mardi 13 octobre 2009

"Juillet" - Marie Laberge

Un dimanche à la campagne, par Lhisbei

Zaph a parfois de drôles d’idée. La dernière en date a conduit les chats vers la lecture du livre surprise. A partir d’un principe très simple (le livre surprise dépend du hasard, hasard incarné par la première lettre du pseudo et la date de naissance), il a réussi à transformer ma vie de chat (paresseux) en enfer. Dans la première librairie que j’ai visitée, à la lettre L se trouvait le « Goût du bonheur », la trilogie romanesque de Marie Laberge. Et c’était par le tome 2 que j’aurais du commencer. 949 pages pour ce tome (tout de même) et 2 929 pages pour la saga. J’ai baissé les bras. Zaph le fourbe autorisant un minimum de tricherie, direction le rayon SF où s’offre à moi le tome 3 d’un cycle de Mercedes Lackey chez Milady ... et, bien entendu, pas de tome 1 en vue. Mon salut viendra de la bibliothèque municipale et de « Juillet » de Marie Laberge. Il est écrit que je n’échapperai pas au romanesque de Marie Laberge pour cette activité.

Ecrit en 1989, « Juillet » est le premier roman de Marie Laberge, cette artiste québécoise « multicartes » : écrivain, comédienne, réalisatrice de court-métrages, dramaturge, metteur en scène, elle a été récompensée à de nombreuses reprises outre Atlantique. Je n’avais jamais entendu parler d’elle jusqu’à présent. Et l’étiquette « romanesque » (dans le sens sentimental) accolée à ses livres m’aurait de toute façon dissuadé d’ouvrir un de ses romans.

Par une journée de juillet caniculaire, Simon prépare la fête d’anniversaire de Charlotte, son épouse. Médecins tous les deux, ils ont la soixantaine et forment un couple apparemment parfait. Simon a invité son fils unique, David qui a épousé à Catherine trois ans auparavant. Ils ont maintenant un enfant, Julien, 18 mois Julien. En attendant l’arrivée de Charlotte, partie donner une conférence à Montréal, Simon, David et Catherine se mettent aux fourneaux. Bientôt la réunion de famille tourne au malaise. Samuel est attiré depuis toujours par Catherine. Catherine n’est plus heureuse dans sa vie de couple. David quant à lui se sent écrasé par la figure paternelle. La chaleur met tout le monde sous pression. C’est l’arrivée de Catherine (qui déteste sa bru) qui va provoquer l’explosion finale.

Le schéma est classique (et prévisible aussi), la construction soignée (mais extrêmement convenue). La tension monte petit à petit (en même temps que l’orage qui se rapproche) et la fin, même si pas tout à fait inattendue, claque comme un coup de tonnerre : on l’attend mais on sursaute quand même quand on l’entend. Les dialogues sont en québécois parlé, c'est-à-dire savoureux parce qu’exotiques vus d’ici, mais impossible de déterminer s’ils sont justes. Sur le « romanesque sentimental » le lecteur est servi : amour déçu, amour impossible, désir puissant, passion secrète, désamour… l’Amour est présent à chaque page sous toutes ses formes. Le style de Marie Laberge est plutôt agréable malgré une propension à la guimauve et à l’emphase sentimentale. « Juillet » n’est ni très léger, ni très original mais se laisse lire. Disons que pour un livre surprise ce n’est pas une mauvaise surprise.

lundi 12 octobre 2009

"L'origine de la violence" - Fabrice Humbert

Un lourd héritage, par Ingannmic.


Lors d'une visite au camp de concentration de Buchenwald où il accompagne ses élèves, un professeur découvre sur une photographie un détenu qui ressemble à s'y méprendre à son propre père. Troublé, il entreprend des recherches qui vont le mener sur le double chemin de son histoire familiale et de la folie nazie.

