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dimanche 17 mai 2009

"Bilal sur la route des clandestins" - Fabrizio Gatti

En route pour l'Europe, par Livrovore


Fabrizio Gatti est un reporter de l’hebdomadaire italien « L’Espresso ». Pour lui, une simple enquête ou interview ne suffit pas, il faut vivre de l’intérieur son sujet. Il a choisit de mener des investigations hors normes, en immersion totale. Il n’hésite pas à se créer de fausses identités pour se mêler à ceux qu’il veut comprendre et faire découvrir au monde. Après s’être fait ouvrier agricole « au noir » dans les Pouilles, Roumain sans papiers dans un centre de rétention, ou encore habitant d’un bidonville à la sortie de Milan… Cette fois Gatti s’est mêlé pendant quatre ans aux immigrants africains qui traversent clandestinement l’Afrique et le désert pour atteindre l’Europe. Avec eux, de Dakar à l’île italienne de Lampedusa, il a vécu les horreurs qu’ils subissent. Entre vols, violences, maladies, déshydratations et découragements, il a essayé de comprendre ce qui pousse ces personnes à partir. Pourquoi ces gens, souvent jeunes et qui pour la plupart ont une famille et la laissent derrière eux, choisissent la souffrance et le risque, la route criblée de dangers pour arriver à la mythique Europe ? Qu’est-ce qui les pousse à préférer risquer la mort que de rester dans leur pays ? Il nous livre son vécu et les témoignages de ses compagnons de voyage qui tentent l’impossible, ou parfois doivent y renoncer en route.

« Pour que mon récit soit au plus près de leurs vérités, de leurs souffrances, de leurs espoirs, j'adopte leur quotidien. Je suis journaliste, mais un homme aussi. Je ne crains pas l'émotion, et même je la revendique, à moi de la tenir à distance. »

Fabrizio Gatti a choisi de partir du Sénégal afin de croiser en chemin une bonne partie des routes qui mènent à l'Europe via le Maroc, l'Algérie, la Tunisie ou la Libye. Je n’aurais jamais imaginé que le voyage des clandestins était si terrible avant de lire ce livre. Non seulement ils doivent faire face aux maladies, au manque d’eau et de nourriture, mais ils sont aussi écrasés à dix fois plus de passagers qu’on l’imaginerait dans des camions au bord de la panne (la moindre panne au milieu du désert et c’est la mort assurée). Mais à ces souffrances-là s’ajoutent les militaires à chaque frontière qui les battent jusqu’à obtenir tout leur argent, jusqu’à ce qu’ils n’aient plus rien. Il y a derrière tout cela une sorte de trafic international d’humains.

Le journaliste à été jusqu’au centre de rétention de Lampedusa, se faisant passer là-bas pour Bilal, un clandestin irakien. Le récit est à la fois passionnant et effrayant, et nous fait réaliser ce que peuvent engendrer les politiques mises en place à la fois en Europe, et dans les pays africains. On découvre ce qui est habituellement caché aux médias. J’ai beaucoup aimé cette lecture qui fait froid dans le dos, et qui m’a permis de réfléchir à une situation que je n’imaginais pas aussi grave, dont je ne connaissais pas toutes les données.

mercredi 28 janvier 2009

"Lettre au père" - Franz Kafka

Si je t'écris... par Sandrounette

Autant lire les 840 pages de Jonathan Strange et Mr Norrell a été un vrai plaisir, autant ces 99 pages-là ont été pénibles.

Je n'ai jamais vraiment aimé Kafka. Lors de mes études universitaires, j'avais dû lire "Le château" et je me souviens d'un calvaire innomable! Je n'arrive pas à m'intéresser aux romans où il ne se passe rien, quelque puisse être la beauté de l'écriture. Cependant, je suis assez curieuse de l'histoire personnelle de cet auteur. Voilà pourquoi la "Lettre au père" est différente du "château".

A travers une longue lettre, le fils s'adresse au père. Un père hautain, très dur avec ses enfants et en particulier avec Franz. Et pourtant, il ne s'agit pas d'un règlement de compte à proprement parler. L'auteur prend à sa charge toute la responsabilité (culpabilité...) de la relation filiale. Mais toutes ses frustrations transpirent, ses angoisses d'être comparé à un père si "parfait" et qui le fustige à chaque fois. D'ailleurs la lettre fut écrite suite au refus du père concernant le futur mariage de Franz. Il ne lui a jamais envoyé.

