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mardi 5 mai 2009

"La fille de l'ascenseur" - Ye Mang

Trois aspects de la vie quotidienne chinoise par Sandrounette

Ce recueil est composé de 3 petites nouvelles traitant de la vie quotidienne des chinois à l'aube du XXIème siècle. Sans prétentions, elles permettent de nous immiscer au cœur du système chinois.

La première nouvelle, qui donne son nom au recueil, raconte la vie humble de cette pauvre liftière qui conduit la maîtresse de son mari devant la porte de son foyer toutes les semaines, se dévouant pour son mari, pour finir dans l'anonymat le plus total.

La seconde nouvelle est très courte. Baptisée "une journée harassante", elle porte bien son nom! Elle raconte le quotidien d'une famille, de la longueur du trajet pour se rendre au travail, de la routine qui tue le couple à petit feu, de la futilité de nos journées finalement.

Quant à la troisième, "L'initiation", elle a résonné au plus profond de moi. En effet, il s'agit du quotidien d'un enfant de 7 ans dans son école et de sa maîtresse complètement corrompue par le niveau social de chacun. Préférant valoriser des enfants dont les parents ont une bonne situation au détriment des vrais enfants brillants.... sans pour autant s'attirer les foudres et les reproches des enfants qui ne trouvent pas cette situation injuste... J'espère que la situation a évolué dans les écoles chinoises...

Trois petites nouvelles qui ne sont pas longues à lire et qui posent pourtant les bases d'une vraie réflexion. Après Chinoises de Xinran, voilà une autre facette de la vie quotidienne chinoise dépeinte par un homme cette fois!

lundi 9 mars 2009

"Un safari arctique" - Jorn Riel

Qui a dit que les groenlandais ne savaient pas rigoler ? par Sandrounette


Voici ma deuxième rencontre avec les aventuriers groenlandais de Jorn Riel. J'avais lu le dernier opus pour une séance du Blogoclub consacré à cet auteur, Les ballades de Halldur et autres racontars, que j'avais beaucoup aimé.
Nous voilà donc reparti vers ces contrées inconnues où vivent toujours les mêmes trappeurs à savoir Valfred, Mad Madsen, le Lieutenant... entre autres. Ces six petites nouvelles sont bien rafraîchissantes et toujours aussi agréables à lire.

Celle que j'ai préférée est la dernière, intitulée "le rat". Un rat débarque sur l'indlansis en même temps que le ravitaillement et cause un tracas de tous les diables à Valfred. Savoir que ce dernier traque des ours ou autres boeufs musqués sans éprouver beaucoup de crainte et hurle de terreur à la vue d'un vulgaire petit rat! Hilarant! J'ai adoré la fin qui montre à quel point les trappeurs sont railleurs!
J'ai lu deux tomes sur les huit que comptent les racontars arctiques ça fait toujours aussi plaisir de retrouver tous ces hurluberlus et leur mode de vie... arctique!

vendredi 23 janvier 2009

"Les hommes à terre" - Bernard Giraudeau

Beau dehors...et dedans, par Ingannmic.