Peut-on comprendre les mécanismes qui font que des hommes se livrent à la barbarie ? Peut-on percer l'essence du "Mal absolu" dont les camps de la mort furent le théâtre, quand, ainsi que le déplorait Jorge Semprun, le tourment moral qui habitait les détenus, au coeur de l'expérience de ces camps, est intransmissible ? Intransmissible parce que ce mal n'est pas un concept, mais quelque chose que l'on ressent à l'intérieur de soi, et qui est indicible parce que ne peuvent l'appréhender que ceux qui l'ont subi.

Fabrice Humbert a l'intelligence -ou l'humilité- de ne pas prétendre résoudre cette énigme. Au lieu de cela, il se sert de son récit et de son personnage principal (le professeur narrateur) pour s'interroger sur l'héritage que nous laisse ce terrible pan d'histoire, "ce laps de temps court mais effrayantouvrant la boîte de Pandore de l'Humanité", et qui ne serait que le révélateur du potentiel de violence que recèle l'homme depuis toujours. Et de rappeler qu'en effet, le nazisme ne fut pas l'oeuvre de quelques fous furieux dont la monstruosité aurait été évidente -et rassurante-, mais une violence administrative, organisée, dénuée de passion... C'est pour cela qu'en recherchant l'origine de cette violence en se basant sur l'exemple des camps, le narrateur en vient à s'interroger sur la genèse de sa propre violence, et par extension sur celle qui sommeille en chacun de nous. Et en partant du principe qu'en ce qui le concerne, ce sont ses peurs qui réveillent sa colère et sa brutalité, il imagine qu'en les analysant, il parviendra peut-être à comprendre le processus de cette violence. C'est pourquoi, lors de son enquête, il s'intéresse presque davantage au bourreau -un médecin SS- de son aïeul génétique qu'à ce dernier. En effet, ce médecin non seulement est le parfait exemple de ces individus qui furent des rouages du mécanisme d'extermination mis en place par le IIIème Reich (un homme somme toute banal) mais il est aussi pour cette raison celui que choisit notre professeur comme représentant de ses peurs. S'il élucide les raisons qui ont poussé le médecin à devenir ce monstre ordinaire, il maîtrisera ces peurs -nées, finalement de l'incompréhension face à l'horreur- et donc sa violence...

J'en reviens à cette notion d'héritage que j'évoque plus haut... l'abomination que furent les camps d'extermination (et l'ensemble des comportements qui y ont contribué : les dénonciations, la résignation...) nous a surtout laissé des questions sans réponse. Elle est une preuve de ce dont l'homme peut se révéler capable, et nous laisse démunis face à ce constat.
C'est ce qu'évoque Fabrice Humbert sans jamais tomber dans le manichéisme.

vendredi 9 octobre 2009

"The Good Life" - Jay McInerney

Tout ça pour ça, par Thom.


Jay McInerney a publié il y a déjà un paquet de temps “Bright Lights, Big City”, remarquable roman dont le héros, Dorian Gray moderne, peut tout à fait être vu comme un cousin du Patrick Bateman de Bret Easton Ellis.

Si je prends la peine d’entamer ma critique par cette petite précision c’est parce que McInerney est pour le moins tombé en désuétude, au point que lorsqu’on m’a offert ce livre je n’ai même pas réalisé que c’était du même auteur qu’il s’agissait.

Il faut dire aussi que notre écrivain autrefois rock’n’roll et sulfureux a vieilli – ou disons mûri. Du coup ses histoires et son style aussi. Et ses personnages : Russel et Corinne étaient en effet les héros de « Brightness Falls », et ils ont pris un sacré coup de vieux. Le hic c’est que n’ayant pas lu le premier volet de cette non-série (selon l’auteur c’est une pure coïncidence s’il a décidé de faire revenir ses deux personnages) c’est un aspect de l’œuvre que je n’ai guère pu goûter.

