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mercredi 30 décembre 2009

"La conjuration des imbéciles" - John Kennedy Toole

Légèrement indigeste, par Ingannmic.

D'emblée, John Kennedy Toole nous immerge dans un univers que l'on pourrait qualifier d'"intermédaire", dans la mesure où il donne l'impression d'être situé juste sur la frontière séparant le réel de l'imaginaire. En effet, le monde décrit est bien le nôtre (l'action se déroule en l'occurrence dans divers quartiers, plus ou moins bien famés, d'une ville de La Nouvelle-Orléans) seulement, les personnages qui y évoluent ressemblent à des caricatures : leurs traits de caractères sont exacerbés, leur langage est exagérément pittoresque, les conséquences de leurs actes amplifiées au point de donner au récit des allures de comédie burlesque. Et celui qui rassemble toutes ces caractéristiques de façon évidente est le personnage principal de ce roman : Ignatius J.Reilly. Agé d'une trentaine d'années, il vit toujours chez sa mère, dans l'oisiveté la plus totale. Obèse, caractériel, paranoïaque, il rejette en bloc toutes les institutions et les valeurs de la société au sein de laquelle il évolue : l'Eglise, le travail, la télévision ; il ne supporte pas plus les homosexuels que les hétérosexuels mais est capable d'imaginer que l'infiltration par ces premiers aux postes clé de l'armée peut être une solution pour ramener la paix dans le monde... Il admire à la fois les penseurs romains, ceux de début du Moyen-Age, et Batman (!) parce que dernier fait preuve d'une morale rigide.
En conclusion, Ignatius est un individu totalement décalé, pétri de contradictions, qui ne trouve pas sa place dans une société de consommation dont il méprise de plus les valeurs matérielles.
Malheureusement, suite à un accident de voiture occasionné par sa mère, la voici devenu obligé de rechercher un emploi pour rembourser les dégâts occasionnés. Et c'est le début d'une série de catastrophes...

J'ai dans un premier temps trouvé ce roman plaisant et d'un second degré réjouissant. Et puis, après une centaine de pages, je n'avais plus vraiment hâte de retrouver mon livre en fin de journée, et ça, c'est mauvais signe ! Je ressentais un peu le même sentiment qu'en lisant "Le monde selon Garp" : je m'ennuyais, en dépit d'une action plutôt rythmée. Je ne me souviens plus de la cause de l'ennui qui m'a pris lors de la lecture du roman de John Irving, mais ce qui m'a lassé ici, c'est la récurrence des répliques échangées entre les personnages, l'impression que c'était les mêmes dialogues qui revenaient en boucle, et que l'auteur avait à certains moments manqué de concision et de subtilité.

Dommage... la recette utilisée était bonne, mais à force de me la servir, John Kennedy Toole m'a un peu écoeurée...

jeudi 24 décembre 2009

« Mrs Dalloway » - Virginia Woolf

Faut-il avoir peur de Virginia Woolf ?, par Ingannmic.

