vendredi 23 janvier 2009

"Les hommes à terre" - Bernard Giraudeau

Beau dehors...et dedans, par Ingannmic.


L’infime part de midinette en moi a toujours eu un faible pour Bernard Giraudeau (depuis toute petite, je craque…). La part restante –la majorité, donc- se méfie comme de la peste de ces acteurs, chanteurs, politiques qui se découvrent un jour des velléités littéraires. N’est pas écrivain qui veut, tout de même ! C’est pourquoi, lorsque ma copine (vous savez, celle qui m’avait prêté le livre de Kingsolver) m’a conseillé « Les hommes à terre », j’étais très sceptique. Mais bon, le Kingsolver m’avait bien plu, j’ai finalement décidé, une fois de plus, de lui faire confiance… et une fois de plus, je ne le regrette pas ! L’ouvrage est court mais paraît dense, parce qu’il est composé de plusieurs récits (cinq, pour être exacte) que j’ai trouvés riches et émouvants. Saviez-vous qu’avant d’être comédien, Bernard Giraudeau avait travaillé dans la Marine nationale en tant que mécanicien, et qu’il a ainsi fait deux fois le tour du monde ? Dans « Les hommes à terre », on ressent en permanence son amour de la mer, des hommes de la mer* (qui « sur terre ne valent rien »), sa fascination pour les escales portuaires, avec sa faune bigarrée, ses bouges à putes, ses odeurs de fuel et de poissons. Il dépeint ce monde avec familiarité, crudité parfois, mais avec toujours un respect immense pour tous ces hommes qui partent sans assurance de retour, ces femmes qui les attendent ou qui ne les attendent plus, celles –les réelles ou les fantasmées- qui les réconfortent et soulagent leur désir le temps d’une nuit.
Il traque, derrière la rudesse des uns ou la discrétion des autres, la générosité, le courage, la beauté cachée…, tout ce qui enfin fait d’eux des êtres exceptionnels, si on prend la peine de les écouter et de les regarder vraiment, d’écouter leur histoire. Parce qu’à chaque nouvelle correspond bien une histoire, d’amour perdu ou impossible, de marin désœuvré parce qu’en cale sèche, de voyage à l’autre bout du monde... A chaque fois, la mélancolie est présente, mais l’auteur, qui marie avec justesse réalisme et poésie, ne verse jamais dans le larmoyant. A l’issue de cette lecture, mon être tout entier assume un gros faible pour Bernard Giraudeau !

*Dans le 1er récit uniquement, il n’est pas question de marin, mais l’on y retrouve malgré tout ce thème du voyage, de l’amante au loin qui attend son homme revienne.

jeudi 22 janvier 2009

"Corpus Christine" - Max Monnehay

Bon appétit, par Annemasdu.


Si vous êtes comme moi, que vous bouquinez en croquant vos tartines, en trempant des biscottes dans votre thé, en buvant du lait, du jus de fruit, ne lisez pas ce livre. Ce n'est pas bon. Ah si, c'est un bon livre, très bon même, mais c'est qu'il a des scènes carrément dégoûtantes qui risquent de vous couper l'appétit ou pire, de faire monter en liquide acide toutes les petits douceurs que vous venez d'introduire dans votre système digestif. À jeun donc, chers lecteurs et lectrices, et installez-vous pour lire (et dévorer) ce livre parce qu'il en vaut bien la peine. Faites connaissance avec le héros de cette histoire atroce car héros il est. Et il est de plus complètement fou, ou plutôt schizophrène. Il nous raconte sa vie, son amour, sa souffrance. Sa lutte pour rester en vie. Parce que c'est la guerre dans l'appartement de sa femme et lui. Lui, invalide à cause d'un chute d'un toit, passe ses journées dans sa chambre couché sur un matelas. Sa femme et lui ne se parlent pas, ne se voient pas. Quand sa femme quitte l'appartement il crawle à la cuisine à la recherche d'un peu de nourriture que sa femme cache le plus haut possible dans le frigo et les placards. Un chou fleur cru, un pot de moutarde, c'est déjà la fête. Dans l'appartement il n'y a pas de téléphone, ni télé, ni radio. La porte est fermée à clé, la voix de notre héros trop faible pour appeler au secours (ben c'est ce qu'il nous dit, hein!). Quatre ans déjà que dure cette situation. Il ne pèse que quarante kilos, il met la tête dans les toilettes pour se laver. Il devient de plus en plus faible. Il hait sa femme ... et paradoxalement, il l'aime encore. Il n'a comme compagnie que les lecteurs, qu'il accuse d'être des voyeurs remplis de préjugés (c'est très marrant quand il parle aux lecteurs) et ses petits amis imaginaires : Peter Pan, Jacques et le haricot. Et il joue aux échecs. En fait voilà sa vie maintenant : lui est le roi blanc qui refuse d'être battu par la reine noire et qui ferait tout pour sortir vainqueur de ce combat.


