vendredi 15 août 2008

"Running man" - Stephen King

It's good to be the King, par Laiezza

Dans un futur proche (de plus en plus), au coeur de la misère, Ben n'a plus d'autre choix pour subvenir aux besoins de son épouse, et payer les soins de sa fille gravement malade ,que de s'inscrire à l'émission de télé-réalité la plus populaire du moment : The Running Man. Une émission dont le concept est assez monstrueux : il s'agit tout simplement devenir l'ennemi public numéro 1 durant un mois, et d'être pourchassé par toutes les polices du pays. Il faut survivre jusqu'à ce que le temps imparti soit écoulé...le record à ce jour étant de deux semaines.

Difficile de ne pas voir dans ce livre de King une portée terriblement visionnaire : la télé-réalité est certes un phénomène très ancien aux Etats-Unis, mais sans doute pas à ce point là. En partant sur cette base et en la mélangeant à celle du snuff-movie, Stephen King propose une réflexion incisive en poussant le concept de télé-réalité jusqu'à son paroxysme. Ce bien sûr sans jamais ménager le suspens, de plus en plus haletant au fil des pages (sans révéler la fin je peux au moins vous dire qu'elle aspire complètement le lecteur).

L'écriture est limpide, le propos intelligent et, je le répète, particulièrement visionnaire...une réussite totale, à la fois un thriller captivant, un roman d'anticipation remarquable et une réflexion sur la condition humaine des plus troublantes.

Un de ses meilleurs livres.

jeudi 14 août 2008

"L'aveuglement" - José Saramago

Ce ne sont pas les aveugles qui critiqueront la mise en page, par Yohan

José Saramago, auteur portugais, prix Nobel de littérature en 1998, déjà ça impressionne. Mais ce qui impressionne encore plus avec ce roman, c’est quand on ouvre le livre : le lecteur se trouve face à 300 pages sans aération, sans sauts de ligne (ou alors un toutes les trois pages). Même les dialogues ne permettent pas de donner de la légèreté à la présentation, car ils sont présentés à l’intérieur du récit, avec une présentation originale : l’intervention d’un personnage est introduite par une virgule suivie d’un majuscule, majuscule réapparaissant dès qu’il y a un changement de locuteur.

Bon, voilà donc un ouvrage grand format de 300 pages, très peu aéré. Mais j’ai entendu tellement de bien de Saramago qu’il faut bien que je me lance.

Et c’est ce que j’ai fait. L’intrigue est très simple : un pays entier est frappé d’une épidémie de cécité. Le premier individu atteint perd la vue alors qu’il attend au feu rouge dans sa voiture. Puis le mal se répand, de manière contagieuse : tous les personnages que croisent l’aveugle le deviennent à leur tour, et cette réaction en chaîne fait qu’un nombre de plus important de citoyens deviennent aveugles. Le gouvernement décide dans un premier temps d’enfermer les aveugles dans un ancien hôpital psychiatrique, pour protéger les individus sains. On suit donc les tribulations de ces nouveaux aveugles, sans repères, dans un univers hostile, où les instincts les plus vils vont resurgir…

A partir de ce point de départ (l’aveuglement des citoyens d’un pays), Saramago parvient à traiter une multitude d’aspects liés à cette cécité, et à déborder ce simple problème de vision. La lâcheté des gouvernants est la première attitude qui saute aux yeux : on préfère sacrifier quelques aveugles et protéger la masse, plutôt qu’essayer de soigner les malades. Les aveugles eux-mêmes, qui ont tous un statut de victime, reproduisent le schéma qu’ils ont connu à l’extérieur : des meneurs, des dociles,… Un racket se met en place au sein de l’asile, qui ira jusqu’à des paiements en nature (ce qui donne lieu à des descriptions terribles). On ressent également la vulnérabilité de l’être humain vis-à-vis de son environnement : abandonné en pleine nature, comment peut-il faire pour trouver à manger, boire ou se laver ?

