mardi 4 novembre 2008

"Brooklyn Follies" - Paul Auster

Un jour j’irai à New York avec toi ! par Sandrounette


Nathan Glass a soixante ans. Cet ancien agent en assurances a quitté Chicago pour venir se réfugier dans ce quartier qu’il aime tant, celui de son enfance. Divorcé, pré-retraité à cause d’un cancer du poumon en rémission, il décide de se mettre à écrire. Il travaille à une œuvre intitulée Le Livre de la folie humaine dans laquelle il ambitionne de consigner toutes les « gaffes, embarras et actions ineptes » de sa carrière : vaste programme.

Le roman commence réellement quand il retrouve totalement par hasard son neveu, Tom Wood, vendeur dans une librairie de quartier. On suit peu à peu la vie fantasmée de ces deux personnages, auxquels se rajoutent des habitants du quartier tels la JMS (« Jeune Mère Sublime ») dont Tom est amoureux sans lui avoir jamais adressé le moindre mot ; Harry le patron de Tom, ex-taulard, ex-galeriste ; Lucy, 9 ans, la nièce de Tom qui va débarquer un beau jour sans décrocher un mot…
Bref, vous l’aurez compris, Paul Auster nous offre toute une galerie de personnages tous très touchants.

Le livre est traversé par un lieu qui n'existe pas, l'Hôtel Existence. Un lieu utopique, un lieu d’apaisement. Un sanctuaire «où on se retire lorsque le monde réel est devenu impossible ». D’ailleurs tout le roman est traversé par cette envie surréaliste d’atteindre le bonheur. Bonheur représenté par une grande maison au milieu de la campagne verdoyante américaine où les personnages se retrouveront le temps d’un week-end.

Je ne connaissais pas du tout l’œuvre de Paul Auster même si j’en avais entendu parler. Il faut dire que je ne suis pas une grande fan de la littérature américaine. Elle ne m’a jamais attirée. D’ailleurs, ce livre a été lu dans le cadre d’un club de lecture. Je ne serais pas allée toute seule vers cet auteur et je l’aurais regretté certainement. J’ai trouvé un agréable moment de lecture sans les clichés américains auxquels je m’attendais plus ou moins. Les personnages sont traités sans fard, avec leurs qualités et leurs défauts. J’avoue même avoir eu de la peine à quitter l’univers du livre en tournant la dernière page.

Est-ce que cette bonne surprise sera suffisante pour me donner envie d’approfondir la littérature américaine ? L’avenir me le dira…

à lire également, chez les Chats : l'avis de Zaph

lundi 3 novembre 2008

"Sous un ciel de marbre" - John Shors

Le cerveau au repos, par Sandriiine


Ce livre nous conte un épisode de l’histoire de l’Inde, romancé certes mais avec des bases bien réelles. La plus importante et le pilier de ce livre étant la construction d’une des merveilles du monde : le Taj Mahal qu’un empereur fit construire en mémoire de la femme qu’il aimait. Autour de cette construction se mêlent complots, amours, trahisons, guerre de pouvoir et de religions. La narratrice, Jahanara, fille de l’empereur est au milieu de ce tourbillon et tentera tout pour s’en sortir et vivre librement.

Ce livre est indubitablement un livre de vacance, un livre « repose-cerveau » comme je les appelle, avec les bons et les méchants (sans aucunes nuances), avec les rebondissements prévus aux bons endroits pour ne pas s’endormir, avec de l’amour, avec de l’exotisme à gogo…
Oui mais bon, même si c’est un livre agréable et pas prise de tête le manichéisme affiché me fatigue, les personnages sont creux, les situations prévisibles…L’auteur à mis 7 ans pour écrire ce livre, vite lu et malheureusement vite oublié.
Fait rigolo, avez-vous remarqué que dans certains livres, quand le héros ou héroïne doit lire 5 pages (que nous lisons soi-disant en même temps), cela lui prend 4-5 heures (nous 10 minutes à tout casser) et dans ce livre, Jahanara conte son histoire (500 pages) à ses petites-filles et cela ne lui prend que quelques heures (trois jours pour moi…). Le fonctionnement de l’espace-temps littéraire est bizarrement fait…
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dimanche 2 novembre 2008

"Jubilations vers le Ciel" - Yann Moix

Theme for a Gloubiboulga Night, par Thom


C'est le premier roman de Yann Moix, que je viens de relire... et c'est vraiment une très mauvaise idée de lire le premier roman d'un auteur après avoir lu les suivants, du coup on ne voit plus que les défauts ! En l'occurrence, ça saute particulièrement aux yeux : "Jubilations..." apparaît dès lors comme un genre de brouillon des "Cimetières sont des champs de fleurs" et, surtout d' "Anissa Corto". Mais je brûle les étapes...

