samedi 6 septembre 2008

"Un long dimanche de fiançailles" - Sébastien Japrisot

L'avis de Gaël


Il est plus logique de lire un roman avant de voir son ou ses adaptations cinématographiques. Mais le hasard des choses fait que parfois, l'inverse se produit. Ce n'est pas toujours gênant : par exemple, avoir lu “Orgueil et préjugés” de Jane Austen après avoir vu le film de Joe Wright ne m'a aucunement perturbé. Je dois malheureusement avouer que, dans le cas d'“Un long dimanche de fiançailles”, l'expérience n'a pas été convaincante. Déjà parce que Jean-Pierre Jeunet a un univers visuel très fort, et qu'il est difficile de se représenter une histoire sous un autre angle quand on a des images encore fraîches et puissantes à l'esprit. De plus, comment ne pas juxtaposer le visage d'Audrey Tautou à celui de Mathilde, alors que dans le roman il s'agit d'une grande fille à cheveux longs ? Enfin, le fait que les protagonistes ne vivent pas en Bretagne, mais dans les Landes, m'a beaucoup dérangé. Je m'explique : Jeunet a utilisé un gag du livre (Manech venant de Cap Breton [et son prénom se prononçant donc Manèche, et non Manek !], tous les soldats pensaient qu'il était natif de Bretagne) au pied de la lettre pour resituer son histoire. Il a également changé le handicap de Mathilde (elle n'est plus dans un fauteuil roulant, mais claudique dans le film, maladie très courante en Bretagne) pour des raisons évidentes de rythme et d'action. Je n'ai pu m'empêcher, pendant toute la lecture du roman, de penser qu'on m'avait volé une héroïne régionale, ce qui est idiot, chronologiquement parlant. Mais connaissant personnellement certains lieux utilisés comme décors du film, j'avais à jamais associé “Un long dimanche de fiançailles” à ma Bretagne chérie.

Ceci n'a quand même pas complètement altéré le plaisir que j'ai eu à la découverte de ce roman. Japrisot maîtrise l'enquête comme personne. C'est une valse d'indices, de faux-semblants, de chausse-trapes et de signes révélateurs qui se dénoue tout au long du récit, à mesure que Mathilde mène son combat désespéré. Après la lecture de “Piège pour Cendrillon” et le résumé de quelques autres de ses romans, il semblerait que Sébastien Japrisot bâtisse ses oeuvres comme des puzzles, dont chaque pièce doit être retrouvée afin que la vérité éclate enfin. Ses héroïnes, obsédées par le passé, font preuve d'une opiniâtreté et d'une détermination à toute épreuve, défiant toute loi de la logique et de la bienséance, affichant même une attitude absurde face à l'évidence de la situation. À travers la structure de ses romans, Japrisot instaure une mise en abyme. Parallèlement à ses personnages qui reconstruisent des tableaux par petites touches, nous devinons l'auteur qui construit petit à petit son propre roman, guidant le lecteur (ou le trompant), pour l'amener d'une situation initiale à la conclusion.

Ce qui fait d'“Un long dimanche de fiançailles” une pièce unique dans l'oeuvre de Japrisot, c'est sa force d'évocation, notamment de la guerre dans les tranchées. Il m'est arrivé à maintes reprises de revoir les images qui m'avaient envahi après avoir lu “Le Feu” d'Henri Barbusse, roman autobiographique indispensable pour comprendre les événements de l'époque de l'intérieur. Japrisot touche du doigt cette verité-là. Si la première partie du roman peine à décoller au niveau du rythme et de l'intrigue, elle insiste sur l'ignominie et la cruauté de la situation dans laquelle se retrouvent ces cinq jeunes soldats dont la seule faute est d'avoir voulu échapper à une mort certaine et absurde. Et au fil du roman, c'est bien cette première partie qui nous avait paru pénible qui revient en mémoire, comme un sentiment crasse qui colle à la peau et dont on ne peut se débarrasser. Jean-Pierre Jeunet, dans son film, a voulu en faire un spectacle d'artifices, loin de la violence sourde et étouffante des descriptions de l'écrivain. Si Japrisot n'a pas eu la bonne idée de situer son roman en Bretagne, au moins lui a-t-il donné, sans savoir, son caractère.



