mardi 8 avril 2008

"Saga" - Tonino Benacquista

Par Livrovore

Saga nous rapporte l’histoire de quatre scénaristes qui sont réunis par une chaîne de télévision afin d’écrire une série qui est destinée à remplir les quotas, mais qui ne sera jamais regardée par personne.

Les quatre personnages ont chacun un caractère et une histoire personnelle bien particuliers, et tout le long du roman ils se découvrent, s’allient, s’amusent et apprennent à s’aimer. Ce côté « aventure humaine » de Saga m’a passionné. Comment les gens, réunis presque par obligation, finissent par se compléter, s’apprécier, s’attacher les uns aux autres.

On suit l’histoire dans la peau de l’un des quatre, Marco, qui est un peu paumé mais passionné par l’écriture de ses scénarios. Quand il commence à écrire il vit à fond pour son histoire, et au fur et à mesure il se détache de sa vie en dehors. J’ai beaucoup aimé aussi cette facette du livre, le fait de découvrir comment quelqu’un peut vivre sa passion si fortement, surtout qu’en l’occurrence il s’agit d’écriture. Etant passionnée de lecture mais n’ayant jamais su écrire, les écrivains m’intriguent.

Dans Saga on se rend compte du pouvoir de l’écriture, de l’influence des histoires inventées sur leur public. Puisqu’évidemment, je ne tue pas la découverte en vous le disant, la série va finir par être regardée. Et la fiction par dépasser ses auteurs.

"Le scénario ce n'est pas du verbe, c'est avant tout de l'image. Aucun dialogue n'est meilleur que le silence".

Le tout manié avec un style moderne, alliant humour, simplicité et réalisme. Passionnant, divertissant, original… Un roman à lire assurément.

lundi 7 avril 2008

"Darling" - Jean Teulé

Par Sandrounette

Catherine Nicolle est née dans la merde. C'est le cas de le dire. Fille cadette de paysans qui ne l'ont jamais aimés, Catherine grandit par elle-même. Vivant au bord de la route nationale, elle s'éprend des camions qui passent et de leur chauffeur. Elle apprend à lire grâce aux inscriptions des remorques, elle apprend à compter grâce à leurs plaques minéralogiques. A l'aide d'une C.B, elle arpente la bande sonore à la recherche de l'homme de ses rêves, un routier bien évidemment. Ce bout de femme enchaîne les galères à un rythme insoutenable...
Encore un Jean Teulé qui me donne un bon coup de poing au ventre... Ce roman n'en est pas un puisqu'il s'agit d'une histoire vraie. En filigrane, des extraits de dialogue entre Darling et Jean Teulé rendent le récit encore plus proche de nous. On ne peut que lire cette histoire navrante, ce combat perdu, ce désespoir. Et encore, Darling semble très froide vis-à-vis des drames qu'elle a vécu lorsqu'on lit ses "interwiew".
On est choqué, on est blessé, on se demande comment cette femme tient encore debout. Jean Teulé n'est jamais compatissant, n'emploie pas un ton mielleux pour faire basculer le lecteur dans le pathos. Il utilise son style percutant, sans concession, narrant une histoire "vraie". Je ne regrette absolument pas ce moment de lecture. Même si le contenu est dur, comme la vie.







L'avis de Livrovore

Les dédicaces d'auteurs de Radio France (recueilli sur Fnac.com) : "Un jour, en juin 97, il devait être 11h 30 du matin et j'étais dans mon bureau à Canal+ lorsqu'on m'a appelé de la réception. La standardiste m'a dit qu'il y avait, dans le hall, une fermière qui ne voulait absolument pas en partir avant de m'avoir vu et raconté sa vie. La standardiste m'a aussi demandé si je voulais la rencontrer parce que, sinon, il allait falloir qu'elle prévienne la sécurité afin que la fermière reparte car "elle fout la honte dans le hall". Une fermière qui fout la honte dans le hall de Canal, moi, forcément, ça m'a fait rire alors je suis descendu. Et comme j'ai senti qu'elle gênait effectivement tout le monde et que ça allait être l'heure du déjeuner, je l'ai invitée dans un petit restaurant derrière Canal. Et là, elle a commencé à me parler de son existence... Et j'ai été tellement stupéfait par ce que m'a raconté cette femme, qu'au milieu du repas, j'avais pris la décision d'arrêter la télé pour écrire le roman de sa vie. Et le roman de la vie de Darling, c'est quelque chose..." (Jean Teulé)