Nestor est encore un enfant lorsqu'il rencontre Hélène. Onze, douze ans... l'âge des premiers émois... mais Nestor est un personnage particulièrement névrosé et Hélène une fille particulièrement belle...
De fait, Nestor va continuer à aimer Hélène. Inlassablement. Eternellement.
Et passera sa vie (à lui) à parasiter la sienne (à elle), réapparaissant à l'improviste, surgissant de nulle part avec ses souvenirs d'enfant qu'elle, de son côté, a totalement occulté (enfin pas totalement mais disons : comme tout être humain normal).

Petit détail amusant : quand j'ai ouvert cette discussion à l'époque où les Chats étaient un forum, j'ai décrit Moix comme l'écrivain de la folie ordinaire... et peu après, j'ai écrit pareil de Mauriac, en me disant qu'il y avait une réelle filiation entre ces deux auteurs... or là, sur le quatrième de couverture de "Jubilations vers le ciel" je vois marqué quoi ? "Prix Goncourt des lycéens 1996" et "Prix François Mauriac 1996" ! Ca ne s'invente pas !!!

Je ne vais pas en remettre une couche sur le style de Moix, remarquable et puissant (quoique nettement plus maladroit dans ce premier roman)... enfin voilà, ensuite on aime ce genre d'écriture ou on ne l'aime pas ! Il est indéniable qu'il s'en dégage un souffle particulier (Moix est sans doute plus "styliste" que Mauriac, d'ailleurs, au risque d'en faire sauter quelques uns au plafond) mais surtout ce style colle parfaitement à l'histoire, une histoire assez dingue mais terriblement touchante... le fait est que cet auteur a développé un univers tout à fait particulier, ne ressemblant à aucun autre, et si cet univers est encore un peu bancal dans ce livre-ci on y devine en filligrane tout ce qui va exploser dans "Les cimetieres..." puis "AC".
D'autant que l'auteur ne se limite pas à cette histoire d'amour névrotique (et névrosée) : il y a une réelle charge "sociale" (pff... gros mot que celui-ci : disons plutôt "sociétale"), une authentique réflexion sur la société française actuelle. En lisant les divagations de Nestor, on pense à cette mode de la nostalgie, ces émission télés sur les grands classements des chanteurs de variétés morts depuis trente ans, ces énormes soirées gloubi boulga avec toujours un crétin déguisé en Casimir... bref, tous ces épiphénomènes qui placés bout à bout nous infantilisent. De même que cette histoire d'amour fou (au sens pathologique du terme bien sur), il développera cette vision dans les livres suivants et la vision tournera à la radioscopie dans "Podium" (qu'on lit très différemment je pense, lorsqu'on connait les autres livres de l'auteur).

Finalement j'ai achevé ma relecture sur cette question : est-ce que j'aime "Jubilation vers le ciel" parce qu'il annonce les livres suivants, pour ce qu'il représente, donc, ou bien est-ce que je l'aime pour lui-même ?

Je ne répondrai jamais à cette interrogation puisque déjà, la première fois que je l'avais lu c'était suite aux "Cimetières..." !

samedi 1 novembre 2008

"Tar Baby" - Toni Morrison

Morrison V.S. McEwan, par Zaph


Bizarre, bizarre. Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer ce livre avec un autre que j'ai lu juste avant : "Samedi", de Ian McEwan. C'est qu'il y a une certaine similitude dans le thème de base : un intrus indésirable s'introduit dans un univers familial clos très aisé, ce qui a pour effet de déclencher une certaine violence qui va ébranler cet univers figé (qui rejoindra -ou non, son point d'équilibre).