L’infime part de midinette en moi a toujours eu un faible pour Bernard Giraudeau (depuis toute petite, je craque…). La part restante –la majorité, donc- se méfie comme de la peste de ces acteurs, chanteurs, politiques qui se découvrent un jour des velléités littéraires. N’est pas écrivain qui veut, tout de même ! C’est pourquoi, lorsque ma copine (vous savez, celle qui m’avait prêté le livre de Kingsolver) m’a conseillé « Les hommes à terre », j’étais très sceptique. Mais bon, le Kingsolver m’avait bien plu, j’ai finalement décidé, une fois de plus, de lui faire confiance… et une fois de plus, je ne le regrette pas ! L’ouvrage est court mais paraît dense, parce qu’il est composé de plusieurs récits (cinq, pour être exacte) que j’ai trouvés riches et émouvants. Saviez-vous qu’avant d’être comédien, Bernard Giraudeau avait travaillé dans la Marine nationale en tant que mécanicien, et qu’il a ainsi fait deux fois le tour du monde ? Dans « Les hommes à terre », on ressent en permanence son amour de la mer, des hommes de la mer* (qui « sur terre ne valent rien »), sa fascination pour les escales portuaires, avec sa faune bigarrée, ses bouges à putes, ses odeurs de fuel et de poissons. Il dépeint ce monde avec familiarité, crudité parfois, mais avec toujours un respect immense pour tous ces hommes qui partent sans assurance de retour, ces femmes qui les attendent ou qui ne les attendent plus, celles –les réelles ou les fantasmées- qui les réconfortent et soulagent leur désir le temps d’une nuit.
Il traque, derrière la rudesse des uns ou la discrétion des autres, la générosité, le courage, la beauté cachée…, tout ce qui enfin fait d’eux des êtres exceptionnels, si on prend la peine de les écouter et de les regarder vraiment, d’écouter leur histoire. Parce qu’à chaque nouvelle correspond bien une histoire, d’amour perdu ou impossible, de marin désœuvré parce qu’en cale sèche, de voyage à l’autre bout du monde... A chaque fois, la mélancolie est présente, mais l’auteur, qui marie avec justesse réalisme et poésie, ne verse jamais dans le larmoyant. A l’issue de cette lecture, mon être tout entier assume un gros faible pour Bernard Giraudeau !

*Dans le 1er récit uniquement, il n’est pas question de marin, mais l’on y retrouve malgré tout ce thème du voyage, de l’amante au loin qui attend son homme revienne.

mardi 13 janvier 2009

"These thirteen" - William Faulkner

A boire, à manger, et le loyer payé, par Thom

Treize nouvelles de Faulkner, plutôt difficiles à dater. Je dirais qu'elles ont été écrites à ses tous débuts, peut être même avant "Soldier's pay"...

Si Faulkner avait sans doute déjà en tête le Comté de Yopnapatawpha, je ne crois pas en revanche qu'il avait déjà prévu que certains de ses personnages hanteraient son oeuvre jusqu'à sa mort. C'est le cas, par exemple, de Miss Emily et du Colonel Sartoris (Cf son second roman, "Sartoris") dans "A rose for Emily", nouvelle montrant l'auteur sous un jour innattendu - une authentique histoire d'amour, pleine de tendresse et de délicatesse.

Mais la nouvelle la plus fantastique du recueil demeure tout de même "Dry september". Une nouvelle ? Pas vraiment en fait. Il faut bien garder à l'esprit qu'à cette époque de sa vie, Faulkner nourrit encore l'espoir d'être un grand poète. C'était d'ailleurs sa vocation première, mais ses éditeurs successifs dans un premier temps, puis les critiques dans un second, ont fini par totalement le décourager de publier ni même d'écrire de la poésie (et sans doute à raison, vu la médiocrité de ses vers). Alors Faulkner s'est lentement métamorphosé en une sorte de "poète du roman / de la nouvelle".

"Dry september" est l'accomplissement de cet objectif...on y parle d'amour, de mort et de racisme, comme dans beaucoup d'autres textes de l'auteur, mais ici le fond est relégué au second plan. Seul compte le texte, les phrases, les mots...Faulkner pourrait bien nous recopier l'annuaire, on serait quand même touché !

C'est à la fois un texte merveilleux et catastrophique, car il est tellement au dessus des autres qu'il plombe complètement le recueil. Difficile d'enchaîner "Dry september" et le poussif "Mistral" (je ne parle même pas des deux dernières nouvelles, totalement ennuyeuses). C'est dans doute pour cela qu'on trouve un nombre incalculable d'éditions de la seule "DS".