L'avis de Thom

L'Aristochat est rarement pour votre serviteur l'occasion de grandes découvertes, en revanche il s'avère souvent un bon prétexte pour se livrer à des relectures agréables - voire même pour réévaluer des livres sur ou sous estimés. Concernant Japrisot hélas j'ai bien peur qu'en ce qui me concerne la messe soit dite depuis pas mal d'années : auteur intéressant mais mineur car trop inégal, celui-ci captive presqu'aussi souvent qu'il ennuie... et en ce sens « Un long dimanche de fiançailles » est sans aucun doute son chef-d'œuvre, puisqu'il concentre ces deux aspects antagonistes en trois cent soixante-treize pages tout à la fois intéressantes, énervantes, étonnantes, épuisantes...

Ce n'est pas comme on le prétend trop souvent un roman d'amour ; avant toute autre chose, « Un long dimanche de fiançailles » est l'histoire d'une obsession de moins en moins amoureuse au fil des pages. Une quête éperdue de vérité dans un monde mensonges - celle de Mathilde traversant mille épreuves afin de découvrir le pourquoi du comment de la condamantion à mort de l'homme qu'elle aime. Nous sommes en 1917 mais nous pourrions être en 2040, tout cela n'a dans le fond aucune importance : passé un début de livre semi-épistolaire passionnant l'univers se fige comme dans un manuel, le décor n'est au mieux qu'un décorum et jamais sans doute les années folles n'auront semblées aussi sages. A vrai dire on sera stupéfait de constater à quelle point le film hyper-esthétisant de Jean-Pierre Jeunet est une adaptation fidèle du roman de Japrisot tant elle restitue à merveilles le côté papier glacé du livre ! Seule compte ici l'obsession de Mathilde et elle étouffera tout le reste, personnages, lieux, évènements...

... on en ressort du coup un brin perturbé, car une seule idée peut bien sûr difficilement remplir un roman tout entier. A vrai dire il y a dans ce livre quelque chose d'inhumain, à l'image de cet unique véritable personnage dont la nature monolithique a quelque chose de presque dérangeant. Qui est Mathilde, vraiment ? Qui est-elle et quelle est sa raison d'être ? Si le but était de mettre en relief la vacuité de tout un chacun une fois éloignées ses obsessions les plus intimes, le pari est réussi. Las : il semble que le but ait plutôt été d'émouvoir, ce qui ne manquera pas d'étonner tant « Un long dimanche de fiançailles » est un roman froid et mécanique, aussi dépourvu d'émotion que surchargé de fioritures agaçantes. Très joli et un brin ennuyeux, admirablement construit mais moyennement écrit, il laisse perplexe de bout en bout tant la volonté de rendre le récit fastidieux semble clairement assumée par l'auteur. Le résultat est à double-tranchant : d'un côté on ne peut qu'être impressionné face au réalisme de l'ouvrage (car dans le fond, il n'y a que dans les livres qu'une enquête peut-être bouclée en quelques pages) ; de l'autre on se dit qu'on se fout pas mal qu'un roman soit réaliste, qu'on attend autre chose de la littérature et que le souffle en est une - et non des moindres. Se peut-il vraiment qu'un écrivain se réveille un matin en décidant d'écrire une histoire à rebours de tout suspens, de toute action, de tout ce qui peut faire plaisir dans une lecture ? Sans doute - s'il s'appelle Faulkner. Sébastien s'appelant hélas Japrisot, le résultat est en demi-teinte, et la noirceur romantique de « L'été meurtrier » semble ici bien loin...