À vous de découvrir s'il gagne la partie ou pas.


Lire aussi l'avis de Lhisbei

mercredi 21 janvier 2009

"Les accommodements raisonnables" - Jean-Paul Dubois



La vie est faite de petits arrangements, par Livrovore


Paul Stern, scénariste, vit à Toulouse avec sa femme Anna, qui souffre d’une profonde dépression. Suite à la mort de son oncle, son père qui en hérite se révèle tout à coup totalement différent de ce qu’il avait été jusqu’à aujourd’hui, empruntant la vie de son frère défunt. Alors, la proposition de la Paramount d’engager Paul à Hollywood pour quelques mois afin de peaufiner le scénario d’un remake tombe à pic pour lui, c’est l’occasion de se changer les idées. Jusqu’à ce que là-bas, Paul découvre qu’il a comme collègue le sosie parfait de sa femme, mais avec trente ans de moins.

L’écriture de Jean-Paul Dubois me plaît toujours autant. Ancré dans la réalité, ponctuant son récit d’événements d’actualité récents, l’auteur plonge totalement le lecteur dans l’histoire au plus proche du personnage. A un tournant de sa vie, il a besoin de s’aérer l’esprit… et le fait tout en s’enfonçant dans la culpabilité. Ce livre nous met face à l’illusion que l’on se fait parfois de la vie, mais que tout en le sachant on ne repousse pas. Chacun s’arrange avec ce qu’il vit même si ce n’est pas exactement ce qu’il avait imaginé, ce qu’il aurait voulu faire. Chacun se construit ses petits « accommodements raisonnables ». Sans cela l’existence serait sans doute insupportable.

Ce roman, sous une plume sensible et touchante, est un regard et une réflexion sur la vie, mais aussi sur notre société actuelle. Le personnage est on ne peut plus humain, réel, ce pourrait être notre frère ou notre voisin, ou nous-même. Le récit se déroule tout en douceur, et la fin est un atterrissage sans donner de solution ni de leçon à personne. Chacun tirera ce qu’il souhaite de ce livre.

lundi 19 janvier 2009

The Poe Toaster

Chaque année, le 19 Janvier, date anniversaire de la naissance d'Edgar Poe, un évènement étrange se déroule dans le cimetière de Westminster Church, à Baltimore, où le célèbre Aristochat est enterré.
Un mystérieux inconnu, portant cape noire et chapeau, une écharpe couvrant son visage, sort de l'ombre, se dirige vers la tombe de Poe où il se recueille quelques instants. Il y dépose une bouteille de Cognac à moitié vide et trois roses rouges, puis disparait dans la nuit comme il est venu.