Bien sûr, le cadre des deux histoires est différent : chez McEwan, le personnage principal est un médecin spécialiste londonien. Chez Morrison, il s'agit d'un homme d'affaires américain passant une retraite dorée sous les tropiques. Sauf que si McEwan centre clairement son récit sur le point de vue du médecin (les autres n'étant que des personnages annexes), il n'y a pas vraiment de personnage principal dans "Tar baby". Il y a au contraire six personnages qui reçoivent à peu près la même attention.
C'est ce qui fait, je crois, que Morrison a réussi un livre beaucoup plus riche que celui de McEwan. Les interactions et relations entre personnages parfaitement individualisés sont beaucoup plus subtiles et intéressantes.
Bien sûr, le médecin de "Samedi" est bien dessiné et nuancé. Il n'est pas d'une seule teinte, il s'interroge, se remet en question, et nous suivons sa pensée dans les moindres détails ; mais en n'étant confronté qu'à des ombres, cette accumulation de détails ne réussit pas vraiment à donner de l'épaisseur au personnage.
En réalité, je crois surtout que ce qui intéresse McEwan, c'est de confronter son personnage à la société dans laquelle il s'inscrit.
Le livre de Morrison n'est certes pas dénué de préoccupations sociales, mais ce qui en fait la force, c'est la richesse de la psychologie des personnages.

Les deux auteurs écrivent parfaitement bien. Ecriture précise, limpide, quasi chirurgicale pour McEwan (je me suis même demandé si c'était voulu pour coller à la profession de son héros) ; écriture plus chaude et expansive mais quand-même rigoureuse pour Morrison. Je dois dire que les deux me plaisent autant.
Avant, j'aurais sans doute préféré le livre de McEwan. Aujourd'hui, je m'intéresse plus aux individus qu'aux sociétés, et c'est donc "Tar baby" qui remporte mon suffrage sans hésitation.



Coup de cœur, par MbuTséTséFly
Le roman se déroule sur l'île des Chevaliers, dans les Antilles françaises. Le milliardaire Valérian, à la retraite, s'y est définitivement installé et passe des jours paisibles d'homme à qui on a jamais rien refusé, entouré de sa femme, une ancienne miss névrosée qu'il a cueillie sur un char de cortège, de ses serviteurs noirs qui sont à son service depuis presque toujours (ils font pratiquement partie de la famille), de la nièce de ceux-ci, belle métisse, mannequin, enfant gâtée et adorée, qui refoule ses origines. La vie continuerait son train train aux apparences de bonheur si, un soir, un matelot noir échappé d'un navire qui croisait au large ne venait se cacher dans la propriété. Aussitôt adopté par Valérian, il s'installe et chamboule le fragile équilibre de la maisonnée.

En lisant ce roman, on respire la moiteur des Antilles françaises, on sent l'odeur des marécages, on étouffe avec les personnages et on voit flotter autour de nous les voiles de brumes, jeunes filles égarées et curieuses qui se glissent sous la porte et flottent dans la salle à manger. L'écriture et superbe et poétique, la psychologie des personnages très fine. Je lui reproche néanmoins 2 chapitres de longueur, mais très digestes. Dans toute cette moiteur, comment ne pas avoir des scènes d'amour torrides. Et comment ne pas tomber amoureuse de cette poésie ? De ces voiles de brumes et de ces papillons, témoins curieux d'un drame qui les attire ? Un de mes romans favoris de ces dernières années.

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vendredi 31 octobre 2008

"Les feuilles mortes" - Thomas H. Cook

Le soupçon est un acide, par Céline-la-revenante


Une jolie maison avec son superbe jardin, son érable du Japon majestueux, la vie qui s’est montrée généreuse avec cette famille d’Américain moyen dans une petite ville sans histoire, voilà la carte postale qui plante le décor.

Eric aime Meredith qui elle aime son mari et son fils. En apparence tout va bien, c’est l’harmonie sur terre.

Keith, le fils, est un ado mutique qui vit reclus dans sa chambre, sans que nul n’y voit à redire, ces choses là finissent par passer « mais qu’est-ce que je savais, à ce moment là ?......rien. Et que fait-on lorsqu’on ne sait rien ? On poursuit sa route….on progresse en terrain miné,….l’épilogue sera dramatique »

Après avoir gardé une adorable petite fille du quartier, qui disparaît le lendemain, Keith est le premier suspect. Commence alors les sentiments les plus ambivalents chez son père. D’abord serein, son fils n’est pas un pervers, puis le doute, que faire si c’est lui ?, et enfin l’effroi, comment pourrait-il faire une chose pareille ?.

