballe. Persuadée que Lorin Jones était victime des hommes qui jalousaient son talent, elle part en croisade pour prouver SA vérité. Bien sûr il est difficile de retrouver qui était vraiment Lorin Jones et plus Polly avance dans son enquête moins Lorin Jones correspond à l’image qu’elle s’en était faite. Et par un effet miroir cela va amener Polly à se remettre en question.
Comme souvent chez Alison Lurie le personnage principal mérite des baffes. Sa vision simpliste et manichéenne du monde, ses certitudes, son féminisme à 2 balles, sa pseudo-libération et ses préjugés font de Polly une tête à claques.
Maniant les clichés pour mieux ridiculiser le milieu artistique new-yorkais, les féministes anti-hommes et ceux qu’on appellerait de nos jours les bobos, Alison Lurie nous donne une petite leçon de vie - leçon au trait un peu forcé d’ailleurs. La plume est légère, teintée d’ironie et parfois d’amertume. Un regret pour la fin un peu trop prévisible et finalement décevante.
"Le vieux qui lisait des romans d'amour" - Luis Sepulveda
L'Avis de Livrovore
Antonio José Bolivar Proaño vit seul dans sa cabane. Il connaît très bien la forêt amazonienne, pour avoir vécu quelque temps avec les Indiens Shuars. Il a aussi une grande connaissance des animaux. Et puis il découvre qu'il aime les romans d'amour, de ceux qui font souffrir, malgré une maîtrise incertaine de la lecture.
Il m'a été difficile de résumer cette histoire, et nous vous y fiez pas trop : plongez-vous directement dans ce livre magnifique.
C'est un hymne à la nature, d'abord. La forêt amazonienne, Sepulveda nous y fait entrer sans difficultés, rien qu'en lisant on ressent la chaleur et l'humidité, on a les odeurs de la végétation abondante qui nous entourent.
"C'était, dans l'obscurité, le bruit de la vie. Comme disent les Shuars : le jour, il y a l'homme et la forêt. La nuit, l'homme est forêt."
Il y a aussi les hommes, et la société. Une critique du fonctionnement hiérarchique, ainsi que du racisme ambiant face aux indiens Jivaros et Shuars, est clairement ressentie dans ce récit.
Enfin le plaisir de la lecture, celui que ressent Antonio lorsqu'il se délecte de ses romans d'amour : il nous en parle avec une beauté qui m'a fait frissonner.
"Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s'il les dégustait, et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d'un trait. Puis il faisait la même chose avec la phrase complète, et c'est ainsi qu'il s'appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu'il l'estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau."
Il est vrai que l'histoire se passe en Equateur, et à la seule évocation de la forêt équatorienne et de Guayaquil, j'ai une foule de souvenirs, dans les meilleurs souvenirs de ma vie, lorsque j'étais restée quelque temps là-bas, qui me reviennent en tête. Forcément, j'étais déjà prédisposée, du coup, à aimer ce livre. Mais ce n'est pas que ça, vraiment, l'écriture de Sepulveda est superbe, et même si vous ne connaissez pas cette région du monde, vous y serez, le temps de la lecture. Vous ressentirez, vous aussi, la forêt, les animaux. Et bien sûr, le plaisir d'Antonio quand il lit.
L'Avis de Sandrounette
Toute l’histoire de ce livre tourne autour d’Antonio José Bolivar, un vieil homme qui vit dans un petit village au bord de l’Amazonie et qui lit des romans d’amour. Ses souvenirs, sa vie sont le prétexte à l’auteur pour évoquer la forêt amazonienne, ses lois et ses codes, ses peuples (les Shuars par exemple) et les mutilations qu’elle subit de colons ignares et idiots.
L’histoire est à la fois simple (un personnage central solitaire et perdu dans ses souvenirs) et complexe (richesse du thème abordé, questionnement du lecteur par un auteur engagé). Le ton est ironique ou amusé, les colons sont caricaturés et ridiculisés par un vieux loup solitaire.
Un petit livre engagé qui donne matière à méditer.
« Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. »
« Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait être aussi beau »
« Il pensa au proverbe shuar qui conseillait de se cacher de la peur et il éteignit la lampe. Il s’allongea sur les sacs, dans le noir, son fusil armé sur la poitrine, et laissa toutes ses pensées s’apaiser comme les cailloux quand ils touchent le fond du fleuve. »
L'Avis de Gaël
Et si Sepulveda avait commencé sa carrière en écrivant son meilleur roman? C'est bien l'impression qui se dégage lorsqu'on lit "Le Vieux qui lisait des romans d'amour", dans lequel les thèmes chers à l'auteur, qui sont évoqués dans ses autres livres, sont ici développés et maîtrisés comme il se doit. Avec une écriture simple et parfois un peu bancale (mais peut-être est-ce simplement la faute de la traduction?) l'auteur nous fait découvrir la forêt d'Amazonie au sein de laquelle une colonie s'est installée. Sepulveda fait preuve d'une force d'évocation inégalée dans son oeuvre, nous faisant appréhender la forêt tropicale par tous les sens. Chaleur, humidité, couleurs et lumière, tout y est rendu accessible à notre imaginaire. C'est aussi le décor rêvé qu'a choisi l'auteur pour défendre ses causes, à savoir la survie de la forêt elle-même, détruite peu à peu par les humains qui rognent progressivement le poumon de la Terre, mais aussi la survie de ses habitants d'origine, des Indiens. En l'occurence, dans ce roman, ils sont représentés par le peuple des Shuars. Délocalisés, sans cesse repoussés et maltraités, les Shuars n'ont, aux yeux des Européens colonisateurs, pas beaucoup plus de valeur que les animaux. Un seul homme arrive à faire la jonction entre les deux communautés : Antonio José Bolivar Proaño. Comme souvent chez Sepulveda, ce personnage est un solitaire envahi par les souvenirs. Veuf, blanc, Antonio a vécu des années au sein des Shuars, sans en devenir un. Des années durant lesquelles il a appris leurs coutumes, leurs codes, leurs valeurs. Mais n'étant pas un Shuar, il a dû les quitter pour retourner auprès des siens, des Blancs, tout en se méfiant de leur cruauté. Il apparaît comme un vieux fou dont on a besoin car il connaît le forêt mieux que personne. Parmi les Blancs, seul semble trouver grâce à ses yeux un dentiste farfelu qui ne vient qu'une fois par mois au village, seul lien avec le reste du monde, puisque c'est lui qui lui amène ses romans d'amour. Parce qu'Antonio José Bolivar aime les romans d'amour. Même s'il ne lit pas très bien. Si cette marotte crée un contraste étonnant dans ce personnage ô combien terre-à-terre, elle n'a malheureusement que peu de cohérence avec la psychologie et la logique interne du héros. Mais puisque ça pouvait fournir un titre à l'auteur...
"Le Vieux qui lisait des romans d'amour" raconte également une histoire. À la suite de la mort d'un Blanc, la communauté d'El Idilio accuse sans vergogne les Indiens de meurtre. Mais Antonio sait que le coupable n'est autre qu'un ocelot, sorte de gros chat sauvage d'Amérique latine. Après une enquête et une traque au milieu de la forêt, accompagné d'un maire suffisant et condescendant et d'autres acolytes, Antonio va se retrouver seul face à cet adversaire menaçant. Sepulveda profite de la scène finale du roman pour rendre hommage au livre qui semble l'avoir le plus inspiré. En effet, comment ne pas penser, dans la chasse à cet animal sauvage, au capitaine Achab à la poursuite de la baleine blanche dans "Moby Dick"? On retrouve le même duel à un contre un, le respect de l'un pour l'autre, le combat équitable mais inévitable. Sepulveda déploie pendant toute la durée de cette scène une tension dans le style qui aiguise tous les sens du lecteur pour mieux le happer dans son récit. L'idée de climax est d'autant mieux rendue que le roman semble flotter dans un flou rythmique et narratif pendant ses trois premiers quarts. Loin d'être un chef d'oeuvre, "Le Vieux qui lisait des romans d'amour" est sans conteste LE livre qu'on retiendra de Sepulveda, par la qualité d'écriture et les thèmes abordés. Peut-être aurait-il fallu s'arrêter là ?...
dimanche 23 mars 2008
"Histoire de Lisey" - Stephen King
Encore un grand Stephen King ?, vous demandez-vous.Oui ! Mais cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé, quand même. Le dernier que j'avais lu, "Roadmaster", m'avait assommée (je ne l'ai même pas fini !). Alors, comme à chaque panne d'inspiration, Stephen King a utilisé sa botte secrète : l'histoire d'écrivain torturé. L'histoire de Lisey, c'est surtout celle de Scott, dont elle est la veuve. Un écrivain torturé (pléonasme ?) a l'univers bien particulier, très riche, très coloré, très sombre (voir la très belle couverture).Une fois Scott mort, Lisey va sombrer un peu (c'est le cas de le dire), et se perdre, littéralement, dans l'œuvre de son défunt mari. Donc, dans sa psyché baroque, et macabre. Stephen King nous fait assister là à des vision impressionnantes, délirantes comme les voyages "transdimensionnels" de "Rose Madder", douces et romantiques comme les rêveries de "Sac d'Os".
"Histoire de Lisey", un "thriller psychologique" ? J'ai bien tremblé, de page en page. Pourtant, le suspens n'est pas le principal atout de ce ixième roman. "Roman psychologique" ? Oui, plutôt ! Et roman très, très réussi. Il fallait bien que cela arrive un jour, voilà, c'est fait : pour la première fois (à mon avis : pas la dernière), le mot "THRILLER" sur un livre de Stephen King, est juste là pour ne pas désorienter les fanatiques. A voir leurs (mauvaises) réactions sur le Net, cela n'a servi à rien. Et bien : tant pis pour eux !! Stephen King n'a plus besoin d'égorger des femmes, de
trucider des chiens, d'agresser des enfants...Pour dire ce qu'il a à dire, et faire passer l'émotion. Un roman superbe.Voir aussi :
"Histoire de Lisey" - Stephen King
Par Ananke
Je reste sur des impressions assez mitigées, mais avant d'aller plus loin il me faut me rappeler et dire qu'il m'est déjà arrivé de passer complètement à côté d'au moins un livre de S. King. Je crois que c’était Rose Mader, mais n'en suis plus très sûr. C'est à dire qu'après l'avoir lu et m'être dit que bof bof, je l'ai relu (heu, pas tout de suite, quand même !) pour le trouver vraiment très bien. C'est dire que la première impression n'est pas forcément la bonne.J'ai lu je ne sais pas où que cette "Histoire de Lisey" ne faisait presque pas appel au fantastique. Connerie. L'intrigue repose entièrement là dessus. J'ai lu aussi, mais je sais où, c'est sur la quatrième de couverture, qu'on trouvait là dedans beaucoup d'ingrédients éparts dans les autres livres. Tout à fait vrai. C'est sans doute ce qui fonde l'impression d'avoir affaire à une sorte de "somme", une tentative d'intégration, pas sur le modèle de "La tour sombre", qui fonctionne aussi ainsi, par élargissement, mais plutôt ici par une sorte de condensation.
Non, ce qui freine vraiment, sur quoi j'ai buté, ralenti, me trouvant de fait évacué du livre assez facilement au moins jusqu'à la page 300, c'est la langue.
Je ne sais pas ce que ça donne dans le texte original - j'imagine que l'auteur s'est fait assez plaisir en multipliant ses interventions sur le vocabulaire - mais j'ai l'impression que la traductrice a pas mal ramé. A l'arrivé, j'ai trouvé ça vraiment lourdingue. Du coup, et comme souvent quand on tarde à être embarqué, ou quand le vêtement nous gratte, ou qu'un truc resté en travers de la gorge le matin colore toute la journée d'une acuité un peu malveillante, ou qu'il restait un noyau dans la première bouchée de clafouti aux cerises (1), on passe de lecteur-lecteur à lecteur-observateur et dans un petit coin de sa tête s'allonge la liste des trucs qu'on repère : la voix et les dialogues intérieurs, les emboîtements passé-présent, le psychopathe de service (deux pour le prix d'un), le territoire secret, la part des ténèbres, le gamin sacrifié, la chose innommable, les objets fétiches, le Maine réel ou inventé, la musique omniprésente...
Mais bon, on peut aussi voir le verre à moitié plein et se dire que pas mal de choses qu'on aimait dans les autres livres sont aussi dans celui là. Accrochées au mur.
Bon, je le relirai dans un an ou deux.
"Histoire de Lisey" - Stephen King
Par Thom
Ceux qui suivent et apprécient Stephen King connaissent depuis longtemps les deux facettes de son talent. Capable du meilleur comme du pire, susceptible d’enchaîner deux romans génialement ambitieux avec quatre espèces de séries Z assommantes de maladresse, l’auteur le plus lu au monde (ou du mois le seul à avoir été constamment dans le Top 5 depuis vingt ans) écrit sans doute trop. Probablement plus par besoin que pour remplir un compte en banque qui se porte très bien, comme le prétendent ses détracteurs, il évoque parfois les Stones, incapables de s’arrêter de tourner dans tous les stades du monde alors même que leur réputation ne s’en porterait pas plus mal s’ils créaient un peu le manque et ne se lançaient pas tous les deux ans dans leur-peut-être-ultime-tournée. Les points communs sont frappants, surtout depuis que le seul grand écrivain capable de s’inviter dans la bibliothèque de l’inculte le plus crasse nous a fait le coup archi rebattu du mec qui va arrêter d’écrire, c’est fini, il est sec, il a plus rien à dire et en plus il est malade. Résultat des courses depuis le jour de 2000 où il a déclaré ça il a publié six romans, trois volumes de la Tour Sombre, un essai et trois recueils de nouvelles – on a vu des agonisants en moins bonne santé.
Story » s’imposera évidemment d’office comme un chef d’œuvre dans sa bibliographie, mais c’est aussi un chef d’œuvre tout court. En cela, il pourrait bien rallier à la cause de l’un des plus grands écrivains de son temps certains qui jusqu’alors le snobaient, confondant trop souvent popularité et populisme. Il pourrait même devenir à terme le Between the buttons de King...c’est à dire : le livre préféré de tous ceux qui le détestent.vendredi 21 mars 2008
"Meshugah" - Isaac Bashevis Singer
L'homme et le monde qui l'entoure est "Meshuga" c'est bien ce que semble dire cet écrivain qui mène une vie discrète et effacée jusqu'a ce que surgisse un vieil ami Polonnais rescapé de la Shoah.Les rencontres qui vont suivrent rendront la vie de Aaron bien plus compliquée qu'il ne semble pouvoir la comprendre lui même.
Max est un vieux Monsieur excessif, aux multiples conquêtes féminines dont la dernière en date est une jeune femme qui veut se partager entre lui et Aaron.
Miriam est aussi une survivante des camps et pour ce faire elle a du vivre des moments peu glorieux. Lorsque son secret va éclater elle ne cherchera pas pour autant la rédemption de ses pairs et Aaron n'aura pas la courage de la quitter malgré tout ce que les textes sacrés condamnent. Miriam est une jeune-femme instruite autant que malicieuse, là ou Aaron est un céréblral toujours proche de la lâcheté masculine.
Les fantômes sont autant de vivants qui habitent le roman et les vivants autant de mort qui déambule. Tout Singer éclate de talent dans ce roman doux amer aux personnages inoubliables.
L'Avis d'Ingannmic
New York, 195....Aaron Greidinger, écrivain juif polonais proche de la cinquantaine, travaille pour un journal yiddish, dans lequel il publie des feuilletons et prodigue des conseils en tous genres à ses lecteurs, issus de la diaspora. Il retrouve l'une de ses connaissances de Varsovie, Max Aberdam, de 20 ans son aîné, qui a perdu sa 1ère femme et ses 2 filles dans les camps de concentration, et qui est à présent remarié.
Max lui présente Miriam, sa maîtresse de 27 ans. Ils vont former une sorte de ménage à trois, la jeune femme étant éprise des deux hommes, qui se vouent mutuellement amitié et respect.
Isaac Bashevis Singer nous brosse le portrait d'une communauté juive déracinée de sa Pologne natale, souvent marquée par les épreuves infligées par les nazis à eux-mêmes ou à leurs proches, mais qui, grâce à sa faculté d'adaptation et à une forte solidarité, connaît aux Etats-Unis une certaine "réussite" financière..(car d'un point de vue psychologique, elle garde les stigmates desdites épreuves, notamment sous la forme de cette "folie" dépeinte par l'auteur et matérialisée par le terme "meshugah", qui signifie "fou à lier, fêlé, cinglé, fou de joie et de tristesse").
J'ai été frappée aussi par les contradictions dont fait preuve le personnage d'Aaron : il considère la polygamie d'une façon très libertaire, puis est choquée d'apprendre que Miriam a du , pendant la guerre, vendre son corps pour survivre...De même, il est très imprégné de la culture et de la religion juives, auxquelles il se réfère constamment, mais a une façon très personnelle de considérer Dieu, qui n'est pas pour lui un Dieu de compassion, ni un Dieu tout-puissant, mais simplement celui qui a bâti le monde et se contenterait à présent de l'observer, l'Homme conservant toujours son libre arbitre.
Un ouvrage qui se lit facilement, plutôt plaisant, mais je ne peux pas dire non plus que j'ai adoré, sans trop savoir pourquoi..disons qu'il n'a pas éveillé en moi cette sensation d'être plongée dans l'histoire, ni celle d'éprouver de l'empathie envers les divers personnages...
L'Avis de Thom
« Si on m’avait prédit que je deviendrais imprimeur à Shangaï, que les juifs auraient leur état à eux, et qu’à New York je jouerais en bourse, j’aurais été plié de rire. Mais tout ceci est arrivé, aussi dingue que ça puisse paraître. A moins que je rêve. »
…mais non : Max ne rêve pas. Et c’est bien dans une Amérique ressemblant beaucoup à ses fantasmes qu’il retrouve le narrateur, Aaron Greidinger. Lequel est pour sa part devenu journaliste et écrivain vedette de la communauté juive new-yorkaise, particulièrement en vue en ce début d’année 1952.
Les retrouvailles sont touchantes…mais aussi pour le moins déroutantes : Max semble moins heureux de retrouver un vieil ami perdu de vue pendant la guerre que de parader au côté d’un artiste connu, auquel il présente toutes les femmes de sa vie. Et il y en a ! Car Max l’hédoniste n’est rien de plus qu’une sorte de gigolo sexagénaire navigant au milieu d’une cohorte de femmes ayant pour trait commun d’être toutes fan de…son vieux copain Aaron. Max aurait-il un dessein caché ? Et qui est vraiment Miriam, sa fascinante maîtresse, vingt-sept ans et déjà plusieurs vies à son actif ?
Beaucoup, beaucoup de choses de ce remarquable roman posthume. Plusieurs romans même, peut-être…un roman à la rigueur quasi sociologique, décortiquant les rapports de cette petite société juive new-yorkaise toute à la fois meurtrie par un exode encore tout proche et émerveillée de ce curieux paradoxe : la guerre et la fuite qu’elle a leur a imposé leur a en fait ouvert tout un horizon de possibles dont ils n’auraient osé rêver s’ils étaient restés en Pologne. Drôle de réflexion suffisant à faire comprendre dès les premières pages qu’on aura pas droit ici à un énième livre mettant en scène des survivants de l’Holocauste. Et de fait alors que le lecteur se croit embarqué dans une histoire de ce type il a la surprise de voir subitement le texte glisser vers une affaire de triangle amoureux aux confins du libertinage (certes implicite), plein de fureur et de passion.
C’est alors un tout autre roman qui commence, plus étonnant encore que le premier et tout à fait passionnant : entre Max et Aaron naît comme on pouvait s’y attendre une rivalité amoureuse, Miriam devenant l’arbitre d’une joute étrange entre l’écrivain talentueux se révélant un brave type ordinaire et le baroudeur ayant survécu à tout mais témoignant en permanence de son inaptitude à l’existence quotidienne - lecteur vorace qui pourtant méprise sans le savoir la littérature :
« …je ne suis pas jaloux [d’Aaron]. Moi aussi, je l’aime bien. Il ne connaît pas le centième de ce que je sais sur la Pologne et Varsovie. Comment le pourrait-il ? Il est né dans un pauvre petit shtetl paumé. C’est un pur provincial. Il s’installe derrière son bureau et se met à inventer des trucs. Pour toi ces inventions valent plus que mes faits. Le Guemarah dit qu’après la destruction du Temple le don de prophétie a été donné aux prophètes et aux fous. Puisque les écrivains sont fous, c’est connu, ils sont devenus prophètes. Comment un jeunot comme lui peut-il savoir comment parlait mon père ?! »
…et comme si l’auteur s’était lui-même scindé en deux pour créer ce duo de personnages aussi antagonistes que complémentaires, on a régulièrement le sentiment que Max a littéralement kidnappé le panache, la folie et la magie que le lecteur (ou Miriam) s’attendait à trouver chez l’artiste. Qui est réduit à n’être qu’un conteur, réceptacle de l’interminable (et il est vrai fort romanesque) histoire de Miriam, auditeur et non acteur – spectateur et non créateur. Et tandis que Max continue de vibrillonner à sa guise on se dit que le meshugah n’est pas celui que l’on croit…
En somme un roman exceptionnel qui me fait m’incliner et retirer une bonne partie de ce que j’ai pu écrire dans un précédent billet sur Isaac Bashevis Singer. A vrai dire dans « Meshugah » on se demande si c’est le même écrivain qui pontifiait à outrance dans « Gimpel the Fool ». Qu’importe : cet écrivain-là, aux obsessions troubles et à l’écriture bariolée, oui, je vois parfaitement sa filiation avec un certain plus grand écrivain vivant bien connu de nos services…
"Le Certificat" - Isaac Bashevis Singer
David Bendiger est un apprenti écrivain vivant en Pologne, et qui par un concours de circonstances, se porte candidat pour l'obtention d'un certificat lui permettant d'émigrer dans le jeune état d'Israël. L'obtention de ce papier, qui va s'avérer plus longue et difficile que prévu est bien sûr un moment charnière dans l'existence pénible du jeune homme, et l'occasion de multiples questionnements.