Jean Teulé m'a encore touchée en plein coeur. Je n'ai jamais autant pleuré en lisant un roman. Et puis j'ai même rit, parfois, à travers mes larmes. C'est tout le talent de cet auteur.
Darling, c'est un roman, mais c'est aussi une histoire vraie. Teulé ne cesse de nous rappeler à la réalité en entrecoupant l'histoire de morceaux de dialogues qu'il a eus avec Catherine, dite "Darling".
"Le premier roman que tu vas lire, c'est celui-ci, qui raconte ta vie ?
- Oui.
- Tu vas voir, c'est l'histoire d'une fille. Elle en chie drôlement...
- Puisque c'est un roman, est-ce que tu pourrais me faire belle ?"


Cette histoire nous rappelle combien la vie s'acharne sur certaines personnes, et pourtant, ces personnalités formidables sont toujours là, debout. Dans le fond de la campagne Normande, mais ça pourrait être partout ailleurs, on ne sait pas exprimer ses sentiments. On ne connaît pas la tendresse. Et puis la vie est rude. Darling ne rêve que de s'en échapper, ne surtout pas devenir elle aussi une paysante... Et pourtant, ce n'est pas ailleurs qu'elle vivra mieux. Certaines personnes sont elles destinées à ne vivre que souffrances ? Et pourquoi ??

- "Incroyable...
- Ce n'est pas incroyable du tout ! Qu'est-ce que tu crois, toi ? Des filles comme moi, le siècle en a plein ses tiroirs !"


Jean Teulé prend soin de nous le rappeler à travers ce livre : des gens qui souffrent, des gens qui vivent l'horreur, il y en partout. Pas seulement dans des pays lointains. Il y en a aussi là, tout près, là où on ne veut pas toujours regarder.
C'est un livre très dur, parfois j'ai eu envie de le jeter par la fenêtre pour m'éviter d'y croire. Mais il est aussi indispensable de ne pas se bander les yeux.
Et puis j'adore l'écriture de Jean Teulé : ce n'est pas voyeur, mais sensible et vrai.

"Elle remonte les pentes à des vitesses fantastiques et moi je ne comprends pas où elle puise cette énergie-là. Où va-t-elle chercher cette rage d'être encore verticale ? Y aurait-il donc des gens dont la force de vie serait sans limite ?"






L'avis de Thom

« Elle voulait qu’on l’appelle Darling.Elle y tenait !Pour oublier les coups reçus depuis l’enfance (…), pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent.Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les Darling du monde.Elle a rencontré Jean Teulé.Il l’a écoutée et lui a écrit ce roman. »(vous ne rêvez pas : ceci est bel et bien un quatrième de couverture réussi)