« L’illusion c’est qu’une journée normale annonce un lendemain normal »

Car alors son enfance lui saute aux yeux, il commence a enquêter à tirer des conclusions qui n’ont pas lieu d’être, à craindre une hérédité, avec ce frère raté et sans ambition, son fils n’est qu’un gamin mal dans sa peau il faut le défendre. « Le soupçon est un acide. Il ronge tout ce qu’il touche. Il s’attaque à la surface des choses en y laissant une marque indélébile » Des pensées malveillantes se font de plus en plus nombreuses.

Le soupçon oblige à une extra lucidité qui se vit dans la plus grande solitude. Et si toute sa vie était un leurre ? Si les apparences avaient été plus importantes que la recherche du bonheur ? Ce gosse au regard vide est-il celui que j’ai élevé ? Quel père est-on quand on laisse son fils vivre enfermé à double tour dans un espace que l’on ne franchit plus depuis trop longtemps ?

Tout vole en éclat, des mots tranchants sont lancés et le mal est irréparable. Une lueur viendra mais à quoi bon quand le pire est fait. La confiance est un sentiment fragile et le désespoir de retenir ce qui s’effrite ne fait pas d’un homme un héro.

Le ton de ce livre peut sembler un peu froid parfois, limite sans émotion, mais le récit se veut d’une objectivité dérangeante, l’auteur nous bouscule, on est dans la peau de ce père trahit, on plaint ce gosse fragile, on pointe du doigt le malaise que notre bonne conscience repère si bien. Mais quand on effleure une vérité une autre surgie, rien n’est écrit et bien des maux sont inaccessibles.

Un polar ou l’enquête n’est pas le centre du livre mais ou l’humain se révèle parfois bien maladroit pour aimer à plus forte raison quand il en donne l’apparence.

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jeudi 30 octobre 2008

"... et l'Ane vit l'Ange" - Nick Cave

La glauquitude vissée au corps, par Guic'


J’ai longtemps tergiversé avec moi-même avant de faire cette critique. Et encore, critique c’est pas le terme juste. Je ne suis pas foutu d’émettre un avis, et encore moins un avis cohérent, sur ce livre. Je ne sais même pas vraiment ce que j’en ai pensé.

Le point sur lequel j’ai pas réussi à me décider tout de suite, c’est : « Ce roman, je le critique chez moi ou chez les Chats ? »

Alors finalement, presque idiotement, je me suis dit que… c’était surement mieux de le faire chez moi, ne serait-ce que parce qu’il y a quand même de grandes chances de croiser des amateurs de Nick Cave ici. Malgré le fait que Les Chats sortent d’un cycle Philippe Jaenada, et au risque de les traumatiser avec un bouquin aussi glauque que celui-ci. Quoique avec Mc Ewan on nage pas non plus dans la joie et le bonheur… Et puis surtout… parce que je vais peut-être parler d’un livre écrit par un musicien, ok, mais ce que je vais tenter devrait s’apparenter quand même à une critique littéraire. Du tout.

J’aime bien Nick Cave, le chanteur. Cela dit j’aime bien Bob Dylan le chanteur et je n’ai jamais lu son roman "Tarantula", et n’ai aucune envie de le faire. Alors au final, qu’est-ce qui m’a poussé à le faire… On va dire que j‘avais un a priori positif, en avait entendu de bons échos, et pensait que, bon, ben oui, Cave peut me tenir en haleine presque 500 pages. Et puis bon, un rockeur qui préfère écrire directement un bouquin plutôt que d’en faire un concept album imbittable, c’est forcément quelqu’un de bien intentionné.
Mais quand même, qu’est ce que ça raconte ? Euchrid Eucrow est l’honnête fils muet, à moitié autiste et légèrement psychopathe d’une alcoolique et d’un braconnier. Il vit dans Ukulore Valley, dont les productions principales sont la canne à sucre et les prédicateurs de la parole de Joseph Ukulore, fondateur de la secte des Ukulites qui règne en maître dans la vallée. Ajoutez à cela un prédicateur fou, un jumeau décédé, une prostituée martyr… Et vous aurez une petit idée de ce que peuvent être les 100 premières pages de ce roman.

Bon, vous voyez bien que je suis mal barré pour la critique littéraire, vu la difficulté du seul résumé.