Toutes les scènes sont rapportées par la femme d’un ophtalmologiste, qui a la chance de ne pas perdre la vue quand tous les autres tombent malades. Et avec elle, on suit l’évolution de la maladie, tout en partageant sa crainte de devenir elle-même aveugle. Cette femme incarne à elle seule la volonté de ne pas se laisser dépasser par la situation : de peur d’être exploitée par les aveugles, elle garde pour elle (et son mari) le fait qu’elle voit. Elle fait tout ce qu’elle pour aider la communauté, mais est contrainte de se replier sur elle-même pour ne pas être submergée par les demandes des aveugles.

Ce livre est tout à fait palpitant, très bien écrit et confronte le lecteur à une situation totalement inédite. Il m’a questionné sur mon rapport au monde, et sur les capacités qu’a l’être humain à réagir à des situations imprévues. Car c’est l’une des forces de cet ouvrage : à partir d’un événement anormal, parvenir à présenter tous les aboutissants de cette nouvelle situation, sans laisser échapper le moindre détail. Par exemple, le narrateur présente à plusieurs reprises les difficultés des aveugles, difficultés auxquelles je n’avais souvent pas pensé, notamment celles liées à l’hygiène.

Au fait, je pense que je n’ai besoin de vous préciser que la mise en page n’est finalement pas du tout gênante, tant le roman est passionnant de bout en bout…

mercredi 13 août 2008

"La guerre des jours lointains" - Akira Yoshimura

Un livre peut en cacher un autre, par Zaph

Éléments biographiques :

Akira Yoshimura est Japonais.
Il écrit des livres en japonais.
Ses livres parlent principalement du Japon, mais aussi des Japonais.
On peut aussi dire "Yoshimura Akira", car les Japonais placent généralement le prénom après le nom.
Voilà ce que je sais de cet homme.

L'autre jour, dans une librairie, un livre de cet honorable auteur m'a tapé dans l'oeil. Et la quatrième de couverture m'a mis en appétit : elle sentait le riz cuit à la vapeur. Il s'agissait d'un recueil de nouvelles intitulé très poétiquement "Voyage vers les étoiles".

Moi, si j'écrivais un recueil de nouvelles, je l'intitulerais "Un recueil de nouvelles avec un titre complètement idiot". Ça donnerait des dialogues très savoureux :
- Qu'est-ce que tu lis ?
- Un recueil de nouvelles avec un titre complètement idiot.
- Ah ! Et c'est quoi, le titre ?

Pendant que j'y suis, je pourrais aussi choisir un pseudonyme dans le genre "Hennécry Vinconnu".

Vous voulez savoir ce que que disait la notice de "Voyage vers les étoiles", bande de petits curieux? Voici ce qu'elle disait :

"Dans les dédales d'un hôpital, un homme prélève des spécimens osseux sur les cadavres. Enfant, il observait déjà son beau-père qui, après les tremblements de terre, rôdait dans les décombres. La nuit, il sculptait en secret d'inquiétantes miniatures... Un jeune homme en partance pour l'université s'assied sur un banc. Dès lors il ne vivra plus jamais ce à quoi il était destiné. Un autre le rejoint bientôt et peu à peu l'entraîne vers l'univers du renoncement, celui de l'abandon. Ensemble, ils vont quitter Tokyo, suivre une route lointaine, atteindre la montagne et s'élancer enfin du haut de la falaise dans le grand bleu de la mer. A travers ces récits, Akira Yoshimura nous entraîne aux confins du monde. Mais la poésie de son écriture est d'une telle beauté que seule s'impose dans nos mémoires l'envoûtante singularité de son imaginaire."

Intrigant, non ?
Je n'ai pas acheté ce livre.

Par contre, j'ai noté les références. Plus tard, je suis allé à la bibliothèque dans l'espoir de l'emprunter. Évidemment, ils n'avaient pas ce livre-là, mais un autre du même auteur.
Quelles aventures inouïes nous réserve parfois la vie, n'est-ce pas?
N'écoutant que mon courage, j'ai donc emprunté "La guerre des jours lointains".