Le même évènement se répète depuis 1949.
Personne ne connait l'identité de la personne qui rend avec ponctualité cet hommage annuel à Poe, et il semble que par respect pour la tradition, on ne cherche pas trop activement à la découvrir, bien que cela fasse l'objet de supputations sans fin. Cette personne est simplement connue sous le nom de "Poe Toaster", en référence au toast de Cognac qu'elle semble offrir à Poe (moi, j'aurais plutôt choisi de l'Amontillado, mais soit).
On pense que les roses que dépose le Poe Toaster sont à la mémoire des trois personnes qui reposent dans la tombe : Poe lui-même, Maria Clemm, et Virginia Poe.

"Je vais bien, ne t'en fais pas" - Olivier Adam


Des mots simples mais qui suffisent par Sandrine


Claire et Loïc sont frère et soeur, un jour il part...


Claire est une partie de Loïc, et quand il s'en va, elle se perd dans le monde, elle essaye de surnager, de retrouver dans les hommes qui l'entourent sa moitié perdue et ne tombe que sur des vautours, cyniques et durs. Elle ne survit que grâce à quelques cartes que Loïc lui envoie au gré de ses pérégrinations...
Mais elle évolue et réussira à se détacher de lui. Ce n'est qu'à ce moment que nous pourrons apprendre ce que Loïc est devenu.

Claire est un personnage plein de fragilité, mais qui tient le coup et continue à avancer quoi qu'il advienne. Elle ne cherche que Loïc mais dans cette recherche, c'est elle qu'elle trouvera, qu'elle acceptera. Elle pourra enfin vivre sans lui vu qu'elle se sera reconstruite en un seul morceau...C'est très clair dans une des dernières scènes, où, dans un salon remplis d'intellos s'écoutant parler, elle se rend que son frère serait très à l'aise au milieu d'eux. C'est un premier rejet qui lui permettra de grandir enfin et de déciller les yeux sur ceux qui l'entoure.

Olivier Adam a une belle plume, toute simple, toute en retenue mais qui marque, qui s'impose et qui distille une jolie émotion.



Voir aussi : le dernier livre d'Olivier Adam sur "La boîte à sorties"

dimanche 18 janvier 2009

"Délicieuses Pourritures" - Joyce Carol Oates

Âmes en perdition par Lhisbei

Lors d’une visite au Louvres, Gillian, la narratrice et héroïne de « Délicieuses Pourritures », passe devant un totem aborigène qui vient de Colombie britannique. Ce totem primitif fait ressurgir de son passé les événements tragiques datant de sa période estudiantine dans les années 70. Retour en arrière dans une université non mixte du Massachussets. Andre Harrow est le professeur de littérature le plus adulé des étudiantes. Ses mots font force de loi mais son enseignement reste ambigu. A l’image des rapports qu’il entretient avec ses étudiantes. Sa femme Dorcas est une sculptrice dont les œuvres à caractère obscène échauffe les esprits. Gillian n’échappe pas à la règle et tombe elle aussi sous la coupe de ce couple malsain. Mais les filles qui succombent finissent en bien mauvais état. Certaines deviennent anorexiques, d’autres tentent de se suicider. Et des incendies se déclarent régulièrement…

Joyce Carol Oates décrit avec beaucoup de pudeur un couple de pervers qui fait des ravages chez de jeunes filles encore naïves. L’érotisme et la pornographie ne sont que suggérés et jamais le lecteur ne sait exactement ce qui se passe au sein du trio Andre – Dorcas – Gillian. La part d’interprétation est grande à la fois chez la narratrice qui navigue entre réalité et fantasme (le passé se perd dans la brume des souvenirs) que chez le lecteur qui n’a aucune certitude. L’art tient une place importante dans le récit. Les totems de Dorcas déchaînent les passions et enveniment le débat autour de la question non résolue « Qu’est-ce qui relève d’une démarche artistique ou pas ? ». La conception de l’amour, de la sexualité des auteurs évoqués par Andre Harrow corrompent un peu plus l’atmosphère du roman. Court et dense, « Délicieuses Pourritures » est un poison savamment distillé, hypnotique et mystérieux.

samedi 17 janvier 2009

"Comme une tombe" - Peter James

Suspense mortel, par Ingannmic.