Alors, d’un, ce livre est glauque. De deux, il est blindé de délires mystiques, pourtant pas toujours si délirants que ça. De symboles aussi. De malaise, de bêtise humaine, de cruauté, de… tout ce qui peut ne pas aller chez l’homme. Pour vous dire, même la météo est pourrie jusqu’à la moelle dans ce bouquin.
Et en fait je suis même pas capable de vous dire si j’ai aimé ce bouquin. Je l’ai fini, c’est bon signe. Mais j’ai hésité à le lâcher à une ou deux reprises (surtout au début du livre troisième, en fait…) . Mais le style, mes aïeux, le style !! Cette écriture, cette façon de prendre aux tripes, de tirer dessus et de retourner le lecteur comme une chaussette… Ce livre est saisissant…. On frémit d’horreur, on s’inquiète parfois pour la santé mentale de l’auteur, parce que pour les personnageas, on ne se pose plus de questions de puis longtemps…

Et puis on se rappelle que le bouquin est sorti à peu près au même moment que l’album « Tender Prey »… Et qu’il faut le voir très certainement comme un morceau de l’œuvre Cavienne. On va pas non plus dire que les albums d’après le roman sont plus apaisés, mais ils sont moins… bruitistes, ou même foutraques. (Si, les premiers le sont un peu quand même pour une oreille non habituée, permettez-moi de le dire…)
A croire qu’il a lâché toute une part de son malaise dans le bouquin, ce qui explique son côté brut, « vidage de tripes », Cave y relache certainement une bonne part de ses démons intérieurs. Remarquez que vu ceux qu’il a conservé, et à supposer qu’il ait relaché les pires… cela nous explique beaucoup. Mais quel livre cela donne ! Dans lequel on recherche sans même forcément le vouloir, des références aux albums. Un livre encore plus agréable, dans lequel on s’immerge plus encore, à l’écoute des premiers albums des Bad Seeds , sauf « Tender Prey ». A croire que dans « From Her to Eternity », « The Firstborn is Dead », et « Your Funeral my trial », ce livre est en germe (et en toute logique il l’est surement), tandis que dans « Henry’s Dream », « Let Love In », et « Murder Ballads », il y résonne encore comme un écho.

Bref. Je ne saurais dire si ce livre est bon ou non. Je ne saurais y trouver les références littéraires que tout le monde y attribue, ignorant tout ou presque de Faulkner, de Steinbeck, et de tant d’autres. Je sais que j’y ai trouvé une écriture franchement intrigante, mais qui porte l’histoire. Un gout pour la symbolique que je partage assez. Une folie que j’aime trouver dans ce que je lis. Des références, et quand il y a des références, mon égo est toujours flatté de les relever. Et surtout, j’y ai trouvé une ambiance cavienne comme je les aime. Même si , avec son goût du non-dit et de l’ellipse, je suis même pas sur d’avoir tout compris. Mais bon… c’est presque dans mes habitudes avec lui en tant que chanteur.
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mercredi 29 octobre 2008

"Expiation" - Ian McEwan

Réconciliation tardive, par Lhisbei


Angleterre, août 1935, une journée de canicule dans la campagne anglaise. La petite Briony, 13 ans, a écrit une pièce de théâtre pour le retour à la maison de son frère Leon. Sa sœur Cecilia est rentrée après une première année d’études universitaires décevante. Son père s’absorbe dans son travail au ministère et sa mère, migraineuse, passe une grande partie de son temps enfermée dans sa chambre. Débarquent la tante de Briony accompagnée de ses enfants mais sans leur père puisque le couple, oh ! scandale ! vole en éclat. Ajoutez à cela Robbie, le fils de la domestique, et vous avez tous les ingrédients d’un roman anglais dans lequel se joue, le temps d’une journée et sur un quiproquo, le destin de tous ses personnages.

Autant l’avouer tout de suite j’ai trouvé le temps long en lisant ce livre. La profusion de détails a noyé l’intérêt que je portais à Briony, à son histoire et à sa tentative d’expier sa faute. La première partie m’a semblé interminable, bien plus ennuyeuse qu’une longue journée d’été dans une campagne anglaise écrasée de soleil. La suite, qui plonge le lecteur dans les horreurs de la seconde guerre mondiale, ne m’a pas plus enthousiasmée. Pourtant je n’ai pas abandonné en cours de route. Ian McEwan a un don pour sonder l'âme de ses personnages, leur insuffler des forces et des faiblesses qui les rendent fragiles et émouvants. Sa façon de décrire les évènements du point de vue des différents protagonistes permet d’explorer à fond les (nombreux et traditionnels) thèmes abordés et de bien comprendre les enjeux. Les relations entre les personnages sont finement traitées et le lecteur ne peut rester insensible devant cette fresque familiale dramatique. Heureusement j’ai poussé jusqu’à lire la fin, une mise en abyme étonnante, qui m’a réconcilié avec le roman de McEwan.
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mardi 28 octobre 2008

"Guerre & Paix" - Léon Tolstoï

Un autre classique vu par Tonton Zaph


- Guère épais! Guère épais! Non mais de qui se moque-t'on?