L'histoire se passe pendant l'occupation américaine du Japon. Les Américains recherchent (dans le but de les juger, mais surtout de les pendre) des soldats japonais coupables d'avoir exécuté des pilotes de bombardiers faits prisonniers.
Takuya fait partie de ces soldats, et décide donc de prendre la fuite pour échapper à la vengeance américaine.

C'est intéressant d'avoir une vision japonaise sur la fin de la guerre, thème manifestement très douloureux, peut-être même tabou au Japon (Haruki Murakami dit que la plupart des jeunes Japonais d'aujourd'hui ignore totalement que leur pays a été occupé par les Américains).

Takuya donc, est menacé d'être arrêté et jugé pour crime de guerre parce qu'il a exécuté un pilote prisonnier. Mais il ressent cela comme une formidable injustice, car car pour lui, ces pilotes qui ont déversé leurs bombes sur des villes et villages, tuant des milliers de victimes civiles innocentes, et qui ont été honorés dans leur pays pour ces faits d'armes, sont en fait les véritables criminels. Mais comme toujours, c'est le vainqueur qui dicte la justice.

Commence alors pour Takuya un périple à travers le Japon, à bord de trains ou ferries bondés. Il compte d'abord sur l'hospitalité de la famille et d'amis. Mais c'est difficile d'accueillir un fugitif, à plus forte raison quand la nourriture manque.
Alors que dans le pays, le temps de l'après guerre commence à s'installer, l'angoisse ne fait que croître pour Takuya, alimentée par la lecture de journaux relatant les procès pour crimes de guerre.

Si la notice de "Voyage vers les étoiles" vantait la poésie de l'écriture de Yoshimura, je ne l'ai pas vraiment trouvée dans ce livre, mais aurais-je apprécié la poésie dans un livre traitant de la guerre? Probablement pas. Ce livre-ci est intéressant et humain, c'est déjà pas mal.

mardi 12 août 2008

"Lâchons les chiens" - Brady Udall

On the road again, par Sandrounette

Brady Udall compte parmi les talents les plus prometteurs de la jeune génération d'écrivains américains. Toutes situées dans de petites villes dUtah et d'Arizona, ses nouvelles teintées d'humour noir composent une oeuvre puissante - de celles qui éclairent des existences généralement délaissées. Leurs personnages s'y sentent souvent seuls, frustrés ou bien trahis par la vie et ils s'avèrent incapables de résoudre leurs problèmes. Mais même lorsque le désastre menace, le sens du comique de Brady Udall jaillit et les soutient dans leurs efforts parfois extravagants pour ne pas perdre pied.
Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’éditeur.. Mais je suis tout à fait d’accord !

Beaucoup de drôlerie dans ce recueil de 11 nouvelles, aussi loufoques les unes que les autres. L'art d'écrire des nouvelles peut être un exercice difficile. Mais l'auteur arrive à croquer ses personnages en quelques lignes. Que ce soit l'ex-mari venu apporter une chèvre à son fils, le papi indien qui part à la chasse au serpent, ou la femme anéantie par la folie de son compagnon, Brady Udall ne porte aucun jugement, et laisse la liberté au lecteur d'inventer la fin. Et oui! Toutes ses nouvelles se terminent par une ouverture. A nous d'en écrire la suite ou la fin.

Si je devais en choisir une, je prendrais "Buckeye le Mormon" dont voici l'incipit:

"Voici ce que j'ai appris sur Buckeye quelques minutes avant qu'il me casse la clavicule : il a vingt-cinq ans, il est amoureux de ma sœur, il est natif du Wisconsin et c'est donc un Badger."

Un excellent moment de lecture qui dépayse.

lundi 11 août 2008

"Oscar et la dame rose" - Eric-Emmanuel Schmitt

En creux, par Lhisbei

Oscar, 10 ans, est hospitalisé. Victime d’une leucémie il vient de subir une greffe de moelle osseuse qui ne donne pas les résultats attendus. Oscar est donc condamné dans un avenir plutôt proche. Mamie Rose, bénévole dans cet hôpital pour enfants malades, lui conseille d’écrire chaque jour une lettre à Dieu pour soulager son cœur. Elle lui propose aussi un jeu : faire comme si chaque journée valait 10 ans pour qu’Oscar puisse grandir à sa façon.

