mardi 13 janvier 2009

"These thirteen" - William Faulkner

A boire, à manger, et le loyer payé, par Thom

Treize nouvelles de Faulkner, plutôt difficiles à dater. Je dirais qu'elles ont été écrites à ses tous débuts, peut être même avant "Soldier's pay"...

Si Faulkner avait sans doute déjà en tête le Comté de Yopnapatawpha, je ne crois pas en revanche qu'il avait déjà prévu que certains de ses personnages hanteraient son oeuvre jusqu'à sa mort. C'est le cas, par exemple, de Miss Emily et du Colonel Sartoris (Cf son second roman, "Sartoris") dans "A rose for Emily", nouvelle montrant l'auteur sous un jour innattendu - une authentique histoire d'amour, pleine de tendresse et de délicatesse.

Mais la nouvelle la plus fantastique du recueil demeure tout de même "Dry september". Une nouvelle ? Pas vraiment en fait. Il faut bien garder à l'esprit qu'à cette époque de sa vie, Faulkner nourrit encore l'espoir d'être un grand poète. C'était d'ailleurs sa vocation première, mais ses éditeurs successifs dans un premier temps, puis les critiques dans un second, ont fini par totalement le décourager de publier ni même d'écrire de la poésie (et sans doute à raison, vu la médiocrité de ses vers). Alors Faulkner s'est lentement métamorphosé en une sorte de "poète du roman / de la nouvelle".

"Dry september" est l'accomplissement de cet objectif...on y parle d'amour, de mort et de racisme, comme dans beaucoup d'autres textes de l'auteur, mais ici le fond est relégué au second plan. Seul compte le texte, les phrases, les mots...Faulkner pourrait bien nous recopier l'annuaire, on serait quand même touché !

C'est à la fois un texte merveilleux et catastrophique, car il est tellement au dessus des autres qu'il plombe complètement le recueil. Difficile d'enchaîner "Dry september" et le poussif "Mistral" (je ne parle même pas des deux dernières nouvelles, totalement ennuyeuses). C'est dans doute pour cela qu'on trouve un nombre incalculable d'éditions de la seule "DS".

Pour résumer, comme dans tout recueil de nouvelles, on trouve ici à boire et à manger. En l'occurrence, deux textes d'une force incroyable, "A rose for Emily" et "Dry september" (auxquels j'ajouterai "Victory", ouverture grandiose et délicieusement bizarre), quelques récits sympas quoique dispensables ("Red leaves", "That Evenning Sun") , et beaucoup de déchet (mais bon...il faut se souvenir que le début des années trente fut une période difficile pour Faulkner, qui écrivit alors beaucoup de textes sur commande dans le but avoué de payer son loyer).

lundi 12 janvier 2009

"Les Claudine" - Colette


Douce impertinence par Sandrine

D'abord l'histoire de la naissance de ces livres: Colette, jeune épouse oisive de Willy, qui jette sur les conseils de son mari ses souvenirs d'enfance sur papier. Cela donnera un volume de + de 500 pages. Ignorées un temps par Willy, il les relira deux ans plus tard et reniflera la mine d'or.
A compter de ce jour, il fit travailler Colette, tout comme d'autres nègres, coupant et ajustant ses manuscrits. Leur "collaboration" durera 6 livres, les 4 "Claudine" et les 2 "Minne" (ceux là repris et retravaillé par la suite par Colette seule dans un seul volume "L'ingénue libertine").
Après avoir quitté Willy, Colette écrira l'ultime Claudine "La retraite sentimentale".