Avant d’entamer la lecture de « Mrs Dalloway » (le 1er roman que je lis de cette auteure), j’imaginais que Virginia Woolf était une femme à l’écriture complexe, torturée, laborieuse. Je n’imaginais pas si mal… du moins en ce qui concerne la complexité, et par conséquent, la nécessité à certains moments de faire preuve d’une certaine concentration pour suivre le cheminement de son récit (donc, oui, c’était parfois un peu laborieux aussi !)
Peut-on d’ailleurs véritablement parler de récit, concernant « Mrs Dalloway » ? L’action s’y déroule sur une seule journée, et culmine avec la description des quelques menus préparatifs auxquels s’attèle Clarissa Dalloway en vue de la réception qu’elle donnera en soirée.
Et pourtant, en lisant , j’ai souvent éprouvé au cours de ma lecture une sensation de mouvement incessant, presque de frénésie, qui tient au procédé de narration utilisé par l’auteure : tout le roman est la restitution des pensées, souvenirs, des divers personnages, qui se succèdent souvent sans transition.
Ces personnages parfois se croisent, parfois se connaissent. Virginia Woolf s’attarde davantage sur certains d’entre eux, et notamment sur cette fameuse Mrs Dalloway. Arrivée à la cinquantaine, mariée à un célèbre député dont elle a eu une fille, celle-ci fait preuve d’un état d’esprit qui peut sembler confus car émaillé de réflexions contradictoires. En effet, elle s’émerveille de bonheurs simples, fait preuve d’une humeur égale et sereine, puis manifeste soudain des regrets quant à la femme qu’elle est devenue, qui agit sous l’influence du regard d’autrui, va jusqu’à penser qu’elle aurait aimé être quelqu’un d’autre… Et surtout, elle laisse transparaître, sous-jacente, une angoisse, voire une terreur de la mort, qui à certains moments sera même clairement exprimée..
Les considérations de Peter Walsh, l’amour de jeunesse de Clarissa, confirme la dualité évoquée plus haut : s’appliquant à plaire à la classe dominante pour entretenir les relations mondaines de son époux, elle a acquis une rigidité préjudiciable à son sens critique et à sa vivacité d’esprit. Et pourtant, il lui reconnaît toujours un « sens du comique exquis », un caractère agréable et facile.
Quant à lui, son retour après 5 années passées aux Indes (alors colonie anglaise) fournit un prétexte à l’auteure pour souligner les changements intervenus après la première guerre mondiale (le roman se passe en 1923) en Angleterre, la fin du conflit insufflant un vent de liberté qui se traduit par une évolution des comportements : Peter constate ainsi que les anglais se montrent moins pudibonds qu’auparavant, la censure morale semble être moins pesante. Un personnage d’ailleurs plutôt sympathique que ce Peter, qui se soucie peu du « qu’en dira-t-on », se contentant de suivre ses envies, ses impulsions, affichant une forme d’épicurisme débonnaire et aussi quelque peu enfantin. Lui-même se décrit comme étant « à la fois gai et bougon », sa bonne humeur alternant parfois avec des accès de mélancolie provoqués par une certaine nostalgie de la jeunesse.
Plus tragiques et beaucoup plus sombres sont les pensées de Septimus, un autre des protagonistes qui occupe une place importante dans le roman. Se promenant dans les rues de Londres au bras de Rezia, son épouse italienne, ce rescapé de la guerre, atteint d’une profonde dépression, sombre dans la folie…
Par la transcription des pensées, des états d’âme de ses personnages, Virginia Woolf a su donner à son récit une réelle consistance, l’enveloppant d’un réseau complexe de sentiments et de réflexions plus ou moins conscientes. Il s’en dégage au final une vague impression de mal-être existentiel, une difficulté pour les individus à accéder au véritable bonheur, à jouir de la maturité et de la sérénité que pourrait leur conférer l’âge.
S’agit-il de l’écho des angoisses et de l’instabilité mentale de l’auteure ?
On notera à plusieurs reprises l’évocation du suicide ou de la délivrance que peut apporter la mort, considérée aussi à certain moment comme un « enlacement »…

mercredi 23 décembre 2009

"Willard et ses trophées de bowling" - Richard Brautigan

Critique express, par Ingannmic.

Quel est le point commun entre un jeune couple qu'un papillome verruqueux a réduit à pratiquer des jeux sexuels sado-masochistes, trois frères aux allures de Daltons qui attendent, dans une chambre d'hôtel, un coup de téléphone d'une extrême importance, et un autre jeune couple sorti assister à une rétrospective Greta Garbo au ciné-club ?
Ben, les trophées de bowling, bien sûr !

Ne cherchez pas à comprendre. Tout ce que vous avez à faire, c'est d'attraper ce roman de Brautigan, vous installer dans votre fauteuil préféré, et vous laisser aller. Avec l'assurance que vous allez bien vous marrer !
De situations loufoques en absurdités hilarantes, c'est un vrai moment de plaisir que nous offre l'auteur avec ce récit quijamais ne se prend au sérieux... mais bon sang, quel dommage qu'il soit si court !!

Pour la peine, ma critique s'arrête là. Na!

mardi 22 décembre 2009

"La Reine Morte"- Henry de Montherlant

Démodé et encore très moderne par Anne


Je n'aurais pas choisi un livre de Montherlant si on n'avait pas décidé de nous amuser avec des auteurs suicidés. C'est ce qui fait intéressant de suivre un thème tout les deux mois - on fait souvent de jolies découvertes! "La Reine Morte" est une histoire assez banale : Le roi du Portugal, Ferrante, exige que son fils Pedro marie L'Infante de Navarra, mais Pedro est amoureux d'Inès, et il ne veut pas la quitter. Marier l'Infante et prendre Inès comme sa maîtresse comme lui propose son père n'est pas possible non plus. Il ne peut et ne veut pas. Pedro et Inès se sont déjà mariés en secret et Inès est enceinte. Pour le Roi est-ce qu'il y a autre solution que de faire assassiner Inès?