Dans ses lettres, Oscar raconte ses journées, parle des adultes qui l’entourent, de la vie, de la mort, de la souffrance et développe une vraie philosophie de la vie. Pour un petit garçon de 10 ans c’est très fort. C’est d’ailleurs le reproche que j’ai envie de faire à ce livre : confisquer la vie d’un petit garçon de 10 ans mourant et en faire le porte-parole d’une philosophie et même d’une foi puisqu’il est question ici d’un dialogue avec Dieu. Ce n’est pas la voix d’Oscar que nous entendons mais celle de l’auteur. Vous allez me dire que dans ce type de roman ce procédé est des plus classiques. Oui mais il est parfois mis en œuvre avec plus de subtilité. Alors bien sûr ce court livre est rempli de sagesse, de tendresse, d’amour, d’humilité. Bien sûr il est écrit joliment avec des passages bourrés d’un humour décapant et le lecteur passe du rire aux larmes. Bien sûr cette fable donne une belle envie de vivre mais comment dire ? Je trouve que l’auteur enfonce des portes déjà bien ouvertes et que ce conte philosophique n’apporte rien de nouveau. Et Eric Emmanuel Schmitt m’avait habitué à plus de profondeur.

Une phrase d’Oscar pour terminer : « Si je m'intéresse à ce que pensent les cons, je n'aurai plus de temps pour ce que pensent les gens intelligents. »

dimanche 10 août 2008

"L'archipel du goulag" - Alexandre Soljenitsyne

Un enfer bien documenté, par Thom

Publié en 1973, « L'Archipel du Goulag » a en fait été terminé aux alentours de 1968 (à peu près en même temps que « Le premier cercle », donc), mais pour des raisons personnelles et morales l'auteur va d'abord destiner son énorme manuscrit à un vieux tiroir. Son idée était de ne publier ce livre, qui contient un nombre considérable de témoignages de prisonniers des goulags, uniquement une fois tous les protagonistes morts. Mais il semble que l'histoire en ait décidé autrement :

…à présent que la Sécurité d'Etat s'est emparée de ce livre, il ne me reste rien d'autre à faire que de le publier sans délai.

« L'Archipel du Goulag », donc, n'est pas un roman. Soljénitstyne reste Soljénitsyne, à savoir un écrivain au style surpuissant, mais en l'occurrence la structure du récit n'est pas vraiment narrative et d'ailleurs, le texte est sous-titré : essai d'investigation littéraire.

Une formule qui, pour n'en être pas moins un peu abscons de prime abord, se révèle parfaitement adéquate : les deux tomes de cette œuvre considérable sont en effet bâtis sur le mode du reportage, voir même du documentaire. Et l'auteur d'alterner ses propres souvenirs du goulag avec ceux de 227 autres détenus qui ont accepté de témoigner devant lui sous couvert d'anonymat.

Ainsi donc, durant prêt de neuf cent pages, Soljénitsyne s'applique à démanteler avec une minutie presque effrayante le fonctionnement d'un régime concentrationnaire d'une rare barbarie. Pas de complaisance, mais un souci du détail qui confine à l'horreur, avec, comme dans ses romans (mais avec autrement plus de force), une mise en parallèle permanente de la chaleur humaine entre les prisonniers face à la froideur mécanique d'un système institué et dirigé comme une administration.

Le constat est redoutable, mais le plus effrayant n'est pas là. Le plus effrayant, c'est que ces livres sont sortis en France en 1974. Durant combien d'années encore par la suite le régime soviétique a t'il continué à être cautionné par nombre de responsables politiques et nombre d'intellectuels ? On en ressort absolument sidéré.