Le personnage de David dans lequel Singer a probablement mis beaucoup de sa propre jeunesse, est intéressant et bien dessiné. Le récit est bien conduit aussi, et le portrait d'un lieu et d'une époque très réussi.
Mais quelque chose m'a irrité dans ce livre, et je vais tenter de l'expliquer.
David est aux prises avec les aléas de la vie. Mais pour lui, les aléas viennent surtout du fait qu'il est juif.
On tombe avec ce livre dans une sorte de questionnement circulaire sur l'identité juive, et il se produit une sorte de confusion entre identité sociale et personnalité individuelle. Si cette confusion est certainement compréhensible pour le héros, elle l'est moins pour l'écrivain.
Je ne vais pas être très politiquement correct ici, mais moi, je m'en tape un peu de l'identité juive. Ce qui m'intéresse, c'est l'identité humaine.
A la base, je me fiche du Shabbat, de la Thora, de ce qui est kosher ou pas.
Bien sûr, les Juifs ont été persécutés parce qu'ils étaient juifs (et ils le sont encore parfois), et on ne leur a pas toujours donné le choix de l'oublier, cette identité. Je suis le premier à le reconnaitre.
Mais, de la part d'un écrivain qui fait une oeuvre littéraire et non un témoignage, j'attends qu'il transcende une situation particulière pour y toucher l'universel. Pas qu'il fasse un roman qui parle des Juifs aux Juifs.
David est obsédé par l'identité juive qui se symbolise par la question d'émigrer ou pas en Israël. C'est cette obsession qui m'irrite. Si je dis ça, c'est parce qu'en lisant les autres commentaires sur Singer, j'ai l'impression qu'il répète la même approche dans toutes ses oeuvres. (J'en lirai une autre pour vérifier.)
Pour tenter une comparaison, Roth aussi est obsédé par l'identité juive, mais Roth est obsédé par une bonne centaine de choses, et il utilise ses obsessions pour universaliser son individualité. Chez Singer, rien de tel, j'ai l'impression que tout se ramène à une seule obsession. C'est bien sûr, je le répète, une impression totalement subjective.

"What a strange people, what a strange religion. What faith they put in words that had been written thousands of years ago."
"Le Golem" - Isaac Bashevis Singer
Après Meshugah, je me suis plongée dans ce curieux petit ouvrage dont l'un des héros est le Golem, cette créature de légende juive faite d'argile... Il s'agit d'un conte fantastique pour enfants, très court et écrit simplement, qui se lit avec plaisir (surtout quand on garde une grande part de son âme d'enfant, ce qui est souvent le cas de ceux qui aiment lire...).Nous sommes à Prague, au XVIème siècle. Les juifs sont victimes des rumeurs et des persécutions perpétrées par les chrétiens à leur encontre. Quand Reb Eliezer, banquier juif, refuse un ènième prêt à l'odieux comte Bratislawski et est injustement accusé d'avoir assassiné la fille de ce dernier, un mystérieux messager conseille au rabbin de construire un golem pour sauver Eliezer, ainsi que la communauté juive.
Seulement, une fois sa mission accomplie, ledit golem va échapper au contrôle de son créateur...et semer la pagaille parmi la population.
Singer reprend ici un thème classique de la tradition juive européenne, celui des limites des créations de l'homme par rapport à celles du divin, et même s'il fait preuve d'un certain manichéisme (les "mauvais" chrétiens contre les "bons" juifs), ce conte est vraiment divertissant, et selon Singer lui-même, "divertir est le vrai rôle des livres".
"Ennemies, une histoire d'amour" - Isaac Bashevis Singer
Herman Broder est un rescapé de la grande épuration ethnique Polonaise, il n'a pas connu les camps mais a passé trois ans dans un grenier sous la protection de la petite bonne de sa mère. Toute sa famille a été exterminé, il ne croit plus en l'homme et vit une polygamie douloureuse. Lâchement sa vie va lui échapper sans qu'il ne sache lui redonner un sens préférant à la religion la luxure.Les thèmes qui anime l'oeuvre de ce grand auteur sont toujours présent, les femmes dévouées au salut de l'homme, mais aussi objet de tentation menant à la folie. La reconstruction impossible dans un pays ou le capitalisme règne en maître et cette religion identitaire à laquelle on ne peut plus croire. Bien avant tout le monde il pose la question de la place du "juifs" dans le monde, son devenir et ces trahisons au dogme.

Avec cette écriture incisive cette histoire m'a encore une fois régalée.
"Gimpel le naïf" - Isaac Bashevis Singer
Par Ingannmic
J'avoue tout d'abord, en toute humilité, que je ne connaissais pas du tout Isaac Bashevis Singer...mais voilà une lacune comblée grâce à la meute, et grâce à la médiathèque qui vient d'ouvrir près de chez moi, car en librairie, Singer est introuvable!
Pour commencer en douceur, j'ai choisi Gimpel le naïf, recueil de nouvelles dont les histoires se déroulent en Pologne, souvent au sein d'un petit village, avec toutes les catégories de population que l'on peut y trouver : rabbins, boulangers, mendiants, hommes riches, femmes pauvres, etc. Ce recueil se lit très facilement, à chaque récit correspond un narrateur différent, avec des incursions dans le monde des superstitions, voire du fantastique,et quelques thèmes récurrents : les petites gens sont souvent condamnées à ce que leur situation perdure, voire s'empire, mais Singer nous donne parfois l'impression qu'elles en sont elles-même responsables. Par exemple, Gimpel, qui croit à toutes les bêtises qu'on lui raconte, et se fait abuser par sa femme et tout le village, avoue par moments qu'il a choisi la crédulité par facilité..De même pour cette prostituée devenue mendiante et qui raconte à ses compagnons de misère qu'elle a un jour laisser s'échapper une chance d'épouser un homme de bonne situation.
Parfois, les protagonistes sont menés à leur perte par l'intervention d'un démon, personnage à part entière (et même narrateur) dans certaines nouvelles, et qui sait jouer des faiblesses de ses victimes pour les tenter, notamment par la luxure.
La façon qu'a Singer de conter ses histoires m'a beaucoup plue, entre la fable et l'anecdote, certains des personnages sont vaiment truculents et remarquables et l'omniprésence de la culture juive donnent à Gimpel le naïf un côté très pittoresque.
Une citation pour finir :
"Si vous ne pouvez pas être un bon juif, comportez-vous comme si vous en étiez un, parce que, à force, vous le deviendrez... Si vous n'êtes pas heureux, comportez-vous comme si vous l'étiez. Le bonheur viendra plus tard. Il en est de même pour la foi."
Isaac Bashevis Singer (Aristochat oct / nov 2007)
Par Céline
Cet auteur est celui d'une langue et d'un monde qui n'existe plus, le témoin d'une époque tragique ou une culture entière fut anéantie.
Il est né à Radzymin en Pologne dans une famille de rabbin, il a un frère de 10 ans son aîné (lui aussi écrivain) et une soeur dont il n'a jamais beaucoup parlé (elle aussi à écrit un livre qui ne fit pas l'unanimité dans la famille).
Il immigre au USA vers 1935 pour rejoindre son frère qui est déjà installé et reconnu dans le monde des lettres. Celui-ci lui donne du travail dans son journal écrit en Yiddish ou il écrira toute sa vie des nouvelles qui plus tard donnèrent lieu à des romans comme "ombres sur l'hudson"
Il fut couronné du prix nobel en 1978 pour une oeuvre entièrement écrite en Yiddish et il alla même jusqu'a prononcé son discours à Stockolm dans sa langue maternelle.
Il devint citoyen Américian en 1943 mais son coeur ne quitta jamais tout à fait sa Pologne natale et sa culture resta celle des Shtetl.
Son oeuvre est une interrogation sur la place d'une religion aussi exigeante et ancestrale qu'est le judaïsme Européen dans un pays aussi libéral que l'Amérique.
Dans son grand roman aux multiples personnages "ombre sur Hudson" la génération née en Amérique perd peu à peu ce qui fit la culture de leur parents, mais la culpabilité est si pesante que le bonheur semble leur être refusé.
Il y a toujours une dychotomie entre le bonheur de se libérer du poids de la religion et l'incapacité à s'en défaire complètement, dans ses personnages. Un côté sombre qui fait de l'humain un être imparfait, jamais complètement lisse.
On peut penser qu'il y avait beaucoup de lui dans ces interrogations, il a abandonné son fils à l'âge de trois ans pour ne le revoir que 20 ans plus tard dans des conditions que celui-ci raconte dans un très beau témoignage ni rancunier, ni revanchard (Israel Zamir ; mon père cet inconnu)
Durant sa carrière il a publié 18 romans tous avec un mélange d'humour et de réalisme sur les juifs de l'Est dans une tradition de conteurs qui a fait la richesse de cette culture.
Le premier de ses romans fut "Satan in Goray" publié en 1932, il nous fallut attendre la fin des années soixante pour découvrir cet immense auteur d'un monde aujourd'hui révolu mais toujours vivant sous sa plume talentueuse.
"Shosha" - Isaac Bashevis Singer
Nous sommes en 1939 au cœur du yiddish land Polonais et l’heure des dernières illusions semblent avoir sonné. Hitler fait de plus en plus d’adeptes chez les Polonais et les Juifs savent qu’ils doivent fuir pour échapper au gourou de leurs compatriotes. Pourtant tous veulent croire encore en la nature humaine, hésite à quitter cette patrie qui ne sera plus ni en Amérique ni en Palestine, craignent de voir leur monde vaciller sous la modernité.Arele (le double de l’auteur qui a du mal à se cacher derrière son héros) fait comme tout le monde il se force à vivre comme si des lendemains chantants allaient revenir. Croyant que le succès à son importance auprès de son entourage, épousant son amour d’enfance tout en connaissant ses limites, vivant dans la dichotomie que lui impose sa religion si peu adaptée au monde moderne dans lequel il se précipite. Il s’entoure de gens comme lui à la fois hésitant et profondément empreint de leur identité religieuse et mystique.
La crainte de voir cet Univers anéantie par la folie de Hitler habite chaque personnage, mais il y a une sorte de fatalisme handicapant qui semble les réduire a l’inaction qui les conduira droit dans le gouffre de leur bourreau, l’amour d’un pays qu’ils ne verront plus et qu’ils devront recréer ailleurs le charme en moins.
Un personnage fort qui ne cesse de réfléchir, qui se laisse conduire par ses émotions, allant jusqu'à épouser un amour de jeunesse qui n’a jamais complètement grandi alors que la richesse l’attend auprès d’une actrice américaine.

Il y a de la mélancolie dans le ton et cette sagesse d’une époque qui n’a plus sa place dans la modernité, tout l’univers qui fît le succès de Singer est dans ce personnage légendaire.
"Le Bruit & La Fureur" - William Faulkner
L'Avis de Zaphod
Je l'ai lu en anglais et je suis content. Ca me donne une bonne excuse pour n'avoir pas tout pigé.
Mais c'est du grand art. Une vraie oeuvre d'art. Je crois qu'il y a dans ce livre une technique qui n'est pas donnée à beaucoup de monde. A tel point que je crois que même l'imitation serait difficile.
Par exemple, en travaillant beaucoup, j'arriverais peut-être à écrire une histoire à la manière de Vonnegut. Mais même en bossant mille ans à temps plein, je n'arriverais jamais à créer quelque chose qui ressemble à ce livre. C'est une peu comme si j'essayais de recopier une toile de Rembrandt. C'est définitivement du domaine inaccessible de l'art.
C'est génial cette vision d'une situation rapportée par quatre personnes différentes.
La première étant racontée par un "idiot", on est dans le brouillard complet. Et puis, grâce aux autres récits, ce brouillard se dissipe en partie. Et on se rend compte qu'à la lecture du premier récit, on avait déjà ressenti ou perçu beaucoup de choses de manière semi-consciente.
En fait, le brouillard ne se dissipe jamais totalement, il reste des interrogations. On se dit par moment "ai-je vraiment lu telle chose ou l'ai-je imaginée?". Et on a envie de tout relire depuis le début.
C'est d'ailleurs une oeuvre qui mériterait d'être lue plusieurs fois, un peu comme les écoutes successives d'une grande symphonie nous surprennent chaque fois par la découverte de nouveaux aspects.
Life's but a walking shadow, a poor player That struts and frets his hour upon the stage And then is heard no more: it is a tale Told by an idiot, full of sound and fury, Signifying nothing.
J'imagine Faulkner relisant ces lignes de Macbeth et ayant l'étincelle de génie d'imaginer un objet littéraire tel que the sound and the fury.
Quand on dit que tout est dans Shakespeare ...
à condition de savoir regarder!
L'Avis de Livrovore
Il y avait longtemps que j'entendais du bien de William Faulkner. Et pouf, c'est le nouvel Aristochat jusque fin septembre. Alors je me rends à ma chère bibliothèque, qui, comme d'habitude, n'avait pas les titres que je convoitais... Je me rabats donc sur "Le bruit et la fureur", un classique en somme.
La première partie du livre est vue par un des personnages qui est handicapé mental. Du coup, on ne comprend pas grand chose, tout est en désordre. Mais je me suis dit que c'était donc normal, et c'est très fort de la part de l'auteur d'avoir réussi à rendre cette impression-là. Mais j'attendais quand même la deuxième partie avec impatience pour me "fatiguer" un peu moins à la lecture, et enfin y comprendre quelque chose.
La deuxième partie est vue par un autre personnage, mais je n'y comprenais toujours rien, absolument rien. Les phrases sont hachées, mélangées... Mais j'imagine que c'est tout le génie de cet auteur, une écriture hors du commun. Beaucoup y reconnaissent un grand auteur. Ils ont certainement raison, mais ce n'est pas pour moi. J'ai laissé tomber cette lecture...
L'Avis de Jeanne
Plusieurs l'ont dit avant moi: il faut accepter le rythme, accepter de ne comprendre que progressivement ce que nous raconte l'auteur, voir de ne pas comprendre certaines choses. Moi aussi, au début de la première partie, j'étais complètement perdue. J'ai recommencé deux fois . Puis j'ai accepté et continué à lire. Je n'ai pas vraiment aimé le livre, il m'a fascinée. Les dialogues intérieures que Faulkner décrit sont exactement comme nos pensées. Des phrases qu'on ne finit pas, des idées évoqueés par d'autres, des souvenirs et des bouts de souvenirs qui remontent soudain à la surface. Ça c'est génial. Je n'ai pas trouvé l'histoire vraiment intéressante et les personnages m'énervaient pas mal, mais c'est un livre que je relirai un jour pour mieux comprendre, pour découvrir ces choses cachées que je n'ai pas vue lors de ma première lecture. Petite remarque. Ce que je trouvais bizarre dans ce livre c'était que Benji, le retardé mental, qui était presque toute la journée entouré de noirs qui parlaient un anglais terrible, plein de fautes, quand lui, Benji est le narrateur il maîtrise parfaitement la langue.
"Lumière d'août" - William Faukner
Comme souvent chez Faulkner, tout n'est qu'une histoire de destins croisés. Ici, une jeune fille enceinte traverse tous les Etats-Unis et atterit à Jefferson afin de retrouver le père de son enfant, un certain "Lucas Burch" dont personne n'a jamais entenduparler.
Et comme souvent avec Faulkner, le destin se joue des personnages. La jeune femme débarque le jour même où ce petit patelin loin d'être tranquille est en ébullition suite au meurtre d'une des notables locales. Comme dans la fable de La Fontaine, on
va vite crier harrot sur le baudet, et en l'occurence le baudet est le brave Joe Christmas (déjà rencontré dans "Soldier's Pay"), un marginal refusant de s'insérer dans les commérages locaux, et qui plus est doté de la pire des tares aux yeux d'un cul-terreux du Mississipi: du sang noir coule dans ses veines...
"Light In August" est probablement de tous les romans de Faulkner celui qui est le mieux construit, en cela justement qu'il n'a pas l'air du tout d'être construit (vous me suivez ? ). Tout semble partir dans tous les sens, avec des chapitres entiers où rien ne se passe et d'autres où l'on croule sous les évènements, et finalement, arrivé à la moitié du livre, tout s'emboite miraculeusement ! C'est la magie de Faulkner, dont on dit qu'il a réécri ce livre plus de 40 fois (personnellement je veux bien le croire!).
Pour une fois, il ne nous triture pas trop la chronologie (ce qu'on ne peut qu'apprécier) et se contente de quelques flashbacks explicatifs. Surtout, il brosse ici le portrait de Joe Christmas, assurément son personnage le plus incroyable, inoubliable...le plus drôle, le plus attachant et par conséquent le plus humain. Alors qu'on se fout éperdument de ce qui va arriver aux autres, on est totalement happé par le destin (forcément tragique de Joe).
Il est rare que Faulkner centre un de ces romans sur un caractère précis, ce qui rend "Light In August" d'autant plus charmant qu'il va finalement à contre courant de tout ce que l'auteur à fait auparavant. Ecrit entre "Sanctuary" et "Pylon", c'est une oeuvre charnière entre ces deux "périodes". De plus en plus, on pense à un
pendant agricole et américain de La Comédie Humaine. En plus sombre, en plus désespéré...un long fait divers tragiquement banal, tragiquement humain.
L'Avis de Zaphod
En fait, je ne sais même pas très bien quoi dire sur ce livre, si ce n'est qu'il m'a laissé l'impression d'une maîtrise totale. Faulkner m'a pris par le bout du nez, moi pauvre petit lecteur, et m'a amené à travers son histoire sans que je puisse m'écarter d'un pas du chemin tracé.
Il y aurait probablement beaucoup à dire sur la technique de narration de l'auteur, qui -parait-il, est un génie en la matière, mais comme toute technique maîtrisée à la perfection, elle devient complètement transparente pour les profanes comme moi, pour ne laisser paraître que l'efficacité du récit. Non, aucune ficelle visible ici, tout se tient parfaitement.
J'ai trouvé superbe la manière dont il commence l'histoire en suivant Lena à la recherche de Burch. Et puis à un moment, comme par hasard, le récit croise la route de Joe Christmas. Et on a l'impression que Faulkner se dit "tiens, finalement, ce Christmas m'a l'air d'un personnage plus intéressant, on va plutôt le suivre lui". Et tant pis pour le lecteur qui a envie de savoir l'issue de la quête de Lena. De toutes façons, on s'aperçoit vite qu'en réalité, c'est l'histoire de Christmas qu'on veut connaître ; le reste attendra. Voilà ce que j'appelle se faire mener par le bout du nez. C'est vrai qu'il ne raconte pas de façon chronologique, il raconte simplement ce qui est important de raconter à ce moment du récit, et voilà pourquoi cela passe très bien.
Il ne fait pas de concessions, Faulkner. Il est dur avec ses personnages. Je n'en ai trouvé aucun très sympathique. Mais il leur donne une réalité terriblement tangible, en fait des personnes mémorables plus que des personnages.
Tout son art est d'arriver à nous faire sentir et comprendre des personnages terribles, minables et gigantesques à la fois ; incompréhensibles parce qu'ils se confrontent avec des valeurs et une morale révolue, incarnée par la "ville" bien pensante, affublée d'yeux et d'oreilles, qui vous observe et vous juge implacablement, qui vous digère, vous rejette, vous ignore ou vous condamne ; une morale liée à ce Sud qui sombre peu à peu, mais une morale d'autant plus impérative qu'elle sombre, justement, à cette époque, à cet endroit du monde ; mais nous savons qu'elle renaîtra, que le puritanisme redeviendra fanatisme, et le fanatisme redeviendra haine, tel un démon jamais totalement vaincu, et d'autant plus redoutable qu'il prend la forme d'un Dieu ; c'est ce que nous révèle ce livre, dans la cruelle lumière d'Août, qui montre sans concessions les spectres tapis dans les plus inaccessibles coins d'ombre de l'âme humaine ; et c'est une phrase vachement longue que je viens d'écrire, donc je vais la terminer ici, même si elle ne veut pas dire grand chose.