Ce que je n’ai en revanche pas manqué c’est le remarquable portrait de bobos que McInerney brosse au passage : elle élève leurs insupportables jumeaux, il est devenu un ponte de l’édition bouffi d’orgueil et de bêtise. Bref ils ont la belle vie, et rien ne les prédestine à devenir les héros d’un roman…jusqu’à ce que Salman Rushdie s’invite à la fête – ou plutôt ne s’invite pas : il décommande à la dernière minute et nos amis se retrouvent à passer une soirée mortellement ennuyeuse ce soir du lundi 10 septembre…2001. En somme l’idée est simple : montrer l’impact du 11/09 sur la vie quotidienne d’un couple d’américains de la upper middle class…mais quel impact ?

McInerney n’étant pas du genre à verser dans le lyrisme culcul et le patriotisme grandiloquent, il se lance dans un impressionnant numéro d’équilibriste afin d’éviter ces deux écueils. Ainsi il choisit tout simplement de sauteur du 10 au 12 septembre, comme un téléspectateur américain (ou français) affalé dans son fauteuil en train de zapper. Et lorsqu’il reprend les rennes de son histoire le jeudi matin, si peu de choses ont changé qu’on en frémit. Bien sûr ces personnages sont un peu traumatisés et la ville est pour le moins secouée…tout ceci n’a cependant qu’un temps : Russel et Corinne reprennent très rapidement leurs (mauvaises habitudes) – ou comment retourner en trente pages le vieil adage La vie reprend ses droits. Plus que reprendre une vie normale, les héros de « The Good Life » vont littéralement blacklister l’événement de leurs cerveaux au bout de quelques temps, sans se poser de questions, sans remettre quoi que ce soit en cause…et s’empresseront de revenir à des préoccupations qu’on imagine autrement plus vitales, comme leurs histoires de coucheries et les comptes de la maison d’édition.

C’est au final l’aspect le moins intéressant du livre, même si évidemment il sert la démonstration : comme l’idée est de souligner que rien ne se passe, on s’ennuie forcément un peu dans la troisième partie du roman. N’empêche : ce constat amer d’un statu quo annoncé fait tout à la fois rougir et sourire. Car la réflexion de McInerney s’étend bien au-delà d’un certain pan d’une certaine société américaine : « The Good Life » pointe du doigt l’incroyable capacité d’abstraction de chaque être humain. Ce pouvoir d’oubli qui lui permet de (sur)vivre, bien sûr…tout en l’aidant à se vautrer continuellement dans une saine et délicieuse futilité.

jeudi 8 octobre 2009

"Bad City Blues" - Tim Willocks

Épopée de la violence, par Ingannmic.

Ce sont ses personnages qui font de "Bad City Blues" un roman intense et atypique...
Il y a Callilou, ex-prostituée mariée à un pasteur évangéliste qui est aussi, accessoirement, vice-président de la banque qu'elle a dévalisée avec la complicité de son amant Luther. Ce dernier, vétéran du Vietnam, vit désormais du trafic de stupéfiants.
Il y Cicero, le frère de Luther, psychiatre qui met ses procédés peu orthodoxes au service de drogués pour lesquelles les habituelles méthodes de sevrage ont échoué.
Et il y a... LE personnage : Clarence Jefferson, magnifique d'ignominie, flic sadique et corrompu, mais extraordinairement intelligent, presque inhumain..

Tous ces protagonistes, évidemment, se rencontrent... rencontres qui culminent parfois à un degré de violence très fort, non pas tant en raison des sévices physiques qu'ils subissent, que par l'intensité de leurs affrontements psychologiques, nourris de démons intérieurs ardents et inavouables. Au-delà de cette violence, et en même temps par son intermédiaire, se nouent des enjeux relationnels ambivalents et troublants, dominés par ce qu'au fond recherchent tous les êtres, y compris ceux qui a priori sont les moins vulnérables : le respect, la reconnaissance, voire la connivence avec un autre qui nous ressemble et pourrait nous comprendre.
Il y a de la superbe dans la façon qu'a Tim Willocks de tisser les interactions entre les individus pourtant plutôt antipathiques qui peuplent son roman, dans le sens où il s'en dégage une sorte de puissance aux accents presque mythiques... comme d'une épopée de la violence urbaine, dont les ingrédients (drogue, sexe, arme à feu) ne seraient qu'accessoires et conjoncturels, puisque cette violence serait une constante de la civilisation humaine. Sans doute est-ce la raison pour laquelle l'auteur s'attache essentiellement à décrire les rapports entre victimes et bourreaux (dont les rôles peuvent être interchangeables), et que le reste : intrigue policière, environnement (une ville anonyme de Louisiane en pleine canicule), ne semble avoir été rajouté que parce qu'il fallait bien donner un cadre à son propos...