- Qu'est-ce que tu dis, papa?

- Non, rien, je disais que j'ai l'impression de ne pas avancer dans ce bouquin. Je me sens aussi embourbé que les armées de Napoléon dans la plaine de la Bérézina.

- C'est vrai qu'il est gros, ton livre. En plus, c'est écrit tout petit.

- Et ce n'est que le premier volume; il y en a un second tout aussi épais! (Si seulement je savais où je l'ai "classé").

- Mais si ça ne te plait pas, pourquoi tu continues?

- Oh, au contraire, ça me plait beaucoup. Je pestais simplement contre ma lenteur.
Mais d'un autre côté, pourquoi me presser? Quand j'aurai fini, il faudra dire au revoir à tous ces personnages auxquels j'ai fini par m'attacher, à tout cet univers dans lequel j'ai pu me faire une petite place discrète, et il faudra retourner me confronter aux réalités de la vraie vie.
La relation avec un livre, c'est un peu comme avec une personne. On se rencontre, on s'apprécie, on passe du temps ensemble, le livre nous devient un peu nécessaire, puis un beau jour, il se referme, la personne s'en va, et on se retrouve seul avec des souvenirs qui
s'estompent peu à peu.
Bien sûr, on peut toujours rouvrir un livre, mais ce n'est plus jamais exactement pareil, on ne retrouve plus l'émoi de la première séduction.
En fait, nous avons besoin des livres, mais les livres ne semblent pas réellement avoir besoin de nous. C'est parfois un peu dur à vivre.

- Houla, papa! Ca n'a pas l'air d'aller très fort!

- Ah, ça passera! Justement, avoir un bon livre sous la main est un des meilleurs remèdes contre le blues.

- Il est très rigolo alors, ton livre? Ca raconte quoi de drôle?

- Pas très rigolo, non. Si tu veux, dans "Guerre et Paix", y a d'abord de la guerre, et puis aussi un peu de paix.

- Et il faut toutes ces pages pour raconter ça?

- En réalité, c'est un peu plus compliqué.

Tout commence avec Napoléon, le chef des Français, qui décide un beau jour qu'il n'aime pas les Russes. (En réalité, il n'aime pas grand monde en Europe, mais d'après ses calculs, c'est maintenant au tour des Russes de déguster).

Alors, il prend ses armées et s'en va attaquer la Russie en saccageant un peu tout sur son passage. Les armées font toujours ça.
Faut bien se rendre compte qu'à cette époque, les gens aimaient énormément la guerre. C'était un peu le sport national, et les Français étaient en quelque sorte champions d'Europe. Ils étaient prêts à voyager loin pour s'en payer une bonne tranche. Mais marcher
pendant des centaines de kilomètres, y a rien de plus chiant. Alors, pour passer le temps, on saccage.

Seulement, la Russie, c'est grand. Et tiens toi bien, le GPS n'existait pas encore! Napoléon cherche les armées russes partout, mais il n'arrive pas à les trouver. Si bien qu'il arrive finalement jusqu'à Moscou.

Ca impressionne beaucoup les Russes. Alors, ils réfléchissent à la surprise qu'ils pourraient faire à Napoléon. Et c'est le Tsar, le chef des Russes, qui trouve la super idée:

"Ecoutez, les amis, j'ai une super idée! Comme Napo aime bien saccager, on va bouter le feu à Moscou en son honneur, comme ça quand il passera les portes de la ville, il trouvera tout déjà bien saccagé et il pourra se reposer. C'est pas sympa ça? Allez, vodka pour tout le monde, c'est moi qui régale!".