Il s'agit bien sûr d'un exercice totalement différent de ceux auxquels l'auteur s'est livré au long de ses romans. On ne vibre pas autant à la lecture de « L'Archipel du Goulag » (ou en tout cas on ne vibre pas de la même manière), car ce n'est tout simplement pas le propos. Mais on apprend infiniment plus de choses…


samedi 9 août 2008

"XIII" - William Vance

Blake et Mortimer contre XIII, par Ananke

Allez hop, je me lance dans une lecture comparée de la série XIII et de Blake et Mortimer au Pôle, autrement dit « Les sarcophages du 6ème continent ». Je vous rassure tout de suite, je ne tiendrai pas la promesse universitaire de ma phrase d’intro. Je ne connais rien en littérature comparée et je me bornerai donc à indiquer les forces et les faiblesses de ces deux séries, de mon point de vue, me servant de l’une pour mettre en exergue les qualités et les défauts de l’autre.

Premier mauvais point pour la série XIII, constituée de 18 albums (mais qu’on peut se procurer en albums doubles, par exemple chez France Loisir) : la succession des épisodes ne figure nulle part. C'est-à-dire que dans l’hypothèse ou on vous en offrirait un, impossible de savoir où il se place dans la série, sauf à vous résoudre comme moi à taper la liste à partir d’éléments trouvés sur Google et à te me la coller dans chacun des albums. Vous me direz, si chacun des albums constitue un tout et peut se lire indépendamment, en s’en contreficherait, et je vous remercie de m’offrir cette transition facile parce que non. Les 18 épisodes se suivent, selon un scénario d’une complexité telle qu’il y a de bonne chance que vous ratiez une bonne moitié de l’histoire si vous n’en connaissez pas les tenants (pour les aboutissants, vous n’êtes pas sensés les connaître à la première lecture.)

C’est donc bien par son scénario complexe, ramifié, à la limite du tirage de cheveux que tient la série XIII. Disons qu’en gros tout ça se passe de nos jours, aux USA, et qu’il y est fortement question de l’assassinat d’un jeune président charismatique puis de son frère. Le personnage principal XIII, est impliqué jusqu’au cou dans cette conspiration, mais ne le sait pas puisqu’une blessure à la tête l’a rendu amnésique. Le ressort dramatique principal réside dans la quête de son passé, qui le rapprochera des douze autres personnages clé de cette conspiration, mais qui eux cherchent à l’éliminer. Un point faible de cette histoire réside dans le personnage principal lui-même, finalement pas très sympathique, voire un chouia agaçant dans son empressement à se jeter dans la gueule du loup. En revanche, on a là une très belle série de personnages secondaires féminins très réussis, qui ont manifestement boosté l’imagination du scénariste. Et pas que. Bref, cette histoire, particulièrment hirsute, est tout à fait palpitante.

Par comparaison, c’est bien par son scénario que pêche « Les sarcophages du 6ème continent ». Scénario pourtant moins compliqué, au contexte finalement moins contraignant puisqu’il fait appel ça et là a un zeste de science-fiction, mais qui ne tient pas. Blake et Mortimer se trouvent en butte avec la supposée réincarnation d’un empereur d’Inde, ayant grâce au KGB les moyens scientifiques d’expédier des avatars humains électriques pour saboter l’exposition universelle de 1958 à Bruxelle. On s’apercevra que l’empereur n’est autre que… Ah ben non, ça je ne peux pas vous le dire, et qu’il poursuit une vengeance personnelle contre Mortimer parce que… Zut, je ne peux pas vous le dire non plus. Bon, vous voyez ? Même résumé comme ça, c’est chiant.