Une histoire très simple, n'est-ce pas ? Pourtant Henry de Montherlant a réussi à en faire une pièce de théatre assez fascinante. On suit le roi qui avec des arguments souvent contradictoires arrive enfin à prendre une décision sur le sort d'Inès. Le vieux roi fatigué nous montre que les motives de nos actes ne sont pas toujours claires. On change facilement d'opinion ou de principes surtout quand on a marre d'une personne ou d'une situation. Il nous arrive de faire des choses seulement parce qu'on a le pouvoir de les faire.
C'est une pièce pleine de réflexions intéressantes, c'est très bien écrit et elle me donne envie de découvrir les autres textes de Montherlant.

jeudi 10 décembre 2009

"Le seigneur des porcheries" - Tristan Egolf

La revanche des "moins-que-rien", par Ingannmic.


Ne vous laissez pas décourager par l’interminable et obscure 1ère phrase qui ouvre « Le seigneur des porcheries ». Les mystérieux termes qui y sont employés –« trolls, Village des nains, Hessiens des Coupe-gorge et autres citrons »-, vous seront expliqués en temps voulu, tout comme les événements qui ont mené à l’effroyable « crise » dont il y est question vous seront minutieusement exposés.
Mais d’abord, nous allons faire la connaissance de John Kaltenbrunner, héros anti-conventionnel qui, pour son malheur, est né à Baker, l’archétype du patelin de bouseux, où la médisance, la bigoterie, l’intolérance, l’hypocrisie et la bêtise règnent en maîtres depuis toujours. Enfant unique de la veuve d’un cadre des exploitations minières de la ville, John affiche dès son plus jeune âge sa différence : ainsi, à 8 ans, alors que ses professeurs le considèrent comme un attardé, il a remis à flot la ferme familiale délaissée par sa mère, et mis sur pied un élevage florissant de volailles. Investi corps et âme dans les projets d’extension dudit élevage, il aurait pu s’accommoder de sa solitude, du rejet subi de la part des autres enfants, mais une succession de malheurs, survenue alors qu’il n’est encore qu’adolescent, va irrémédiablement changer le cours de sa vie…

« Le seigneur des porcheries » est un roman dense, foisonnant, difficile aussi, en raison de son intense dimension tragique.
Deux phases principales se distinguent dans l’histoire de John. Dans un premier temps, il cumule une poisse de tous les diables et de telles vicissitudes que l’on se demande où il trouve la force de ne pas sombrer dans la folie, voire tout simplement de survivre… La deuxième partie sera celle de la revanche, celle où John mettra le nez des péquenots de Baker dans leur merde, au sens propre comme au figuré…
Et à ce moment-là, Tristan Eglof est si bien parvenu à nous gagner à la cause de son anti-héros, que l’on applaudit des deux mains ! On se réjouit de voir les plus miséreux, les plus méprisés, avoir pour une fois l’avantage sur ceux qui habituellement les conspuent. Le sous-titre du roman est d’ailleurs éloquent : « Le temps venu de tuer le veau gras et d’armer les justes ».
L’auteur semble avoir exprimé dans ce roman tout son dégoût pour une société profondément injuste, toute son amertume envers un système où les plus faibles sont anéantis, toute sa haine pour ceux qui, se croyant détenteurs d’une morale infaillible, font preuve d’étroitesse d’esprit et de méchanceté.
Rien n’échappe à sa plume acérée, et surtout pas les instances censées représenter les fondements de la communauté de Baker : l’école est « un reliquat pétrifié du principe de Satan le malin géré par des créationnistes irréductibles, des paranoïaques de la guerre froide », la justice condamne les innocents et laisse courir les coupables, et tout est à l’avenant, Tristan Eglof usant d'un ton à la fois désespéré et grinçant, et nous livrant une véritable orgie de métaphores irrésistibles.