mercredi 7 octobre 2009

"Un dieu un animal" - Jérôme Ferrari

Ni dieu ni idéal, par Ingannmic.

Un homme rentre d'un pays en guerre, où il était mercenaire, dans son village du sud de la France. Sans doute s'est-il perdu lors de son absence, puisqu'il ne parvient pas à reconnaître ce village comme le sien, ni à se retrouver tel qu'il était auparavant. Il se sent étranger, lointain. Alors, dans une tentative pour renouer avec lui-même, il refait maintes fois les gestes d'avant, reprend quelques anciennes habitudes, évoque ses souvenirs, notamment celui de Magali, son flirt adolescent...

Ce qui m'a d'abord frappée, en ouvrant ce roman, c'est sa brièveté. Une brièveté qui, finalement, ne pénalise pas l'essence du récit. En effet, en très peu de pages, Jérôme Ferrari se penche sur quelques jours de l'existence d'un homme, et par le truchement des réflexions, des souvenirs de ce dernier, donne l'impression d'aborder l'ensemble des problématiques auxquelles toute existence peut avoir à se soumettre ainsi que le sens que l'on tente de lui donner. Problématiques telles que l'amour, la guerre, la mort, abordées sous le noir éclairage des regrets, de la violence, de la souffrance. C'est comme si le héros avait en quelques années accompli le parcours que d'autres effectuent en plusieurs décennies, voire n'effectuent jamais.
Cette brièveté, même, sert le récit, car elle implique une notion de vitesse qui paraît importante pour l'auteur. Course après les résultats, dans une société où c'est la valeur mercantile qui prime... les rapports humains eux-mêmes, souvent réduits à l'échange virtuel, en deviennent superficiels et succins. Jérôme Ferrari semble dépeindre une société où la vitesse emporte les hommes dans un tourbillon qui les empêche de s'arrêter pour s'écouter, se rencontrer, penser, analyser. Est-ce pour se confronter au "vrai monde" que certains partent combattre ? Et est-ce une solution ? Après tout, qu'ils émanent d'un directeur commercial ou d'un supérieur gradé, il s'agit toujours de recevoir des ordres conformes aux desiderata des instances en place, qu'elles soient militaires ou économiques (et souvent, les deux sont liées). Quelle est, dans ce contexte, la part de discernement individuelle et d'auto-responsabilisation ?
C'est en somme la perte de la capacité d'analyse personnelle face aux événements de cette société que déplore ici l'auteur. Ainsi qu'il nous le rappelle plusieurs fois, "les choses tournent mal", et apparemment nous ne possédons pas les armes adéquates pour y faire face. En ce qui concerne le héros, définitivement meurtri par la guerre, nulle foi, nul idéal, nul amour ne parviendront à pallier le dénuement de son âme.
Puisque même Dieu, qui semble lui aussi avoir vacillé, n'est plus un refuge...

mardi 6 octobre 2009

"Poussière" - Rosamond Lehmann

Liberté quand tu nous tiens…, par Salysand

Née en 1901 dans une famille d’intellectuels, étudiante à Cambridge, Rosamond Lehmann est révélée en 1927 par Poussière, archétype du roman d’apprentissage, évocation pleine d’ambiguïté des souffrances et des amours de l’adolescence. Proche du Bloomsbury Group, auteure de L’Invitation à la valse, La Ballade et La source, elle sera l’une des grandes figures de la littérature anglaise ;