Malgré une lecture laborieuse, le côté "intime" de Kafka me plait davantage que le côté symbolique présent dans chacun de ses autres romans...

L'avis de Zaph

mardi 23 septembre 2008

"Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus" - John Gray

Heureusement, mon chéri ne lit pas le blog, par Sandriine

J’ai chez moi à peu près 400 bouquins dont plus de la moitié non lus (acheteuse compulsive j’avoue)… Et j’ai perdu un temps effroyable à lire ce livre, tout ça parce que mon chéri m’en a parlé un peu et demandé à mots voilé de lire. Erreur erreur erreur. Il y a des règles précises dans ma bibliothèque appartement : pas de Mars et Vénus, pas de Chattam, pas de Da Vinci Code, pas de Cartland !!!

A chaque fois que je brise cette règle j’ai mal, presque physiquement, mon cerveau se tord et me supplie d’arrêter, me présente les alternatives (un petit Zola, les Chats lisent Lehane faut que je m’y mette...) et donc je lis ce pauvre bouquin en 1 mois et demi (et une amende à la bibliothèque).

Mr Gray nous donne ici la solution définitive aux ruptures et divorces, disputes et discussions passionnées (pouvant se finir par une réconciliation sympathique sur l’oreiller)… C’est simple : les hommes et les femmes sont différents, ils pensent différemment, vivent différemment, et même si ils ont ce désir irréalistes de vivre ensemble, ils ne sont pas fait pour s’entendre.

Ah !

Que faire alors ? Lire son livre qui nous enjoint à se mettre dans le cerveau de l’autre. En gros les femmes sont sensibles et ont besoin de parler pour réfléchir, les hommes sont terre à terre et ont besoin de réfléchir avant de parler…

On peut aussi s’écrire des lettres…

Et là tout va mieux, on s’aime dans un bonheur béat et sans accro, sans rebondissement, sans battements de cœur accélérés. Trop Cool.

Pour les amateurs, il y a aussi : Mars et Vénus au lit, Mars et Vénus au bureau, Mars et Vénus le calendrier… (Véridique !!!)