Lire aussi l'avis de RêveJeanne

16 commentaires:

  1. Tes remarques sont vraiment pertinentes. Je viens de découvrir ce qui m'a gêné dans ce roman. Effectivement, cette obsession invraisensblable ne trouve pas de fondement précis dans le livre. je dirais que même tout prouverait à Mathilde qu'elle doit arrêter sur le champ. Et effectivement, Japrisot n'invoque que très peu l'amour de Mathilde pour Manech. Bien vu!

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  2. Tu me fais très plaisir, parce que sur Le Golb cette critique m'a valu d'être un peu chahuté :-(

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  3. se livr c vreman dla merd !
    nn mé frenchman jvoua pa lin-téré davouare ékri 7 otocraffy
    mwa je pré-fair kan mem stare wouhorz
    o mouin ya dlaxion & dé zestraterest & choux-bâ-kâ y et tp coooouuuuuuuuuuuul !
    sinn jkif Boub Le Ponge rektengl ak Karl-os le boloce & pas-trique la tite b*** mer dick
    o revouare lé zamy
    signé: le grou-grou dé kavern

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    1. Apprends à écrire ! Tu m'étonnes que tu ne comprends pas ce texte si tu sais mêmes pas écrire sans fautes !

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    2. Si tu as pas aimé tu commentes pas ! Déjà quand on voit comment tu écris et ta culture on comprends que tu n’aies pas compris le livre, je suis déjà étonné que tu l'ais lu !! Tu peux parler de K-sos mais c'est toi le K-sos ! T'es qu'un Kikoulol qui ne se souci de rien et qui se prend la tête à écrire d'une façon "cool" alors que tu pourrais intéresser à des choses plus importantes !!

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  4. Cé léponj K ré, pas rektengl, d'abord !

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  5. a vwi c vré^^ avc çon ami pas-trique le toile de mer =)
    ta reponce me fé trai plaizzz <3 biz a twa marcounet chéwi jtd mon fraire tu jere sisi tkt mais-greuh a+ mec
    ta grou-groute d kavern <3

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  6. Apprenez a écrire avant de critiquer une oeuvre littéraire...bande de kikoulol --'

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  7. Sérieux savez pas écrire?

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  8. Pfff apprenez à écrire avant de critiquer la littérature.

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    1. vous êtes vraiment con , ce livre est magnifique...

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  9. C'est un troll et vous êtes tombé dedans ...

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  10. Sérieux il est bien ce livre, c'est juste que tu n'a rien compris et puis c'est tout! En plus apprend a écrire!

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  11. Sais tu quelle est la visée de ce roman ? Stp.

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  12. Je tombe de ma chaise en lisant ces divers commentaires. Pour moi, Japrisot fait partie de ces auteurs incontournables où poésie, Histoire, intrigues et émotions se mêlent. Que ce soit dans Piège pour Cendrillon, court, troublant, génial puzzle et thriller psychologique ou, à l'opposé, Un long dimanche de fiançailles. Je me suis trouvée plongée dans les tranchées dès la première ligne (ce je n'ai pas ressenti en voyant le film de Jeunet ). Prise aux tripes au fil de la découverte du passé et du présent des soldats envoyés se faire massacrer, et, pour moi, la quête de Mathilde est un fil conducteur pour évoquer, par le biais de vies brisées une période essentielle rarement décrite avec autant de justesse et d'humanité. Faut évidemment tenir le coup vu l'imbrication des histoires personnelles, mais là est le génie d'un romancier qui a écrit une oeuvre "moins glacée que ça, tu meurs". Sorry pour l'expression. J'ai retrouvé l'adaptation de Compartiments tueurs (Costa-Gavras), à revoir absolument. Voilà un simple avis, sans prétention. Je recherche par ailleurs l'essai récent écrit sur Japrisot mais je ne connais ni l'auteur ni l'éditeur. Aux fans de m'en dire plus au cas où...

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