A la fin, une sensation d'avoir lu quelque chose de fort, comme ces cocktails où l'alcool, dissimulé derrière le goût des fruits, n'en fait pas moins son effet. Quand on repose ce livre, on a un peu la tête qui tourne.
L'aube point : la lumière du jour, cet instant gris et solitaire pendant lequel les oiseaux s'essaient doucement au réveil. L'air qu'on respire est comme l'eau d'une source. Il respire profondément, lentement, se sentant lui-même, à chaque respiration, dilué dans la grisaille
neutre, assimilé à cette quiétude, à cette solitude qui n'ont jamais connu la rage ni le désespoir. " C'est tout ce que je voulais, pense-t'il avec un étonnement tranquille et lent. C'est tout, depuis trente ans. Ce n'était pas demander beaucoup, il me semble, en trente ans. ""Le Passage de la Nuit" - Haruki Murakami
Par Zaphod
Voici un petit Murakami bien compact qui se lit vite et qui re-décline une nouvelle fois certains thèmes chers à l'auteur. Je trouve que ce ne serait pas un mauvais point d'entrée pour ceux qui veulent découvrir son oeuvre.
Cette impression de compacité est renforcée par le fait que toute l'histoire (ou la portion qui nous en est montrée) se déroule sur l'espace d'une nuit. A nous d'imaginer le reste.
La nuit, justement, dont l'ambiance dans une grande ville est extrêmement bien rendue, est ce qui fait le ton très particulier de ce livre.
Oui, la nuit dans une ville tentaculaire comme Tokyo, il semble que la réalité frémit au bord d'un état différent.
Le temps passe différemment. La lumière des néons et des réverbères jette un voile irréel sur la ville.
Les gens sont différents, une population beaucoup plus sombre, étrange, paumée, dangereuse prend possession des lieux.
La musique de jazz imprime son tempo syncopé sur les activités de ceux qui veillent dans les bars, les restaurants de nuit, les love-hotels.
Ici, plus que dans ses autres romans, Haruki nous emmène avec lui pour nous montrer des endroits, des gens, des situations. Il utilise d'ailleurs le "nous", incluant le lecteur, et l'amenant à l'endroit qui présente exactement l'angle de vue désiré.
Le procédé est très cinématographique. Le lecteur a souvent la sensation de se trouver à la place de la caméra, et on a vraiment l'impression de voir un film se dérouler devant nos yeux.
Et encore une fois, les personnages sont très marquants et attachants, malgré le peu que nous savons d'eux. Pourtant, ils sont peut-être un peu moins fins que dans d'autres romans de l'auteur; le jeune musicien, par exemple, me semble avoir trop de sagesse et de recul pour son âge. Mais c'est une critique mineure.
J'ai beaucoup aimé.
"Kafka sur le rivage" - Haruki Murakami
L’autre jour, j’allume la radio et j’entends un concerto pour piano que je ne connais pas. Il m’a suffi de quelques mesures pour identifier le compositeur : Mozart sans aucun doute. Il est tellement reconnaissable que j’ai un peu l’impression qu’il réécrit toujours le même concerto avec quelques variantes. Mais les vrais fans de Mozart vous diront que Mozart fait du Mozart, et qu’ils ne voient pas pourquoi il devrait faire du Bach ou du Beethoven, qu’ils préfèrent écouter 10 concertos de Mozart qu’un concerto de 10 autres compositeurs, que Mozart a atteint une sorte de perfection dans son style, et que faire différent serait perdre une partie de cette perfection.Mais il me semble plus probable que Mozart était dans un processus de recherche de la perfection, ou en tout cas de son idée de la perfection ; qu’il avait l’intuition de la direction à emprunter, mais n’était jamais (comme tout perfectionniste) complètement satisfait du résultat, d’où les multiples tentatives et variations sur le même thème.
En fait, je n’avais pas l’intention de parler de Mozart, mais de Haruki Murakami ; cependant, pour moi, le rapprochement entre les deux s’impose : Murakami écrit toujours le même roman.
Cela fait un moment que j’ai envie de parler d’un livre de Murakami, mais à vrai dire, cela m’est difficile, car ils se confondent tous dans ma mémoire : les personnages se superposent, voyagent d’un roman à l’autre, des éléments d’intrigue se reproduisent comme dans un jeu de miroirs.
Alors, prenons celui que je viens de terminer, tant qu’il est encore frais dans mes souvenirs, avant qu’il ne rejoigne les limbes obscures de l’univers Murakamien.
C’est un concerto à deux personnages.
Prenez deux personnes en rupture volontaire ou involontaire avec leur vie et avec la société. Deux personnages à l’esprit plus ou moins désaccordé. Deux voix qui vont évoluer parallèlement, puis se poursuivre dans une sorte de fugue, pour finalement se rejoindre. Ajoutez une touche de fantastique pour donner à l’histoire ce timbre étrange typique du maître. Vous avez une orchestration à la Murakami.
Il reste à créer la mélodie, et là, Murakami puise sans vergogne dans sa bonne vieille réserve de thèmes : l’absence, la solitude, la quête identitaire.
Une fois de plus, une femme insaisissable est absente et un des personnages la recherche sans vraiment la chercher. Une fois de plus, les personnages principaux sont porteurs d’une part d’ombre, d’un secret dont ils ignorent eux-mêmes la nature, et qui les poursuit au cours de leur vie. Une fois de plus, les héros vont se retrouver en situation de rupture, ce qui va les amener à abandonner la vision qu’ils avaient d’eux-mêmes, peut-être pour la remplacer par une autre, mais en tout cas pour évoluer, pour gagner en liberté, se réconcilier un peu avec eux-mêmes.
Donc, encore une fois le même roman, le même concerto. Mais ce qui est incroyable, c’est que comme pour Mozart, la sauce prend et on se fait avoir à chaque coup. Il suffit que ces deux là jouent quelques notes, et notre esprit se met à vibrer à l’unisson, on n’y peut rien. Et on en redemande. Et puis, Murakami se joue un peu de ses thèmes habituels : tout à coup, on s’aperçoit qu’on se trouve dans le nœud d’une tragédie grecque, puis dans une histoire d’amour.
Faut-il vraiment résumer l’ « action » ? Dire que Kafka Tamura, un ado de 15 ans fugue du domicile paternel pour échapper à une sorte de malédiction ; dire que Nakata, un vieux bonhomme dont le cerveau s’est vidé quand il avait 8 ans suite à une évènement bizarre, décide lui aussi de quitter pour la première fois sa banlieue de Tokio, c’est ne rien dire. Mais l’action est-elle vraiment importante pour Murakami ? L’important sont les personnages, et avec une remarquable économie de moyen, Murakami réussit à leur donner une personnalité, un magnétisme, et une présence incroyable. Comme Mozart peut composer un adagio avec quatre notes.
Comme souvent, ces personnages éveillent beaucoup d’échos en moi. Ils me rappellent que la vie est comme la surface d’une bulle de savon ; que cette surface est extrêmement mince, qu’elle peut changer de forme ou éclater à tout moment, qu’elle n’est que bien peu de chose face à l’espace intérieur et extérieur qu’elle délimite, mais qu’il suffit que le bon rayon de lumière la traverse, et pour un instant, elle peut prendre toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. (Hum, je ne suis pas totalement satisfait de la métaphore bullique. J’aurais dû utiliser celle de la peau de banane. Tant pis, ce sera pour une autre fois).
Ce n’est pas mon roman préféré de Murakami (j’aime mieux « the wind-up bird chronicles », ou même « south of the border, west of the sun »), et ce n’est pas encore le roman parfait. L’auteur retombe dans ses habituels tics énervants tels que les descriptions insipides et répétitives de vêtements ou voitures. Il y a des voies sans issues, et des questions sans réponses (comme dans la vie, en somme). Ne vous laissez pas abuser par le début du roman qui démarre en enquête policière sur un phénomène étrange : vous ne connaîtrez jamais le fin mot de l’histoire ! Cette imperfection, on pourrait même croire que Murakami s’en explique ou s’en excuse, et en prenant comme par hasard une analogie musicale :
« Works that have a certain imperfection to them have an appeal for that very reason –or at least they appeal to certain types of people. […] That’s why I like to listen to Schubert while I’m driving. Like I said, it’s because all the performances are imperfect. A dense, artistic kind of imperfection stimulates your consciousness, keeps you alert. If I listen to some utterly perfect performance of an utterly perfect piece while I’m driving, I might want to close my eyes and die right then and there. But listening to the D major, I can feel the limits of what humans are capable of –that a certain type of perfection can only be realized through a limitless accumulation of the imperfect. And personally, I find that encouraging. »
Mais moi, j’y peux rien, je suis conquis, et Murakami peut bien encore continuer à écrire dix fois le même roman, je le lirai toujours avec plaisir.
Pour paraphraser l’aphorisme qui dit que le silence après Mozart est encore du Mozart, longtemps après avoir refermé un livre de Murakami, cette ambiance étrange et nostalgique si particulière continue à me bercer. Et ces personnages si attachants à m’accompagner comme des ombres.
« Why don’t you just go ahead and imagine what you want ? You don’t need my permission. How can I know what’s in your head? »
L'Avis de Livrovore
Kafka Tamura (il s'est lui-même choisi ce prénom : Kafka), quinze ans, fuit la maison où il vit avec son père. Il veut échapper à cette vie, ce père, ce destin qui lui a été tracé.
De son côté, Nakata, un vieux qui se dit "pas très intelligent", car il ne sait plus ni lire ni écrire depuis un accident qu'il a eu dans son enfance, parle avec les chats, et vit de sa petite pension de l'état.
Les vies de ces deux personnages avancent en parallèle, se rapprochent et se croisent, à travers le récit.
Ce roman est un conte philosophique, onirique, mais réaliste aussi quand même... il y a tout dedans !! Il fait réfléchir à des questions d'identité, de construction de soi par rapport aux autres et à la vie, que l'on soit adolescent comme Kafka Tamura ou non.
L'écriture de Murakami est douce, feutrée, les émotions nous effleurent puis nous bouleversent. Une pincée de rire, quelques larmes et des sourires... J'ai ressenti de grandes bouffées d'émotions pendant cette lecture, qui fait réfléchir au sens de la vie, au sens que l'on donne à sa vie, aux façons de surmonter des difficultés, des choses qu'on ne maîtrise pas.
"Je me lève, vais à la fenêtre et regarde le ciel. Et je pense au temps qui ne reviendra pas. Je pense aux rivières, aux marées. Je pense aux forêts et aux sources. A la pluie et aux éclairs. Aux rochers. Aux ombres. Et tout cela est à l'intérieur de moi."
L'auteur allie la beauté de l'Homme et de la nature : on croise forêts, chats ou humains... les sensations que chaque chose procure... Ainsi que la puissance des rêves, des pensées.
Il y a tellement de sujets et d'émotions dans ce livre que je ne sais pas bien en parler : le mieux c'est de le lire. J'ai déjà envie de le relire.
"Le passé, c'est comme une assiette brisée : on aura beau tenter d'en recoller les morceaux, on ne pourra jamais lui rendre son aspect d'antan."
L'Avis de Laiezza
Je ne referai pas de résumé, et passerai directement à mes impressions.
Vous connaissez mon amour pour Kafka ? Mauvaise nouvelle : rien à voir avec Kafka. Bonne nouvelle, par contre : c'est un conte philosophique extrêmement bien écrit, une fable comme je les aime, réflexions ouvertes...à mon avis quelqu'un de totalement réfractaire à la "pensée orientale" et à ce genre de trucs ne pourra pas accrocher (m'étonne pas que Thom ait détesté au point de ne même pas écrire un mot dessus, ce qui est quand même rare).
Au-delà du côté fable, donc, universel ou du moins universel du côté du pays du Soleil Levant, il y a aussi l'univers propre à l'auteur, très lumineux. J'avais déjà ressenti ça il y a quelques années, avec Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil. Pas vraiment quelque chose d'onirique mais plutôt...quelque chose de planant. Murakami plane, son écriture plane complètement,
d'ailleurs des fois je me disais : "C'est pas très bien écrit, ce passage"...alors qu'en fait, c'est très bien écrit. Parce que ça colle à l'histoire.Un très beau livre. Un peu trop long, mais très beau !
mercredi 19 mars 2008
"Les neiges du Kilimandjaro" - Ernest Hemingway
Un écrivain atteint de la gangrène attend la mort en compagnie de sa femme dans un campement proche de la célèbre montagne. Il passe par une phase de révolte puis se laisse aller à la rêverie, pense à tout ce qu'il aurait pu écrire et n'écrira peut-être jamais.Est-ce la présence de la mort qui lui donne une soudaine inspiration ?
Sera-t'il sauvé ? Mais qu'est-ce que le salut ? Est-il dans l'acceptation ?
Dix Indiens.
En quelques pages, le récit d'une journée de 4 Juillet sans réel évènement, comme on peut la vivre dans une campagne pauvre.
Euh ... stop !
Je m'étais dit que je ferais l'effort de résumer chacune des nouvelles, et à la deuxième, je flanche déjà !
Peut-être que faire un résumé de trois lignes n'est pas à ma portée. N'est pas Livrovore qui veut. Ou peut-être que l'intérêt de ces nouvelles ne se situe pas vraiment dans l'histoire.
Moi, ce qui m'a renversé, c'est comment, avec une forme aussi concise, Hemingway arrive à donner autant de présence à ses personnages ! C'est incroyable, je crois que je n'ai jamais vu ça. Il lui suffit de quelques mots et paf ! vous voyez le personnage.
Des personnages qui m'ont d'ailleurs parfois dérangé.
C'est l'univers et les valeurs d'Hemingway qui me dérangent en fait (particulièrement dans la nouvelle "L'heure triomphale de Francis Macomber", qui est je trouve encore plus forte que celle -célèbre, qui donne son titre au recueil).
La guerre, la corrida, la boxe, l'honneur, le devoir, le sang. Ces préoccupations très viriles me semblent en même temps fascinantes et presque anachroniques.
J'ai l'impression que la littérature d'aujourd'hui (sauf peut-être le domaine réservé de la Fantasy) est faite d'anti-héros. Et je suis tellement habitué aux anti-héros que de "vrais hommes" courageux finissent par me mettent légèrement mal à l'aise.
Bref, un petit recueil qui m'a fait forte impression.
L'Avis de Laïezza
"Les Neiges du Kilimandjaro" est le premier texte de Hemingway que j'ai lu. Je m'en souviens, j'étais au lycée, j'avais étudié son incipit en cours d'anglais et j'avais voulu en découvrir la suite.
Dans ce récit-dialogue statique et contemplatif, il ne passe pas grand chose, mais pourtant tout est là. Les résumés sont trompeurs, car cet écrivain et sa femme ne parlent pas tellement de la maladie : ils parlent avant tout de tout et de rien, et c'est en sous-entendu que la maladie apparaît progressivement, d'abord pas vraiment évidente puis omniprésente. Cette manière d'amener le sujet est d'une grande subtilité. Ca semble bien sûr plus évident d'utiliser des moyens détournés en lieu et place du didactisme, mais c'est généralement plus facile à dire qu'à faire...alors qu'avec Hemingway, on a souvent l'impression que c'est presque plus facile à faire qu'à dire .
Ce texte éponye est si simple et si fort que ceux vendus avec semblent forcément un peu en deça. On y retrouve des thèmes hemingwayiens classiques (femmes, safaris, corridas)...Parmi ces nouvelles, "L'heure triomphale de Francis Macomber" me paraît la plus aboutie : elle propose une allégorie de la lutte des classes intéressante et également subtile, doublée d'une gallerie de personnages particulièrement crédibles et attachants.
"Mort dans l'après-midi" - Ernest Hemingway
A quoi reconnaît-on un grand écrivain ? Je ne sais pas.Mais en revanche je sais à quoi on reconnaît un grand styliste : c’est un auteur qui écrit tellement bien qu’il pourrait vous recopier l’annuaire téléphonique que ça vous fascinerait encore.
De même que j’ai vibré à de nombreuses reprises en accompagnant Bukowski faire son tiercé – alors même que je n’ai jamais rien compris aux courses de chevaux , de même j’ai vibré dès les premiers pages de « Death in the afternoon », ouvrage dans lequel Hemingway rend hommage à sa passion (de notoriété publique) pour la corrida. J’avoue que personnellement, la corrida, je m’en tamponne. C’est bien là le génie d’Hem : m’avoir tenu en haleine durant des heures avec une histoire dont je n’avais strictement rien à faire. Juste là, comme ça, par la magie de ces mots, par la magie de ce style parfait s’inscrivant dans la longue tradition du « souvent imité / jamais égalé ». C’en est presque complexant : une bonne moitié des auteurs contemporains se ridiculisent à force d’essayer de faire du Hemingway.
Alors oui, d’accord : 400 pages et des poussières rien que sur la corrida, ce n’est pas non plus le livre du siècle. N’empêche : ces 400 pages sont vivantes et vibrantes, passionnées et passionnantes. Et même un Hemingway mineur vaut mieux que la bibliographie complète d’un Frank McCourt.
L'Avis de Céleste
Il est inutile, je pense, de répéter ce qui a déjà été dit : "Mort dans l'après-midi" n'est pas vraiment un roman au sens "narratif + descriptif" du terme. On se rapproche plus d'un travail hybride à base de documentaire et de fuite poétique, ce qui pose quelques problèmes d'adaptation durant les premières pages mais s'oublie assez vite. C'est vrai aussi que je l'ai lu après "De l'Amour" de Stendhal, livre à côté duquel n'importe quoi aurait l'air doté d'une narration exceptionnelle.
Cela dit je trouve intéressant de passer maintenant, parce qu'il semblerait que je sois la seule des trois personnes à critiquer ce livre à avoir déjà vu une corrida. Je ne m'en vante pas, en plus c'était à mon corps défendant ! mais j'ai aimé certains aspects de la chose, notamment la ferveur populaire l'entourant. Ca, on le retrouve très bien dans l'écriture d'Hemingway. En mieux : "Mort dans l'après-midi", c'est meilleur que la corrida !!!! je vous le dis ! Comme tous les vrais passionnés (par exemple les chats avec la littérature) Hemingway rend son enthousiasme communicatif. L'exercice de stye n'était quand meme pas aisé...
A part Marie Sara je pense que personne ne dirait que c'est un chef d'oeuvre, mais c'est quand même vachement bien !
"L'Adieu aux armes" - Ernest Hemingway
J'ai lu ce livre dans des circonstances spéciales. Je l'ai lu en y prêtant à moitié attention.C'est curieux, car il m'a semblé que le héros lui-même vivait sa vie en y prêtant à moitié attention.
Il participe à la guerre dans l'armée italienne (c'est un américain), sans trop savoir pourquoi, ou en tout cas, sans nous expliquer pourquoi. Il vit cette guerre avec un détachement incroyable.
- J'avais espéré quelque chose. - La défaite ? - Non, quelque chose de plus. - Il n'y a rien de plus, sauf la victoire, et c'est peut-être pire.
Puis il se trouve embarqué dans une histoire d'amour passionnée.
Il semble que chez Hemingway, la guerre donne une autre dimension à l'amour. C'est peut-être même son principal intérêt.
Dans ce livre, tout est très terre-à-terre, pourtant, tout semble irréel, et les évènements se déroulent comme dans un rêve.
Il y a beaucoup de non-dit, aussi. Hemingway s'attache à une répétition de détails concrets, parfois insignifiants, qui nous cachent l'abîme de la réalité des personnages et de leur histoire, et cela laisse une impression de lecture très particulière.
Une lecture dont il me restera quelque chose d'indéfinissable. C'est peut-être ce qui fait un grand livre.
C'est toujours comme ça. On meurt. On n'a jamais le temps d'apprendre. On vous pousse dans le jeu. On vous apprend les règles, et à la première faute, on vous tue.
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Par Livrovore
Les personnages semblent presque indifférents face à la guerre au premier abord, mais en même temps on ressent, en non-dit, une grande souffrance. Et une telle impuissance. Ils tentent de s'en sortir comme ils peuvent, d'oublier les blessures grâce à l'amour. Le lecteur se sent emporté par les sentiments qui grandissent entre Frédéric et Catherine, et pourtant, au fond, il y a toujours la guerre, la mort. C'est lourd, c'est pesant.
"Je pouvais me souvenir de Catherine, mais je savais que je deviendrais fou si je pensais à elle alors que je ne savais pas encore si je la reverrais. Il ne fallait donc pas penser à elle... rien qu'un petit peu... rien qu'à elle, dans le wagon qui roule lentement, dans un bruit de ferraille... et la lumière qui filtre à travers la bâche... et moi, couché avec Catherine sur le plancher du wagon... Aussi dure que le plancher du wagon cette obligation de rester couché sans penser... se contenter de sensations... trop longtemps absent... vêtements mouillés... ce plancher qui n'avance que petit à petit... solitude là-dessous... Qu'on est seul dans des vêtements mouillés avec la dureté d'une planche en guise de femme."