Mais comme il ne vous aura pas échappé que dans « bande dessinée » il y a « dessinée », c’est bien sur le terrain du dessin qu’il me faut comparer maintenant les deux séries. Mauvais point pour XIII. Ici, le dessin a des prétentions réalistes et rendons cette justice à W. Vance en constatant que pour tout ce qui concerne les décors, c’est du bon boulot. Les ennuis commencent avec les personnages. Disons pour faire court que tous ceux qui ont plus de quarante ans sont caricaturaux, à une ou deux exceptions près, mais qu’on ne trouvera que chez les « gentils ». Plus embêtant : tous les personnages féminins dans la tranche 20-40 ont exactement le même visage, gentilles ou pas, y’a que la coiffure qui change (et la couleur de la peau pour « la » major Jones). Dans une moindre mesure, le même problème se pose pour les personnages masculins de la même tranche d’âge. Tout ça donne quand même l’impression de temps en temps qu’en gros, le dessinateur ne s’est pas trop foulé. Rien de tel dans les sarcophages. On sait que les personnages de Blake et Mortimer ne sont bien sûr plus dessiné par leur créateur. Tout ça sort maintenant du studio Jacobs sous le pinceau d’A. Juillard succédant à T. Benoit (qui succédait à E.P. Jacobs). On a tous dans l’œil ce dessin si particulier : le trait fort sans hachure, la couleur traitée en à plat, avec des teintes volontiers saturées qui, joint à la quasi absence d’ombre, fait entièrement reposer l’expressions des volumes sur la perspective et le trait. A l’arrivée, c’est magnifique. Tellement, que je me suis surpris à laisser tomber la lecture pour juste regarder les images, surtout celles pleines de beaux avions et de beaux bateaux.

Tout ça ne vous empêchera pas j’espère de lire l’une ou l’autre série. Mais puisque vous me demandez – mais si, mais si – des exemples de séries qui allient la réussite du dessin ET du scénario, disons les deux premiers albums de Cyann : La sOurce et la sOnde, Deux saisons sur ilO ou le début de la série Aquablue, et n’en parlons plus.

vendredi 8 août 2008

"La passion des femmes" - Sébastien Japrisot

Un puzzle un peu plat, par Lily

Construit de manière assez particulière, "La Passion des femmes" ressemble beaucoup plus à un scénario dans lequel l'auteur aurait étoffé la narration qu'à un roman tel qu'on peut se l'imaginer.
On voit d'abord un jeune homme se faire assassiner sur une plage. Puis on retrouve ce même jeune homme, tout au long du livre, par flashbacks. Son portrait nous est fait en creux par huit femmes qui ont partagé sa vie à un moment ou un autre. La forme adoptée semble donc être celle d'un puzzle qui s'emboite peu à peu et de ce point de vue le livre est très réussi.

Malheureusement j'ai été assez peu convaincue par le fond du livre, et plus spécialement par toutes ces femmes trop caricaturales pour être crédibles. Contrairement à ce que pourrait laisser penser un titre ambigu, Sébastien Japrisot n'a pas écrit une déclaration d'amour à la gent féminine. La passion du titre est celle que ces femmes ressentent toutes pour le héros. Des femmes qui sont à moitié folles, ou bien hypersensibles, ou bien stupides...aucune ne se détache du lot et aucune n'inspire la sympathie. Ce ne sont pas des personnages mais des stéréotypes. Je ne doute pas que ce soit volontaire, et d'ailleurs ces stéréotypes sont très bien mis en scène et décrits.

Mais l'auteur donne quand même une bien piètre image de la femme dans ce roman...

jeudi 7 août 2008

"Nana" - Emile Zola

I can't give you anything but love par Zaph

Dès le premier chapitre de ce livre, je me suis immédiatement retrouvé plongé dans... Balzac !
En effet, le dernier roman de Balzac que j'ai lu est "Splendeur et misère des courtisanes", et forcément, Zola doit avoir été influencé par ce livre. Je dirais même qu'il revendique cette influence, car il y a trop de parallèles, dans les situations, dans l'intrigue, chez les personnages, pour que cela soit un simple fruit du hasard.
Les deux livres commencent d'ailleurs de la même manière: par la description d'une soirée à l'Opéra pour Balzac, et par la description d'une soirée au Théâtre des Variétés pour Zola.

Celui-ci se place donc d'entrée de jeu sur le même plan que son illustre prédécesseur, et tient à nous le faire savoir, comme s'il s'était amusé à écrire une variation sur le même thème.
Maintenant, je regrette de ne pas avoir lu les deux livres à la suite, tellement cette impression me chipote. Je suppose que c'est un parallèle qui a du être fait des milliers de fois. Peut-être même que Zola s'est expliqué sur la chose, je n'en sais rien, et je suis preneur de toute information ou avis.