Pour résumer, comme dans tout recueil de nouvelles, on trouve ici à boire et à manger. En l'occurrence, deux textes d'une force incroyable, "A rose for Emily" et "Dry september" (auxquels j'ajouterai "Victory", ouverture grandiose et délicieusement bizarre), quelques récits sympas quoique dispensables ("Red leaves", "That Evenning Sun") , et beaucoup de déchet (mais bon...il faut se souvenir que le début des années trente fut une période difficile pour Faulkner, qui écrivit alors beaucoup de textes sur commande dans le but avoué de payer son loyer).

lundi 10 novembre 2008

"Les Diaboliques" - Barbey d'Aurevilly

Zaph voit le Bien partout

En fait, il n'y a pas grand chose de diabolique dans ces nouvelles. Oh, il y a bien quelques meurtres par empoisonnement, mais rien de bien méchant en somme.
Eh oui, je suis comme ça, moi, je vois le Bien partout.

Ou alors, comme le dit Jules (j'ai la flemme d'écrire Barbey d'Aurevilly), "L'extrême civilisation enlève au crime son effroyable poésie, et ne permet pas à l'écrivain de la lui restituer".

Non, s'il y a quelque chose de diabolique, c'est l'écriture de Jules, qui rend superbement bien cette sorte de jubilation morbide d'un monde privilégié en déliquescence, cette fureur nonchalante qui place le même raffinement dans le plaisir et dans le crime.

Le style est magnifique. On a presque plus envie de savoir comment l'histoire va être racontée que ce qui va s'y passer.

D'ailleurs, l'auteur (je me demande bien quelle mouche l'a piqué) utilise parfois une forme de récit indirect très originale, par exemple, un personnage A raconte à un personnage B une histoire qu'il a lui-même entendue de la bouche d'un troisième personnage C. J'imagine que c'est un véritable tour de force littéraire qui peut sembler inutilement compliqué, mais sous la plume de Jules, ça passe très bien. Cela éveille même de l'intérêt, car on a envie de connaître une histoire qui vaut tellement la peine d'être racontée, et on est sûr que le conteur va l'enjoliver avec l'art que permet le recul.

Oserais-je me permettre un petit bémol ? Bien que Jules ait choisi de faire parler différents personnages, le style - bien que parfait, me semble trop uniforme d'une nouvelle à l'autre. Mais cela n'enlève rien au plaisir.

"J'étais, un soir de l'été dernier, chez la baronne de Mascranny, une des femmes de Paris qui aiment le plus l'esprit comme on en avait autrefois, et qui ouvre les deux battants de son salon - un seul suffirait - au peu qui en reste parmi nous. Est-ce que dernièrement, l'Esprit ne s'est pas changé en une bête à prétention qu'on appelle l'Intelligence?... "

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lundi 29 septembre 2008

"Descends, Moïse"

Une introduction idéale, par Thom

C'est le troisième recueil de nouvelles de Faulkner, mais il est le seul à figurer officiellement dans les bibliographies (parfois même dans la catégorie romans, vous allez comprendre pourquoi). Les autres, en effet, sont tous (à l'exception notable de "Knight's Gambit") des "collections" (en anglais), à savoir des compiles pures et simples, là où "Go Down, Moses" (en V.O.) a été envisagé de manière globale... et d'ailleurs, s'agit-il réellement de nouvelles ?
Quelle différence structurelle fondamentale y-a-t'il entre les précédents livres de l'auteur, qui contiennent tous de petites histoires imbriquées dans la grande, et celui-ci, collection de nouvelles, certes, mais mettant en scène les mêmes personnages, à la même époque de leur vie, et constituant en elles-mêmes une suite romanesque - sinon une différence de pagination ?
Tout cela, bien sûr, est finalement assez secondaire. Seul compte, au final, le texte. Un texte d'une qualité exceptionnelle. Plus léger qu'à l'accoutumée, parfois même franchement drôle, il relate l'histoire d'une famille paumée au fin fond d'une Amérique profonde qu'on imagine volontiers être la future Amérique de Bush. On y retrouve bien sûr les obsessions faulkneriennes - fatalité - inceste - racisme, mais elles sont cette fois-ci traitées sur le mode de la dérision et de l'ironie... surtout dans "Was", la première nouvelle, proprement hilarante. Il faut dire que l'ensemble, limpide et remarquablement rythmé, a quelque chose d'assez fulgurant : l'un des seuls livres de Faulkner, peut-être, qui soit parfaitement "accessible", presque "lisible au premier degré"... une introduction idéale, en somme, à un auteur essentiel dont la complexité effraie parfois (à tort) le lecteur de passage...
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samedi 16 août 2008