Pour se venger de tous les tours pendables qu’il a pu leur faire, ses amis réservent à Michael Harrison une surprise de taille pour son enterrement de vie de garçon. « Enterrement » est d’ailleurs le terme idoine : le jeune homme est laissé au milieu d’un bois dans une tombe hermétiquement fermée, avec un talkie walkie, une revue porno et une bouteille de whisky. Les farceurs ont décidé de revenir le délivrer après être allés boire un dernier verre. Oui mais voilà, en route vers le pub, ils en sont empêchés par un accident de voiture qui tue 3 d’entre eux et laisse le 4ème dans un coma profond. Michael se retrouve donc prisonnier dans un cercueil dont personne –y compris, curieusement, son meilleur ami et futur témoin- ne connaît l’emplacement. A la demande de sa fiancée éplorée, la police se met à sa recherche…
L’auteur ménage ses effets très habilement, imbriquant plusieurs intrigues les unes dans les autres, et introduisant dans son récit des rebondissements inattendus. L’action et le suspense alternent de façon très équilibrée, et il a su rendre attachant le personnage du policier chargé de l’enquête, lui-même affecté par la disparition soudaine et inexpliquée de sa compagne 7 ans auparavant. De plus, le fait de suivre la progression des événements sur plusieurs plans (on se retrouve tour à tour dans le cercueil, avec l’équipe de policiers chargée de l’enquête, puis avec ceux qui ont tout intérêt à ce que l’on ne retrouve pas Michael…) rend la lecture prenante.

vendredi 16 janvier 2009

"Pilgrim" - Timothy Findley

Histoire de fous, par Zaph

C'est l'histoire d'un fou qui se prend pour la Joconde, alors il dit à un autre fou : "arrête, tu me chatouilles avec ton pinceau !". Malheureusement, l'autre fou s'appelle Carl Gustav Jung, alors, au lieu de faire le portrait du premier, il essaie bêtement de le guérir.

C'est à peu près le résumé de ce bouquin de 800 et quelques pages. Le personnage central de ce roman, c'est "Pilgrim" ; il est sérieusement perturbé, parce qu'il est persuadé de vivre "depuis toujours" (et à une époque, il fut effectivement la Joconde, ce qui nous vaut d'apprendre de source sûre que Leonard était un personnage peu reluisant).
Mais on se lasse de tout, et quand on vit éternellement, on finit par en avoir marre de la vie. Alors, Pilgrim tente de se suicider. Mais manque de bol, quand on est éternel, le suicide s'avère beaucoup moins simple à réaliser que pour le commun des mortels.

Findley mène habilement son récit, car le lecteur est incapable de décider s'il s'agit d'une histoire fantastique ou de la chronique d'une psychose particulièrement grave. C'est ce qui rend cette lecture aussi amusante. La quête de Pilgrim est tout simplement la mort, mais on se prend à douter qu'il puisse jamais y parvenir, et on éprouverait presque de la tristesse pour son manque de succès.

En face de Pilgrim se trouve son médecin : Jung en personne ! Une autre bonne idée, je trouve. Je ne sais pas jusqu'à quel point l'auteur s'est documenté sur la personnalité du célèbre psy, mais c'est toujours amusant quand un personnage mythique se fait bousculer sur son piédestal ; cela lui donne une dimension humaine. Sous la plume de Findley en tout cas, Jung n'est pas très sympathique, mais est assurément un personnage haut en couleurs et presque aussi fou que son patient, ce qui le rend attachant et vivant, si bien qu'il vole littéralement la vedette à Pilgrim. Nous passons beaucoup de temps avec le médecin, ses collègues, sa famille, et ces longs épisodes ne sont pas du tout ennuyeux.