J'ai donc été de plus en plus touchée par le récit au fil de la lecture. L'écriture d'Hemingway paraît si simple, et est à la fois si juste. Un livre plein d'émotions, à lire absolument.
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Par Laïezza
Dans mon souvenir, "L'Adieu aux armes" était un livre de guerre parfois ennuyeux. Or moi, j'ai toujours adoré les livres ayant la guerre pour toile de fond.
A la relecture, j'ai tressailli de bonheur, car j'avais en réalité oublié que "L'Adieu aux armes" était une histoire d'amour, une histoire d'ennui, une histoire d'homme un peu paumé, surtout : notre zéro est en l'occurrence paumé en plein milieu d'une guerre ; il pourrait je crois être paumé n'importe où d'ailleurs. Il était même probablement paumé avant et je ne doute pas qu'il ait encore été paumé après.
Car bien entendu, "L'Adieu aux armes" fait avant tout écho aux propres préoccupations d'Hemingway : son humanisme, sa vision tragicomique du monde (l'auteur n'est après tout jamais sérieux, et tant mieux : les livres où il se prend au sérieux sont généralement les moins intéressants), et ce mélange de réalisme cru et de poésie bizarre. Cette poésie j'appelle ça la
poésie des parkings de supermarchés : une poésie du banal et du quotidien. Seul Hemingway est capable de rendre poétique un hôpital, une route, un pont...c'est pour ça que je l'aime."Le Soleil se lève aussi" - Ernest Hemingway
Publié tardivement en France (en 1926 je crois) The Sun also rises est le premier roman de Hemingway, celui grâce auquel il a immédiatement imposé son style et son univers au monde.Il est évidemment difficile (à moins d'être un grand universitaire), d'évaluer précisément les bouleversements que cette publication provoquera sur le monde littéraire ; mais en 1920, hormis DH Lawrence, il n'existe pas à ma commence d'écrivain anglophone qui emploie un langage si simple, si cru, direct comme une droite du vieux Hem . D'ailleurs, tout comme Lawrence, Hemingway souffrira immédiatement de la contreverse dans une Amérique plus puritaine que jamais.
Il faut dire qu'au-delà de l'écriture, l'histoire, celle d'un journaliste américain mutilé pendant la guerre de 14 et incapable de satisfaire la femme qu'il aime, a tout pour rebuter la critique ! comme on pouvait s'y attendre, The Sun also rises va être massacré à sa sortie...
Et pourtant ! amour, mort, mauvais alcool, nuits envappées, sexe et désespoir...tout y est déjà, créant le mythe d'une littérature hemingwayienne souvent immitée mais jamais égalée.
Un chef d'oeuvre.
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Par Jeanne
En fait je ne sais pas quoi dire de ce livre. Il ne se passe rien. On dit beaucoup et rien. On ne fait rien. On sors avec des amis, on parle de rien, on boit beaucoup, et ceux qui ont de la chance font l'amour. Et tout ça est décrit en phrases minuscules. Mais c'est un grand livre parce que derrière ces petites phrases dépourvues de tout superflu on lit une autre histoire. Celle d'un groupe d'amis qui se sont perdus sur ce chemin qui s'appele la vie. Et s'ils continuent à chercher (ou pas d'ailleurs) la bonne direction c'est parce qu'il y a des amis (ou faux amis) et des amours (ou faux amours).
J'ai beaucoup aimé ce livre. C'est un livre captivant et il y a des dialogues géniaux !
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Par Thom
Dans « The Sun also rises » il y a tout, et il y a rien. Il y a un tout qui se cache sous l’apparence d’un rien, et ce tout pourrait bien se nommer poésie.
Bien sûr, il y a une vague histoire. Il y a Jack, le journaliste infirme. Il y a son pote Robert. Il y a Brett, l’anti-femme fatale se lançant dans un jeu d’amour, de hasard et de sexe avec les deux hommes…mais tout ceci ne suffirait sans doute pas à définir ce roman lent et vénéneux qui ne provoque généralement que deux réactions possibles : la vénération totale ou le rejet violent.
Car « The Sun also rises », qui à défaut d’être l’œuvre la plus populaire de Hemingway est sans aucun doute la plus importante, est bien plus que le simple portrait de ces gens ordinaires…de même qu’il est bien plus qu’un croquis de la vie de certaines personnes dans un certain Paris d’une certaine époque…il s’agit avant tout d’un manifeste, d’un objet unique, dépositaire d’un genre qui jusqu’alors n’existait pas et n’a d’ailleurs toujours pas de nom : une littérature épurée et sans fioritures qui parle de la vie normale de gens normaux qu’elle rend beaux, humains, vivants…
Ce n’est définitivement pas, comme j’ai pu le lire, un livre provocateur et sulfureux (à moins de considérer que ce soit sulfureux de peindre le monde tel qu’il est, raisonnement pas si con quand on pense aux réactions épidermiques provoquées de tous temps par les écrivains coupables de trop grand réalisme)…plutôt un blues, en fait…une longue chanson d’amour (à la vie, à l’humanité, à l’amour lui-même) mélancolique mais chargée d’espoir. Une chanson usant de mots simples mais directs, dont la mélodie peut sembler un peu facile alors que merde, tout de même, il faut savoir les trouver ces mélodies parfaites qui imprègnent immédiatement l’esprit de l’auditeur !
Voilà ce qu’était Hemingway à ses débuts : un bluesman capable de vous faire rire, pleurer, rugir rien qu’en vous narrant par le menu une dizaine d’éléments de votre propre vie quotidienne.
Un poète, en somme, dont ce premier roman est le chef d’œuvre absolu. Une œuvre unique, fédératrice, qui marque à la fois le commencement et la fin de la littérature contemporaine. Tout simplement parce qu’après « The Sun also rises », tout était terminé. Il était impossible d’aller plus loin dans cette voie – l’auteur lui-même ne s’y essaya jamais.
De fait, le vingtième siècle a commencé en 1920 et s’est achevé six ans plus tard, lorsque Hemingway a publié « The Torrents Of Spring ».
Ernest Hemingway (Aristochat déc 2006 / jan 2007)
Ernest Hemingway (Prix Nobel de Littérature 1954), né en 1899 dans la banlieue de Chicago, fait partie de ces auteurs dont la légende a fini par dépasser l'oeuvre. Le journalisme, la guerre, la boxe, la corrida...on sait déjà tout de ses passions, de sa vie etc.
Mais le plus dommage, c'est que c'est un auteur qui a tellement engendré d'immitateurs qu'on finit par ne plus prendre beaucoup de plaisir à lire ses oeuvres. C'est presque devenu un lieu commun : dès qu'il y a un langage "parlé", des hommes viriles, des étendues sauvages et du rhum, on dit : "C'est du Hemingway".
Parmi ses oeuvres majeures, on trouve son premier livre, The sun also rises (Le soleil se lève aussi, 1920), et bien sûr les incontournables A farewell to arms (L'Adieu aux armes, 1929), To have & have not (En avoir ou pas, 1937), Pour qui sonne le glas (For whom the Bell tolls, 1940). Des oeuvres qui ont marqué le vingtième siècle au point que la plupart de leurs titres sont entrés dans le langage ou l'imaginaire collectif, y compris chez des gens qui ne les ont jamais lus (exemple : Les neiges du Kilimanjaro, recueil de 1961).
Boulimique de travail, Hemingway a écrit à la chaîne quasiment jusqu'à la fin de ses jours, et possède une des série de publications posthumes les plus impressionnantes de l'histoire littéraire du vingtième siècle : A Moveable Feast (Paris est une fête) sort en 1964, l'année de sa mort, et cinq autres romans ont été publiés depuis dont l'excellent Under Kilimanjaro l'an passé. On doit aussi à Ernest Hemingway une pluie de nouvelles, compilées un peu au petit bonheur dans les éditions françaises : ainsi le recueil The Fifth Column & The First Forty-Nine Stories (1938) existe en français sous le titre La cinquième colonne dans une édition ne proposant que la longue nouvelle titre. Même constat pour ses recueils subversifs et classiques Men without Women (1927) et Winner takes nothing (1933).
En 1961, Hemingway se suicide, persuadé qu'il est en train de devenir aveugle. Avec le temps, la plupart des analystes mettent en doute cette cécité qu'ils considèrent comme l'un des nombreux délires paranoïaques dont souffrait déjà l'auteur depuis une quinzaine d'années.
mardi 18 mars 2008
Entretien avec Jean Teulé
Attention, la question suivante et la réponse dévoilent la fin du"magasin des suicides" !
Céline (très émue, comme vous le voyez): Je viens de finir "le magasin des suicides" je me suis laissée porter par cette histoire étonnante ou j'ai bien cru que les hommes étaient tous redevenus bons et solidaires. Et là quand Alan lâche la bande velcro de son frère c'est une partie de moi même qui est tombée avec lui (non je n'exagère pas, j'étais tellement dans l'histoire que..... enfin voilà j'ai moi aussi chuté)…
Pourquoi l'avoir laissé se suicider ? Depuis le début n'etait-il là que pour rétablir la bonne humeur dans cette famille de dépressifs ?
Avait-il été envoyé pour accomplir une mission et celle-ci terminée devait-il rentrer chez lui ? Ou bien les a-t-il tous abusés en leur ouvrant une nouvelle vision du monde alors que la sienne était tout aussi sombre que celle de sa famille et que son but initial n'a jamais été autre que d'en finir ? POURQUOI Alan est-il mort ? Je suis très
contrariée, j'ai l'impression que quelque chose m'a échappé sans que j'arrive a savoir quoi.
Donc Monsieur Teulé ayez la gentillesse de me délivrer de ce lourd fardeau ai-je bien compris votre propos et surtout quel était-il ?
Vous admettrez que je ne fais pas que lire vos livres, je me permets aussi de les vivres, c'est là la marque des grands auteurs me semble-t-il.
Sur cette modeste question je vous salue admirativement (quoi que tant que je ne saurai pas pourquoi Alan est mort j'aurai des réserves !)
"Le magasin des suicides" - Jean Teulé
Je viens de terminer "Le magasin des suicides", ce qui n'a rien d'exceptionnel tant il est court . Je ne vais pas refaire le résumé déjà fait sur des dizaines de sites, mais j'ai beaucoup aimé, et sans la moindre réserve. C'est un livre pour rire qui fait rire, et je n'en demandais pas plus, moi. Je ne suis pas certaine qu'il soit très juste d'y chercher autre chose, et à mon humble avis ça n'a d'ailleurs pas été envisagé comme tel.
Les livres à dimension purement ludique et humoristique sont souvent mal vus, ou alors salués mais toujours du bout des lèvres. Oui, ce livre est excellent, drôle, vif, délirant, tout ce que j'aime, et ça ne l'empêche ni d'être intelligent ni d'être remarquablement écrit.
"Le magasin des suicides" est un vrai bonheur de lecture, qui ne mérite certainement pas les critiques tiédasses que j'ai pu lire ici ou là dans la presse, tout en méritant par contre d'exploser les ventes comme il le fait. Un vrai régal que je recommande à toutes les créatures pleines de mauvais esprit et d'humour barré élevées à la lecture de la Page Nulle de Zaph.
L'avis de Zaph
La malheur des uns fait le bonheur des autres. C'est un peu l'idée de ce petit livre ironique de Jean Teulé qui joue sur l'inversion des valeurs, où l'on voit une sympathique (pardon, antipathique) famille de commerçants vivre du désespoir de leurs contemporains.
Qu'est-ce qui fait que la vie mérite d'être vécue? Parfois, c'est simplement une manière de voir les choses. Et qu'est-ce qui influence cette manière de voir? C'est l'amour. C'est ce que va apprendre à ses dépends (ou à son profit) la famille Tuvache.
Le livre est bourré de clins-d'oeil à Baudelaire ou Verlaine, mais contient aussi un hommage à un de mes héros, le trop méconnu Alan Turing.
Si j'employais le mot "jubilatoire", je l'aurais peut-être utilisé ici.
- Il n'y a pas beaucoup de clients ce matin
- Oui, c'est mort.
Chaque livre de l’auteur est une aventure au sein de son puissant imaginaire rocambolesque.
Cette fois encore aucune déception possible avec cette famille Tuvache chez qui l’on vend des articles insolites et radicaux pour se suicider. Dans un ambiance sinistre, ou l’on affiche une mine de circonstance l’on peut parfois recevoir un conseil de bonne augure pour ne pas rater sa tentative, car en partant vous êtes salué d’un « adieu » sans appel !
Jusqu’au jour ou le petit dernier des Tuvache sème le trouble dans cette famille ou les enfants n’ont pas le droit de se donner la mort, mais ont tout les stigmates des candidats qui réussiraient avec brio. Arrive un petit Alan (conçue par erreur alors que les parents testés un préservatif troué !) qui dès le berceau sourie tel un ange et grandit dans la joie et la bonne humeur malgré les nombreuses tentatives de sa famille pour qu’il soit à leur image.
Pourtant cet éternel optimiste au visage de chérubin va gagner du terrain et bouleverser le quotidien morbide de son entourage. Dans un monde anxiogène ou la nature n’est plus et ou tous en porte la culpabilité il va réussir ce que le 21ème siècle n’a pas su faire ; donner de l’espoir ce qui aura pour effet de rompre la solitude de chacun et de fédérer un enthousiasme dans ce nouveau lieu de solidarité qu’est devenu « le magasin des suicides ».
Car tout le talent de l’auteur réside dans cette formidable capacité à nous faire croire qu’il est un auteur léger (j’ai crains qu’il m’emmène dans une histoire version « famille Adams ») avec des personnages fantasques alors que derrière chacun d’eux il y a un peu de nous et beaucoup de notre époque. C’est tellement bien fait que l’on ne se doute pas un instant ou nous allons atterrir et la chute n’en est que plus douloureuse (pourquoi cette fin là ? alors que l’espoir renaissait !) comme une fatalité, celle d’une mort qui n’a jamais cessé de rôde, non comme une sanction mais comme partie intégrante de la vie, cette vie si précieuse qu’il nous faut vivre allègrement pour ne pas mourir triste.
Résumé
La famille Tuvache tient un magasin qui vend tous les accessoires nécessaires pour ne pas se louper, lorsque l'on souhaite se suicider.
"Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort" est leur slogan.
L'ambiance est des plus morbides chez eux, et il est de bon ton d'être dépressif de père en fils et de mère en fille. Mais un drame leur tombe dessus sans prévenir : le petit dernier respire la joie de vivre.
Mon avis
J'ai retrouvé avec plaisir l'écriture Jean Teulé. Voici un petit livre qui détend, et qui apporte une bonne tranche de rire. Evidemment, la description de tous les produits vendus dans ce magasin, et de la façon de vivre de la famille - totalement inverse à l'entendement - est hilarante.
Cependant l'auteur ne manque pas, à travers cette histoire, de nous rappeler qu'il ne faudrait pas laisser le monde aller à la dérive, au niveau écologique et humain. (Pour essayer de faire perdre sa joie au petit dernier, ils lui font regarder les infos !)
Une lecture très plaisante, à dévorer en riant.
Rions un peu en attendant la mort !
Voilà qui pourrait être un slogan efficace pour ce livre qui ne l’est pas moins. Court, simple, sans prétention, « Le Magasin des Suicides » est un livre drôle s’assumant comme tel, ce qui explique peut-être la tiédeur de critiques littéraires visiblement mal embouchés ?
Dans la famille Tuvache, on a fait du suicide son gagne pain, et on vit tout cela sans complexe. Après tout : il n’y a pas de sot métier – nous dit l’adage. Voilà qui sied plutôt bien à ce foyer somme toute ordinaire (et a priori plus normal et moins consensuel que celui d’une Famille Adams), dont les activités sur le marché du suicide sont particulièrement florissantes. Il faut dire qu’il y a vraiment de tout dans ce magasin : dans sa chanson « The Atrocity Exhibitions » Joy Division évoquait à mots couverts les mille et une manières d’en finir avec la vie ; Jean Teulé fait précisément la même chose ici, mais avec le sourire et sans jamais oublier la petite morale indispensable à l’appréciation de ce genre de petit conte macabre. Car bien entendu le commerce du Magasin des Suicides va prendre du plomb dans l’aile : voici que Bonheur et Joie de vivre se mêlent à l’histoire. Que va t’il advenir des Tuvache ? Suspens, mais : chut. N’en disons pas trop : le livre est particulièrement court…
…ce qui d’ailleurs constitue son principal point faible : certes, les plus courtes sont les meilleures ; mais cent cinquante-sept pages, voilà qui est bien peu pour tout à la fois créer un suspens, développer une histoire et révéler des personnages. De fait ce sont ces derniers qui pâtissent le plus de la forme courte. En dépit d’efforts sincères et d’un a priori fort positif, j’ai eu bien du mal à m’attacher à eux. Comme si en choisissant une forme aussi rapide l’auteur avait gagné en efficacité ce qu’il avait perdu en profondeur…
Difficile en revanche de résister à la cocasserie des situations et à des péripéties plus tordues et grotesques les unes que les autres ! Le parti pris était de faire rire, c’est gagné. Après deux romans dont on imagine qu’ils ont dû être particulièrement ardus à mener à terme (« O Verlaine ! » et « Je, François Villon »), Jean Teulé a rempli son pari de se détendre tout en nous amusant – ce n’était pas une mince à faire. Et s’il est indéniable que c’est des cinq romans que j’ai lus de lui le moins grandiose, cette fantaisie à mi chemin entre « Six feet under » (en moins torturé) et « N’allez pas croire qu’ailleurs l’herbe soit plus verte… » (en plus sage) ne manque ni d’humour ni de…vitalité ! Comme quoi…
lundi 17 mars 2008
"Je, François Villon" - Jean Teulé
L'avis de Thom
Le « Je » du titre est là, majuscule, claquant. Ca donne une accroche bizarre, à la fois cocasse et fière, totalement représentative du roman. Car ce « Je » qui frappe d’entrée et se retient renvoie tout autant au concept (la vie de Villon narrée par lui-même) qu’à la farouche volonté d’indépendance qui anima le poète durant toute sa vie.
Ce projet de Jean Teulé, il enchante. Presqu’immédiatement. Parce que Villon attire, parce qu’il est un mystère, mais aussi (surtout) parce que c’est justement Jean Teulé qui s’y colle. Face à un personnage comme Villon, dont on sait finalement assez peu de choses, beaucoup se seraient laissés happer…tenter par la facilité du tout et n’importe quoi – après tout cette vie est composée de pointillés entre lesquels n’importe quel auteur aurait pu glisser n’importe quelle connerie. On aurait même pu se retrouver projeté en pleine version papier des « Visiteurs » !!! Entre les mains de l’auteur de l'adorable « Darling » on sait d’avance que ce ne sera pas le cas ; de fait à en juger par la taille de la bibliographie Jean Teulé s’est documenté comme un forcené pour restituer non seulement un personnage mais surtout une époque…et livrer plus qu’un roman : le livre ultime sur Villon. Il s’est nourri de son histoire (donc de ses poèmes) se l’est appropriée et l’a digérée admirablement, signant un de ces livres terriblement documentés et fouillés qui n’en ont jamais l’air – les meilleurs comme chacun sait.
Ainsi l’auteur embarque t’il le lecteur dans une aventure peu commune, crue, violente mais proprement hilarante (mention spéciale au passage où son pote explique à Villon qu’il a bouffé sa mère en pâté) dont on ressort en arborant un sourire béat – tant de joie que d’admiration. Car sous la plume de Jean Teulé Villon devient plus que ce poète mythique à la vie totalement déjantée qu’on connaît. Il se métamorphose en figure romanesque goguenarde et bondissante qu’il est impossible de lâcher avant la fin. Les aigris diront sans doute qu’avec pour base l’une des bios les plus tonitruantes de l’histoires littéraire française c’était prévisible. Soit. Encore fallait-il avoir le talent et la poésie nécessaires pour concrétiser une idée casse-gueule sur le papier. Le talent, la poésie…sans oublier le culot, car il en faut forcément pour oser s’attaquer sans complexe à une figure littéraire aussi vénérée…
…et donc, comme souvent dans la vie, le culot paie : « Je, François Villon » est un roman plus que réjouissant : brillant. Vif, puissant, rythmé, météoritique – comme Villon. Et, comme Villon, unique en son genre : « Je, François Villon » ne ressemble à aucun autre livre. Le seul rapprochement qui me soit venu à l’esprit, c’est Rabelais, ce qui n’a rien d’un hasard tant la filiation entre Villon et ce dernier semble évidente : la même colère sourde, la même irrévérence, la même liberté de ton et de vie…les modèles auraient-ils déteint sur Jean Teulé ? Sacrebleu, oui!