« La Première Guerre mondiale vient de s’achever. À l’issue des ses études à Cambridge, Judith Earle, jeune fille de 18 ans, regagne la grande maison familiale au bord de l’eau. Elle assiste au retour de ses voisins, les cousins Fyfe, qu’elle a idolâtrés tout au long de son enfance solitaire. Dans une mosaïque qui fait alterner passé et présent, le lecteur est témoin du douloureux apprentissage sentimental de Judith qui, tour à tour, à des moments différents de sa courte existence, est tombée amoureuse de chacun des cousins… pour finir irrémédiablement déçue. »

Bravo à Rosamond Lehmann pour cette ouvrage ! L’écriture en est riche de subtilités et digne d’un roman de Jane Austen. Bien que je n’apprécie pas les comparaisons systématiques car souvent « pompeuses et réductrices », il faut reconnaître que cette auteure rejoint les maîtres de la littérature Anglo-Saxonne.

Judith, personnage principal, va au fur et à mesure de ses retrouvailles avec ses voisins d’enfance, approcher les sentiers ô combien tortueux qui mènent à la « liberté ».
N’ayant nulle conscience de sa propre quête, Judith découvrira, parfois douloureusement, que les chemins de traverses mènent aussi à l’indifférence et la cruauté…
De fait, ses amis ont évolué et il lui faudra « ré-apprivoiser » ces êtres chers à son cœur.
Femme de tête qui s’ignore encore, c’est avec fraîcheur et simplicité que notre héroïne traversera les épreuves sentimentales qui l’aideront à grandir et assumer fort heureusement son besoin de liberté.
L’époque ne s’y prêtant pas c’est donc à contre-courant que Judith mènera ce combat.
Bravo à l’auteure pour son ébauche du féminisme naissant !

lundi 5 octobre 2009

"La reine des lectrices" - Alan Bennett

A compulsive reader is born, par Lhisbei.

Tout le Royaume-Uni sait que les corgis de la reine Elizabeth II ont aussi bon caractère que leur maîtresse. Lors d’une promenade matinale, un bibliobus, garé derrière les jardins de Buckingham Palace, devient la cible de leurs aboiements furieux. La Reine d’Angleterre, soucieuse de ses sujets, pénètre dans le bibliobus et, pour ne pas paraître grossière, repart en ayant emprunté un ouvrage, au grand étonnement du bibliothécaire. Et parce que Elizabeth II traite avec sérieux toutes les affaires, qu’elles soient publiques ou privées, elle, qui ne lit jamais, met un point d’honneur à lire ce livre avant de le rendre au prochain passage du bibliobus. De cette façon l’incident sera clos avec toute la dignité qui sied à la famille royale. Oui mais voilà… quand elle revient au bibliobus, elle ne peut s’empêcher d’emprunter à nouveau un ouvrage…

Alan Bennett nous a concocté un roman aussi léger, éphémère et plaisant qu’une bulle de savon. Une bonne dose d’amour de la littérature, une pincée d’humour so british, un grain de folie douce, un soupçon de foutage de gueule politique (notre Président n’est pas épargné), une once de « gay friendly attitude », une pointe d’ironie et une fin à la chute savoureuse… pour un roman un tantinet subversif et surtout très fin. Tous les ingrédients sont réunis pour faire passer un très agréable moment à tous les lecteurs compulsifs. Un bonbon acidulé à consommer sans modération.

Lire aussi l'avis d'Anne.

dimanche 4 octobre 2009

"La boîte en os" - Antoinette Peské

Amour fou, par Ingannmic.


Norbert, le narrateur, retrouve par hasard l'un de ses vieux camarades, John Mac Corjeag, qui une dizaine d'années auparavant, fut interné à la suite d'une crise de démence. A sa demande, John lui raconte dans quelles circonstances il en est venu à perdre la raison...