J’ai souvent tendance à penser que les grands écrivains sont ceux qui donnent la parole à ceux qui ne l’ont jamais. C’est un trait commun, une force objective et indiscutable, le seul point peut-être susceptible de réunir dans le même cercle un Bukowski, un Balzac, un Steinbeck ou un Jean Teulé.A partir de là bien sûr le traitement varie selon l’auteur, son univers et son écriture. Le style poétique et aérien de Jean Teulé, perpétuellement en équilibre entre le rire et les larmes, offre un traitement léger, subtil, tout en finesse, nourrissant sans doute quelques malentendus : si tout le monde ou presque s’accorde pour dire que Teulé est un chouette écrivain, on l’affuble un peu trop régulièrement à mon goût du qualificatif autrefois fustigé (à raison) par Magyd Chefi : Sympa. Jean Teulé est un auteur sympa. Ca veut tout et rien dire, et ça ne mange pas de pain. Je n’ai pas souvenir en revanche d’avoir jamais lu ce que je m’apprête à écrire maintenant : Jean Teulé est un grand écrivain. Pourtant c’est le cas : quiconque possède « Je, François Villon » dans sa bibliographie est un auteur plus que brillant. Celui qui possède « Je, François Villon » et « Darling », deux romans aussi magistraux que différents et complétementaires, ne peut pas être simplement sympa.Comme souvent les livres de l’auteur, « Darling » est fin, délicat et bâti avec une subtilité aux limites du faux semblant. Il prend rapidement l’allure d’un conte fantaisiste et doux amer – parfois cruel – du fait de la plume légère de Teulé, au point qu’on oublie assez rapidement qu’il s’agit d’une histoire vraiment vraie. C’est à dire que c’est annoncé comme telle, c’est même écrit comme telle (avec alternance de narration pure et d’extraits de dialogue Teulé – Darling) mais l’exercice de romancisation (si quelqu’un connaît le substantif de romancer qu’il me le fasse savoir !!!) est tellement maîtrisé qu’en fait on finit par totalement l’occulter. Il en va de même pour ces personnages et cet univers criants de vérité dont on a malgré tout l’impression qu’ils sont évadés d’un conte (éventuellement d’une bande dessinée)…Quand j’étais gamin, mes voisins d’en face étaient fascinés par…les routiers et les CBs (pronounced "cibiiii"). Des Darling j’en ai effectivement (comme l’annonce le quatrième de couverture) rencontré des milliers, dans cette Normandie profonde où j’ai vécu jusqu’à l’âge de dix-sept ans. Et mes voisins d’en face, chaque fois qu’un trente-trois tonnes (éventuellement un tracteur) passait devant chez eux ils sortaient pour littéralement l’admirer. J’ai mis des années avant de comprendre qu’ils n’étaient pas plus cons que moi pour autant. Et cette dernière phrase me semble parfaitement résumer ce qu’on peut ressentir à la (re) lecture de « Darling ».Au commun des mortels, ces gens sembleront sans doute azimutés, et Darling ne pourra pas avoir existé.Pour moi, non seulement elle existe, mais je la croise encore régulièrement aujourd’hui. Ce qui me rend le livre d’autant plus bouleversant.






L'avis de Sandriine

Je l'ai commencé hier, vous savez pour lire quelques pages avant d'aller dormir et puis je l'ai lu d'une traite, en m'en foutant de l'heure, de la tête de ma boss quand elle verrait la mienne, d'une traite parce que je ne pouvais pas abandonner Catherine/Darling.

J'ai eu une lecture pleine de réactions physiques: la respiration qui se coupe, la gorge serrée, quelques larmes qui coulent sans que j'ai rien demandé,et surtout l'impossibilité totale d'oublier Darling.
Elle est là, elle reste là et restera je pense très longtemps.Chaque fois que je verrai un petit appart hlm, j'y penserais...

dimanche 6 avril 2008

Courrier des lecteurs


Ginette d'Issy-les-Ramouilles nous écrit:

Chers Chats de bibliothèques(s),

J'ai vu sur votre blog que vous faites mention à différentes reprises d'un certain Harry Stochat.

Étant moi-même férue de littérature (j'ai lu tout Christian Jacq et presque tout Mary Higgins-Clark), je m'étonne de ne pas connaître cet auteur. Pourriez-vous m'apporter quelques précisions?

Merci d'avance.




Chère Ginette,

D'abord, merci de t'intéresser à notre blog.

Le nom s'orthographie en fait Aristochat, et il ne s'agit pas seulement d'un auteur, mais bien d'une famille d'auteurs. Famille qui s'agrandit tous les deux mois, car la démographie féline est connue pour son dynamisme.

Voici comment ça se passe. Suite à un processus démocratique (un peu compliqué, mais cela se déroule dans le Club), les Chats élisent l'auteur qui rejoindra la grande famille des Aristochats, et qui sera à l'honneur pendant deux mois.

Pour Avril et Mai 2008, nous avons élu Dennis Lehane.
Nous allons donc essayer de découvrir cet auteur ensemble et d'en discuter dans la joie et bonne humeur.

Au fait, chère Ginette, pourquoi ne pas participer, toi aussi?
Rien de plus facile: tu lis un livre de Dennis Lehane, tu nous envois une critique qui sera publiée sur le blog, et tu viens en discuter avec nous.