C'est à la fois à rire et à pleurer !

mardi 8 décembre 2009

"Leaving Las Vegas" - John O'Brien

Love story, par Zaph



Pendant environ cinquante pages, nous suivons les pas de Sera. Sera est prostituée à Las Vegas. Cette ville est un élément capital de l'histoire, en est le mauvais génie. Ville bidon par excellence, artificielle, ville en trompe-l'oeil, des décors clinquants masquant l'horreur ou le néant. Les américains ont tenté de reléguer dans une île au milieu du désert le jeu, l'alcool, le sexe. Un Jurassic Park du vice. Île à l'intérieur de cette île : Sera.
Elle est la résignation personnifiée. Elle est pute comme on a les yeux bleus. C'est comme ça. On a envie de lui crier "Non !". Mais il n'y a pas d'horizon ; au delà des limites de la ville, derrière le dernier hôtel, il n'y a rien, le désert. Elle accepte, même les clients tordus, même un proxénète salaud, même les coups. De toute façon, on ne peut pas fuir plus loin que Vegas. Vegas est le terminus de l'humanité.

Deuxième partie. Nous laissons Sera pour suivre Ben.
C'est peu dire que Ben est un alcoolique. Ben passe ses jours et ses nuits à boire. Même qu'il ne pense qu'à ça. Il s'est bien sûr fait virer de son boulot. Donc, il n'a plus qu'une seule et unique activité (je parie que vous avez deviné laquelle).
Un seul petit souci : que faire si on se réveille à trois heures du matin avec une grande soif, et tous les magasins d'alcool fermés ?
Une solution : déménager à Las Vegas, là où l'alcool coule à toute heure.
Forcément, Ben et Sera vont se rencontrer, attirés comme les deux pôles d'un aimant. Sera ayant comme seule préoccupation de continuer à vivre, et Ben ayant comme seule perspective de mettre un terme à sa vie.

"He will feel her heart beat and sit in joyous wonder of her, someone who takes the trouble to work so hard just to live so hard: a neat trick."

Je ne vais pas vous raconter la fin. Mais n'espérez pas trop un happy end quand-même.
Le film m'avait bouleversifié, et le livre, bah, c'est la même chose.

Je me demande si c'est pas tout simplement l'ultime histoire d'amour que ce bouquin raconte. Enfin, d'habitude, l'amour, ça rime avec espoir, avec rêve, avec bonheur (ça doit être pour ça que les poètes parlent souvent d'amour, c'est facile pour les rimes). Même quand ça se termine mal ; même dans "Roméo et Juliette", les amants sont réunis dans la mort (pour toujours quoi ! si c'est pas mignon !). Mais si on retire tous ces attributs, qu'est-ce qui reste ? On pourrait dire qu'il reste l'huile essentielle de l'amour.
C'est quand on n'attend rien, qu'on sait que tout va mal, et va aller plus mal encore, qu'on est même finalement incapable d'aimer, mais qu'on ne peut quand-même résister à l'amour. L'amour est plus fort que tout, mais il ne triomphe de rien, voilà le constat de John O'Brien.

C'est pas tous les jours qu'un bouquin rentre directement dans mon top 10, mais c'est le cas ici (je dois avouer qu'il y a probablement bien plus que dix livres dans mon top dix, mais ça n'enlève rien au mérite de celui-ci).

mardi 1 décembre 2009

"Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" - Stefan Zweig

C'est un complot, par Zaph


J'avais pas spécialement l'intention de lire "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme", de Stefan Zweig. Même pas du tout.
Non, moi je voulais lire "Le joueur d'échecs", du même auteur. Comme j'avais déjà lu "Le maître de go", de Kawabata, je me disais que ça faisait un beau programme : les deux plus beaux jeux d'esprit évoqués par deux auteurs suicidés. J'aurais pu ainsi m'adonner à la littérature comparée (le troisième plus beau jeu d'esprit).
Mais on croirait que les lecteurs de ma bibliothèque sont à l'origine d'un grand complot pour m'empêcher de suivre peinard mon programme de lecture. Tous les exemplaires du "joueur d'échecs" étaient empruntés jusqu'à la fin du monde. Alors, voilà, je me retrouve avec "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme".
Bon, ce livre n'est pas si mauvais. Surtout après un certain retournement de situation (quoique un peu attendu quand-même) que je ne vais pas révéler pour préserver l'intérêt de ceux qui n'ont pas encore lu le livre. L'histoire est bien construite, et le style, malgré un caractère un peu désuet, n'est pas désagréable.
Mais quelque chose m'ennuie. C'est que le ressort de l'histoire repose principalement sur une rigidité morale et des conventions qui ne sont plus guère de mise aujourd'hui. Au fond, cette femme (qui par ailleurs est veuve) ne fait que s'offrir une petite partie de jambes en l'air pour son plus grand bien et celui de son amant. Est-ce qu'il y a là de quoi la plonger dans des abîmes de culpabilité et de honte pour le reste de sa vie ? Non, vraiment, ce genre de romantisme là ne me branche pas.

samedi 28 novembre 2009

« Une page d’histoire et autres nouvelles » - Romain Gary

Inégal, par Ingannmic.