"Coronado" - Dennis Lehane

Retour aux sources, par Thom

Passer du roman à la nouvelle est toujours un exercice délicat, quand bien même on s'appelle Dennis Lehane et a fortiori lorsqu'on est l'un des plus grands romanciers contemporains, qu'on excelle dans ce domaine et qu'on se paierait bien une petite récréation en attendant de s'attaquer à un nouveau pavé.

La fleur aux dents et avec toute l'énergie qui le caractérise, l'auteur de « Mystic River » s'y colle courageusement et le résultat, pour prévisible qu'il soit (plusieurs de ces short-shories ont été préalablement publiées ça et là - certaines sont même dégottables sur le Net... en V.O.), s'avère des plus honorables. Soit donc cinq nouvelles plutôt consistantes dans lesquelles Lehane, de toute évidence, se fait plaisir : la forme courte semble pour lui l'occasion de prolonger l'expérience du mésestimé « Sacred » et de revenir aux fondamentaux du roman noir ; du tragique toujours, mais de l'humour (noir) aussi. Situations étranges, héros ordinaires, écriture extrêmement nerveuse et dialogues décapants... à vrai dire les meilleurs textes de « Coronado » (« ICU » et « Gone down to corpus ») sont autant de petit concentrés de l'art lehanien, mais un art qu'on aurait quelque peu déshabillé de son univers : en livrant une poignée d'œuvres moins étouffantes et en quittant l'indispensable banlieue de Boston, Lehane paraît avoir (involontairement ?) renoncé à une part non négligeable de tout ce qui fait habituellement sa marque de fabrique - donnant l'impression de tout faire pour se rapprocher d'un auteur hardboiled traditionnel (ce qu'il n'a assurément jamais été). Une sensation étrange qui est pourtant patente dans « Running out dogs », texte inaugural aux accents sudistes si impeccables qu'on jurerait être en face d'un inédit de Jim Thompson ! Mais cette volonté affichée de revenir aux sources est-elle si étonnante lorsqu'on sait que « Shutter Island » (dernier roman de Lehane en date) s'est parfois fait allumer par certains puristes du noir ? A lire le cinglant « Mushrooms », l'auteur fait bizarrement penser à ces groupes qui, devenus des superstars en signant sur des majors, publient aussitôt après des compilations de leurs travaux d'avant la gloire (ou de vieilles reprises qu'ils adorent) histoire de conserver le label Croisé dans l'underground. C'est sans aucun doute le but caché de ce recueil au demeurant très réussi, au terme duquel Dennis Lehane aura (re)gagné en crédibilité ce qu'il aura (un peu) perdu en singularité.

Qu'importe, du reste, car chassez le mega-seller et il revient au galop : le texte éponyme, pièce de théâtre qui semble s'être trompé de bouquin, gâche le grand final en cela qu'il est un décalcomanie maladroit de la nouvelle juste avant (l'exceptionnelle « Until Gwen »). Inutile de dire qu'au vu de la qualité de cette dernière on oubliera volontiers ce remplissage inutile pour ne garder de « Coronado » que l'essentiel : quatre textes remarquables sur six... c'est déjà plus que dans nombre de recueils contemporains.

jeudi 17 juillet 2008

"Armageddon in Retrospect" - Kurt Vonnegut JR

Un faire-part de la famille Zaph, par Lise CC (dont c'est le grand retour !)