Si vous avez d'autres questions, chers lecteurs, n'hésitez à nous les envoyer sur chatsdebibliotheque@gmail.com et nous nous ferons un plaisir d'y répondre, ou pas.


samedi 5 avril 2008

"Un homme accidentel" - Philippe Besson

Par Laiezza

Philippe Besson est un auteur bizarre, intéressant parfois, mais très inégal dans sa (dense) production. Il est vrai qu'il a écrit de jolis livres, par exemple : "Son frère", émouvant, un peu pathos, mais réussi. Ou, plus récemment, "Les jours fragiles", livre acclamé par tous. Ses autres ouvrages ? Ils m'ont laissée sceptique. "Se résoudre aux adieux" m'a même atterrée, tant il m'a paru niais, carrément cucul.

Après avoir entendu le plus grand bien de cet "Homme accidentel", je me suis décidée à le lire, à son tour.
Pas convaincue, c'est peu de le dire ! L'histoire est à peine digne d'un téléfilm de France Télévisions : un flic enquêtant sur le meurtre d'une prostituée, rencontre la nouvelle star du tout-Hollywood. Une histoire d'amour impromptue va se nouer entre ces deux hommes, que tout oppose. Pas très convaincant, comme point de départ. Pourquoi, déjà, faire se dérouler l'histoire à L.A. ? Pourquoi un flic travaillant sur les bas-fonds de la ville, d'un côté, et une star de cinéma, de l'autre ? Quel besoin Philippe Besson a-t-il eu, de mettre en scène ses personnages dans cet univers à la Ellroy ? Résultat, la partie enquête ne sert à rien (c'était prévisible), et la partie entourant le monde du cinéma, n'est qu'une enfilade de clichés.
Il ne reste que l'histoire d'amour. Il y a dix ans, sans doute ce livre aurait-il pu avoir une portée très importante. Aujourd'hui, malheureusement, il fait aussi cliché qu'un autre, écrire une histoire d'amour homosexuelle n'ayant plus grand chose d'original, ni de marginal, depuis bien des années. D'ailleurs, Besson ne prétend pas à l'originalité : au contraire, comme l'indique le titre, il prétend montrer à quel point cette histoire est, en fait, aussi banale qu'une autre. C'est très réussi ! son histoire est si banale, que j'en suis arrivée à me demander : pourquoi il l'avait écrite !
Ces émois ne sont pas mal restitués, et pas mal racontés. C'est ce qui sauve le livre de la nullité. Mais, les personnages évoluant dans un monde de papier glacé (carton pâte), j'ai eu du mal à me concentrer sur l'essentiel. Les deux livres réussis de Besson, cités plus haut, avaient tous les deux la particularité d'être des (presque) huis-clos. Apparemment, cet auteur est plus doué pour les face à face, que pour les histoires à thèmes multiples. Peut-être, alors, qu'il devrait y revenir ?

"1982 Janine" - Alasdair Gray

Par RêveJeanne

Le personnage principal de 1982 Janine est John McLeish, ingénieur en sécurité. Il se trouve dans un hôtel, dans son lit ou il essaie de réprimer les souvenirs douloureux de son passé en s'imaginant des scènes sexuelles assez explicites dans lesquelles il joue lui-même le rôle de cinéaste pornographique. Malgré ses efforts les souvenirs refont surface, le forçant à se confronter à sa relation avec ses parents, ses ex, et à son mariage raté.

Évidemment ce ne serait pas Alasdair Gray s'il n'y mettait pas mal de critique sur la politique, la vie sociale et la société du profit. Et ce ne serait pas Alasdair Gray non plus s'il ne nous offrait pas davantage que juste un livre. 1982 Janine est plein de jeux typographiques. L'index donne un résumé de tous les chapitres. Les chapitres commencent en caractères gras, le numéro du chapitre discrètement placé au début, devant le premier mot. Dans la marge de chaque page est écrit "le sujet" de cette page. II utilise des majuscules et des italiques, pour souligner les pensées et les idées de John McLeish. Aussi quand celui-ci est entrain de délirer les pages deviennent un vrai spectacle visuel pour s'apaiser dans deux pages blanches reposantes représentant le sommeil profond.
Quand les souvenirs remontent la narration devient "chaotique". Plusieurs voix dans une page ou même dans une seule phrase ne sont pas exception. Le corps qui se plaint, le rêve, la conscience et Dieu lui-même se débattent afin de regagner l'attention de McLeish.

