mercredi 30 avril 2008

Peter Handke

Par Claude

Parler de Peter Handke en ce moment se révèle être un exercice périlleux et très mal venu si on ne lui colle pas des cornes et une queue sataniques, voir pour certains une croix gammée en guise de boucle d’oreille. Handke est né en Autriche à Griffin en 1942, de père militaire pour son malheur. Il a été très longtemps vu comme l’un des écrivains les plus importants de langue allemande avant de sombrer dans l’hérésie ; en cause ses prises de positions vis-à-vis de Millosévich. Mal lui en a pris d’avancer que les choses étaient bien plus complexe que le simple lynchage du dictateur. Cela était déjà une chose horrible en soi… Combien, qui furent ses admirateurs sont devenus ses pires détracteurs, ses bourreaux justes et censeurs. Là où on vantait son humanisme et la justesse de son écriture, il n’y a plus qu’un nazi torturé qui n’ose pas s’annoncer, même Grass y a été de ses propos incendiaires. Handke est voué aux gémonies et il est de bon ton de lui cracher à la face après l’avoir encensé plus qu’un autre auteur allemand lui qui symbolisait le bon côté de cette nation frappée par l’infamie. On oublie vite, très vite…

Cet écrivain, l’un des plus importants des quarante dernières années, est un homme timide, discret, loin de l’arrogance et refusant de donner des leçons aux autres. Ses romans sont de véritables plaidoyers humains. Ils ne mettent en scène que des gens ordinaires, souvent non nommé, sinon par ce qui les qualifie d’une manière physique : le gardien de but, le pharmacien, la femme, l’homme… Je ne me souviens pas d’un nom de personnage. Ces gens comme nous déambulent dans la vie avec le même souffle parfois court et parfois serein. Concis, direct, utilisant des phrases courtes et Handke est un poète de l’intérieur. Le monde est toujours vu au travers le corps et les sens des personnages. Je me souviens d’une très belle scène dans L’heure de la sensation vraie (mon premier roman de l’écrivain autrichien) lorsque le narrateur observe une femme et son enfant dans un jardin de Paris. Car Handke n’est pas un auteur qui pétrifie ses récits (et non histoires) dans un environnement étriqué. Souvent, le lieu n’a point d’importance mais il est là comme reflet, comme un miroir, parfois nous parcourons les Etats-Unis (La courte lettre pour un long adieu), parfois nous sommes dans un pays imaginaire qui pourrait être les alpes suisses (Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille) ou nous grimpons une montagne magique (La leçon de la sainte victoire). Chez Handke, comme chez son ami Wim Wenders avec qui il a participé à plusieurs scénarios, il n’y a pas d’histoire, mais simplement un récit. Un récital de faits et de gestes, les deux plus beaux exemples sont pour Wenders Au fil du temps et pour Handke La femme gauchère. Ils s’attachent à nous placer dans les pas de leur personnage (comme ces anges à Berlin) et à nous faire partager les regrets, les questions, les inquiétudes, les changements de vie, les joies. Ce sont des poèmes de la simplicité. Simples mais jamais simplistes. En dessin on parlerait d’épure. Il y chez Handke cette même minutie et retenue que chez le peintre japonais pour qui un trait et un seul compte. Si vous conaissez Gustav Klimt alors en observant ses dessins vous y verrez le style même de l’écrivain.

Peter Handke est aussi un grand écrivain de théâtre, même ses pièces ne se jouent plus guère (l’un d’elles à même été annulée dans la polémique). Il est comme homme de théâtre un chercheur fébrile, il scrute, il découpe, se questionne sur le langage. Cela donne un théâtre expérimental qui a fait les délices d’acteurs comme Gérard Depardieu, Jeanne Moreau, Michael Lonsdale et Sami Frey…

Enfin il y a aussi le Handke scénariste et réalisateur de cinéma qui travailla surtout, comme je l’ai déjà dit avec Wim Wenders. J’ai envie de terminer sur une chose le traducteur et ami de Handke se nomme Georges-Arthur Goldschmidt…

Vous l'aurez compris, pour moi Peter Handke est un des écrivains majeurs de cette époque.

11 commentaires:

  1. Chouette article, dont je trouve, hélas, l'introduction de parti pris (voire de très mauvaise foi). Je ne crois pas que ce soit ses positions par rapport à Milosevic dans les années 2000, qui ont posé problème à Peter Handke.
    Ce serait plutôt la manière honteuse, et injustifiable, dont il a défendu et soutenu, dans les années 90, l' "épuration éthnique" des serbes contre les musulmans de Bosnie ou de Croatie, accusant à l'époque la communauté internationale, qui envoya ses casques bleues, d'avoir une attitude nazie (un comble !). Citons ses propos : "L'OTAN est parvenu à un nouvel Auschwitz" (pourtant ce sont bien ses amis serbes qui avaient ouverts de camps de concentration pendant cette guerre...).