jeudi 21 août 2008

"Rimbaud le fils" - Pierre Michon

Critique ovni d'un livre ovni sur un poète ovni, par Ananke

Voilà trois semaines que je tourne autour de cette chronique. Je tournais déjà autour avant de lire le livre dont je voudrais vous parler. Ce n’est pas une figure de style. J’avais déjà lu « Rimbaud le fils », il m’est retombé dessus à l’occasion du rangement de ma bibliothèque ; je l’ai alors mis de côté avec l’idée de le relire puis de rédiger à votre intention une petite chronique. Je n’y arrive pas du tout. Ça résiste comme jamais et je sais très bien pourquoi. Ça résiste dès l’entrée, au moment de présenter de quel genre de livre il s’agit. Le plus simple serait peut-être de dire : « Pierre Michon parle de Rimbaud ». Voilà. C’est parfaitement plat mais tout à fait exact. On est à peine au-dessus du « C’est un livre peu épais constitué de mots imprimés sur du papier les uns à la suite des autres. », qui est vrai aussi. On est donc plutôt dans la biographie, mais aussi dans l’essai, à ceci près qu’on chercherait en vain dans le livre une chronique minutieuse de la vie de Rimbaud, pas plus qu’on y trouvera l’argumentation d’une thèse. Curieusement, la porte d’entrée choisie par l’auteur n’est pas celle des textes de cet autre auteur mais le recueil des photos associées à Rimbaud. On ne les verra pas non plus. C’est donc bien en position d’observateur que se situe Pierre Michon, comme le dit adroitement J. Michel Maulpoix, parlant de ce même livre sur son blog. C’est le terme le plus proche de celui que je ne trouverai pas. Observateur dit bien le face à face qu’entretient l’auteur avec la galerie de portrait, parents, proches et celui de ce diable de gamin, mais observateur laisse entendre je ne sais quoi d’objectif, de distancié, quand la position qu’adopte Pierre Michon est exactement à l’opposée. C’est peu dire qu’il est engagé dans ce qu’il observe. Par ailleurs, mais on devrait commencer à le comprendre, son discours n’est en rien guidé par une méthodologie scientifique et universitaire. Il use de ses armes d’auteur, de sa sensibilité, de sa langue, de son écriture et de son imagination, qui serait à comprendre là non pas comme la faculté d’inventer, mais celle de voir ce qui n’est que suggéré, de lire ce qui est écrit sur les traits des visages. De Pierre Michon, vous ne savez probablement rien, perso je n’ai lu que ce « Rimbaud le fils ». Il porte un nom dont la banalité parait presque étudiée et sa photo montre le visage de Monsieur Toutlemonde. C’est peu dire qu’il est tout entier dans son écriture. Parce qu’alors là : accrochez vos ceintures ! Le volume du livre peut faire illusion, mais nous sommes décidément dans le paradoxe, alors allons y gaiement ; il ne comporte que 109 pages numérotées dans mon édition poche chez Folio. Ça m’étonnerait pourtant que vous puissiez le lire en une fois. C’est trop fort. Perso, ça ne m’était arrivé qu’avec « La nuit du renard » de Mary Higgins Clark. Le suspens m’avait mis dans une telle tension qu’elle s’était traduite par un besoin irrépressible d’aller courir un peu (et de piller le frigo au passage) avant d’y revenir. Là, surtout au début (au fil du texte on s’accoutume un peu), j’ai été obligé de m’arracher avant que quelque chose pète. Parce que le mot juste, celui qui rend le mieux compte du ton employé par l’auteur pour dire Rimbaud, ce mot n’est pas difficile à trouver. Celui là au moins, je l’ai. C’est la rage. Ce n’est pas la plume qu’il prend, le Pierre Michon, c’est le coup de boule, la nitro. Pas pour détruire, juste pour essayer de sauver sa vie. La tentative est absolument sans espoir, et l’auteur le sait : Rimbaud en a bouffé d’autres (à commencer par lui). Mais la tentative et le combat sont beaux, d’autant que la langue, l’écriture et la vision de l’auteur sont impressionnantes ; d’une force peu commune. Vous lirez donc comme moi « Rimbaud le fils » de Pierre Michon, et vous en sortirez peut-être comme moi désespérés, mais au moins, vous aurez été prévenus.

dimanche 15 juin 2008

"Under Milk Wood" - Dylan Thomas

Songes d'une journée de printemps, par Zaphod

J'aime bien les accents locaux.
J'aime bien par exemple l'accent traînant des Lowlands. Il peut s'apprendre en quelques semaines. En plus, c'est toujours utile, l'accent local, parce qu'en général, tant que vous ne le maîtrisez pas, vous passerez toujours pour un gros naze d'étranger, même si vous habitez depuis vingt ans au même endroit.
Et puis, mieux vaut savoir comment s'adresser aux gens.
Par exemple, quand vous devez quitter le pub, plutôt que de dire:
"Now I must go home, or my girlfriend will kill me."
Ca passe beaucoup mieux de dire:
"I nooo maun gangawah, or me bony lass will kinda tuun me inta haggis."

Mais parfois, comprendre un accent relève véritablement du défi. L'accent Welsh, par exemple, est probablement l'accent anglais le plus terrible qui soit. Vous savez, le Pays de Galles est ce coin de la carte d'Angleterre où on trouve des noms de village contenant un double 'L' encadré de deux autres consonnes, dont l'une est de préférence un 'W'. Ça vous plante le décor. J'avais un collègue Gallois que je pouvais écouter pendant plusieurs minutes en ne captant qu'une douzaine de mots tout au plus. Il devait me prendre pour un sacré idiot, parce que neuf fois sur dix, évidemment, je répondais complètement à côté de la plaque.

Or justement (avouez que vous vous demandiez où je voulais en venir), "Under Milk Wood" est un texte écrit avec l'accent gallois.
Ça veut dire quoi, "un texte écrit avec un accent"?

Il se fait que ce texte est une forme un peu hybride que Dylan Tomas a sous-titrée "a play for voices", et qui est composée uniquement de dialogues faits pour être interprétés par des comédiens; mais ce n'est pas une pièce de théâtre, car il n'y a pas de jeu d'acteurs ni d'indications scéniques (ou didascalies - Laiezza, j'ai bien retiendu ma leçon ;-)
Bref, c'est une forme extrêmement difficile, car tout doit passer dans les dialogues.
L'application pratique évidente est celle de la "pièce radiophonique" dont nos amis anglais sont friands (du moins, la BBC en est friande; reste à savoir si ces émissions sont réellement écoutées).