J'ai bien aimé ce livre. L'histoire est amusante, la construction du livre intéressante et amusante à la fois, la narration pour le moins originale. Alors si vous cherchez quelque chose de différent je vous conseille chaudement 1982 Janine.

N.B. En fait il n'est pas étonnant qu’Alasdair Gray utilise tant d'éléments visuels dans son livre. Avant d'aborder la fiction il a suivi une formation de peintre à l’École des Beaux-Arts de Glasgow, a ensuite travaillé à mi-temps comme professeur d’art plastique, muraliste et décorateur de théâtre, puis s'est consacré entièrement à la peinture et à l’écriture théâtrale. Aussi illustre-t-il lui-même une grande partie de ses ouvrages.

vendredi 4 avril 2008

"Le monde du bout du monde" - Luis Sepulveda

Par Gaël

Quatrième de couverture :

Un garçon de seize ans lit Moby Dick et part chasser la baleine. Un baleinier industriel japonais fait un étrange naufrage à l'extrême sud de la Patagonie. Un journaliste chilien exilé à Hambourg mène l'enquête, et ce retour sur les lieux de son adolescence lui fait rencontrer des personnages simples et hors du commun, tous amoureux de l'Antarctique et de ses paysages sauvages. Il nous entraîne derrière l'inoubliable capitaine Nilssen, fils d'un marin danois et d'une Indienne ona, parmi les récifs du Cap Horn, sur une mer hantée par les légendes des pirates et des Indiens disparus, vers des baleines redevenues mythiques.

Mon avis :
Plus je lis des romans de Luis Sepulveda et plus celui-ci me fait penser à un bon élève qui tenterait de faire de la lèche au professeur. Vous savez, ce petit con du premier rang qui ne ratait jamais une occasion de démontrer qu'il avait bien appris sa leçon par coeur, mais qui n'avait malheureusement aucun recul sur elle, et qu'on avait envie de baffer à chaque cours? C'était lui.

Après nous avoir prouvé, dans Le Vieux qui lisait des romans d'amour, que le petit Luis avait bien révisé ses cours de biologie, le voilà qui récidive avec le professeur de géographie. En voulant nous faire découvrir la région qu'il affectionne particulièrement, à savoir la Terre de Feu, ce territoire de l'extrême sud de l'Amérique latine coincé entre le Chili et l'Argentine, Sepulveda nous noie sous un déluge de nom d'îles et de lieux-dits que deux poilus doivent connaître au monde, oubliant pendant une bonne moitié du roman qu'il était supposé nous raconter une histoire. Et ne comptez pas sur le semblant de carte inséré avant le récit, il ne comporte à peine qu'un tiers des noms évoqués. Autant dire que le trajet du bateau vous paraîtra bien flou, voire incompréhensible, à la fin de votre lecture. D'aucuns diront qu'il s'agit là d'un détail. Ce détail m'a quand même donné l'envie de poser le livre définitivement une bonne demi-douzaine de fois!

Et le pire, c'est qu'il ne méritait même pas que je le lise jusqu'au bout, ce livre. Sepulveda aime Moby Dick, ça on commence à le savoir. De là à décliner son amour dans tous ses romans, il ne faut peut-être pas pousser! On peut bien se moquer de Brian De Palma qui tente à chacun de ses films de recréer la scène de la douche de Psychose en hommage à Hitchcock, au moins y met-il un minimum de créativité et d'humour. La subtilité n'étant pas le fort de notre auteur, son roman commence par "Appelez-moi Ismaël", et finit par "Moby Dick". Un lèche-cul, je vous disais, une vraie tête à claques!