La quatrième de couverture -comme d'habitude, va un peu loin en parlant de roman ambitieux, fantastique, métaphysique ; mais c'est une bonne histoire, racontée de manière plaisante, dans laquelle on ne s'ennuie pas une seconde, et c'est déjà amplement suffisant pour que je vous conseille ce livre.

jeudi 15 janvier 2009

"La trilogie de Signe" - Kerstin Thorvall

Prolifique mais méconnue, par Ingannmic

Kerstin Thorvall est une écrivaine suédoise très prolifique (elle a publié plus d’une soixantaine d’ouvrages) mais méconnue. En effet, certains de ses romans lui ont valu dans son pays natal d’être démolie par la critique, qui est allée jusqu’à lui coller une réputation de nymphomane ! Le public français ne l’a découverte que récemment, grâce à la traduction de sa « Trilogie de Signe », romans autobiographiques qu’elle rédigea au début des années 90.Je n’ai lu pour le moment que les 2 premiers tomes de cette trilogie (j’attend que le 3ème soit disponible à la médiathèque…).

« Le sacrifice d’Hilma » (1925-1931)
Nous faisons la connaissance d’ Hilma, personnage central de ce roman au moment où elle rencontre celui qui deviendra son époux : Sigfrid Thornvall. Hilma est une jeune femme du Nord de la Suède, de condition modeste, qui a été élevée dans le puritanisme et la crainte de Dieu. Les valeurs prônées sont l’humilité et le travail, toute manifestation de joie ou d’orgueil est considérée comme sacrilège, pour ne rien dire des plaisirs charnels, que l’on n’évoque même pas du bout des lèvres… Grâce à son sérieux et à ses capacités, Hilma a obtenu son diplôme d’institutrice et la possibilité de bénéficier d’une certaine indépendance financière. Cela ne durera pas bien longtemps : le charme et la verve du beau Sigfrid la séduisent, le mariage est célébré presque aussitôt, précipité par une belle famille heureuse de pouvoir enfin caser son rejeton, atteint d’une maladie mentale qui a jusqu’alors découragé les prétendantes. Cette « tare » (ignorée de la jeune épouse jusqu’à une nuit de noces cauchemardesque) se manifeste sous la forme d’accès de violence et de pulsions libidineuses démesurées. Malgré l’horreur qu’inspire à la prude et naïve Hilma cet « atavisme », celle-ci, fidèle à son engagement, restera auprès de son mari qui lui donnera Signe, son unique enfant.

« Les années d’ombre » (1931-1946)
Après le décès de son époux, Hilma se retrouve seule à élever Signe qui, le lecteur l’aura compris, n’est autre que l’auteure. La jeune mère fait preuve d’une volonté et d’un courage inébranlables en dépit de l’appréhension qu’elle éprouve à voir sa fille devenir femme et revendiquer une vocation de dessinatrice de mode.

En même temps que le destin d’Hilma, le lecteur découvre les mœurs et les événements qui bouleversent la vie des citoyens suédois à cette époque. C’est l’émergence du courant social démocrate, motivée par les conditions de travail précaires que connaissent les ouvriers, et inspirée du mouvement révolutionnaire déclenchée en Russie. En Allemagne, pays ami, un certain Adolf Hitler monte petit à petit les échelons du pouvoir, au grand dam des sociaux démocrates, mais l’ensemble de la nation, sous prétexte de neutralité, ne prend pas position face au danger que représente le chancelier, et conservera durant le conflit mondial qui suivra ladite neutralité. J’ai été réellement frappée de découvrir, dans ce pays qui a accordé le droit de vote aux femmes dès 1919 (pour rappel, les françaises ont du attendre 1944), et qui passe aujourd’hui pour un modèle en matière d’égalité hommes/femmes, l’état de la condition féminine d’il y a moins d’un siècle. Celles qui travaillent sont quasiment condamnées à rester célibataires, les divorcées sont considérées comme d’immorales dévergondées… Hilma en est le parfait exemple, qui ne conçoit pas de continuer à exercer son métier d’institutrice en étant mariée. Est-ce du à ses origines modestes, aux principes religieux rigides et puritains qui lui ont été inculqués ? Toujours est-il que l’auteure traite ce puritanisme et cet « obscurantisme » religieux de façon très sarcastique et avec aussi un certain détachement : autant elle utilise volontiers le « nous » pour s’impliquer lorsqu’elle évoque les événements historiques contemporains à son récit, autant à aucun moment elle n’use du même pronom lorsqu’il s’agit de décrire le quotidien de la famille Thornvall. Peut-être est-ce un moyen pour elle de prendre ses distances avec une mère qui, si on ne peut nier l’amour qu’elle éprouve pour son enfant, se montre obsessionnellement protectrice et par conséquent… j’ai presque envie de dire « castratrice », ne trouvant pas de terme équivalent pour les filles !