Donc, les voix, les accents et les intonations sont très importantes, car elles sont quasiment l'unique élément de décor extérieur au texte.
Quand on lit ce texte, je trouve qu'il est important de se faire des voix dans sa tête, et autant que possible, un genre d'accent gallois.

Forme complètement casse-gueule, disais-je, mais (il y a un 'mais', et il est de taille), l'auteur s'appelle Dylan Thomas.

Or Môssieur Thomas est un poète qui a énormément marqué l'esprit anglais. Oh, bien sûr, ce n'est pas Byron ou Keats, mais il semble tenir une place à part.
Et dans l'oeuvre de Thomas, "Under Milk Wood" tient très certainement aussi une place à part.

D'abord, c'est une des dernières oeuvres du poète. Sa rédaction s'est étendue sur une période de dix ans, pendant qu'il réfléchissait à d'autres formes d'expression.
Il venait d'ailleurs de publier un volume de ses oeuvres poétiques complètes. Je ne sais si cela voulait dire qu'il comptait renoncer définitivement à la poésie, mais je ne crois pas.
Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'une oeuvre charnière.

C'est une des raisons pour lesquelles on a bien du mal à classer ce livre situé à la frontière entre théâtre, prose ou poésie.
Car oui, ce texte est à la fois terriblement poétique, et très vivant et populaire, parfois même presque vulgaire. Voilà un mélange de saveurs assez rare.

Le sujet est vraiment tout simple: il raconte une journée du petit village de Llareggub (lisez aussi à l'envers) et de ses habitants.
Cela commence superbement par la description des rêves de chacun avant le réveil du village.
Et c'est si poétique, si étrange, ce petit village en dehors du temps et du monde, que ça m'a fait penser à une autre pièce enchantée: "A midsummer night's dream".

Il y aurait beaucoup à dire sur la structure très travaillée du texte, sur l'utilisation de voix "off", sur la structure fuguée des différentes voix qui s'imbriquent et se répondent comme dans un morceau de musique baroque, mais après tout, c'est bien suffisant de se laisser emporter par la beauté des mots, non?


mardi 13 mai 2008

"Lettres de motivation" - Laurent Mercier

Par Lhisbei

Rédiger une lettre de motivation n’est pas facile. Une bonne lettre de motivation ne doit pas simplement accompagner poliment un CV. Elle doit être lue par le recruteur et lui donner envie de rencontrer le candidat. Une lettre de motivation doit « parler » du candidat, de ses atouts et surtout de la raison qui le pousse à postuler. Rédiger une lettre de motivation efficace n’est pas facile. Laurent Mercier y réussit pourtant à chaque tentative. Comment un Directeur des Ressources Humaines pourrait-il résister à un homme qui lui écrit des mots si doux : « Délibérément, je fais le choix de troquer ma liberté d’être contre ma survie alimentaire » ? Dans ses missives Laurent Mercier incarne le parfait employé, l’homme providentiel, le subalterne effacé avant de dériver doucement vers un modèle un peu plus tordu. De la lettre obséquieuse à la lettre inquiétante en passant par la poésie ou l’absurde, Laurent Mercier se sert de sa plume comme un exutoire, un défouloir. De jeux de mots en double sens il ridiculise les travers de notre monde moderne, de la vie en entreprise et de l’économie.

Un tout petit livre ironique et irrévérencieux (73 pages) mais une vraie bouffée d’oxygène à respirer à chaque pause clope ou cigarette …

Un petit extrait pour mettre l’eau à la bouche :

« Votre firme est certainement la plus efficiente du monde dans le segment du business lessive. De plus, travailler dans une compagnie américaine m’assure de recevoir un excellent training, tout en travaillant avec un bon esprit d’équipe et dans un environnement pluri-culturel.

Pour faire court, j’aimerai faire un point en allant droit à la ligne :

J’espère mettre mes qualités d’analyse, mon expertise, mon leadership, ma compétitivité, ainsi que mon « get up and go » au service de la plus grande bande de lessiveurs du monde. »