Les Russes mettent leur plan à exécution. Mais Napoléon, qui manquait cruellement d'humour et de savoir-vivre, ne comprend pas cette délicate attention. Môssieur a son caractère. Il préfère saccager lui même et trouve que les autres ne font jamais aussi bien que lui. Il râle à mort. Il dit que c'est pas possible de faire correctement la guerre avec ces tricheurs de Russes.
Alors, il ne veut plus jouer et décide de retourner bouder chez lui en France.

Inutile de dire que les Russes sont terriblement déçus. Et honteux. Eux qui sont d'ordinaire si courtois, ils se rendent comptent qu'en refusant de faire la guerre aux Français malgré tous les efforts de ceux-ci, ils ont manqué aux règles les plus élémentaires de l'hospitalité et les ont peut-être vexés pour de bon.

Désireux de réparer ce malentendu et de rétablir leur bonne réputation, les Russes veulent maintenant rattraper les Français pour présenter leurs excuses et dire que oui, finalement, on serait très heureux de faire la guerre avec vous s'il n'y a que ça pour vous faire plaisir.

- Ah, mais ça a l'air quand-même rigolo!

- C'est vrai, maintenant que j'y pense, c'est quand-même un bouquin sacrément drôle. Quelques pages le soir et on s'endort avec le sourire aux lèvres. Excellent pour le moral!


Amour, Gloire et Beauté. C'est un peu ce que je pensais en racontant l'histoire à ma fille. Tous les ingrédients sont présents dans cette oeuvre pour en faire une vraie grande belle saga.
Je voulais faire le malin en ironisant sur les péripéties, qui tout en étant basées sur des faits historiques, sont en effet digne de la catégorie "saga".

Mais en fait, à la moitié de l'oeuvre, il me semble que Tolstoï change de ton, ou du moins de perspective.
C'est comme si au milieu de son travail, il s'était mis soudain à philosopher sur l'histoire qu'il racontait, à voir toute l'absurdité sous-jascente dans l'héroïsme, le patriotisme, les grands sentiments et la stratégie militaire.
Curieusement, il devient de plus en plus distant et ironique à mesure que le revers de l'armée française se fait plus sensible.

De plus en plus, Tolstoï dénigre les héros de cette affaire: Napoléon, Alexandre, Koutouzov, les présentant comme des pantins impuissants, capables seulement de subir les forces historiques. La supériorité de Koutouzov résidant seulement dans le fait qu'il soit le seul à être conscient de son impuissance personnelle.

C'est comme si en nous racontant cette histoire, Tolstoï s'était forgé une théorie historique qu'il nous martèle à de nombreuses reprises.

"C'est seulement en prenant pour objet d'observation une unité infiniment petite - la différentielle de l'histoire, c'est à dire les aspirations communes des hommes - et en apprenant l'art de l'intégrer (faire la somme de ces infinitésimaux) que nous pouvons espérer saisir les lois de l'histoire."

Je donne cet exemple pour une raison anecdotique, mais amusante, je crois.
J'y vois la source de la théorie de la "psychohistoire" qui a servi de fondement à Asimov pour la conception de sa saga à lui: "Fondation".
Ca m'amuse d'imaginer Asimov en train de lire ces lignes de G&P et avoir la vision soudaine de son projet: transposer l'idée de Tolstoï quelques milliers d'années dans le futur.

Trêve de plaisanteries. Pourquoi ai-je l'impression d'un virage en cours d'écriture dans le projet de Tolstoï? Bien, si comme il l'affirme dans le second volume, les décisions des généraux et des puissants on moins de poids vis-à-vis du cours de l'histoire que les
actions du moindre des cosaques ou des simples habitants de Moscou, tout le récit tourne cependant autour des grands hommes, empereurs, princes et princesses, généraux, et les gens du peuple y sont à peine mentionnés.

Ou alors, est-ce volontaire? Une sorte d'énorme démonstration par l'absurde, en creux? Dans ce cas, Tolstoï serait encore plus diabolique que je ne le pensais. (NDLR : à en juger par le portrait ci-contre, il a l'air !)

lundi 27 octobre 2008

"L'Amant de Lady Chatterley" - D.H. Lawrence

Encore meilleur qu'annoncé, par Lily


Connie est une Lady. Lady Chatterley. Connie est mariée. Mais son mari n'est pas vraiment en mesure de la satisfaire (sinon il n'y aurait pas d'histoire). Alors Connie s'envoie en l'air avec le garde chasse, et DH Lawrence nous raconte ça pendant plus de 500 pages.