"La boîte en os" est l'histoire de la quête de l'amour absolu par un homme qui ne peut accepter que le corps et l'esprit soient des obstacles à l'osmose de deux êtres qui s'aiment. Un homme pour qui "ne faire qu'un" avec l'élue de son cœur ne doit pas se borner à une simple expression... de quoi, effectivement, devenir fou, surtout lorsque vous luttez contre Dieu lui-même, cet être maléfique qui détient l'inacceptable pouvoir de vous priver, à tout moment, de votre aimée.
D'une écriture élégante et dénuée de toute superfluité, Antoinette Peské flirte avec le fantastique et nous plonge dans une atmosphère lugubre avec un talent qui n'est pas sans évoquer certaines nouvelles de Poe.

Un récit troublant et vertigineux, dont la dernière phrase mériterait à elle toute seule qu'on le lise jusqu'à la fin, si l'ensemble de ce roman n'était pas déjà plus que prenant!

vendredi 2 octobre 2009

"Le roman de la Cité Interdite" - Jirô Asada

Un trésor peut se cacher au fond d’un livre par Mbu

Quel drôle d’ovni a atterri dans la hotte du père Noël : un livre sur la cité interdite, écrit par un auteur japonais.

C’est avec curiosité, mais aussi avec méfiance que je me suis saisie des deux gros volumes de ce roman ambitieux. En effet, curieuse de voir ce qu’un auteur japonais avait à dire là-dessus, et méfiante face à la quatrième de couverture qui annonçait de la fantaisie, de l’ésotérisme même, sur une toile historique. L’histoire n’allait-elle pas être trop fantasque, voire trop romancée ? C’est ce que je me suis demandée en la lisant.

Le roman s’inscrit dans le dernier tiers du règne de l’impératrice Cixi (Tseu Hi) et se concentre sur les événements et les personnages autour de la Réforme des Cent jours. Cela permet à l’auteur de nous plonger dans la Chine traditionnelle avec ses rites de 5000 ans d’âge et de nous amener au seuil de sa difficile mutation vers la modernité.

Si les craintes se sont en partie réalisées, j’ai été déçue plutôt en bien : dans le premier volume, "Le mandat du ciel", l’auteur nous plonge dans l’histoire « transversale » : ainsi, on accompagne l’ambitieux mais naïf Tchouen Youn chez les eunuques et les faiseurs d’eunuque et, au travers de scènes très crues, explorons ce système cruel qui offre aux plus désoeuvrés une chance de prestige inimaginable comme esclave dans la Cité Interdite. Le réalisme de l’écriture et le charisme des personnages tient véritablement le lecteur en haleine. Parallèlement, un deuxième personnage tout aussi charismatique, Liang Wensiou, nous plonge, lui, dans le système des examens impériaux et le monde des mandarins. Passionnant ! Je ne plaisante pas !

En compagnie de ces deux héros, le lecteur va alors explorer l’opposition entre les réformateurs (Liang Wensiou ainsi que des personnages historiques comme Kang Youwei ou Sun Yatsen) et le camp des conservateurs en compagnie de l’eunuque favori de l’impératrice, le personnage fictif de Tchouen Youn. C’est sur cette opposition que le deuxième volume, Le dragon à deux têtes, se base. En compagnie de personnages historiques, on quitte le monde de la fiction et l’on suit l’histoire linéaire, avec par ci, par là quelques interventions romancées ou fantaisistes qui rajoutent au mystère. Moins passionnant, ce deuxième volume perd de son charme mais permet en revanche de s’intéresser de plus près à l’histoire du court règne de Tsai Tien, le neveu de l’impératrice, et à sa réforme des Cent jours. Autrement dit, aux courants de pensées réformistes de l’époque. Et c’est là que l’auteur perd de sa force : cette pensée n’est pas explorée en profondeur, on reste plutôt au niveau des intrigues, et c’est bien dommage.