Mais qu'est-ce qui lui a pris, à Zola, de s'attaquer au Gargantua de l'écriture ?
Péché d'orgueil ?
Ou bien a-t'il voulu montrer qu'en quelques dizaines d'années, la société n'a pas vraiment évolué sur le plan de la débauche ?

Ceci dit, il y a des grands auteurs que je respecte énormément, que j'admire, même, mais qui me laissent relativement froid. Et comme par hasard, ces deux-là sont du nombre.

Ici aussi, j'ai trouvé les personnages froids, peu crédibles. Nana ressemble plus à un concept, à une idée poussée à outrance qu'à un vrai personnage. Comment devient-elle la coqueluche de tout Paris et comment peut-elle causer une telle ruine ?

Ce livre à bien sûr fait scandale lors de sa parution, et en effet, il diffuse bien quelque chose d'obscène, mais ce n'est pas le sexe. C'est l'avilissement des autres, et encore plus celui de soi-même.

Une lecture qui m'a beaucoup plu, mais qui est restée du début à la fin dans l'ombre du géant, je le crains. Le livre de Balzac me semble d'une portée plus grande, et d'un style plus puissant.

"Elle avait lu dans la journée un roman qui faisait grand bruit, l'histoire d'une fille ; et elle se révoltait, elle disait que tout cela était faux, témoignant d'ailleurs une répugnance indignée contre cette littérature immonde, dont la prétention était de rendre la nature ; comme si l'on pouvait tout montrer ! comme si un roman ne devait pas être écrit pour passer une heure agréable ! En matière de livres et de drames, Nana avait des opinions très arrêtées"

mercredi 6 août 2008

"Le livre du voyage" - Bernard Werber

Envole-moi par Sandrounette

Comment choisir un livre dans une librairie au milieu de tous ces livres qui ne demandent qu'à être lu ? Quel dilemme.
C'est d'abord la couverture qui appelle. Il le faut pour prendre le livre en main, le retourner et lire la quatrième de couverture, voire le feuilleter.
En ce qui concerne ce "Livre du voyage", le tableau de René Magritte en première de couverture m'a interpellée, puis le titre (oui je veux voyager!) et alors une fois lue la quatrième, je n'ai pas pu résister à la pulsion lectrissimesque... Jugez plutôt :

"Ah, enfin tu me prends dans tes mains! Ah, enfin tu lis ma quatrième de couverture! Tu ne peux pas savoir comme j'attendais cet instant. J'avais si peur que tu passes sans me voir. J'avais si peur que tu rates cette expérience que nous ne pouvons vivre qu'ensemble. Toi lecteur, humain, vivant. Et moi le livre, l'objet, inerte, mais qui peux te faire décoller pour le grand, le plus simple, le plus extraordinaire des voyages."

Comment passer à côté d’un livre qui nous parle à nous, lecteur ! Je suis faible, je sais. Je me laisse attendrir par un morceau de papier. Mais on en est tous là, non ?

Nous voilà embarqué dans un voyage que je ne peux pas décrire. Il faut le vivre. Le vivre en compagnie du livre lui-même qui nous donne ses directives pour pouvoir nous envoler. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager un petit passage mais un tout petit, pour vous inciter à adopter ce livre-là :

« Tu ne comprends pas pourquoi je te montre tout ça ? Pour te faire comprendre que ce voyage est quelque chose que tous les hommes recherchent depuis la nuit des temps. Et que les mêmes moyens drogue, religion, technologie de pointe, selon la manière dont on les utilise, peuvent s’avérer bénéfiques ou maléfiques. Ying, Yang. Magie blanche, magie noire. Ma particularité est de ne rien demander en retour. Seulement un peu de ton temps et de ton intention. Cela semble déjà beaucoup »

Si vous avez une petite heure à consacrer à cet ami, ne vous privez pas, vous allez vibrer !