Allez stop, là je m’étends, pardonnez-moi. C’est que voyez-vous, j’adore Villon. Des Villon, il n’y en a pas (ou plus) d’autres. Projetez la même furie libertaire dans notre époque et vous verrez que ce serait totalement intenable. S’il existe des Villon de nos jours, il est probable que vous les détestiez…S’il n’en existe pas, les livres sont là pour nous faire rêver du contraire.
Celui-ci en tête.
Ce livre est d’une audace folle, sans jamais s’égarer de son sujet il réalise un portrait attachant d’un poète moyenâgeux qui nous est commun sans que nous ne l’ayons jamais lu ! C’est là toute l’aptitude de l’auteur qui par cette formidable biographie (probablement imaginée) réhabilite une figure tutélaire de la poésie qui a un jour inspiré les romantiques.
Villon est un enfant comme tant d’autre à cette époque, né le jour ou Jeanne d’Arc fut brûlée et ou son père fut pendu, d’une mère voleuse qu bientôt n’aura d’autre choix que de le confier à un moine bienveillant avant d’être à son tour exécutée (on avait l’exécution facile en ces temps obscurs !) Il reçoit une éducation de lettré, s’y montre plutôt médiocre mais développe un goût prononcé pour le vice en tout genre qui ne lui laisse pas le loisir d’être le moine qu’il aurait du devenir. Il commence par une révolte contre la Sorbonne, amoureux de la nièce de son pire ennemi il lui compose des poèmes enflammés alors qu’il fornique avec la grosse Margot, il finit par intégrer un groupe de pillard sans foi ni loi, leur livre sa bien aimée en pâture pour leur orgie (en souffrant le martyre quand elle sera emmurée) et devient si mauvais qu’il ne se reconnaît plus. Il passe un temps à la cour du roi René en ménestrel sans inspiration, se fait arrêter pour ses nombreux forfaits après bien des tortures il est miraculeusement relâché d’une prison dont personne n’est revenu. Fatigué, vieilli et désabusé il revient à Paris à bout de force pour constater que sa légende est plus forte que sa personne avant d’être bannie à tout jamais de la capitale qui à soif du mythe mais pas de l’homme.
Le ton est malicieusement grivois, les situations belliqueuses et l’ambiance générale est bien celle d’une époque ou l’homme était plus proche de l’animal que de l’humain raffiné en devenir des siècles qui suivront. Teulé réinvente la biographie romancée et imaginaire avec un tel talent que l’on referme le livre certain que c’est ainsi que Villon aurait voulu que l’on se souvienne de lui.
Voici un livre intelligent, drôle, attachant et effrayant.
Un peu le genre de bouquin dont d'autres auteurs, pour peu qu'ils soient d'un tempérament jaloux, pourraient se dire "Bon sang, pourquoi n'ai-je pas eu cette idée? J'aurais voulu écrire ce livre moi-même!"
Et c'est vrai que François Villon ou son fantôme est là, partout, dans l'air qui nous entoure.
Il se trouve enfoui dans un lobe de cervelle de tous ceux qui ont été élevés dans la langue française. Il suffisait de prendre les pinces ou la vrille adéquate et de creuser au bon endroit du crâne.
Autrement dit, Villon, il est dans notre inconscient collectif, il est aux fondements de notre culture commune. J'ai ouï quelques zozos se rendre ridicules avec des discours sur l'identité nationale, ils feraient bien mieux de prendre la parole pour nous réciter une balade de Villon.
On serait un peu moins fiers toutefois, si on se rendait compte à quel point le berceau de notre culture baigne dans le sang, la merde et la violence.
"Donnez-moi votre boue et j'en ferai de l'or", clame Baudelaire, et c'est très exactement ce qu'a mis en pratique bien plus tôt François Villon.
La filiation est si évidente que j'ai envie de demander à Jean Teulé s'il ne compte pas compléter sa série poétique par un hommage à Baudelaire.
Et de la boue, il y en a dans cette époque étrange aux valeurs bizarres.
Les châtiments y sont disproportionnés, et aussi lents et savoureux que la justice est expéditive.
La mort et la cruauté sont d'une banalité effarante, au point qu'un personnage puisse se distraire et plaisanter du supplice de son propre frère.
Ce livre nous rappelle aussi, s'il en était besoin, que si la poésie peut être magnifique, le poète peut être méprisable.
Mais en même temps, quand on commence sa vie en voyant pendre son père et enterrer sa mère vivante, comment ne pas placer sa vie sous le signe de la cruauté et de la mort?
Et surtout, il faut bousculer les mythes sous peine qu'ils se transforment en icônes. Ils ont la force d'être bousculés.
On a l'impression que Jean Teulé à tissé l'histoire de Villon autour de ses poèmes, en les reliant par un fil conducteur. Ça c'est remarquable. Comme Villon parle de lui dans ses poèmes, Teulé utilise la première source d'information disponible. Du moins, c'est l'impression qu'il donne.
Cela rend la poésie de Villon extrêmement vivante.
Aussi, j'ai adoré l'humour qui vient contre-balancer la cruauté. L'humour de Villon et celui de Teulé. C'est incroyable par exemple, cette histoire du porc nourri exclusivement d'aveugles! Faut-il avoir l'esprit tordu pour imaginer ça! Et pour en rire comme je l'ai fait, alors!
Et puis, un poète qui retourne dans le néant une fois son oeuvre accomplie, comme Rimbaud ou Villon, n'est-ce pas le genre de fin mystérieuse qui convient à une légende?
Justement, "Ils ont fait de moi une légende", se plaint Villon. Eh bien maintenant, cher François, tu tiens un coupable de plus, et il s'appelle Jean Teulé!
Normalement, je n'aime pas trop les romans historiques, et je ne m'intéresse pas spécialement à la vie d'un poète. Mais ayant été charmée par l'écriture de Jean Teulé, et aussi parce que c'était le seul disponible à ma bibliothèque, je me suis lancée dans la lecture de "Je, François Villon".
J'ai été agréablement surprise. Jean Teulé nous livre la vie romancée de François Villon, de sa naissance à sa disparition. Ca a dû être un travail incroyable, l'écriture de ce livre, car il est extrêmement bien documenté. J'ai toujours autant aimé l'écriture de Teulé, bien que très différente dans ce volume par rapport aux deux autres que j'avais lu.
J'ai aimé découvrir cette existence tumultueuse, et les vers de François Villon, que je ne connaissais pas du tout avant de lire ce roman, et que je n'aurais certainement jamais découvert autrement. L'auteur a su introduire les poèmes dans le récit, les "habiller" d'histoire et les rendre vivants.
Moi qui ne suis vraiment pas passionnée d'Histoire d'habitude, Jean Teulé décrit de façon très réaliste l'époque et je suis vraiment bien entrée dans la lecture.
Un livre à lire, car on en apprend beaucoup, à travers une lecture très agréable.
L'avis de MbuTséTséFly
Je viens de finir le livre que j'ai dévoré. Je n'ai beaucoup a ajouté qui n'ai été écris ici, je dirai donc que j'ai beaucoup apprécié cette exploration d'un Moyen-Âge chaotique voir apocalyptique, puisque résultat de 100 ans de guerre. Mes sentiments vacillaient entre tendresse et dégoût et, souvent, le sentiment que ce poête impulsif, "chanceux" et épris liberté n'a rien compris à cette liberté. Je pense surtout au fait d'obéir comme un imbécile à des rituels comme de faire violer son amie. Et pourtant il se dégage une sorte de naïveté du personnage qui fait qu'on le suit toujours et qu'on prend pitié de lui.
Je retiens surtout une belle peinture d'une époque que j'avais de la peine à imaginer: la fin de la guerre de cent ans et l'état dans lequel la société se trouvait au sortir de cette période. J'imagine qu'en effet, un terrible cynisme, voire un pessimisme sans borne devait règner. Et finalement, à choisir entre les ridicules fantasmes bucoliques des petites bergères dans leur champs fleuris ou l'exploration de Villon jusqu'aux tréfonds de l'humanité de son époque, je préfère Villon.
L'engouement, c'est communicatif, et c'est aussi, des fois, inquiétant. Celui qui entoure "Je, François Villon" l'est encore plus : il est encore plus fort que les autres. Des centaines de commentaires, pas une seule critique négative, à ma connaissance. Un succès fou chez les "blogs amis", plus le Prix des Chatsdebiblio 2007. Si ce livre avait été écrit par un inconnu, cela m'aurait paru beaucoup trop. Mais Jean Teulé a aussi écrit "O Verlaine", et "Darling", deux romans que j'avais beaucoup aimés. J'avais donc confiance.
Figurez-vous, chers chats, que "Je, François Villon" est encore mieux que ce que je croyais !
Cette autobiographie à moitié imaginaire du grand poète médiéval, est carrément un régal !! Il y a, dans ce livre, tout le talent d'un grand romancier, ajouté aussi au talent d'un grand auteur de bande-dessinées, capable de donner à des situations déjà très drôles une force visuelle décoiffante ! Villon existe, au même titre qu'un personnage de roman ordinaire, sans les lourdeurs du genre biographique, mais avec le même savoir, la même science, et la même précision. C'est François Villon, en même temps ce n'est pas lui, c'est en fait une forme assez inédite, un roman n'ayant pas, je pense, d'équivalent ("O Verlaine" était un livre moins romancé). Cela donne l'impression que Jean Teulé a écrit une "sequel" des poèmes de Villon, a pris un personnage connu ailleurs, pour le mettre en situation. Résultat troublant, remarquable, d'une drôlerie irrésistible.
Je m'arrêterai ici, faute de temps je me contente de m'ajouter au concert de louanges. "Je, François Villon" est un livre exceptionnel, qui mérite son énorme succès, qui mérite d'être lu et relu. Courez-y !
Décidément c'est un livre énormément lu en ce moment. Contrairement à ce que disait Laiezza, il y a quelques critiques négatives sur ce livre dans la blogosphère. Nous lisions ce roman pour "Le club des bloggueuses" et un débat très intéressant s'est installé.
Pour ma part, j'ai adoré ce roman. J'avais déjà été envoûtée par "Ô Verlaine" mais je l'ai été différemment pour François Villon : le parti pris de l'auteur d'écrire du point de vue de Villon, d'insérer les poèmes originaux dans le corps du texte donne une cohérence extraordinaire à l'ensemble.
Certes il existe des passages d'une cruauté féroce, à nous donner des frissons... Mais n'est-ce pas là tout le génie d'un auteur que de donner à nous, cher lecteur, des sentiments aussi puissants ... dans un style aussi fluide!
Jean Teulé a réussi à donner vie à François Villon. Pendant les quelques heures de ma lecture, je n'étais plus moi-même. J'étais transportée dans le Paris du XV siècle aux côtés de Monsieur François.
Je sais que de nombreux chats se sont déjà délectés de cette merveille mais je ne peux que me joindre à Laiezza dans le cri : Courez-y (si ce n'est déjà fait!)
"Rainbow pour Rimbaud" - Jean Teulé
L'avis de Thom
C’est l’histoire d’un mec qui se prend pour Rimbaud. On ne sait pas trop pourquoi. Tant qu’à faire, moi, je me prendrais plutôt pour Keats mais bon : chacun ses références.
Ensemble, ces deux personnages vont réussir quelque chose d’extraordinaire : permettre à Jean Teulé d’écrire un livre remarquable, drôle, mordant, poétique de la première à la dernière virgule…une fable légère et aérienne, un petit roman délicieux dont on n’a pas envie de perdre une miette.
Dans un style qui n’appartient qu'à lui (et dont je confesse volontiers qu’il m’a demandé un léger temps de réadaptation durant les premières pages), l’auteur nous raconte cette histoire à dormir debout absolument délicieuse...et franchement, je n'ai pas trouvé de bémol, ce qui m'emmerde.
Un régal.
L'avis de Livrovore
"Il se prenait pour Rimbaud. Elle croyait être une aubépine..." annonce la couverture de ce roman. Voici l'histoire étrange d'un jeune homme particulier, un peu "hors société", qui se prend pour Rimbaud, et connaît tous ses poèmes par coeur. Un jour il rencontre Isabelle, qui, elle, est passionnée par une aubépine. Ils partent tous deux dans un voyage sur les traces de Rimbaud.
On retrouve ici, comme dans "Balade pour un père oublié", la faculté qu'a Jean Teulé de créer des personnages singuliers, qui agissent sur des coups de tête et un peu n'importe comment, qui ne ressemblent à personne, sauf peut-être un peu à des protagonistes de contes de fées.
La toile de fond est la vie de Rimbaud, bien sûr, et ses vers qui ponctuent l'histoire quand Robert les récite. Mais pas seulement. Ce livre évoque aussi les questions d'identité. La manière de, peut-être, échapper à sa vie, quand on se prend pour un autre.
"On a tous notre enfermement, pense Isabelle... Et c'est très bien comme ça. Vouloir sortir de son cercle pour s'installer dans le cercle d'un autre, c'est devenir fou."
J'ai toujours autant aimé l'écriture de Teulé. Encore plus quand il écrit comme cela, tout en métaphores et avec des personnages presque irréels, mais qui vivent dans la société d'aujourd'hui. Des personnages auxquels je m'attache beaucoup, que j'aimerais ne pas quitter.
Bon parce qu'il fallait bien que ça arrive ce livre m'a affreusement déçue.
Les personnages étaient trop proches de ceux "balade pour un père oublié" Rimbaud trop absent du livre et les poèmes quasi inexistants.
Il y avait comme un air de déjà vu et en même temps une forme d'inaboutissement (ca se dit un truc pareil ?) dans le texte qui m'a tout simplement déplu.
Quatre livres sur cinq qui m'ont plu c'est déja énorme je ne vais donc pas me plaindre mais bon c'est dommage quand même!
dimanche 16 mars 2008
"La Bête qui meurt" - Philip Roth
L'Avis de Lily
Si Philip Roth avait voulu écrire une parodie de Philip Roth, il n'aurait sans doute pas procédé différament.
Dans The Dying Animal, nous trouvons donc un personnage et une histoire (le mot "histoire" étant peut-être un peu fort !) plus Roth que Roth. Nous avons :
- un juif.
- qui est universitaire et donc très cultivé (il le prouve en citant un nom d'auteur toutes les deux pages)
- qui est obsédé sexuel (il le prouve en parlant de cul sur toutes les pages où il ne cite pas de noms d'auteurs)
- qui nous raconte une vie très intéressante (mais surtout très intello) au coeur de l'Amérique puritaine (mais pas non plus dans les bas-fonds du Texas puisque David Keppesh nous parle en direct sa superbe bibliothèque).
- qui s'envoie une fille magnifique de 25 ans alors que lui-même est à moitié grabataire
...bref une caricature. Il y a des romans caricaturaux, mais là Philip Roth fait une caricature de ses propres romans, ce qui est tout de même assez surprenant. Le plus ennuyeux, c'est qu'en plus ce roman est très, très court. Je vous laisse donc imaginer la déception...! Il y a, comme l'a dit plus haut Sahkti, tout un barratin sur la libérations des moeurs, des théories philosophiques, etc. Que personne ne s'y laisse prendre : c'est du blabla et rien de plus. C'est un cache-misère (il suffit de connaître les grands livre de Roth comme The Ghost Writer ou Portnoy... pour s'en rendre compte).
En un mot comme en mille : un livre nul. Le plus mauvais Roth que j'ai lu à ce jour (et si on considère qu'à l'exception d'un ou deux j'ai dû tous les lire...)
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L'Avis de Céline
Le sujet est un peu « bateau » mais traité par un grand auteur de renom peut parfois surprendre. Hélas rien de prodigieux dans ce texte lapidaire qui a même une tendance poussive.
Le narrateur est un homme qui entre dans le vieillesse jouissant d’une certaine renommé dans son travail (il est professeur de littérature) et d’une admiration encore vive après de ces élèves avec qui il entretient régulièrement des aventures flatteuse pour son ego autant que pour assouvir une libido encore vive.
Jusqu'à ce qu’il rencontre Consuela qui sera une sorte d’œuvre d’art pour lui (enfin surtout ces seins dont il nous rabat les oreilles) Une liaison qui finira par le ronger de jalousie et qu’il verra se terminer avec douleur mais soulagement.
Jusque là la réflexion sur le vieillissement est assez bien menée, bien que froide et distanciée. Pour autant le narrateur est intègre avec la vie qu’il a choisie et fait un constat assez lucide sur nos petits mensonges avec nous même.
Jusqu'à ce que Consuela réapparaisse et que le livre prenne une direction à la fois bâclée dans l’écriture et pathos dans l’histoire. Ce qui m’a aussitôt fait oublié ce qui m’a plu au départ !
Dommage !
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L'Avis de Zaphod
Extrait d'interview :
- (Zaphod) "Monsieur Roth, pourquoi devient-on écrivain?"
- (P. Roth) "Mais pour baiser, voyons! Quoi d'autre? Pour baiser le plus possible et le plus longtemps possible."
Bon c'est son avis, hein. Ça n'engage que lui. Mais c'est sûr qu'avec un livre comme "La bête qui meurt", il se trouvera bien quelques jeunes filles délurées pour confondre Roth et Kepesh, et avoir envie de goûter au phénomène. Qui osera affirmer que cette idée n'a pas traversé l'esprit de notre auteur pendant la rédaction du livre? Je serais même prêt à parier qu'il nous a épargné ses digressions habituelles pour que le livre sorte plus vite, pressé qu'il était de vérifier la force d'attraction de sa littérature.
Lily dit "caricature", je dis "honnêteté".
La sexualité masculine est différente de la sexualité féminine. C'est con à dire, mais un homme et une femme n'aiment pas, ne font pas l'amour de la même manière. Ca parait tellement évident qu'on se demande comment tant de gens s'imaginent que ce qui les excite ou ce qui les fait jouir ou ce qui les émeut produira systématiquement le même effet sur leur partenaire. Parfois oui, par hasard, ou par le jeu de la chimie amoureuse qui déclenche des réactions en chaîne d'excitation, ou par le fruit d'expérimentations approfondies.
Une femme ne saisira pas toujours toute l'urgence, tout l'impératif du désir masculin. C'est un désir qui a quelque chose de caricatural en effet.
Ce qui est commun aux deux sexes, par contre, c'est le fantasme. Et le fantasme a toujours un caractère très narcissique, puisque dans un fantasme, rien ne vient entraver la libido du sujet.
Dans ce livre, Roth expose avec franchise un fantasme masculin. Faut pas se faire d'illusion, coucher avec une beauté de 25 ans, ça restera un fantasme prépondérant pour beaucoup d'hommes qui prennent de l'âge. Le sexe, c'est la vie, le sexe, c'est la jeunesse. Vieillir, c'est risquer de perdre la sexualité. Ca fait partie de l'angoisse de mort.
Peut-être que Roth a vu aussi ce texte comme une sorte d'hommage à la femme, au corps féminin, plutôt. Un hommage d'une goujaterie monstre, mais être placé en position d'ultime, prépondérant, et désespérant objet de désir, tel que le veut la règle du fantasme, peut à la limite rencontrer un fantasme féminin complémentaire et être source de valorisation.
C'est le mot "objet" qui choque? Oui, sans doute, il est là le vrai tabou, plus que dans le mot "vagin" ou le mot "bite". Mais il fait partie du jeu du fantasme amoureux. Accepter à un certain moment d'être l'objet de l'autre, et accepter que l'autre soit -pas uniquement, mais aussi, notre objet de plaisir, c'est ouvrir la porte au fantasme et donc à un plaisir transcendé.
J'ai beaucoup aimé ce livre. Il m'a (oui, j'ose le dire ...) excité.
P.S. j'ai bien déconné, sur cette critique, hein.
"La Tache" - Philip Roth
L'Avis d'Elihot
Coleman Silk se confie à Nathan Zuckerman. Il lui raconte les évènements qui l'amenèrent des années plus tôt à démissionner de sa chaire à l'université, alors qu'il en était l'un des professeurs les plus réputés. Mais une accusation de racisme, due à un malentendu, a provoqué sa chute. Pourtant Zuckerman devine que Silk, qui souhaite confiner tout son récit dans un livre, ne lui dit pas tout. Il mène donc une enquête, et découvre le lourd secret de son nouvel ami...
"La Tache" fut mon second contact avec Philip Roth, bien des années après le premier : "Le grand roman américain", lu à sa sortie (car hélas je ne suis pas une petite jeune contrairement à tant de chats ). J'ai largement préféré ce roman plus récent. Il m'a parue tellement plus fin, subtil et maîtrisé. Philip Roth en 2000, ce n'est plus le même Philip Roth qu'en 1973. Ca peut paraître un lieu commu que de dire ça, mais en fait non, car il y a une évolution vraiment considérable, notamment dans la gestion de la narration : "La Tache", deux fois plus longue, contient deux fois moins de longueurs. Et puis l'analyse de caractère (d'ailleurs assez proche puisque dans le cas il s'agit de montrer l'impact de l'histoire collective américaine sur les destins individuels) m'a semblée tellement plus légère, très fluide, alor que le récit est très complexe : quatre histoires s'entre-mêlent :
- Zuckerman
- La démission de Silk
- La liaison de Silk
- Le secret de Silk
Un auteur moins habile aurait tronçonné son histoire ou alors aurait mélangé les quatre en rendant son roman indigeste. Philip Roth donne l'impression que tout est sa place, qu'il tient les rennes. Son livre, est juste parfait.
