dimanche 22 juin 2008

"Deux jours à tuer" - François d'Epenoux

Autodestruction massive, par Lhisbei

La vie d’Antoine Méliot est digne d’un conte de fées qu’on raconte aux petites filles qui se veulent princesses. Ce quadragénaire, marié à une femme merveilleuse qui lui a donné 3 magnifiques enfants, possède une bonne situation, une très belle maison décorée avec goût par sa charmante femme et compte de nombreux et charmants amis. Il est l’incarnation de la vie rêvée du français moyen : la réussite et le bonheur sur tous les plans. Une vie parfaite en somme.


Mais en ce mois d’octobre l’araignée noire que porte Antoine depuis l’enfance s’est réveillée, l’aiguillonnant de ses pattes velues. Et Marion, lors de leur déjeuner hebdomadaire, a bien été claire : le temps de tout dire est venu. Antoine n’a plus le choix, il doit agir. Le temps d’un week-end il va saccager sa vie, détruire son existence…

Pourquoi ? Pourquoi Antoine envoie-t-il sa vie aux orties ? Pourquoi agresse-t-il ses amis, humilie-t-il sa femme et brime-t-il ses enfants ? Au début du roman le lecteur ne comprend pas les motivations du personnage. Rien, pas même une maîtresse, ne justifie un tel comportement destructeur, un saccage méthodique d’une vie heureuse. Antoine aime sa femme, ses enfants et ses amis, malgré leurs défauts, et n’a aucune raison d’agir de cette façon. Pourtant sa démarche force l’admiration autant qu’elle provoque la répulsion. Volontaire et décidé, méthodique et méticuleux, Antoine, bourreau zélé, hypnotise et fascine. Le lecteur souffre autant des violences physiques et psychologiques qu’il inflige à son entourage que du supplice qu’il s’impose en allant par ses actes au bout de sa décision. Son abominable transformation en un être abject est déstabilisante. La fin, même si elle éclaire la conduite d’Antoine, m’a prise au dépourvu. La relecture de l’histoire qu’elle entraîne bouscule le jugement du lecteur : l’attitude d’Antoine confinait-elle à la lâcheté ? à l’orgueil ? à la folie ? au courage ?

L’écriture est limpide et, si la narration se permet quelques digressions sur le passé heureux d’Antoine, c’est pour mieux nous confronter à sa violence présente. Sous la plume de François d’Epenoux les mots et l’humour deviennent des scalpels froids et tranchants décidés à fouiller jusqu’à la racine du mal.

Deux jours à tuer a été adapté pour le cinéma par Jean Becker avec Albert Dupontel, Marie Josée Croze et Pierre Vaneck

« A ne se sentir ainsi jamais atteint par quoi que ce fût, ni par les insultes, ni par les débats, ni par la sollicitude d’autrui, à ne jamais se révolter ni s’offusquer de rien, il se demandait parfois ce qui, de la peur ou de la véritable indifférence, avait la plus grande part dans le splendide – et très commode – isolement qui lui servait de refuge dans l’adversité. »

« Le silence est souvent la dignité des lâches »

4 commentaires:

  1. Un coup de coeur de Lhisbei... c'est devenu si rare que moi, maintenant, je les commande deux mois à l'avance sur Amazon :-)

    (Zaph, excellent titre)

    (presqu'à niveau du maître)

    (quand même ! ;)

    RépondreSupprimer
  2. Ah ça!
    Pour une fois que tu trouves un de mes titres bon... il n'est pas de moi!
    :-D
    Il est de Lhisbei!

    RépondreSupprimer
  3. Thom : je n'ai pas reçu ta commande pour le suivant ;-) (ceci dit j'ai offert Le Montespan de Teulé à Môman, j'espère le récupérer en lecture assez vite...)

    Zaph : MDR (c'est pas un commentaire très intelligent I know);-)

    RépondreSupprimer