La maîtrise de la nouvelle est un art difficile… il faut en peu de mots capter l’attention du lecteur, donner de la consistance au récit, et surtout éviter de laisser l’impression que cette forme d’expression littéraire a été choisie par facilité.
« Une page d’histoire et autres nouvelles » confirme bien la difficulté à éviter ces écueils : en effet, sur ces cinq courts récits, deux m’ont véritablement plus, les autres me laissant un vague sentiment d’inachevé.

Les textes que j’ai aimés ouvrent le recueil, et s’intitulent « Le luth » et « Le faux ». Dans le premier, un diplomate en poste à Istanbul réalise, alors qu’il est âgé de 57 ans, qu’il est sans doute passé à côté d’une vocation artistique… La fin de l’histoire est tout à fait surprenante, d’un cynisme glaçant, et pourtant, elle n’est que suggérée ; c’est le lecteur qui devine, atterré, la terrible issue du récit. Cette nouvelle mériterait à elle seule qu’on lise ce recueil !
Le second texte –« Le faux », donc- met en scène un riche collectionneur d’art aux origines plus que modestes, qui se montre intransigeant quant à l’intégrité dont on doit faire preuve lorsqu’il s’agit de reconnaître l’authenticité d’une œuvre. Une inflexibilité dont il refusera de se défaire, quitte à se montrer particulièrement cruel. Romain Gary parvient en peu de mots à brosser un captivant tableau de ce que la nature humaine peut avoir d’intéressant lorsqu’elle oscille à la limite de la folie.

Les trois autres textes (« Noblesse et grandeur », « Une page d’histoire », et « Les habitants de la Terre ») sont eux aussi des variations sur le thème de la démence, mais ne possèdent pas la subtilité et l’aboutissement des deux premiers. Ils évoquent des pays en guerre (il s’agit clairement de la 2nde guerre mondiale) et mettent en scène aussi bien des bourreaux que des victimes de la folie meurtrière des hommes.

Je ne connaissais pas Romain Gary, et cette activité autour des « écrivains suicidés » a été l’occasion d’exhumer de ma PAL ce petit ouvrage, publié dans la collection Folio 2 Euros, qui est un extrait du recueil de nouvelles « Les oiseaux vont mourir au Pérou ».
Sans doute n’est-ce pas le meilleur choix pour découvrir cet auteur, et j’ai bien l’intention de lire un de ses romans.

jeudi 26 novembre 2009

"Si c'est un homme" - Primo Levi

Survivre pour mourir par Anne

"Incroyable", c’est ce que j’ai pensé en lisant ce livre, et c’est exactement ce que les nazis ont voulu qu’on pense après la guerre – que ce qu’ils avaient fait était tellement incroyable que personne ne le croirait jamais. Ils ont dit aussi : "personne ne sera là pour témoigner, nous allons détruire toute preuve". Mais là ils ont eu tort : il y a des survivants, il y a bien des preuves.

Primo Levi est arrêté en février 1944, en Italie. Il est déporté à Auschwitz. Dans son livre "Si c’est un homme" il décrit la vie dans ce camp de détermination. Il décrit, observe et questionne. Il décrit la lutte quotidienne pour survivre à ce système monstrueux des nazis qui faisait de l’homme un être sans dignité, sans identité et sans aucun caractère humain. C’était une lutte de chacun contre tous et de chacun pour soi. Incroyable que certains ont pu survivre à ce régime inhumain : travail dur, nourriture pauvre, presque sans vêtements quand il fait -15C, Et quand on a faim et froid, quand on n'a plus que la peau sur les os et encore moins que ça, quand rien ne vous intéresse que survivre encore une journée qu'est-ce qui reste de l'homme qui déjà n'est plus rien qu'un numéro? ... Il n'en reste plus rien du tout car un homme qui vit dans de telles conditions n'a plus de place pour des sentiments ou la moralité.