Mark Vonnegut a réuni pour notre plus grand plaisir, douze nouvelles inédites, et vingt cinq illustrations créées pas son père Kurt Vonnegut. Le résultat, c'est un ouvrage de 232 pages sur beau papier - c'est important, le papier et celui ci est doux au toucher comme à l'oeil.

Il s'agit de textes qui furent écrits dans le courant de la vie de l'écrivain. Le livre commence par la lettre, datée du 29 mai 1945, que Kurt Vonnegut, alors agé de 23 ans, ecrivait à ses parents pour leur raconter comment il fut fait prisonnier par les nazis, comment il a survécu et comment il se trouve présentement en France, " Red Cross Club in Le Havre P.O.W Repatriation Camp " faible et amaigri, mais bien vivant, et à quelques jours de revenir dans sa famille. Vonnegut nous livre ses pensées sur la destruction de Dresden aussi bien que l'histoire de ces trois soldats prisonniers de guerre, qui passent leur temps a élaborer le parfait menu de leur premier repas de rapatrié. ; en passant par la sombre, tragique constatation de l'impossibilité, ou nous sommes, de protéger nos enfants contre la tentation de la violence ; l'ensemble nous montre un Vonnegut soldat, écrivain, artiste, parent, et humain, celui que nous connaissons, luttant désespérément pour la paix.

Mark Vonnegut a écrit l'introduction et nous offre en prime le texte du dernier speech que devait dire son pere à l'occasion de la remise des diplômes à l'Université de d'Indianapolis, prévu pour le 27 avril 2007. Vonnegut n'a pas vécu jusqu'à cette date.

Et enfin, nous avons aussi l'occasion d'admirer les dessins et illustrations qui ressemblent aux écrits de Vonnegut, comme eux inattendus, colorés, poignants et en meme temps pleins d'humour.

Kurt Vonnegut Jr, ( 11 novembre 1922 - 11 avril 2007 ) était un écrivain, un professeur, et un peintre. Il fut publié pour la première fois en 1950. Nous connaissons de lui quatorze romans, quatre pièces de théatre, et trois recueils de courtes nouvelles, ainsi qu'un incalculable volume de textes brefs, discours, et essais non-fiction.

Mark Vonnegut
est le fils de Kurt Vonnegut jr. Il est pédiatre et auteur d'un mémoire, The Eden Express.

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vendredi 11 juillet 2008

"Willard et ses trophées de bowling" - Richard Brautigan

Pour retrouver le sourire ! par Thom

On souffle… ouf… une semaine difficile ? des problèmes ? un temps trop caniculaire ?

Allons allons, un petit coup de Brautigan, et ça repart !


Dès le premier chapitre, on est en terrain connu – enfin : les amateurs de Brautigan sont en terrain connu. Un couple s’amuse à un délire SM tragicomique et pas pornographique pour deux sous, car Bob a attaché Constance n’importe comment, il n’a même pas réussi à la bâillonner correctement. Trop nul ce Bob. A sa décharge, il faut préciser que depuis quelques temps, nous dit-on, il n’arrive plus à faire quoi que ce soit correctement. Ce qui se confirme, puisque la scène torride annoncée n’arrive pas : sa femme est nue et attachée devant lui… et il commence à lui lire des fragments d’une anthologie d’odes et épopées grecques (ce qui par ailleurs peut totalement être considéré comme un sévice).
Le ton est donné ! La perversion annoncée dans le titre (NDLR : en anglais, ce roman est sous-titré : "A perverse mystery") n’apparaîtra jamais, mais par contre, on va bien rigoler et on ne va pas s’en plaindre.