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L'Avis de Livrovore
Pfiou, quel récit ! (c'est la première phrase qui me vient alors même que je viens tout juste de refermer le livre !)
Philip Roth nous sert un récit très dense, qui aborde un grand nombre de sujets. Il nous parle de l'exclusion et du racisme, des traumatismes de la guerre, des problèmes d'identité, des secrets de familles, et j'en oublie... J'ai aimé son écriture, sa façon de nous faire entrer dans l'histoire, son pouvoir de nous étonner, de nous faire tourner et revirer dans plusieurs morceaux d'histoires qui s'imbriquent.
Mais les digressions sont de temps à autre un peu longues, même si l'on ne s'ennuie pas, parfois on ne sait plus très bien où en en est, et où il veut en venir. Peut-être est-ce un livre qu'il faut lire en plusieurs fois, car il est difficile à lire d'une traite, difficile de tout assimiler au fil de la lecture. Du coup on s'attache moins aux personnages quand on ne sait plus très bien où ils en sont. C'est dommage, car il y a plein de sujets très intéressants dans ce livre, et les personnages sont bien présentés dans leur façon d'être et d'agir.
"Le Sein" - Philip Roth
Par Laïezza
A quoi peut-on résumer l'identité d'un homme ?
C'est la question épineuse que Philip Roth traite dans ce roman, sur un mode burlesque et délirant. Contrairement à ce que laisse croire le titre en effet, il ne raconte pas l'histoire d'un homme qui est obsédé par les seins, mais qui est transformé en un sein (énorme, en plus ! ) et tente de s'expliquer puis de survivre à sa nouvelle condition...intéressante réaction que celle de David Kepesh, ce professeur de littérature comparée qui à force de toujours tout analyser, donne l'impression de réfléchir au pourquoi de son état avant de laisser parler son instinct de survie. L'idée était-elle de souligner qu'on restait le même, au-delà des apparances ? Même pas !
C'est bien plus compliqué que ça : il y a trois axes de lectures, Philip Roth essaie de satisfaire toutes les exigences simultaément. Il dresse l'hommage à Kafka, c'est ce qui semble le plus simple pour lui. Ensuite en voulant coller et à ses exigeances intellectuelles et à ses exigeances comiques, il a un peu scié la branche sur laquelle il était assis et signé en livre un peu foutraque...mais plutôt sympa. Ses délires de potaches (vous imaginez tout ce qu'on peut inventer quand on a un personnage transformé en sein ! ) ne sont pas là pour intellectualiser les débats comme je l'ai lu dans certaines analyses, mais pour détendre, dédramatiser les instants, nombreux, où la confusion du narrateur est étouffante. Avec la même histoire Kafka aurait écrit un roman horrible et poisseux ; Philip Roth en a fait une comédie burlesque et lettrée...
"Portnoy et son complexe" - Philip Roth
J'ai choisi ce livre parce que j'avais lu de très bonnes critiques sur ce forum, et parce que j'entendais beaucoup parler en bien de cet auteur. Du coup, j'étais persuadée que j'allais aimer. Manque de bol, je me suis plutôt ennuyée... Philip Roth nous sert là une histoire sous forme de confession, le personnage principal nous explique toute sa vie, ses frustrations et préoccupations. Il y a quelques passages qui m'ont fait sourire, et un seul passage qui m'a vraiment faire rire. Pour le reste, ce livre m'a laissée indifférente. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à ce qu'il raconte. L'auteur s'est certainement voulu subversif, sauf que placer les mots "bite" et "con" à chaque page ce n'est plus choquant aujourd'hui, c'est juste lassant. C'est donc une grosse déception pour moi, mais j'essaierai certainement plus tard un autre livre de Philip Roth, pour voir...----------------------------------------------------------------------------------------------------
L'Avis de Thom
J'ai beaucoup de mal à avoir un avis objectif sur ce livre, que je viens de lire pour la seconde fois. Parce que pour les admirateurs de Philip Roth (dont je suis) et pour la plupart des fans de littérature américaine (dont je suis également), Alex Portnoy est quasiment mythique.
A un résumé, je préfère souligner le terme personnage, car on a trop souvent tendance à considérer que Philip Roth est le narrateur de ses romans. C'est vrai dans certains ("Operation Shylock" au hasard), mais c'est totalement faux dans la plupart des cas. C'est là tout son génie dans "Portnoy", justement : on ne lit pas un livre de Philip Roth, on lit la confession d'Alex Portnoy. On y croit dur comme fer. Pas à un seul moment on n'a envie de mettre en doute la véracité du propos... c'est une constante chez les Philip Roth, mais c'est particulièrement prononcé dans ce livre précisément
Je prends la peine de le préciser parce que l'image du père est omniprésente dans l'oeuvre de Roth. Un père faible, écrasé par sa femme... dans "Portnoy", comme dans "When she was good", comme dans les nouvelles de "Goodbye Colombus", comme Ira Ringold (le père spirituel en l'occurrence) dans "I married a communist". Rien à voir avec le Herman de "Patrimony", qui relève plus du père fantasmé à mon sens.
Et "Portnoy", plus qu'un livre sur la mère, plus qu'un livre sur le sexe, m'apparaît comme un livre sur le père - plutôt sur l'absence de père. Son inexistence. Comme un sujet en creux, qui se glisserait discrètement dans la plupart des textes de l'auteur. Car finalement, si les relations d'Alex avec le sexe est si compliquée, c'est moins à cause de sa mère que parce qu'il n'a jamais eu face à lui l'image masculine nécessaire à tout petit garçon pour s'épanouir.
Euh... peut-être que je projette mes propres obsessions dedans en fait! Mais après tout c'est normal, c'est le propre d'un mythe.
Pour moi, la phrase qui résume le livre est la suivante :
"...si seulement mon père avait été ma mère! et ma mère mon père!"
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L'Avis de Zaphod
Avertissement : désolé, je vais utiliser 256 fois le mot "complexe" dans ce commentaire, mais les synonymes sont assez difficiles à trouver (c'est comme pour le mot synonyme, vous connaissez un synonyme de synonyme?). A la limite, j'aurais pu utiliser névrose, mais c'est pas exactement ça.
Remerciements : Sans l'Aristochat, ce livre serait encore resté longtemps, peut-être indéfiniment dans ma liste à lire. C'est sûr que c'est moins impressionnant de se lancer dans un livre de l'Aristochat que dans un livre de Philip Roth. Alors, merci à l'Aristochat.
Je comprends ceux qui se sont ennuyés en lisant ce livre. La description (bien que traitée ici avec brio et humour) de la famille juive new-yorkaise caricaturale coincée dans ses traditions avec une mère dominatrice et hyper-protectrice est éculée depuis belle lurette (ça c'est une expression que j'adore, "belle lurette").
Même chose pour l'étalage de fantasmes sexuels plus ou moins pervers.
En fait, au début, je trouvais Alex, ses complexes, son histoire, sa vie absolument sans intérêt.
Bon, déjà, au niveau des complexes, Roth ne tient pas la distance face à Kafka (il y a d'ailleurs quelques clins d'oeil à Kafka dans le livre). Ceux de Kafka sont cent fois plus lourds. Ils donnent des oeuvres bien plus tordues que l'auteur n'osait d'ailleurs même pas publier tellement il était complexé.
Et puis, je me suis aperçu que les fameux complexes d'Alex n'étaient pas le seul sujet du livre. Peut-on trouver un livre choquant ou subversif parce qu'il contient le mot "con" ou le mot "bite" (même répétés un grand nombre de fois)? S'arrêter à cela, c'est un peu passer à côté du livre. Roth entreprend en effet une quête d'une noblesse et d'une difficulté inouïe : rien moins qu'essayer de comprendre comment nous devenons ce que nous sommes.
Et pour ce faire, Roth ne choisit pas la voie passablement plus facile de l'autobiographie. Il choisit la voie royale de la fiction.
Et c'est un succès. Alex Portnoy existe. Roth lui donne une telle réalité ! "Il impose sa fiction à l'expérience", selon la citation rapportée par Thom.
Il n'y a pas de grand drame romanesque dans la vie d'Alex Portnoy, car les grands drames il est à la limite possible d'y faire face courageusement et de les surmonter. Une infinie succession de petites vexations ou contrariétés est parfois beaucoup plus insidieuse, et travaille comme une lame de fond.
Il y a bien quelques évènements symboliques éminemment phalliques, comme l'épisode du couteau que la mère pointe sur le jeune Alex pour l'obliger à manger, ou celui de la batte de baseball, où Alex perd définitivement toute illusion concernant la virilité de son père.
'Okay, Big Shot Ballplayer',he says, and grasps my new regulation bat somewhere near the middle - and to my astonishment, with his left hand where his right hand should be. I am suddenly overcome with such sadness: I want to tell him, 'Hey, your hands are wrong', but am unable to, for fear I might begin to cry - or he might! 'Come on, Big Shot, throw the ball', he calls, and so I do - and of course discover that on top of all the other things I am just beginning to suspect about my father, he isn't 'King Kong' Charlie Keller either.
Son père est incapable de tenir une batte, ce qui est tout bonnement inimaginable pour un américain de sexe mâle, et il aurait voulu le lui dire, mais depuis quand un fils apprend-il à son père à tenir une batte? Au lieu de ça, il n'aura de cesse de tenir son sexe dressé comme une batte, dans un besoin constant de se rassurer sur sa propre virilité (bon, du moins, c'est une interprétation comme une autre, hein ).
Les complexes sont toujours drôles. C'est méchant mais c'est comme ça. En passant par la fiction, Roth a su conserver la drôlerie de complexes qui ne lui sont probablement pas complètement étrangers.
Roth décrit si bien l'obsession qu'on se pose la question : soit il est lui-même un obsédé de première, ce qui en fait un auteur exceptionnellement sympathique, soit c'est pure fiction, ce qui en fait un auteur exceptionnellement doué.
Ah oui, et la dernière phrase du livre est tout simplement géniale. Même si je m'étais emmerdé pendant toute la lecture, la dernière phrase rachèterait presque le tout.
"Quand elle était gentille" - Philip Roth
Une vrai merveille ce livre! Je le mets sur ma liste Coups de coeur à côté de La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy . (Eh Oui!)Plus de trois cents pages pleines de dialogues ou dialogues internes géniaux! C'est comme si en lisant on regardait un film. Le moment où Lucy est dans la voiture avec Roy qui essaie de la séduire est comparable à, et même encore mieux que, Paradise By The Dashboard Light de MEAT LOAF. Le livre commence par introduire tranquillement les personnages. On se fait une idée des caractères, on prends parti et puis, petit à petit, on découvre que tout n'est
pas comme il semble ; et dans la troisième partie l'histoire culmine là où le personnage principal arrive au plus bas.Sublime.
"Goodbye Columbus" - Philip Roth
Par Lily
Premier livre et premier triomphe pour Philip Roth : en 1960, Goodbye Columbus reçoit le prestigieux National Book Award - catégorie nouvelles.
C'est pourtant un auteur très différent de celui qui explosera une décennie plus avec Portnoy's Complaint : très jeune, Philip Roth a une écriture et des thèmes bien plus sages, comme s'il s'était avili mentalement avec le temps. Les six nouvelles de ce recueil s'inscrivent ainsi toutes dans une atmosphère douce-amère, nostalgique, mettant en scène des adolescents (ou en tout cas des gens de moins de trente ans à chaque fois) en proies à des turpitudes bien de leur âge : amours contrariées, questionnements identitaires, relations parentales...
Bien sûr tous ces personnages sans exception appartiennent à la communauté juive new-yorkaise. Là, on sent déjà la thèse défendue par Philip Roth au cours des presque cinquante dernières années : de par son histoire, voir même sa définition (les juifs sont une minorité invisible dépourvue de la moindre particularité physique qui les rendrait immédiatement identifiables), la communauté juive exacerbe les sentiments générationnels et les engagements politiques. Le juif, chez Roth, est une allégorie de l'humanité, car le juif peut-être de n'importe quelle nationalité, de n'importe quel bord politique et peut incarner n'importe quelle fonction sociale - à ceci près que le juif rothesque vit tout cela plus intensément ou plus mal que les autres.
C'est le seul trait commun à ce livre et aux autres de son auteur. A part ça, Goodbye Columbus n'est ni provocateur ni profondément lettré, ne renferme pas de grandes références et n'a pas une portée philosophique démesurée. C'est surtout une collection de petites vignettes (parfois un peu désuètes) nostalgiques et attachantes, idéale pour faire la connaissance de Philip Roth. C'est d'ailleurs devenu depuis un classique de la littérature anglophone, et rare sont les étudiants français en anglais qui réussissent à atteindre la seconde année de leur cursus sans l'avoir étudié.
vendredi 14 mars 2008
Le procès - Franz Kafka
Par Laiezza
Joseph K. , employé dans une banque, fête ce matin ses trente ans. Mais il n'a pas vraiment le temps de savourer cette excellente nouvelle : deux inconnus s'introduisent dans sa chambre pour l'arrêter. Ainsi commence le calvaire de Joseph K., anti-personnage incontournable dans l'oeuvre d'un autre K - Kafka. Joseph K. qui va passer par tous les états possibles et imaginables dans ce genre de situation ubuesque : il va d'abord croire à une plaisanterie, puis se demander qui lui en veut au point de le faire arrêter et finalement constater qu'il ne sait même pas pourquoi on va le juger.Premier des trois romans de Kafka à avoir été publié, mais dernier à avoir été écrit, "Le Procès" est sans aucun doute le plus achevé des trois. En fait, il n'a pas plus de fin que "Le Chateau", mais sa "non-fin" colle finalement très bien à l'univers absurde développé tout au long du texte. Comme dans tous les livres (voir tous les textes) de Kafka, on assiste à la destruction d'un personnage. Mais Joseph K. a ceci de différent des autres personnages de l'auteur qu'il est doté d'une réelle personnalité qu'on voit s'élimer au fur et à mesure du récit. Joseph K. va être broyé par l'appareil judiciaire, mais c'est à mon avis une erreur de résumer le livre à cela : K. est broyé, tout court. Ce n'est pas uniquement la justice, mais toute une société à dominante administrative qui s'acharne sur lui, comme dans un cauchemar où il serait le dernier être à conserver un soupçon d'humanité. C'est une thématique récurrente chez Kafka, et cette angoisse de la justice est probablement le reflet d'une de ses propres angoisses. Elle se communique d'ailleurs violemment au lecteur : après tout, nous sommes tous à la merci d'une arrestation arbitraire.
Le problème d'un roman ainsi inachevé, c'est que finalement on ne sait pas réellement si l'arrestation est totalement arbitraire ou non. Le fait que Joseph K. ne sache pas pourquoi il est arrêté ne signifie pas obligatoirement son innocence. Je me suis toujours étonnée que si peu de critiques relève cette possibilité comme quoi, peut-être Joseph K. a t'il réellement des choses à se reprocher. C'est une question intéressante, du point de vue de l'analyse du texte, car finalement ce n'est pas l'aspect arbitraire de la justice qui terrorise le plus dans ce roman. C'est son aspect incompréhensible. Au point que Joseph K. finisse par douter de sa propre innocence !
Pour finir, ce n'est pas un hasard à mon avis si ce roman est le plus connu et le plus populaire de l'auteur :
- D'abord il représente une excellente synthèse de ses travaux : c'est l'histoire d'un personnage banal pris dans une histoire invraissemblable et emporté dans une suite d'évènement aussi cruels qu'incontrôlables.
- Ensuite il est sans doute le plus réaliste de tous, et donc le plus terrifiant : "Le Chateau" et "L'Amérique" présentent le même type d'histoires (le terme concept serait d'ailleurs plus aproprié) mais la part fantastique y est beaucoup plus importante. Dans "Le Procès", en revanche, l'absurdité des situations est plus proche de la réalité. Qui parmi nous n'a jamais été sidéré par la complexité et la folie des administrations ?
Biographie de Kafka
Journal - Franz Kafka
Par Lily
Mettons-nous d'accord tout de suite : oui, le Journal de Kafka est un livre ennuyeux. Ennuyeux à mourir, même, au bout de la moitié. Mais ce n'est pas un livre inintéressant. Ce n'est pas mon avis.
J'aurais aimé, par exemple, qu'il évoque un peu plus son oeuvre. Mais n'est-ce pas un détail intéressant que de constater que dans ce journal intime ses travaux en tant qu'écrivain ne semblent pas énormément le préoccuper ? peut-être est-ce là que réside le côté inachevé de ses romans ? peut-être prenait-il cela par dessus la jambe ? je trouve qu'il n'est en tout cas pas idiot de voir les choses de cette manière.
Dans le même ordre d'idées, puisque Lise parlait de l'impuissance de Kafka, ce journal est très...kafkaïen ! Car l'impuissance de l'auteur transparaît à toutes les pages. Ou plutôt sa môlesse de caractère et son incapacité à prendre sa vie en main. La moindre de broutille devient pour lui une catastrophe quasi surnaturelle. Pas étonnant que les postulats de départ de ses livres soient aussi simples ! Il n'avait pas du tout besoin de faire intervenir des éléments surnaturels pour écrire du fantastique puisque dans sa vie quotidienne n'importe quelle petit tracas de boulot prenait des proportions sidérantes.
Pour moi, la question de savoir si les personnages de Kafka sont un reflet de l'auteur ne se pose donc plus. Il n'en demeure pas moins que le "personnage Kafka" n'a rien d'attachant, on a même souvent envie de lui coller des baffes à force de souffrir ses jérémiades incessantes.
A la question de "Kafka était-il conscient ou non" posée par Thom, je répondrai donc que oui, Kafka était conscient que sa vie était un désastre. C'est sûr. En revanche, ce dont il n'a jamais été conscient, semble t'il, c'est qu'il aurait pu y remedier. C'était tellement plus facile de rejetter systématiquement la faute sur un tiers non identifié - exactement comme dans ses livres...
Biographie de Kafka
Le château - Franz Kafka
Par Thom
S’il ne fallait en garder, ce serait sans doute celui-ci.
Comme tous les romans de Kafka, « Le Château » a été publié à titre posthume. En seconde position, un an après « Le Procès ». Mais en réalité, c’était son ultime projet, celui auquel il consacra les dernières années de sa vie, et ça se sent : ce livre-ci est infiniment plus subtil, plus complexe et plus achevé que ses deux autres romans. C’est une incroyable mine d’or, un mælstrom de l’art kafkaïen dans toute sa splendeur.
K. débarque un soir dans un village. Qu’est-ce qu’il fout là ? on ne sait pas trop. Il cherche le Château. Il veut s’y rendre, il veut l’affronter. Qu’est en réalité ce château ? Existe t’il même réellement ? Et si oui quelles sont les motivations de K. ?
Voilà pour la mise en bouche. La suite, c’est un brouillard total, un magma de mots et de phrases, un ensemble compact, étrange, fou, parfois à la limite du compréhensible. C’est la seconde fois que je le lis, et je n’en ai pas encore saisi toute la symbolique ni découvert tous les secrets. Il est extrêmement difficile, lorsqu’on s’intéresse au trois romans de Kafka, de leur donner une chronologie correcte et de savoir quels étaient les buts poursuivis par leur auteur. Mais « Le Château » me semble différent du « Procès » et de « L’Amérique », par bien des aspects. En général, les critiques ont plutôt tendance à marginaliser « L’Amérique », justement, qui pourtant est le plus typiquement kafkaïen des trois. Alors que « Le Château »…il nous montre un protagoniste en quête de reconnaissance et d’accomplissement personnel. Cette reconnaissance viendra du Château et de ce qu’il en retirera, le cas échéant, mais on peut sans trop extrapoler supposer que cette reconnaissance-là est la même reconnaissance que Kafka n’a jamais su trouver de son vivant. Que les frustrations de K. sont des échos aux propres frustrations de l’auteur. Ce que je veux dire par-là, c'est que la divergence fondamentale entre les deux autres romans de Kafka et celui-ci, c’est que K. existe. Il a un caractère, un comportement, une attitude. Un but, aussi, surtout. Ok, on ne comprend pas toujours quel est ce but , mais but il y a. K n’est pas, comme Joseph K. (« Le Procès ») ou Karl Rossmann (« L’Amérique ») une victime…du moins pas tout à fait. Il est broyé, lui aussi, non par un système ou un pays mais par un Château. Saut que contrairement aux deux antihéros susmentionnés il est maître de son destin, et il se défend. Ce n’est pas une quiche, un flat character sur lequel Kafka se défoule, mais un authentique personnage qui essaie de survivre au lieu de se laisser porter par les évènements. Puisqu'il est le dernier des trois personnages à avoir été créé, peut-être même peut-il être vu comme une sorte de réponse aux deux autres.