    Bien entendu, ceci n'est pas contre toi, cher Claude. Mais disons que, plutôt que d'introduire en disant "on ne peut plus parler de Handke aujourd'hui", l'honnêteté oblige à expliquer à ceux qui ne le connaissent pas, pourquoi on a un peu de mal à évoquer son humanisme :)

    RépondreSupprimer
  2. Oui, c'est vrai que Handke sent un peu/beaucoup le souffre, et on est presque obligé de le mentionner. Si on ne le fait pas, il y aura bien quelqu'un pour venir râler "comment pouvez-vous parler de ce salaud?".
    Ceci dit, notre blog s'intéresse surtout aux aspects littéraires, et l'article de Claude les met très bien en lumière.
    J'espère donc que cet article ne va pas déclencher de polémique politique ou morale, ce n'est pas vraiment le but.
    A part ça, je n'ai jamais lu cet écrivain, et ce que Claude dit sur son écriture est très intéressant et me donne vraiment envie d'essayer.

    RépondreSupprimer
  3. Bien entendu :)

    Non, je voulais dire que, justement, on est bien obligé de le mentionner, sinon quelqu'un de moins ouvert que moi, finirait par le faire.
    Ce qui m'a gênée, c'est que dans l'intro, Claude souligne que Handke sent le souffre...Sans dire pourquoi, ce qui, à mon sens, prête encore plus le flanc à la polémique, que de ne rien dire du tout...

    RépondreSupprimer
  4. C'est comique comme quand on parle de Handke on souligne ses prises de positions et on parle moins de son oeuvre, que peu on lu d'ailleurs. Je persiste que c'est un humaniste . Laiezza, si tu veux éduquer les lecteurs libre à toi moi je n'ai jamais eu la fibre pédagogique

    RépondreSupprimer
  5. Désolée, Claude : ce n'est pas moi qui ai commencé. Il y a un quart de ton article où tu parles de cela, sans en parler. D'où mes éclaircissements :)
    Sinon, bien entendu, il faut différencier l'homme de l'oeuvre. Mais il faut le faire, je crois, avec subtilité. Ecrire : "refusant de donner des leçons aux autres", d'un auteur dont la citation la plus connue est "L'OTAN est parvenu à nouvel Auschwitz", cela nécessite, je crois, des précisions.
    On peut faire des heures sur le sujet ; moi je préfère dire : "Handke a eu des prises de positions qui sont réellement problématiques, et des déclarations choquantes, mais c'est un grand écrivain qu'il faut lire absolument"...Plutôt que de me mettre la tête dans le sac, et de jouer les naïves (sinon les mijorées), en disant : "non, non, Handke n'a jamais été ce qu'on dit de lui, c'est de la caricature, lisez-le, vous verrez.". Seulement non : ce n'est pas de la caricature. Handke a clairement soutenu le régime de Milosevic pendant ces deux guerres, et donc les atrocités qu'il a commises. Ses déclarations ne prêtent à confusion, et il ne s'en jamais ni expliqué, ni repenti (au contraire il a récidivé à la mort de Milosevic).
    Il reste, cela dit, un grand écrivain. Mais pas besoin de contourner la question pour défendre l'auteur, c'est cela, que je veux dire. Ou alors, on va au bout de l'idée, et on écrit AUCUN paragraphe sur ce point :)

    RépondreSupprimer
  6. "ne prêtent PAS à confusion"...Vous m'aviez comprise ;)

    RépondreSupprimer
  7. Laiezza je reste donc la tête dans mon trou d'autruche et je fais ma mijorée...

    RépondreSupprimer
  8. :D

    Je ne disais pas ça pour toi, gros malin :)

    RépondreSupprimer
  9. Pfffff...que de papier gaspillé pour rien :-)

    Il y a un truc complètement faux dans cet article : l'idée comme quoi Handke ne serait pas arrogant. Il est hyper arrogant et c'est justement pour ça qu'il s'est foutu dans cette merde. A l'instar d'une poignée de gens à l'époque il a voulu nager à contre-courant et prendre une position déviant de la pensée dominante...seulement comme tout le monde alors il ignorait la véritable nature de la guerre dans les Balkans. Et il s'est pris à son propre piège. Mais il va sans dire que, pour quiconque a lu avec attention Handke, il est impensable qu'il soit un odieux fasciste ni rien de ce genre.

    Par conséquent, cher Claude, tu as (comme toujours) mon plus entier soutien contre cette peste de Laiezza :-) Ton article est excellent (je te l'avais déjà dit), idem pour celui sur "L'Absence" (dont je n'ai rien à dire puisque je ne l'ai, hélas, pas encore lu).

    ;-)

    RépondreSupprimer
  10. Thom quand je parlais d'arrogance et de leçon je parlais de son oeuvre qui même si elle questionne le roman et le langage est loin des sentences théoriques... J'ai un livre de son traducteur où, même s'il met en lumière la complexité du travail de handke n'en démontre pas moins le côté simple de la démarche et de son expression (mais comme toutes les grandes oeuvres les forces qui sous-tendes son travail sont très complexe, comme l'homme d'ailleurs).

    RépondreSupprimer