Un roman de Brautigan n’étant jamais complètement un roman, celui-ci est plus un genre de série, plein de petites chroniques successives narrant les (més)aventures de toute une galerie de personnages aussi ordinaires que tordants. Il y a donc Bob et Constance, mais aussi un autre couple, John et Patricia. Ces derniers aiment beaucoup leur ami Willard, dont la seule raison de vivre c’est ses trophées de bowling. Parfois même il leur parle. John et Patricia se demandent si Greta Garbo et Willard pourraient devenir amis. Pourquoi ? Aucune idée… ah, et puis il y a aussi les redoutables Logan Brothers (plus une brève apparitions des Sisters) qui ont un trophée de bowling à la place du cerveau et n’ont qu’un seul but avouer : s’emparer des trophées de Willard. Ils ne savent pas pourquoi, mais ils ont bien l’intention de parvenir à leurs fins !

Autant être clair : si vous n’avez pas d’humour, passez votre chemin. Ici, pas de grandes prétentions artistiques, pas d’étude de mœurs nichées au creux d’une intrigue en apparence simplette… non, rien de toute cela : Brautigan veut s’amuser, et entraîner les lecteurs dans son univers délirant. Pour bien se figurer ce à quoi ressemble ce livre, il faudrait essayer d’imaginer le livre le plus pompeux de Hemingway (pastiché ouvertement et méchamment) adapté à l’écran par les frères Coen.
Le résultat, c’est un bouquin siphonné et jubilatoire, des personnages à moitié barges lorsqu’ils ne sont pas juste totalement cons (comme les Logan Brothers), des scènes de cul qui qui se métamorphosent en morceaux de bravoures comiques et un découpage structurel permettant d’en picorer quelques morceaux pour se revigorer avant de replonger des activités plus sérieuses. Et après y revenir - Brautigan, ça fait du bien !

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samedi 7 juin 2008

"Chroniques Martiennes" - Ray Bradbury

Glurx, par Livrovore


Habituellement je ne suis pas très friande de science-fiction. C'est suite à différents commentaires et critiques alléchants que j'ai noté ce livre sur ma LAL. Il y a longtemps qu'il y traînait sans que je me décide à l'acheter, et puis on me l'a offert. Et puis j'ai encore traîné avant de le lire… Maintenant c'est chose faite, et je n'ai pas été déçue du tout !

Ce livre est une série de 28 chroniques évoquant l'histoire des Terriens sur Mars entre janvier 2030 et octobre 2057. On commence sur la Terre, on décolle pour Mars, on suit différents personnages (y compris Martiens !) avec chacun leur singularité et leur rapport à chaque planète, chacun leur façon de s'adapter ou non, chacun leurs vies et leurs sentiments.

On entre vite dans cette dimension sans trop de soucis d'adaptation. Les premières chroniques m'ont fait sourire et même parfois bien rire, l'auteur a une inventivité surprenante, pas de banals petits bonshommes verts avec des antennes qui diraient « glurxz », non, des Martiens « originaux » !
Et puis ces premières chroniques ont parfois une logique totalement absurde, mais pourquoi pas : les Martiens ne ressembleraient pas aux Terriens n'est-ce pas ? Et ce côté dément, les incompréhensions entre Martiens et Terriens sont vraiment drôles et bien amenées.
Puis, plus les chroniques se succèdent plus on perçoit un côté un peu plus sérieux, une symbolique qui nous amène à des réflexions importantes. Ray Bradbury touche les humains dans leurs défauts, fait ressortir leurs travers. Il évoque ainsi nombre de sujets importants qui sont ceux du racisme, de la peur de l'inconnu, de l'esclavage, du colonialisme, de l'exil, de la guerre, de la religion… et j'en passe !

L'auteur a su se servir de l'imaginaire induit par Mars pour évoquer des sujets actuels et/ou éternels qui marquent les humains et leur Terre.

Un petit bouquin qui contient donc tous les ingrédients nécessaires à passer un très bon moment de lecture.