En revanche, grâce à quelques scènes qui nous projettent au XVIIème siècle, l’ombre du passé s’étendant sur la Cité, j’ai fait une merveilleuse découverte : un trésor. Le peintre de cour Lang Shining, connu aussi sous le nom de Giuseppe Castiglione ! Ce génie du baroque qui s’était embarqué pour la Chine tout jeune, comme missionnaire jésuite, et qui a passé toute sa vie comme peintre à la cour de l’empereur de Chine. Je suis allée voir ses œuvres sur Internet : à couper le souffle. Je sens là une histoire passionnante et vais faire de plus amples recherches. Merci Asada Jiro pour cette fabuleuse découverte !

En résumé, ce roman est un moment de lecture agréable, intéressant sous pas mal d’aspects, mais aussi assez superficiel. Il passe comme une distrayante série télévisée que l’on a tôt fait d’oublier. A prendre en vacances (d’été, vu qu’une bonne partie se passe sous la canicule).

jeudi 1 octobre 2009

A la découverte du livre surprise


Est-ce que vous vous souvenez de la terrible époque où les Chats de bibliothèque(s) (et quelques autres blogs littéraires -certes moins bons) n'existaient pas ?
A cette époque, vous n'aviez probablement pas une PAL aussi vertigineuse, qui menaçait à tout moment de s'effondrer, et qui envoyait ses métastases dans les coins les plus inattendus de la maison, empiétant de plus en plus sur l'espace vital, et menaçant ainsi la toujours délicate paix des ménages.
Je ne sais pas si en ces temps reculés, il vous arrivait -comme à moi, d'être par moment victimes de l'angoisse du manque de livres ? De veiller tard le soir pour regarder une émission littéraire ennuyeuse, espérant quand-même y trouver de nouvelles idées de lecture ? De parcourir, le front légèrement moite, les rayons de votre bibliothèque en vous demandant quel classique vous alliez relire pour la troisième fois en cas de grave crise de manque ? D'aller fouiller plusieurs fois par semaine les rayons de votre bouquinerie habituelle, en espérant sans trop y croire qu'un Vonnegut ou qu'un Murakami (vous avez de bons goûts, dites-donc !) soit rentré ? Et puis, une fois votre espoir réduit à néant, de choisir par dépit un livre au hasard ? C'était souvent une déception, parfois une jolie découverte.

Ce n'est pas que je sois un nostalgique de ces époques barbares, mais le fait de partir à la chasse au livre sans autre guide que le hasard, avait un petit côté harrisonfordien pas désagréable.
Ce mois-ci, les Chats vous proposent rien moins que de retrouver un peu de ces frissons aventureux d'un autre temps.
Embarquez-vous donc avec nous à la découverte du livre surprise !
Mais n'ayez crainte, nous ne vous abandonnerons pas complètement dans ces territoires inexplorés et dangereux : nous vous fournissons un petit guide de survie, mais prenez soin de suivre scrupuleusement et honnêtement les règles !
Bon amusement, et que le Grand Kurt soit avec vous !

Comment trouver votre livre surprise ?

1. Vous vous rendez dans votre bouquinerie habituelle.

2. Vous allez directement au rayon qui correspond à la première lettre de votre pseudo. (*)

3. Vous comptez dans ce rayon autant de livres que la date de votre anniversaire.

Par exemple, moi, je devrai acheter le premier livre (je suis né le 1) de la lettre 'Z' (comme Zaph).

4. Si vous tombez sur un livre que vous avez déjà lu, vous passez au suivant.

5. Vous achetez ce livre, quel qu'il soit.

6. Vous le lisez. Si si !

7. Vous en faites le compte-rendu sur le blog des Chats. Vous avez jusque fin Octobre. (**)

Zaph le fourbe




(*) Si votre bouquinerie possède un rayon "polar" ou "SF", je vous autorise à tricher un peu, si vous en avez envie, et à appliquer le procédé à un de ces rayons.

(**) Si vous voulez rejouer une seconde fois en appliquant une autre règle de sélection tout aussi barge (même une formule avec des logarithmes, si vous voulez), ne vous en privez pas. Etonnez-nous !