Pourtant la structure du roman en soi aurait pu être intéressante. Dans une première partie, le narrateur nous conte son adolescence aux côtés des chasseurs de baleines, à l'assaut des cétacés, pour faire comme dans son livre préféré. Dans une seconde partie, le processus est inversé et notre héros retourne sur les lieux de sa jeunesse, cette fois-ci pour sauver nos pauvres mammifères en voie de disparition. Seulement voilà : il ne faut pas confondre hommage et recopiage, ni combat écologique avec manichéisme infantile. Parce que faire le parallèle entre Achab face à la baleine blanche et Greenpeace face aux multinationales pétrolières, c'est oublier la valeur du combat loyal entre l'homme et l'animal (ce qu'il avait beaucoup mieux retranscrit dans Le Vieux qui lisait des romans d'amour), mais aussi que Greenpeace utilise des moyens qui n'ont rien à envier aux méchants Japonais qui veulent du mal à tout le monde. Là-dessus il nous remet une couche des pauvres Indiens qui disparaissent, histoire d'accentuer le pathos, au cas où on les aurait oubliés. Après tout, Sepulveda n'en parle que dans tous ses autres livres!

Sepulveda a des causes personnelles à défendre, et c'est tout à son honneur. Mais par pitié, qu'il laisse le roman à ceux qui savent raconter une histoire, et qu'il se mette au pamphlet politique où sa démagogie et son style simpl(ist)e trouveront un support adéquat pour exprimer ses idées. Parce que nous pondre une image finale de petit garçon qui lit Moby Dick dans le même avion que le narrateur, même ça Steven Seagal n'a jamais osé le faire dans ses meilleurs films!



L'avis de Zaph

"Appelez-moi Ismaël."

Il en faut du culot pour placer un roman sous les auspices de cette petite phrase. C'est placer la barre directement très haut!
Parce que "Moby Dick" est un des voyages les plus extraordinaires qu'on puisse faire en littérature. Parce que quand j'ai lu ce bouquin étant ado, j'ai su qu'il y avait de l'or à découvrir dans les livres, et que je n'arrêterais jamais de prospecter.

Et la première partie du livre de Sepulveda semble tenir ses promesses. Avec ce jeune garçon parti à l'aventure sur les traces des derniers baleiniers, les portes de l'univers de Melville semblent s'entrouvrir... pour se refermer aussitôt.

Le roman hésite alors entre une sorte de thriller écologique, un répertoire des îles chiliennes, et une enquête de l'inspecteur Greenpeace contre la mafia des sardines japonaises.
Ca fait un peu beaucoup pour un bouquin de 130 pages.

J'ai l'air de me moquer, mais j'ai bien aimé! Je suis écolo dans l'âme et Luis et moi partageons les mêmes convictions.
Je suis juste un peu amer parce que j'avais cru voir briller une pépite qui s'est avérée finalement n'être que le reflet du soleil sur une boîte de thon provençale.



L'avis de Livrovore

Ce petit bouquin m'a laissée perplexe. En fait, je n'ai pas été emballée... enfin, je crois . A vrai dire je l'ai lu en étant un peu à côté de l'histoire, avec l'impression de ne pas "rentrer dedans". On a le récit du journaliste écolo qui, lors d'un voyage pour enquêter, se rappelle un peu de son premier voyage au Chili, à bord d'un baleinier. Parce que ça tombe bien, cette fois il enquête justement sur des tueurs de baleines. Mais bon, l'enquête n'est pas vraiment palpitante, disons qu'il vogue et discute, se rend compte du problème et puis il rentre chez lui .

Par rapport à la beauté des mots et des sensations du "Vieux qui lisait des romans d'amour", celui-là m'a paru tout froid . Peut-être que je suis passée à côté...

jeudi 3 avril 2008

"Terrasse à Rome" - Pascal Quignard


Par Idothée


On se demande dans un premier temps où veut nous conduire Pascal GuignardQue veut-il dire ? Mais sans que cela gâche la lecture.

Le récit se présente entre le récit d'une vie dans une époque assez tourmentée et le conte. Les personnages restent un peu évanescents en même temps qu'ils paraissent bien réels.

L'histoire est traversée, charpentée, par tout ce qui concerne le travail à l'eau forte de Meaume : ce qu'il exprime sur les couleurs, sur le noir et blanc, sur la lumière et comment, à travers son œuvre, il exprime sa façon d’être au monde.