J’ai beaucoup aimé le 1er volume de la trilogie : les personnages y sont attachants, le récit prenant. J’ai moins accroché au 2ème tome, qui m’a paru plus long, parfois répétitif, mais qui ne m’a tout de même pas déplu au point de m’ôter l’envie de lire le 3ème…

mercredi 14 janvier 2009

"Jonathan Strange et Mr Norell" - Susanna Clarke

"La magie n'est pas respectable Monsieur!" par Sandrounette

Nous sommes au tout début du XIX° siècle en Angleterre. La magie fait beaucoup parler d'elle mais n'est plus pratiquée. Enfin c'est ce que croyaient les gentlemen de la Société d'York, spécialistes en débats animés sur l'Histoire de la magie. Mais le jeune John Segundus apparaît et se met en tête de retrouver le seul homme qui pratique encore la magie en Angleterre: Gilbert Norrell.

John Segundus s'efface ensuite pour laisser la place à Norrell et son désir de replacer la magie au centre de l'Angleterre. Parce qu'il faut rappeler au lecteur que la magie n'existait plus depuis la disparition du Roi Corbeau, enfant d'homme élevé par les fées qui la fonda.

J'essaie en vain de résumer ce roman. Il est d'une telle densité, d'une telle profondeur que je ne peux lui faire cet affront. La magie a complètement opéré sur moi étant donné que j'ai dévoré ce pavé de 800 pages. Le grimoire (car on peut le rebaptiser ainsi) est divisé en 3 parties : Norrell / Jonathan Strange / John Uksglass. Le maître / l'élève / le fondateur.
Le maître et l'élève vont s'aimer, se rejoindre, se déchirer, ne plus se quitter. Leur complicité est tellement grande que même lorsque la haine semble avoir tout détruit, on sait qu'ils finiront par se retrouver.
Jonathan Strange et Mr Norrell n'est pas un livre dont on sort indemne. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai rêvé de l'homme aux cheveux comme du duvet de chardon, où j'ai frissonné en essayant de traverser les miroirs avec Jonathan Strange, où j'ai eu envie de lui crier la vérité sur ce qui se passait juste en face de lui et qu'il ne voyait pas.

Je salue l'immense talent et travail de Susanne Clarke. Elle a su créer un univers et une Histoire à son histoire. Toutes les notes de bas de page renvoie à des romans écrits par des magiciens, à des anecdotes sur les légendes du roi Corbeau, tout cela monté de toute pièce évidemment. Mais on y croit tellement! Tellement qu'on aimerait pouvoir prendre la main de Jonathan et vivre dans cette Angleterre qui transpire la magie par tous ses pores!

Vous l'aurez compris, je suis Strangiste... J'ai choisi mon camp!
J'aime sa passion quand il exerce la magie, j'aime son entêtement quand les choses lui résistent et son attachement pour son vieux maître bougon quoi qu'il puisse en dire.

Parce que finalement, dans un coin de ma tête existe cette Angleterre avec ces personnages. Ils ne resteront pas figés sur le papier mais sont déjà en train de vivre de grandes aventures métaphysiques dans la bibliothèque d'Hurfew et ailleurs.


Si vous voulez l'avis de Stange et de Norrell sur le roman, allez faire un tour sur leur site officiel.