J'avoue que j'ai déjà lu des livres de cet immense auteur mais jamais celui-ci. J'ai eu tort, car "Lady Chatterley's Lover" fait partie de ces classiques qui sont encore meilleurs que le dit leur réputation. C'est un chef-d'oeuvre.
A l'époque il y a eu évidemment, le succès dû au scandale. Mais la grande force de ce livre, c'est que son sujet est toujours aussi sulfureux en 2006. C'est intemporel dans la subversion, si j'ose dire.

Parce que si on ôte tout indicateur temporel à cette histoire, finalement, ça nous raconte quand même une histoire assez abjecte : celle d'une femme qui trompe son pauvre mari paralysé du début à la fin du livre. C'est du moins l'image qu'en aurait la société d'aujourd'hui, peut-être encore plus puritaine que celle d'hier sur certains sujets (les handicapés en font partie, comme les minorités).
De ce point de vue, l'aspect visionnaire de DH Lawrence force le respect ! car Connie n'est pas une femme montrée comme un monstre d'égoïsme (un peu, ok) mais surtout comme une femme qui s'épanouit et se redécouvre dans l'accomplissement de sa sexualité. Voilà qui devrait suffire à faire taire les mauvaises langues qui prétendent depuis plus d'un siècle que Lawrence était un auteur malsain et mysogine...malsain peut-être, il y a un réel climat étouffant dans ce livre. Mais mysogine sûrement pas !

Enfin, il y a l'écriture typique de l'auteur : rageuse, puissante et crue...un livre de 1928 ? je connais des livres de 2000 qui sont écrits dans un langage plus retenu et moins moderne que celui-ci.

Un chef-d'oeuvre. Je ne suis pas la première à le dire, je sais...

dimanche 26 octobre 2008

"Black Cherry Blues" - James Lee Burke

Marécageux, par Ingannmic


Nous voici en Louisiane, plus précisément en pays cajun, au cœur du bayou, contrée de marais, de typhas et de pacaniers.

Dave Robicheaux, ex-flic, ex-alcoolique, y vit d’une entreprise de location de bateaux, en compagnie d’une fillette d’origine salvadorienne qu’il a recueillie, de ses deux employés et d’un raton laveur. Ses nuits sont hantées par les fantômes des êtres chers qu’il a perdus dans de dramatiques circonstances : son père, qui a péri dans l’explosion d’une plateforme pétrolière, et sa femme, Annie, sauvagement assassinée.

L’apparition de Dixie Lee Pugh, un ancien camarade d’université devenu prospecteur immobilier et ayant gardé un fort penchant pour l’alcool, va bouleverser son existence en l’entraînant dans une sombre histoire de meurtres. Celle-ci va le mener sur la piste de tueurs sans états d’âme, de mafieux en quête d’affaires juteuses et sur le territoire des indiens Pieds Noirs du Montana.



Ce qui m’a frappée en premier lieu dans ce roman, c’est l’amour de la nature qui en émane. Cela peut sembler paradoxal, car il s’agit bien d’un roman « noir », mais la place qui est accordée à l’environnement naturel des protagonistes (arbres, chants d’oiseaux, pluie, odeurs des sous bois…) y est si importante qu’elle en fait presque un personnage à part entière, omniprésent. Les travers des hommes, et la violence du monde dans lequel ils évoluent en ressortent avec d’autant plus d’acuité. Institutions judiciaires inaptes à protéger les innocents et à empêcher les coupables de nuire, impunité obtenue grâce au pouvoir et à l’argent…Et le constat, désabusé, que le mal et le bien sont des notions relatives, car définies par un système défaillant qui peut difficilement s’ériger en modèle.

Autour de Dave, « héros » crédible car faillible, évolue toute une série de personnages élaborés, qui contribuent à la densité du récit et ajoutent à l’intérêt de l’intrigue. Mais l’intrigue n’est qu’une des fascinantes facettes de l’ouvrage : quand on referme « Black Cherry Blues », c’est aussi en gardant en tête l’atmosphère marécageuse de la Louisiane, l’image des montagnes du Montana, et celle d’une culture (musicale, culinaire, linguistique,…) enrichie par la diversité ethnique. Et c’est aussi en emportant une lueur d’espoir, puisque par la bonne volonté de certains hommes, la justice parvient quelquefois à être rendue…
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