Le témoignage de Levi "est devenu un livre qu'il importe à chaque membre de l'espèce humaine d'avoir lu pour que la nuit et le brouillard de l'oubli ne recouvrent pas à tout jamais le souvenir de l'innommable, pour que jamais plus la question de savoir "si c'est un homme" ne se pose". Malheureusement même aujourd’hui les média nous montrent que dans le monde entier cette question se pose toujours.

dimanche 15 novembre 2009

"Le grondement de la montagne" - Yasunari Kawabata

Un peu d'amour, un peu de mort, par Zaph

Heureusement, il n'y a pas que de mauvais écrivains qui se suicident.
Cette plaisante circonstance va me permettre de découvrir un autre livre de Yasunari Kawabata : "Le grondement de la montagne".

Kawabata est la subtilité en personne. On dirait que la vérité se trouve (et se cherche) dans les détails. Les personnages y sont très attentifs, comme si notre perception était incapable d'embrasser une échelle plus vaste. Pas de grand plan, de lois fondamentales, ni d'ordre supérieur, mais une suite de perceptions infimes qui dessinent petit à petit un univers. Cela contribue à créer un étrange sentiment poétique.

Avec ce livre, nous entrons dans le quotidien d'une famille japonaise, et surtout dans celui de Shingo, père de deux enfants dont les mariages respectifs sont en plein naufrage.
Il vient d'atteindre la soixantaine, et sent son esprit et sa mémoire faiblir, il se laisse accaparer par de petites choses, et se sent de plus en plus incapable de faire face aux problèmes réels.
Il se plonge volontiers dans des rêveries douces-amères, dont certaines sont empreintes de sensualité.

Nous retrouvons avec ce roman un des thèmes favoris de Kawabata : celui de l'homme vieillissant.
L'amour et la mort sont comme les deux pôles de la vie, mais deux pôles qui s'inversent petit à petit : plus on se rapproche de l'un, plus on s'éloigne de l'autre. Erotisme et sensualité semblent perdre leur consistance avec l'âge, pour se réfugier dans le domaine de la rêverie, et s'incarner parfois dans un simple regard.
Pourtant, le désir, lui, est toujours présent. C'est ce qui donne à ce texte cette tonalité si nostalgique et désabusée.

Connaissant les thèmes récurrents de cet auteur et ses obsessions un peu morbides, je ne peux pas dire que je suis surpris qu'il en soit venu à mettre fin à ses jours.

samedi 14 novembre 2009

« Le voyage dans le passé » - Stefan Zweig

L'amour... éternel ? par Ingannmic.


Se plonger dans ce roman de Stefan Zweig fut effectivement pour moi comme un voyage dans le passé. Après la lecture de dizaines de romans écrits pour la plupart après la 2ème moitié du XXème siècle, voire au XXIème, la facture classique de ce court récit m’a au départ un peu désarçonnée. Décrire la passion et le désir qu’éprouve le héros pour une femme en donnant l’impression que tout cela n’est que cérébral, me paraissait quelque peu désuet…

Ce héros, c’est Louis, jeune homme de condition modeste, qui à force de travail et de volonté, est remarqué par son patron, qui l’engage comme secrétaire particulier. Fonction qui exige que Louis loge chez son bienfaiteur. C’est là qu’il fait la connaissance de la femme de ce dernier, dont il s’éprend. Un amour platonique, et surtout partagé, ainsi qu’il va l’apprendre lorsque, envoyé en mission au Mexique, il doit quitter la France et faire ses adieux à sa belle. Les deux tourtereaux se promettent qu’au retour du jeune homme, ils se donneront l’un à l’autre. Oui mais voilà : la séparation est plus longue que prévu, et ce n’est que bien des années plus tard qu’ils se retrouvent.

C’est toute la palette du sentiment amoureux que décline Stefan Zweig : la naissance de la passion, l’attente, le doute, la reconnaissance de sa réciprocité. Et puis l’épreuve, celle de l’éloignement, avec le désespoir du début puis, peu à peu, la vie qui, continuant, cicatrise les plaies et enveloppe les souvenirs d’un voile de subjectivité.
Que devient alors le regard que l’on a pour l’objet de cet amour, après des années de séparation ? Les sentiments résistent-ils à l’épreuve du temps, au face-à-face avec la réalité retrouvée, qui, forcément, est en décalage avec les fantasmes entretenus par la mémoire ?