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vendredi 21 mars 2008

"Gimpel le naïf" - Isaac Bashevis Singer

Par Ingannmic

J'avoue tout d'abord, en toute humilité, que je ne connaissais pas du tout Isaac Bashevis Singer...mais voilà une lacune comblée grâce à la meute, et grâce à la médiathèque qui vient d'ouvrir près de chez moi, car en librairie, Singer est introuvable!
Pour commencer en douceur, j'ai choisi Gimpel le naïf, recueil de nouvelles dont les histoires se déroulent en Pologne, souvent au sein d'un petit village, avec toutes les catégories de population que l'on peut y trouver : rabbins, boulangers, mendiants, hommes riches, femmes pauvres, etc. Ce recueil se lit très facilement, à chaque récit correspond un narrateur différent, avec des incursions dans le monde des superstitions, voire du fantastique,et quelques thèmes récurrents : les petites gens sont souvent condamnées à ce que leur situation perdure, voire s'empire, mais Singer nous donne parfois l'impression qu'elles en sont elles-même responsables. Par exemple, Gimpel, qui croit à toutes les bêtises qu'on lui raconte, et se fait abuser par sa femme et tout le village, avoue par moments qu'il a choisi la crédulité par facilité..De même pour cette prostituée devenue mendiante et qui raconte à ses compagnons de misère qu'elle a un jour laisser s'échapper une chance d'épouser un homme de bonne situation.
Parfois, les protagonistes sont menés à leur perte par l'intervention d'un démon, personnage à part entière (et même narrateur) dans certaines nouvelles, et qui sait jouer des faiblesses de ses victimes pour les tenter, notamment par la luxure.
La façon qu'a Singer de conter ses histoires m'a beaucoup plue, entre la fable et l'anecdote, certains des personnages sont vaiment truculents et remarquables et l'omniprésence de la culture juive donnent à Gimpel le naïf un côté très pittoresque.

Une citation pour finir :

"Si vous ne pouvez pas être un bon juif, comportez-vous comme si vous en étiez un, parce que, à force, vous le deviendrez... Si vous n'êtes pas heureux, comportez-vous comme si vous l'étiez. Le bonheur viendra plus tard. Il en est de même pour la foi."

mercredi 19 mars 2008

"Les neiges du Kilimandjaro" - Ernest Hemingway

L'Avis de Zaphod

Un écrivain atteint de la gangrène attend la mort en compagnie de sa femme dans un campement proche de la célèbre montagne. Il passe par une phase de révolte puis se laisse aller à la rêverie, pense à tout ce qu'il aurait pu écrire et n'écrira peut-être jamais.
Est-ce la présence de la mort qui lui donne une soudaine inspiration ?
Sera-t'il sauvé ? Mais qu'est-ce que le salut ? Est-il dans l'acceptation ?

Dix Indiens.

En quelques pages, le récit d'une journée de 4 Juillet sans réel évènement, comme on peut la vivre dans une campagne pauvre.

Euh ... stop !
Je m'étais dit que je ferais l'effort de résumer chacune des nouvelles, et à la deuxième, je flanche déjà !
Peut-être que faire un résumé de trois lignes n'est pas à ma portée. N'est pas Livrovore qui veut. Ou peut-être que l'intérêt de ces nouvelles ne se situe pas vraiment dans l'histoire.

Moi, ce qui m'a renversé, c'est comment, avec une forme aussi concise, Hemingway arrive à donner autant de présence à ses personnages ! C'est incroyable, je crois que je n'ai jamais vu ça. Il lui suffit de quelques mots et paf ! vous voyez le personnage.

Des personnages qui m'ont d'ailleurs parfois dérangé.
C'est l'univers et les valeurs d'Hemingway qui me dérangent en fait (particulièrement dans la nouvelle "L'heure triomphale de Francis Macomber", qui est je trouve encore plus forte que celle -célèbre, qui donne son titre au recueil).
La guerre, la corrida, la boxe, l'honneur, le devoir, le sang. Ces préoccupations très viriles me semblent en même temps fascinantes et presque anachroniques.