Pascal Quignard dit s'être plutôt inspiré d'une nouvelle forme de gravure qui est apparue en 1642. Cette technique s'oppose à celle de la gravure traditionnelle qui consiste à vernir une table rase et à faire mordre le cuivre par l'acide, en le repoussant. Alors que la nouveauté ici, consiste à faire justement "table rase du passé", en hachurant la plaque et la noircissant dans son intégralité. C'est en appuyant sur la plaque que les blancs ressortent (à l'inverse du révélateur photographique qui fait surgir le noir du blanc). Ce geste, ainsi que le pari de la plaque entièrement noircie ont interpellé vivement l'auteur : "Le blanc ressort du noir".

C'est toute la valeur de l'opposition que l'on retrouve ici, de même que dans l'opposition sexuelle, explique le romancier.

Je n'ai pas bien compris la première technique, il faut certainement mieux connaître la gravure pour comprendre. Mais ce qui paraît essentiel c'est le caractère d'opposition. "Comme dans l'opposition sexuelle" dit Quignard. Est-ce qu'il veut dire que si d'une certaine façon la rencontre sexuelle est vouée à un certain échec, ce à quoi elle n'échouerait pas ce serait justement à faire ressortir ce "caractère d'opposition" entre les hommes et les femmes, dans toute la violence et l'attirance qu'il provoque ? L'emploi de l'eau forte, le passage par l'art, pour exprimer quelque chose de l'ordre de la force de la relation sexuelle (et de l'amour ? ) m'a particulièrement frappée.

mercredi 2 avril 2008

"26a" - Diana Evans





Robert Laffont Pavillons, 372 p




Georgia et Bessi sont jumelles. Elles font partie d'une famille de quatre filles. Entre Bel, l'aînée et Kemy, la cadette, elles occupent une place privilégiée, au centre de toutes les attentions. Du grenier du 26 Waifer Avenue, dans la banlieue de Londres, elles grandissent avec un père qui se tranforme en Mr Hyde à chaque fois qu'il a un verre d'alcool dans la main, une mère nigériane qui parle à sa propre mère disparue...

Ce roman est composé de 4 "bouts" où l'on partage le quotidien des jumelles pendant 25 ans. De leurs chimères au grenier à leur voyage au Nigéria, le lecteur grandit en même temps qu'elles. La narration se fait sur un rythme lent, paresseux... Délectation des moments de joie.

Puis le rythme s'accélère. Le roman bascule. L'être-deux des jumelles se divise; l'une d'elle a un secret à cacher. Le besoin de se sentir seul, dans l'être-un se fait plus pressant. L'auteur le note stylistiquement lorsque Georgia assume la narration alors qu'auparavant le narrateur était omniscient.

La lecture de ce roman m'a procurée énormément de plaisir : le style de Diana Evans nous accroche, nous laisse en suspend, comme dans un souffle. D'ailleurs c'est l'impression qui se dégage de l'ensemble : un récit à bout de souffle. J'ai été happée, subjuguée. L'émotion est au rendez-vous au détour de chaque ligne. Tantôt la connivence, tantôt la colère, la tristesse, la peur... Je suis seulement un peu déçue par la fin "Le meilleur bout" qualifié ainsi en table des matières. Beaucoup trop "fantastique" et religieux à mon goût, même s'il m'a beaucoup touché. Pour conclure, un premier roman prometteur d'une grande diversité esthétique. Un coup de coeur!

mardi 1 avril 2008

"Auprès de moi, toujours" - Kazuo Ishiguro

Par Ingannmic

Kath est une jeune femme pas vraiment comme les autres... c'est du moins ce que l'on découvre au fil du récit, constitué par ses souvenirs d'enfance et d'adolescence. Elle nous raconte comment, avec d'autres élèves -dont ses amis Ruth et Tommy-, ils ont grandi coupés du monde à l'école d'Hailsham, entourés de "gardiennes" et destinés, une fois adultes, à remplir une fonction bien particulière...