Tout cela, évidemment, rend encore plus navrant le fait que ce roman ne soit pas achevé, quoique cette fin en suspens corresponde à mon goût assez bien à l’atmosphère générale du bouquin.
On peut toujours ergoter sur ce qu’aurait pu ou dû devenir « Le Château »…je connais même un type qui, très sérieusement, a décidé un jour d’en écrire la fin !
Ou alors, on peut s’amuser en se disant que, peut-être, si les romans de Kafka avaient été achevés les mystères auraient été élucidé au final. Et que du coup l’adjectif kafkaïen n’existerait peut-être pas aujourd’hui.
Biographie de Kafka
Lettre au père - Franz Kafka
Par Zaph
D'abord, je savais avant de lire ce texte que la correspondance (spécialement s'il s'agit d'une vraie correspondance privée) n'est pas un genre que j'apprécie. J'ai l'impression de "violer" un peu l'intimité d'une personne, et je trouve dérangeant qu'une lettre aussi privée que celle-ci soit donnée en pâture au public. En même temps, au moment de sa publication, les protagonistes étaient refroidis depuis un bout de temps, alors ça leur faisait une belle jambe. Mais quand même.
Lorsque j'avais 13 ou 14 ans, j'ai du analyser "le Procès" pour l'école. Si le texte m'avait énormément marqué, j'étais bien incapable d'en faire une analyse, aussi, j'avais plus ou moins recopié une étude trouvée dans un ouvrage critique. Cette étude était centrée sur la relation au père et son influence centrale sur l'oeuvre de Kafka. Elle m'avait valu d'excellents points, mais encore aujourd'hui, même si je sais qu'en psychologie, la figure du père est associée à la notion de Loi, j'aurais bien du mal à tirer de ce concept une analyse détaillée du Procès.
C'est pourquoi j'étais quand même titillé par l'idée de lire cette fameuse lettre.
Et en effet, cette lettre qui d'un point de vue littéraire est à peu près aussi passionnante qu'un rapport de police, apporte un éclairage précieux sur cette question de Père et de Loi.
Si sur certains points, Kafka fait preuve d'une remarquable lucidité psychologique, ce texte est avant tout un règlement de comptes sous couvert d'analyse objective. A de multiples endroits, Kafka (j'ai la bizarre envie de l'appeler K.) utilise l'expression "je ne prétends pas que" alors qu'effectivement, l'effet recherché est bien là.
Il est difficile de déterminer dans un caractère ce qui vient de l'éducation et ce qui est inné.
Mais il semble que Kafka, enfant, ait subi une certaine humiliation de la part de son père, ce qui est un des pires principes éducatifs qui soient. Il pensait qu'il décevait et même dégoûtait son père et dès lors, aurait difficilement pu se construire une image personnelle positive. Quoi qu'il fasse, il n'a jamais réussi à satisfaire ce père si impressionnant et si distant qui aurait voulu un fils qui lui ressemble. Il en a conçu un sentiment extrêmement fort de culpabilité qui transparaît dans toute son oeuvre.
"[...] tu ne respectais pas les ordres que tu m'imposais. Il s'en suivit que le monde se trouva partagé en trois parties : l'une, celle où je vivais en esclave, soumis à des lois qui n'avaient été inventées que pour moi et auxquelles, par dessus le marché je ne pouvais jamais satisfaire entièrement, sans savoir pourquoi ; une autre, qui m'était infiniment lointaine, dans laquelle tu vivais occupé à gouverner, [...] ; une troisième, enfin, où le reste des gens vivait heureux, exempt d'ordres et d'obéissance."
Cette seconde partie du monde, ce pourrait être le Château, cette citadelle paternelle si proche et pourtant inaccessible dont K. cherchera toute sa vie, en vain, à se rapprocher. Citadelle source de lois incompréhensibles auxquelles on ne peut jamais se conformer, quoi qu'on fasse. Les livres de Kafka ne seraient ils pas tant une satyre de la bureaucratie aveugle qu'une transposition à peine imagée des rapports à son père?
"[...] à débattre de près et de loin, avec toutes les forces de la tête et du coeur, ce terrible procès qui est en suspens entre toi et nous, et dans lequel tu prétends sans cesse être juge, alors que, pour l'essentiel du moins, tu y es partie, avec autant de faiblesse et d'aveuglement que nous."
Le procès sujet à d'infinis atermoiements, comme dans le roman du même nom, c'est bien avec le père qu'il se joue. Et comment résoudre un procès dont le juge (fonction paternelle de la loi) est en même temps partie.
"Dans mes livres, il s'agissait de toi, je ne faisais que m'y plaindre de ce dont je ne pouvais me plaindre sur ta poitrine. C'était un adieu que je te disais, un adieu intentionnellement traîné en longueur [...]"
Ce n'est effectivement pas le genre de lettre qu'on envoie (je le sais pour avoir commis l'erreur d'en envoyer une semblable), et ce n'est peut être pas le genre de roman qu'on termine.
Biographie de Kafka
Franz Kafka (Aristochat oct/nov 2006)
Par Laiezza
Né à Prague en 1883, Franza Kafka est tout l'inverse de l'image qu'on peut se faire du génie. Personnage discret et effacé, il vécut quarante et une années durant une vie sans relief et dépourvue de véritable intérêt.
On a coutume de dire Kafka est un écrivain tchèque, ce qui est juste du point de vue géographie mais ne l'est pas réellement du point de vue historique : en 1883 (et durant l'essentiel de sa vie), Prague fait partie de l'Empire Austro-Hongrois. On ne parle même pas encore de Tchécoslovaquie, alors vous vous imaginez la tête de Kafka si on lui avait dit qu'il était citoyen de la République Tchèque ! Cette question de nationalité est d'autant plus caduque que Kafka est un juif de langue allemande...il appartient donc à une sorte de minorité dans la minorité. Les juifs ne sont pas si nombreux dans la Tchéquie de l'époque, et la langue nationale n'y est pas l'allemand...alors une famille de juifs qui parle allemand, à Prague, en 1883, ce sont presque des extra-terrestres . D'autant que la famille Kafka a une autre particularité peu commune pour l'époque : elle est le fruit du mariage entre un commerçant provincial un peu rustre et une grande bourgeoise de Prague.
La question identitaire est d'ailleurs au coeur de son oeuvre : non pas la question de l'identité religieuse ou nationale, mais une interrogation plus générale sur son identité personnelle. Pas besoin d'être extrêmement cultivé ni extrêmement intelligent pour remarquer que les personnages de ses textes sont neuf fois sur dix des êtres mollassons et dénués de charisme, qui peinent à trouver leur place dans le monde qui les entoure - à l'image de Kafka lui-même.
Le peu qu'on sache de l'enfance de Franz Kafka est ce qu'il en a dit, c'est à dire pas grand chose. Une enfance visiblement très solitaire bien qu'il ait plusieurs frères et soeurs, studieuse mais sans éclat non plus de ce point de vue. Après le bac il commence simultanément des études d'allemands et de droits qui ne déboucheront sur rien. Il ne s'intéresse que très vaguement à l'art et n'a aucun ami connu hormis le poète Max Brod qu'il rencontre en 1902 et qui va jouer un rôle plus que prépondérant dans sa vie puisqu'il sera son exécuteur testamentaire, l'homme qui se cache derrière la publication des oeuvres de Kafka.
Brod est un personnage au moins aussi mystérieux et énigmatique que Kafka lui-même, sujet depuis des décennies à de multiples questions et polémiques qui resteront sans doute à jamais sans réponses. Certains prétendent qu'il a largement contribué à compléter les manuscrits de son amis, d'autres vont jusqu'à affirmer qu'il n'a jamais existé. Il existe même quelques personnes pour prétendre que Brod et Kafka ne sont qu'une seule et même personne !
En attendant, la plupart des éditions actuelles des oeuvres de Kafka contiennent des préfaces ou post-faces de Max Brod qui aident à éclairer l'oeuvre tout en prêtant le flanc aux polémiques : il en effet étonnant que le poète soit au fait d'autant de secrets au sujet des oeuvres de son ami...
Finalement reçu comme docteur en droit, Kafka va ensuite mener une carrière insipide dans une compagnie d'assurance. On ignore de manière précise à quelle époque il a commencé à écrire, personne ne lui connaissant jusqu'alors de passion pour la littérature. Subitement, en 1909, il fait publier plusieurs essais dans un magazine allemand, Hyperion, dont le plus important s'intitule "Description d'un combat". On considère à l'époque qu'il s'agit d'une prise de position arnarchiste mais ce texte, mi-essai mi-nouvelle, est beaucoup plus complexe : on y retrouve déjà ce qu'on appellera aujourd'hui les obsessions kafkaïennes. Humeur morose, incompréhension du monde alentour...
La suite de la vie de Kafka est essentiellement occupée par son métier au service des accidents du travail et une succession impressionnante de conquêtes féminines...ou plutôt de non conquêtes : fiancé au moins quatre fois officiellement (dont deux fois à la même femme), Kafka n'ira jamais jusqu'au mariage. Un peu comme si sa vie, au même titre que son oeuvre, était destinée à rester inachevée.
1912 marque sa rencontre avec Milena Jesenska, la fameuse Milena des "Lettres à Milena", qui contrairement à ce qu'on raconte n'était pas sa maîtresse mais une amie qui traduisit en tchèque la plupart de ses textes. En effet, bien que vivant aux abords de la future République Tchèque, Kafka ne parle pas un mot de cette langue. Cela renforce sa solitude et l'empêche surtout d'étendre son lectorat ; il mène une vie plus statique que sédentaire et de ce fait sa seule chance de se faire connaître en tant qu'écrivain et d'échapper à sa condition de fonctionnaire (la lie de la terre à l'époque) est d'être traduit.
C'est à cette époque qu'il rédige "Le verdict" et l'essentiel des nouvelles qui figurent aujourd'hui dans le recueil "La Métamorphose". Cependant ce recueil n'a été compilé qu'à titre posthume : les seize textes qu'on y retrouve ne sont pas tous datés. On sait que "Le verdict" date de 1913 environ, que la nouvelle éponyme a été publiée pour la première fois en 1915 et "Rapport pour une académie" en 1917 ou 18. C'est également à cette époque qu'il contracte la tuberculose.
En 1919, il écrit son second récit le plus connu, "La Colonie Pénitenciaire", qui a lui aussi débouché sur un recueil du même nom. Pour la première fois, un de ses textes semble avoir du succès, mais un peu tard : Kafka va être emporté par sa maladie en 1924. Dans son testament, il ordonne à Max Brod de détruire toute ses oeuvres, mais son ami préfèrera se battre pour les faire publier.
Kafka n'a écrit que trois romans, très proches les uns par rapport aux autres, dont aucun n'a été achevé ni publié de son vivant : "Le Procès" (1925) se termine de manière relativement compréhensible. "Le Château" (1926), par contre, ne se termine clairement pas. Enfin "Le Disparu", son roman le plus ancien, n'est selon toute probabilité qu'une ébauche. Max Brod hésitera longtemps avant de le publier. Il le fera en 1927 sous le titre "L'Amérique", mais je déconseille de commencer la lecture de Kafka par celui-ci dans la mesure où c'est un texte extrêmement décousu.
Parmi les nombreux thèmes abordés se mêlent les angoisses de l'entre deux siècles et des démons beaucoup plus personnels. Le fantasme du père est le plus connus d'entre eux, en raison de la célèbre "Lettre au père", une lettre de la taille d'un petit roman durant laquelle il défoule à l'encontre de Hermann Kafka toute sa haine et son dégoût. C'est peut-être le texte essentiel pour comprendre l'oeuvre, car il est beaucoup plus complexe qu'il y paraît - de prime abord cela ressemble à une terminable succession de reproches où l'auteur rend son père responsable de l'échec total de sa vie entre un tas d'autres choses. On ignore exactement la date de rédaction de ce texte, généralement placé dans les biographies vers 1919. Ce qui est certain c'est que cette lettre n'a jamais été envoyée et seulement publiée sur le tard, après même que Max Brod soit décédé (ce dernier n'aurait sans doute jamais autorisé qu'on viole ainsi l'intimité de son ami). Ce fantasme du père est présent dans tous ses textes, mais souvent en sous-entendu. Seul "L'Amérique" présente réellement un personnage de père semble t'il proche de Hermann Kafka (ou du moins de l'idée que son fils avait de lui).
Au fantasme du père est directement lié celui de la loi : on la retrouve bien sûr dans "Le Procès", où un brave type se voit littéralement broyé par la machine judiciaire, mais elle est aussi présente dans "Le Château" de manière moins explicite, ainsi que dans "Le verdict" ou "La Colonnie pénitentiaire". Chez Kafka la loi est toujours hostile, mais ce qui la rend surtout violente est qu'elle systématiquement subie et non comprise par ses victimes. Certains voient dans cette figure de la loi une sorte de bras armé de la fatalité.
Certains critiques assurent aussi que le désir et l'amour violents sont des moteurs de l'oeuvre, mais on ne peut pas réellement l'affirmer au vu des textes de fiction. Il est évident à la lecture de ses correspondances amoureuses et de son journal que Kafka brûlait d'un feu intérieur contrastant totalement avec sa nature effacée, mais cela ne transparaît pas vraiment dans ses nouvelles ni ses romans.
Je ne suis personnellement pas d'accord avec l'idée répandue selon laquelle l'auteur s'identifierait à ses personnages, et je trouve qu'au contraire il ne démontre aucune compassion pour eux. Mais nous aurons le temps d'y revenir durant ces deux mois !!
Il est en revanche évident que Kafka a inventé non seulement un univers et une vision du monde mais aussi un style, un ton de narrateur neutre et à la limite du candide, en opposition à l'extrême cruauté de ses histoires.
La question qu'on peut se poser à ce sujet est la suivante : ce style direct et instinctif est-il volontaire au bien est-ce lié au fait que ses romans n'ont pas été révisés avant leur publication ? il y a peu de chances pour qu'on le sache un jour.
Pour la bibliographie, j'ai la possibilité si on me le demande de donner une liste intégrale comprenant toutes les nouvelles et tous les essais hors recueils, mais j'ai préféré, pour être plus concise, citer les romans et recueils les plus faciles à se procurer. Pour les recueils, la date figurant entre parenthèse est celle de publication de la nouvelle-titre, ces textes ayant été tirés dans des centaines d'éditions différentes au fil des années.
- "Regards" (essai, 1909)
- "Description d'un combat" (1909) - l'édition "séparée" de ce texte date en fait de 1936
- "La Métamorphose et autres récits" (1915)
- "La Colonnie pénitentiaire et autres récits" (1919) - il existe une édition simple du texte sous le tire "Dans la colonnie"
- "Lettre au père" (1919)
- "Le Procès" (1925)
- "Le Château" (1926)
- "L'Amérique" (1927) - titre de l'édition Folio, mais le roman a récemment été réédité chez GF sous le titre "Amerika ou Le Disparu"
- "La Muraille de Chine et autres récits" (1931)
- "Lettres à Félice" (1932) - correspondance s'étalant de 1912 à 1917
- "Correspondance : 1902 - 1924" (je ne peux donner aucune date car je ne connais pas ce recueil, je ne l'ai même jamais vu nulle part)
Durant près de vingt ans on a cru que l'oeuvre de Kafka s'arrêtait là...et soudain, dans les années 50, Milena Jesenska a décidé de faire publier à son tour les textes que son ami lui avait confié avant sa mort, à savoir :
- "Journal" (1951) "Lettres à Milena" (1952)
- "Préparatifs de noce à la campagne et autres proses en héritages" (1959)
A ma connaissance, le journal mis à part, tous ces textes sont aujourd'hui disponibles chez Folio.
A noter deux oeuvres très intéressante : "Le Procès", pièce de théâtre tirée du roman dans les années 30 et adaptée par André Gide et Jean-Louis Barrault ; "Kafka", le troisième film de Steven Soderbergh réalisé en 1991 avec Jeremy Irons dans le rôle titre (une très mauvaise biographie mais un film superbe et extrêmement fidèle à l'univers de l'auteur ).
Oeuvres commentées sur ce blog:
Le procès
Journal
Le château
Lettre au père
jeudi 13 mars 2008
Novocento: pianiste - Alessandro Baricco
Par Gaël
Quatrième de couverture :
Mon avis :
Il est difficile de parler de ce court texte de Baricco, tellement il faut le lire pour comprendre ce qui en émane. En 84 pages à peine, l'auteur crée une légende, un mythe. Un homme dont on aimerait croire l'existence. Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento est un homme à part. Il ne connaît pas le monde, et pourtant le monde le connaît. Ou en tout cas, connaît sa musique et sa légende. Novecento n'existe pas. Officiellement, cela s'entend. Sa naissance n'est inscrite nulle part. Il n'a ni identité, ni numéro de sécurité sociale, ni diplômes. Tout ce qui définit un Européen en somme. D'ailleurs, existe-t-il vraiment? Le livre de Baricco est bien un monologue, comme son sous-titre original nous le précise, et rien ne nous prouve, finalement, que le trompettiste qui joue le rôle de narrateur, n'invente pas cette histoire. Mais combien de légendes ont bâti notre culture, auxquelles nous préférons croire que de perdre nos repères? Novecento fait partie de ceux-là.
La force de ce récit réside dans le pouvoir de Baricco de créer des images fortes en peu de mots (bâtir une légende en 84 pages, avouez que c'est un tour de force!). Voilà deux semaines que j'ai fini ce livre, et pourtant je reste hanté par ce personnage ô combien fascinant, et pourtant si triste. Comment ne pas être ému pendant le climax du roman, celui où Novencento se trouve sur la passerelle du bateau pour enfin poser le pied sur la terre ferme, sentant qu'il est enfin prêt pour cette nouvelle aventure? Ou ne pas être tendu pendant le joute de piano que notre héros dispute avec Jelly Roll Morton, soi-disant le plus grand pianiste sur terre? Sur terre, effectivement, mais sur les eaux vit un artiste qui crée une musique comme on n'en entendra jamais ailleurs. De plus, le narrateur nous raconte son amitié avec le pianiste, une amitié vraie, sans mensonge. Car Novecento, en vivant loin de la société, a eu la chance de ne pas connaître les corruptions et les humiliations qu'elle nous inflige, et l'influence néfaste qu'elle immisce en nous. Novecento est fait de ce mélange d'innocence et de sagesse propre aux grands personnages de la littérature. Comme dans les plus grands classiques, il nous met face à nos interrogations, notamment l'importance de nos rêves et la peur de la déception en s'y confrontant, sur l'identité et sur les décisions que nous devons prendre. Depuis ce livre, il me plaît d'aller au bord de la mer, de fermer les yeux, et d'écouter quelques notes de piano au large, qui me parviennent portées par le vent. Et dans ces moments-là, je sais que Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento existe bel et bien.
Monstres invisibles - Chuck Palahniuk
Par Inganmic
Sharon, jeune mannequin à qui tout sourit (elle est riche,désirable, a un petit ami beau et sportif...), est blessée par une balle perdue qui la défigure définitivement. Hospitalisée suite à cet accident, elle fait la connaissance d'Alexander Brandy, travesti déjanté en attente d'une opération pour changer de sexe. Ils vont alors former, avec Seth, consort d'Alexander, un trio détonnant, parcourant les Etats-Unis et le Canada pour dévaliser de riches villas de leurs flacons d'antidépresseurs, d'oestrogènes et autres pilules miracle, en se faisant passer pour d'éventuels acheteurs auprès d'agents immobiliers crédules...La narration, faite de flash-backs, de digressions, paraît complètement déstructurée, les événements décrits sont souvent horribles, l'humour est grinçant et traduit un profond mépris pour une société trop bien-pensante, dont les valeurs essentielles sont le pouvoir de l'apparence et la soif de consommation.
Les personnages, marginalisés, semblent n'être qu'un prétexte à pointer du doigt les travers de notre civilisation (Sharon, rendue physiquement "monstrueuse", devient par conséquent invisible aux yeux du monde, qui refuse d'intégrer tout ce qui n'est pas conforme aux normes établies).
Autant d'éléments qui rendent la lecture du roman parfois difficile, procurant même parfois un sentiment de malaise. Et pourtant je l'ai trouvé fascinant; ce livre m'a vraiment remuée. Ce n'est peut-être pas une lecture que je vous conseillerai pour les vacances, mais c'est à lire tout de même...
mercredi 12 mars 2008
Jesus out to sea - James Lee Burke
Par LiseCC
J'ai acheté le dernier Burke, "Jesus Out to Sea" et j'ai dévoré la moitié du livre - pas gros - hier après midi, entre deux coups de peinture.
Il ( le livre) est sorti en mai 2007. C'est une compile de11 nouvelles (short stories) , ce qui me charme car je fais une cure de nouvelles depuis quelque temps.
La plus courte, "The Village", fait 6 pages et dure-dure à lire. Aouche ! Pas ma préférée.