J'ai l'impression que la littérature d'aujourd'hui (sauf peut-être le domaine réservé de la Fantasy) est faite d'anti-héros. Et je suis tellement habitué aux anti-héros que de "vrais hommes" courageux finissent par me mettent légèrement mal à l'aise.

Bref, un petit recueil qui m'a fait forte impression.




L'Avis de Laïezza

"Les Neiges du Kilimandjaro" est le premier texte de Hemingway que j'ai lu. Je m'en souviens, j'étais au lycée, j'avais étudié son incipit en cours d'anglais et j'avais voulu en découvrir la suite.
Dans ce récit-dialogue statique et contemplatif, il ne passe pas grand chose, mais pourtant tout est là. Les résumés sont trompeurs, car cet écrivain et sa femme ne parlent pas tellement de la maladie : ils parlent avant tout de tout et de rien, et c'est en sous-entendu que la maladie apparaît progressivement, d'abord pas vraiment évidente puis omniprésente. Cette manière d'amener le sujet est d'une grande subtilité. Ca semble bien sûr plus évident d'utiliser des moyens détournés en lieu et place du didactisme, mais c'est généralement plus facile à dire qu'à faire...alors qu'avec Hemingway, on a souvent l'impression que c'est presque plus facile à faire qu'à dire .

Ce texte éponye est si simple et si fort que ceux vendus avec semblent forcément un peu en deça. On y retrouve des thèmes hemingwayiens classiques (femmes, safaris, corridas)...Parmi ces nouvelles, "L'heure triomphale de Francis Macomber" me paraît la plus aboutie : elle propose une allégorie de la lutte des classes intéressante et également subtile, doublée d'une gallerie de personnages particulièrement crédibles et attachants.

dimanche 16 mars 2008

"Goodbye Columbus" - Philip Roth

Par Lily

Premier livre et premier triomphe pour Philip Roth : en 1960, Goodbye Columbus reçoit le prestigieux National Book Award - catégorie nouvelles.

C'est pourtant un auteur très différent de celui qui explosera une décennie plus avec Portnoy's Complaint : très jeune, Philip Roth a une écriture et des thèmes bien plus sages, comme s'il s'était avili mentalement avec le temps. Les six nouvelles de ce recueil s'inscrivent ainsi toutes dans une atmosphère douce-amère, nostalgique, mettant en scène des adolescents (ou en tout cas des gens de moins de trente ans à chaque fois) en proies à des turpitudes bien de leur âge : amours contrariées, questionnements identitaires, relations parentales...

Bien sûr tous ces personnages sans exception appartiennent à la communauté juive new-yorkaise. Là, on sent déjà la thèse défendue par Philip Roth au cours des presque cinquante dernières années : de par son histoire, voir même sa définition (les juifs sont une minorité invisible dépourvue de la moindre particularité physique qui les rendrait immédiatement identifiables), la communauté juive exacerbe les sentiments générationnels et les engagements politiques. Le juif, chez Roth, est une allégorie de l'humanité, car le juif peut-être de n'importe quelle nationalité, de n'importe quel bord politique et peut incarner n'importe quelle fonction sociale - à ceci près que le juif rothesque vit tout cela plus intensément ou plus mal que les autres.

C'est le seul trait commun à ce livre et aux autres de son auteur. A part ça, Goodbye Columbus n'est ni provocateur ni profondément lettré, ne renferme pas de grandes références et n'a pas une portée philosophique démesurée. C'est surtout une collection de petites vignettes (parfois un peu désuètes) nostalgiques et attachantes, idéale pour faire la connaissance de Philip Roth. C'est d'ailleurs devenu depuis un classique de la littérature anglophone, et rare sont les étudiants français en anglais qui réussissent à atteindre la seconde année de leur cursus sans l'avoir étudié.