Un début prometteur, très énigmatique, mais bien vite l'histoire piétine. L'héroïne dévide ses souvenirs de façon brouillonne, les reliant parfois les uns aux autres sans lien évident ; de plus, le ton du récit, qui se veut mystérieux, leur confère une importance qui s'avère ensuite exagérée.
C'est comme si l'auteur n'avait pas osé assumer totalement son idée de départ : pourquoi tout faire pour plonger le lecteur dans une atmosphère d'étrangeté et de fiction, pour lui donner ensuite l'impression que ce n'est qu'un prétexte à dépeindre les caractères et les relations qu'entretiennent les principaux personnages? De plus, même si c'est effectivement le cas, le roman m'a déçue de ce point de vue également puisque lesdits personnages n'ont suscité en moi aucune empathie et ne m'ont pas non plus paru très intéressants.

En conclusion, j'ai le sentiment d'avoir été dupée par la quatrième de couverture (je le sais, pourtant, qu'on ne peut s'y fier...) qui décrit ce roman comme un "chef-d'oeuvre d'anticipation (...) appelé à devenir le classique de nos vies fragiles".
Rien que ça !!

Cool Cats In A Small Blog

Humhum.

Vous savez quoi ?

Ca devient très difficile de raconter l'historique des Chats de biblio.

Résumons : un jour Zaph et moi on était complètement bourré. Lui au saké et moi au muscat - mais ça n'a aucune importance. Ce qui compte c'est que ce jour-là (qui était un soir d'ailleurs, maintenant que j'y pense...enfin je crois - c'est assez flou) nous avons eu l'idée dingue de créer un forum littéraire. On venait d'en quitter un. Et donc pour nous c'était logique : on quittait un forum, donc on en créait un autre à la place. A se demander pourquoi il y a si peu de forums littéraires sur le net.

Enfin non : s'il y a si peu de forums littéraires sur le net, en fait, c'est parce que Zaph et moi on peut pas être partout. Et maintenant qu'on est passé au blogging...il risque de ne plus y avoir de forums littéraires du tout. Est-ce une perte ? Après deux ans de bons et loyaux services les chats se lancent dans l'aventure bloguienne la fleur aux dents et (bien sûr) le sourire aux lèvres. Ils n'en pouvaient plus de s'encroûter sur msn alors que le monde entier leur tendait les bras...

...alors oui, je sais : les garçons tirent un peu la couverture à eux dans cette affaire. C'est normal. Il est temps que le monde sache la vérité : Zaph et moi sommes une seule et même personne bicéphale, Zafémoa, distribuant des idées que nos compagnes, Laiezza et Livrovore, s'empressent de mettre en oeuvre. Concrètement nous n'avons absolument rien branlé sur ce site. Mais un peu à la manière du député du coin lorsqu'une école est inaugurée, nous nous ramenons aujourd'hui pour :

- nous torcher au champagne et profiter du buffet
- serrer des poignes et claquer des bises
- draguer les chat-rédactrices
- faire des longs discours d'inauguration
- récolter tous les lauriers

...tandis que nos deux besogneuses peaufinent le site pour le rendre fonctionnel. En silence, bien sûr - on préfère qu'elles parlent pas trop.

Je sais : ce n'est pas très glorieux tout ça. Et le cynisme avec lequel je vous le raconte est encore plus détestable.

C'est pourtant vrai. Sans Laiezza et Livrovore, ce site n'ouvrirait pas officiellement aujourd'hui. On ne leur rend jamais hommage, on ne les félicite jamais, pire encore : on passe le plus clair de notre temps à se payer leurs tronches. Elles abattent un travail de dingue, échangent tout un tas de messages hyper pointus...et nous on arrive avec nos gros sabots et on répond par des blagues pourries. Elles font preuves d'une patience d'anges avec nous (surtout Livro, qui nous accompagne depuis plus d'un an maintenant et joue les souffre-douleurs avec une constance confinant à la sainteté).

Nous avons donc eu envie de les remercier. Pour une fois. Bravo les filles pour le travail que vous avez abattu durant tout ce temps. Et surtout : continuez comme ça. Hein. Ne changez pas ! Ce serait trop dommage.

...

Oh pardon lecteur. Tu voulais savoir ce que c'étaient que les Chats de Bibliothèque(s) ?

Ah mais...pour ça, tu as juste à te reporter à cette page !

Première critique officielle cet aprem - si tu es sage.



(alors, d'après vous...c'est laquelle, là ? Livro ou Laiezza ?)

...