Beaucoup, beaucoup aimé la dernière, "Jesus out to sea", 23 pages. et "Water People" et aussi l'histoire de ce professeur-ecrivain qui vivait dans la montagne ( Missoula, où vit Burke, est au nord de la chaîne des Rocheuses, dans le Montana ) et interdisait l'accès de sa propriété aux chasseurs qui, en compagnie d'un ancien collègue konnard d'université, également en retraite et voisin de surcroît, ce qui n'enlève rien à son étroitesse d'esprit, finissent par le tuer -. C'est "Winter Light".
Pour la bonne bouche, "Why Bugsy Siegel was a Friend of Mine", pour se souvenir de Katrina.
Dans ces onze nouvelles, on retrouve tout sous l'oeil aigu et sans pitié de Burke, qui démonte en trois coups de plume la connerie classique, la rugosité à l'emporte pièce, les ceusses qui sont attachés à une demi douzaine de préjugés et n'essaient pas d'en sortir ( ils en mourraient, sinon), les mensonges bien pensants. Mais on trouve aussi, et sans fioritures, l'amour, la tendresse, une certaine loyauté envers soi-même et la grandeur de la nature, dans la solidité d'expression de Burke, dont il est dit en quatrième de couverture (mais c'est une édition américaine, alors, vous savez comme ils exagèrent pour vendre, nest-ce pas ?), qu'il marie élégamment un flair pour des histoires qui accrochent avec un style d'écriture complexe et lyrique, et des portraits de personnages fascinants. ( ce n'est pas de moi, hein ... ) * Il y a beaucoup de tendresse et d'humanité dans tous les récits. Du Burke vieillissant, vieux tonneau, bon millésime.
* " In this moving collection of short stories, James lee Burke elegantly marries his flair for gripping storytelling with his lyrical writing style and complex, fascinating character portraits. The backdrop of the hurricane-ravaged Gulf Coast is a versatile setting for Burke's stories, which cover the scope of the human experience - from love and sex to domestic abuse to war, death ans friendship... "
Le dieu des petits riens - Arundhati Roy
Par MbuTséTséFly
Rahel, jeune femme indienne divorcée, rentre dans la maison familiale d'Ayemenem, dans le Kerala. Son frère jumeau Estha est de retour. Estha, qui ne parle plus. Estha, qu'on a rendu à son père. Dés le début du roman, une référence temporelle est mentionnée de manière anodine: la mort de Sophie Mol, la cousine du même âge, qui est venue passer les vacances à Ayemenem. Et c'est dans cette légèreté que le roman commence, pour nous entraîner dans ce drame, qui a détruit la ville de deux enfants: la mort de Sophie Mol, il y a 23 ans. Peu à peu, les choses se mettent en place, peu à peu, le lecteur pressent quelque chose d'abominable vers lequel les personnages s'enfoncent aveuglément.Le roman tourne autour d'une famille indienne moderne qui rappelle celle d'Arundhati, surtout que Rahel semble lui ressembler énormément. Une grand-mère qui adore son fils divorcé, qui a étudié en Europe et a une fille d'un mariage avec une anglaise, la tante frustrée et incarnation de la méchanceté et des pires aspects de la tradition, la mère des jumeaux, divorcée et revenue vivre avec sa famille (ce qui lui donne un statut particulièrement difficile) et puis surtout Velutha, l'intouchable Velutha, qui habite pas loin et qui est le meilleur ami des jumeaux.
Surtout, ce roman est écris de manière simple et franche et nous fais entrer dans le drame sans nous épargner. On est en Inde, dans une famille indienne et pourtant il n'est pas difficile de s'identifier aux enfants de ce drame, ainsi qu'aux enfants devenus adultes. Tout en découvrant un monde nouveau, avec des règles rigides, on trouve aussi beaucoup de repères. Une Inde en évolution, avec ses contradictions, sa violence et sa beauté. La beauté d'une histoire d'amour impossible. Et la beauté de l'amour entre un frère et une soeur
J'ai l'impression de dire pas mal de banalités alors je m'arrête. Z'avez qu'à le lire mais je vous préviens, même si vous n'avez pas envie d'aller jusqu'au bout de ce drame, vous ne pourrez plus lâcher le livre. Une fois entré, on ne sort plus! Vous allez être obligé de le lire jusqu'au bout. Et ça fait mal.
mardi 11 mars 2008
Une adoration - Nancy Huston
Par Sandrounette
"Pour élucider la mort du célèbre comédien Cosmo, les personnages qui l'ont côtoyé comparaissent devant le tribunal des lecteurs. [...] A travers leurs dépositions entrecroisées se dessine le cadre du drame."
Quelle bonne idée! Un crime a été commis et les personnages, tour à tour, viennent témoigner devant nous, (on nous donne du "Votre Honneur" même) pour élucider l'histoire. A la façon d'une pièce de théâtre les personnages parlent, se coupent la parole, intéragissent entre eux... Et nous, lecteur, se trouvant au centre de cette "affaire" devons peser le pour et le contre, car, évidemment, les personnages essaient de se disculper...
J'ai apprécié les envolées lyriques de Cosmo (toujours narrées évidemment puisque celui-ci a trépassé) ainsi que les témoignages d'objets tel le pont.
J'avais déjà été interpelée par les différentes critiques des chats au sujet des autres romans de Nancy Huston et ma curiosité a été assouvie par cet opus.
La construction du roman est telle qu'on est pris dans le tourbillon des dépositions et qu'on ne peut pas lacher le livre avant la fin. Une très belle démonstration du talent de Nancy Huston.
Et pour terminer, voici l'incipit du roman, l'avis aux lecteurs de la romancière:
"Ceci est une histoire vraie, je vous le jure. Oh,j'ai changé les noms, bien sûr ;j'ai changé les lieux, l'époque, les métiers, les dialogues, l'ordre des événements et leurs signification ; et poutant, tout ce que je vais vous raconter est vrai. C'est une audition comme toujours, une fantasmagorie comme toujours : les témoins vont converger ici et s'efforcer un à un de vous convaincre, de vous éblouir, de vous mener en bateau"
Orgueil et préjugés - Jane Austen
Quatrième de couverture :Mon avis :
Ca y est, je l'ai lu!!! Moi qui me targuais (un peu honteusement) d'avoir réussi à passer cinq ans en faculté d'anglais sans avoir lu un seul roman de Jane Austen, j'ai enfin découvert le roman que toutes les blogueuses littéraires mettent sur le piédestal du roman ultime. Ce n'est donc pas d'avis positifs que je manquais pour me faire un a priori sur ce livre, mais le fait que le public de Jane Austen soit encore apparemment exclusivement féminin à l'aube du XXIe siècle me laissait penser que cette auteure n'était que la précurseuse de la chick lit' à la sauce victorienne. (N'oubliez pas que Helen Fielding s'en est très largement inspirée pour son “Journal de Bridget Jones”!)
Ce qu'il y a de bien quand on a des préjugés cons et infondés sur un livre, c'est qu'on a d'autant plus de plaisir à constater au fil des pages qu'on avait tort. Parce que “Orgueil et préjugés”, c'est quand même un putain de bouquin! Tout est absolument génial là-dedans, et il est difficile de relever tous les axes d'analyse de ce chef-d'oeuvre. Pourtant les thèmes ne sont pas très durs à dénicher : Austen nous a mâché le travail en les présentant dans le titre. Dans la société bourgeoise anglaise du début du XIXe siècle, on avait pas grand'chose à faire pour occuper ses journées. Les seuls hobbies que pouvaient trouver les soeurs Bennet et leur mère étaient les bals et les ragots. Si les racontars sont souvent au centre des discussions, Austen bâtit tout son roman autour de cette pratique. Si l'on y réfléchit bien, l'action à proprement parler est très restreinte, et pourtant on a cette sensation de voyager énormément et de rencontrer moults personnages. Cette impression vient du fait que la majorité des événements décrits nous sont rapportés par un personnage, et non racontés en direct. À chaque récit est donc accolé un point de vue, une façon de raconter. C'est bien tout un système de communication que l'écrivain dissèque avec subtilité ; elle nous enseigne les mécanismes de création d'un préjugé.
Et Jane Austen a le regard affûté en ce qui concerne les travers du caractère humain. Sottise, méchanceté, hypocrisie, vanité, tous les défauts de l'homme sont dénoncés et habilement mis en scène, l'auteure n'épargnant aucun de ses personnages. Si on peut bien reconnaître dans celui d'Elizabeth le porte-voix d'Austen, celle-ci ne lui fait pourtant pas de cadeau, et en fait l'archétype-même de l'orgueil, Elizabeth se fiant tellement à son sens aigu du jugement qu'elle ne se doute pas du tout qu'elle se fourvoie en ce qui concerne les deux hommes qui se partagent son coeur : Wickham et Darcy. Aveuglée par les préjugés, elle confond le "good guy" et le "bad guy", et c'est bien son orgueil qui l'empêche de se convaincre de son erreur. D'ailleurs, cette façon d'incriminer autant son héroïne que les personnages qui l'entourent brise un cliché qui entoure la littérature d'Austen. S'il est vrai que ses romans épousent plus facilement le point de vue des femmes et que son personnage d'Elizabeth apparaît comme libre d'esprit dans une société qui ne lui permettait probablement pas de telles attitudes, sa plume laisse néanmoins la part belle à la gent masculine. (Mais ne rêvez pas, les filles, des Darcy, ça ne court pas les rues!) Aussi peut-on parler plus facilement de littérature féminine plutôt que féministe, Jane Austen proposant son regard de femme sur le monde et non une revendication de la libération de la condition féminine.
Enfin, si Jane Austen est entrée au panthéon des grands écrivains, c'est surtout pour sa façon précise et romanesque de décrire la naissance d'un amour. Jamais je n'ai lu une affection entre
deux êtres aussi bien dépeinte, chaque étape et sentiment successif étant suggéré dans un torrent d'images qui restent à l'esprit bien des semaines après lecture. Cela explique le succès intemporel que connaissent encore aujourd'hui ses romans, car on n'a jamais fait mieux depuis. Paula - Isabel Allende
Atteinte d'une grave maladie génétique, la fille d'Isabel Allende, Paula, tombe dans un coma profond qui va durer 1 an, et dont elle ne sortira pas. Sa mère va rester tout ce temps à ses côtés, dans un premier temps pour qu'elle survive, puis pour qu'elle finisse ses jours dignement. Au cours de ces heures d'attente, elle va rédiger une longue lettre à sa fille, dans le but de l'aider, si elle se réveille, à se souvenir de son histoire.Cette lettre va devenir un roman qui tient à la fois du témoignage et de l'autobiographie : témoignage d'une mère face à la maladie puis la mort prochaine de son enfant, qui nous livre ses angoisses et ses espoirs sans jamais tomber dans le "pathos", et récit d'une vie qui nous emmène du Chili à Beyrouth, du Vénézuela à la Californie, et nous présente la galerie de personnages (dignes d'un roman!) qui compose l'entourage de l'auteure. On rit des caprices du "tata" (le grand-père) bourru, on est peiné pour la Granny (la mère du 1er mari d'Isabel) quand elle perd la raison suite à l'exil de ses petits-enfants, qui fuient avec leurs parents la dictature de Pinochet... puisqu'à travers l'histoire de l'écrivain c'est aussi celle du Chili des années 50 à 80 que l'on (re)découvre.
Comme de coutume, Isabel Allende oscille entre réel et surnaturel avec une facilité qui empreint même les événements malheureux d'une certaine fantaisie qui les rend moins tragiques. Son histoire nous renvoie l'image d'une femme humble, sincère et généreuse, dont l'amour pour ses proches est synonyme de dévouement et d'un respect immense.
De la même auteure, j'ai lu également "Eva Luna", "Les Contes d'Eva Luna" et l'excellent "La Maison aux Esprits", trois ouvrages que je recommande chaudement.
Dans la même veine, on peut citer bien sûr Gabriel Garcia Marquez et ses Cent Ans de Solitude, ainsi que le moins célèbre mais néanmoins très bon (à mon avis du moins) Tocaia Grande de Jorge Amado.
L'éducation d'une fée - Didier van Cauwelaert
Que faire lorsque la femme de votre vie décide de vous quitter parce qu'elle vous aime? Comment sauver le couple de ses parents quand on est un petit garçon de huit ans? Une fille à la dérive peut-elle devenir une fée parce qu'un petit garçon a décidé de croire en elle?J'ai lu ce roman il y a un bout de temps maintenant. Avec le recul, il m'en reste un souvenir confus mais magique. Nicolas, le personnage principal est un personnage classique de Didier Van Cauwelaert : un anti-héros complètement paumé face à une situation amoureuse pertubée qui cherche une solution à ses problèmes.. On retrouve le même genre de schéma dans "La demi-pensionnaire", "Un aller simple" ou même "L'évangile selon Pilate". Alors évidemment les questions existentielles abondent, les remises en question sur l'amour bien sûr mais aussi sur la paternité. Comment créer une relation forte avec Raoul, son fils adoptif alors qu'il est en train de perdre la femme de sa vie? Alors que Raoul est plus préoccupé par les jeux vidéos que par les contes de fée racontées par Nicolas?
Toute la trame se noue autour de l'existence des fées, capable de retourner n'importe quelle situation néfaste en joie de vivre...

Il ne s'agit pas d'un roman "nian nian" réservé aux femmes mais bien d'une vraie leçon d'humilité et d'optimisme.
Après cette lecture, on ne se sent plus tout à fait le même. Un peu de magie suplémentaire dans les ailes peut-être...
lundi 10 mars 2008
La petite fille qui aimait trop les allumettes - Gaétan Soucy
Il est difficile de raconter cette histoire sans dévoiler ses secrets. Je commence par citer les premières phrases."Nous avons dû prendre l'univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l'aube papa rendit l'âme sans crier gare. Sa dépouille crispée dans une douleur dont il ne restait plus que l'écorce, ses décrets si subitement tombés en poussières, tout ça gisait dans la chambre de l'étage d'où papa nous commandait tout, la veille encore. Il nous fallait des ordres pour ne pas nous affaisser en morceaux, mon frère et moi, c'était notre mortier. Sans papa nous ne savions rien faire. À peine pouvions-nous par nous-mêmes hésiter, exister, avoir peur, souffrir."
C'est un des deux enfants qui raconte l'histoire, qui décrit les évènements, il en avait l'habitude, chaque jour par tour de rôle leur père leur faisait écrire dans un journal tout ce qui se passait dans la journée.
Les enfants, qui ont vécu isolés dans une vaste propriété, vont découvrir le monde de leurs "prochains" avec comme seuls bagages ce qu'ils ont appris de la bibliothèque de leur père, des contes de fées, des romans de chevalerie, les Mémoires de Saint -Simon et L'Éthique de Spinoza et ce qu´ils ont appris en observant les animaux.
C´est plein de suspense; on découvre l'histoire page après page, sans jamais pouvoir prévoir la suite des évènements.
Les révélations nous surprennent, l'écriture nous enchante. Gaétan Soucy démontre dans son
livre que la littérature est d'abord une fête du langage. C'est un livre à lire et à relire. Comme le dit dans sa présentation Pierre Lepape "C'est horrible comme c'est beau". A Semblance - Laura Moriarty
A Semblance (Selected and new poems 1975-2007) est constitué de textes ( prose et poésie) difficiles à trouver dans les douze collections de poèmes deja édités par l'auteur. Nous savons que ce poète, qui travaille le plus souvent dans un mode lyrique non-traditionnel, est difficile d'approche. Avec A Semblance, l'oeuvre nous apparaît soudain comme plus accessible, plus proche. Laura Moriarty chemine avec grâce et élégance de son style baroque des années 80' vers une recherche plus moderne de fluidité et de compréhension. Mais son principal sujet demeure. Pour elle, c'est toujours la grande question : " Comment notre propre perception peut transformer un langage au point que ce langage puisse constamment être comparé, rapproché et mis en parallèle avec nos propres et seules expériences ?"Pour ceux d'entre nous qui n'ont pas eu la chance de suivre attentivement l'oeuvre de Laura Moriarty, cette sélection représente une vue d'ensemble du cheminement de l'écrivain à travers ses multiples chemins de traverse. On a souvent dit de Laura Moriarty qu'elle est une renégate : nous ne la trouverons plus aujourd'hui à l'endroit où elle était hier ; le visage que nous connaissons d'elle aujourd'hui ne sera plus le sien demain ; elle bouge avec la vie, elle est la vie même, changeante, imprévisible, mouvante. Elle explore sans fin le langage, l'expression, le mot lui-même. Elle réexamine et réinvente les modes et les genres. A Semblance est l'accès direct à cette fluctuation de l'oeuvre en poësie.
( exerpt p.217)
Our Rage
As if poetry had a place
The word hotel
A downward spiral occurs
Our rage takes us away
Clock wasted
Pillow ticking
Your head on it for days
For hours mine
The hotel foreign
The argument a joke
Our rage the same
I won't go without knowing
You say and then you know
dimanche 9 mars 2008
Le pont à trois arches - Ismaïl Kadare

Ceux qui ont lu Les Contes orientaux de Yourcenar se souviennent peut-être de cette terrible légende du Lait de la Mort. Une femmes est emmurée vivante dans les fondations d'une tour qui ne cesse de s'écroûler, sacrifice humain pour que la tour reste debout. Comme elle allaite son nouveau-né, elle demande que l'un de ses seins sortent du mur afin de pouvoir continuer à allaiter et, longtemps après sa mort, son sein donne toujours du lait, jusqu'à ce que l'enfant soit sevré.
Kadare reprend cette légende, dans le contexte de la construction d'un pont au-dessus des "Eaux mauvaises", Ujana e Keqe, qui est régulièrement saboté, et démontre comment une légende traditionnelle peut être pervertie, afin de manipuler la population superstitieuse.
L'histoire de ce pont maudit, de l'attitude des gens face au crime commis, comment on s'habitue
à tout, comment la légende peut être perverse et comment les routes ouvrent la voie à l'invasion est un délice. Kadare nous apprend beaucoup sur les Balkans sans être pédant et nous fait un superbe portrait de la société rurale, médiévale et de sa psychologie. Un chef-d'oeuvre.samedi 8 mars 2008
"Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes" - Julien Campredon

vendredi 7 mars 2008
Chagrin d'école - Daniel Pennac
J'ai donc lu "Chagrin d'école" de Daniel PENNAC, prix Renaudot "surprise" 2007. J'étais tombé dessus en librairie, ouvert au hasard, lu quelques pages qui m'avaient bien plu. Puis je l'ai demandé au Père Noël, parmi tout un fatras d'autres choses et je l'ai reçu, parmi tout un fatra d'autres choses pas les mêmes.C'est très bien "Chagrin d'école", pouvez-y aller. Ça se lit en deux soirées.
On est donc dans l'autobiographie puisque l'auteur raconte (en partie) sa vie d'ex-cancre, devenu ex-prof de français (il est à la retraite), écrivain. Il s'agit donc à la fois d'un témoignage émouvant sur cette galère de ne rien comprendre à rien, préludant à des témoignages non moins émouvants sur le métier d'enseignant.
D'où il ressort que rien n'est écrit d'avance et que l'avenir ne se lit pas dans les bulletins scolaires. D'où il ressort aussi que Daniel Pennac - comme bien d'autres à commencer par moi - écrit pour sa mère, mais n'écrit-on pas toujours pour quelqu'un ? D'où il ressort que le métier d'enseignant est le plus beau métier du monde, pour les enseignants.
Ambiguïtés - Elliot Perlman
Simon Heywood est un jeune homme intelligent. Devenu un instituteur brillant il perd son poste à cause d’un "accident" (un enfant de sa classe disparaît alors qu’il en assure la garde) et de restrictions budgétaires drastiques dans l’enseignement. Au chômage, il s’enfonce peu à peu dans la dépression et l’alcool. Un après midi il enlève Sam, le fils d’Anna dont il a été profondément amoureux durant ses années d’université 10 ans auparavant. Son geste est inexplicable. Pourtant 7 personnes, plus ou moins liées à cette affaire d’enlèvement, vont raconter leur version des faits, nous brosser un portrait de Simon, tenter de comprendre son geste et de vivre avec ses conséquences.Chaque récit des 7 personnages s’imbrique dans celui des autres. Au fur et à mesure des recoupements et des digressions, l’auteur brosse le portrait d’un homme complexe et d’une société australienne qui se délite (perte des repères et des valeurs, individualisme forcené, culte de l’argent et mépris des êtres humains…tous les maux de nos sociétés occidentales sont identifiés et fustigés). La structure du livre est complexe mais parfaitement maîtrisée. La psychologie des personnages est très élaborée. Chaque personnage possède sa voix propre, son univers.
Elliot Perlman nous offre 8 romans en un seul, le roman de chacun des 7 personnages se fondant en un roman fleuve cohérent et réaliste. Jouant sur les non-dits, les silences, les malentendus, les quiproquos, les demi vérités, il tisse à partir d’un fait divers banal, une toile au motifs complexes mais subtils.
Magistral.