Il y a beaucoup de sensibilité dans ce court ouvrage, et finalement, le talent que déploie l’auteur pour nous faire vivre les turpitudes sentimentales de Louis et de son aimée, m’a fait passer un moment très agréable.

mercredi 11 novembre 2009

« Mémoires sauvés du vent » - Richard Brautigan

Ultime témoignage par Ingannmic.

Le narrateur remonte le fil du temps jusqu’à l’époque de ses 12 ans. La 2nde guerre mondiale vient de s’achever, le pays garde encore les stigmates de la Grande Dépression des années 30, qui en laissé plus d’un sur le carreau. Il est de ceux-là : avec sa mère et ses deux sœurs, il forme une famille d’ "Assistés sociaux", un statut qui, associé à la bizarrerie de son caractère, l’isole des autres enfants. Il ne s’ennuie pas pour autant, en partie grâce à l’un de ses passe-temps favoris, la pêche à la truite, qui lui permet de faire de curieuses rencontres. Ainsi ce couple d’obèses qui installe chaque soir ses meubles en bord d’étang, ou ce vieux qui vit dans une cabane faite de caisses en bois, et qui a fabriqué une jolie barque et son appontement à de seules fins esthétiques…

Le roman se compose de scènes que l’on découvre telles des cartes postales qui nous seraient envoyées du passé, évoquant de pittoresques personnages pour lesquels le narrateur semble éprouver une affection particulière, teintée d’une nostalgie aux accents parfois amers, face au constat que ces laissés-pour-compte ne sont que des « Poussières d’Amérique » vouées à l’indifférence et à l’oubli… sauf si un écrivain prend la peine de « sauver du vent » ces destins négligeables qui sous sa plume –et le regard enfantin de son héros-, prennent des allures d’existences hors du commun.

« Mémoires sauvés du vent » est un roman court mais intense dans la mesure où il regorge à la fois de mélancolie, de fantaisie et d’un humour parfois grinçant à l’encontre d’un monde qui, tel qu’il est devenu, désespère l’auteur. Un monde d’apparences, qui tend à l’uniformisation des individus, et où l’addiction télévisuelle a supplanté le pouvoir de l’imagination et la richesse procurée par les échanges avec autrui.

Il s’agit du dernier roman de Richard Brautigan, qui se donna la mort deux ans après l’avoir écrit.

dimanche 1 novembre 2009

Activité Novembre-Décembre 2009

"Le suicide, cette mystérieuse voie de fait sur l'inconnu"...
(V.Hugo, "Les misérables")

Hormis celui des catherinettes, de l'armistice et des bottes en caoutchouc, Novembre est aussi le mois des morts.

Les chats que, comme chacun sait, rien n'effraie, ont décidé de fêter l'événement (il est vrai qu'il est sans doute plus facile de célébrer le trépas lorsque l'on peut se prévaloir de 9 vies...), projet facilité par la matière que nous fournit la littérature, prolifique en écrivains qui se sont donnés la mort... drôle d'expression, quand on y pense, comme s'il s'agissait du seul cadeau que l'on puisse offrir à soi-même...
Pendaison, noyade, arme à feu, poison, seppuku, romancier(e)s et poète(sse)s semblent avoir expérimenté toute la panoplie d'instruments idoines, et ce à travers tous les âges et tous les continents. Il est logique, me direz-vous, que l'ensemble de la population des suicidés compte son lot d'écrivains. Oui mais voilà : des études montrent que le taux de suicide est trois fois supérieur chez les artistes que chez les non-artistes, et qu'à l'intérieur de la première catégorie, ce sont les écrivains les plus touchés.

Les écrivains sont-ils des gens qui vont mal ?

On peut en tout cas supposer que, généralement dotés d'une sensibilité supérieure à la moyenne, ils en subissent les aléas, revers d'une médaille qui par ailleurs est sans doute une des composantes de leur talent.
LES ECRIVAINS SUICIDES...
Tel sera par conséquent le thème des chats durant les mois de novembre et décembre. Et afin de prévenir tout accès de morosité, j'ai préparé quelques munitions :





et je rappelle ici les coordonnées de SOS Dépression : 08.92.70.12.38
(composer d'abord le 32 pour la Belgique, le 41 pour la Suisse et le 1 pour les Etats-Unis).
Bonne lecture !