"Claudine à l'école" relate l'année des quinze ans de Claudine. Elle est à l'école de Montigny, petite ville campagnarde, prépare son brevet, persifle avec ses amies, observe ses institutrices s'aimer jalousement. Impertinente et sauvage, Claudine nous charme malgré cette écriture quelque peu désuète parfois.
Au début de "Claudine à Paris", le père de Claudine décide sur un coup de tête de partir à Paris, pour pouvoir travailler plus sérieusement à son traité sur les limaces. Mais il manque à Paris, ces grandes étendues vertes et rocheuses qu'il y avait à Montigny et Claudine s'étiole dans la grise et irrespirable ville. Elle y rencontrera Marcel, garçon-fille et le père de celui-ci, Renaud. Et tombera amoureuse...
"Claudine en ménage" nous conte l'après lune de miel de Claudine et Renaud, et l'attrait que Claudine éprouvera pour Rézi, jeune femme aguichante mais dangereuse.
"Claudine s'en va" est en fait le journal d'Annie, nouveau personnage, fade et timide, qui doit apprendre à vivre durant les quelques mois du voyage d'affaire de son mari, autoritaire, presque tyrannique, qui lui dit quoi dire, quoi penser, qui fréquenter, comment s'habiller... Elle rencontrera le couple Claudine-Renaud malgré les recommandations de son mari.
Et ce quatrième volume est le plus interessant. En effet, Colette se détache à ce moment de Willy, et on peut faire un rapprochement entre elle et cette Annie si soumise. Elle parle à son personnage Claudine, compare son couple à celui de son héroïne, accepte le fait que Willy ne sera jamais un Renaud et qu'elle ne vis pas l'amour que vit Claudine (sinon par projection). Claudine lui explique que sans amour, un couple n'est rien et lui conseille de partir. De ne pas hésiter à porter les torts, à jouir de cette liberté à laquelle Annie/Colette à droit.
Colette et Claudine se séparent et partent vivre chacune leur vie. Celle de Claudine continuera dans "La retraite sentimentale", Colette quittera Willy et commencera des années dures mais elle sera libre.
"La retraite sentimentale" est la dernière «aventure» de Claudine. Elle a 27 ans et s'est réfugiée chez son amie Annie, le temps pour Renaud de se soigner au loin dans un sanatorium. Elles parlent amour, désir, sexe. Aucunement sur la même longueur d'ondes, elles se choquent et tentent de faire comprendre à l'autre leurs vérités sur ces sujets «brûlants» (pour l'époque en tout cas)...

On quitte, pour de bon, Claudine et son amour, ses bêtes et ses impertinences, sur une dernière vue de Montigny, avec un petit pincement au coeur, comme on laisserait une amie.
Une jolie écriture, un peu passée, clairement désuète dans le premier volume mais berçante comme si l'auteur nous chuchotait au creux de l'oreille l'histoire que nous sommes en train de lire...

La série des Claudine:
Claudine à l'école
Claudine à Paris
Claudine en ménage
Claudine s'en va (journal d'Annie)
La retraite sentimentale

dimanche 11 janvier 2009

"La vague" - Todd Strasser

Eventuellement pour une piqûre de rappel, par Ingannmic


« La vague » est le récit d’une expérience réelle que mena le professeur d’histoire d’un lycée américain dans les années 70. Cette expérience fait suite au visionnage par ses élèves d’un documentaire sur les camps de concentration, et motivée par leur incompréhension face au silence, voire la coopération du peuple allemand. Afin de leur démontrer que rares sont ceux qui peuvent se targuer de conserver leur libre arbitre en toute circonstance, il instaure des règles disciplinaires de plus en plus strictes, et un mouvement se crée : La Vague, dont l’ampleur et l’implication des membres dépasse rapidement ce à quoi s’attendait le professeur.
D’un point de vue littéraire, ce roman ne m’a pas apporté grand-chose. Il est écrit très simplement, sans originalité ni qualité particulière.De même, j’ai été déçue par la rapidité et la superficialité avec lesquelles le sujet est traité. J’attendais une analyse plus approfondie de cette expérience, notamment concernant les mécanismes qui poussent les peuples à faire taire leur conscience, et ceux qui en amènent certains à basculer dans la haine et la violence vis-à-vis de leurs semblables. D’autant que ce qu’il est intéressant de constater, à l’issue de ladite expérience, c’est qu’il n’est pas indispensable de vivre dans des conditions socio économiques difficiles pour se laisser influencer par l’endoctrinement. Serait-ce tout simplement une des composantes de la nature humaine ?

A lire éventuellement lorsque l’on a besoin de se rappeler qu’il faut toujours rester vigilant face à l’autoritarisme, et à la trop grande influence dont paraissent bénéficier certains leaders…

samedi 10 janvier 2009

"Descente aux enfers" - David Goodis


Tu peux pas descendre plus bas
, par Zaph


(Titre original : The wounded and the slain)

Bevan, et sa charmante épouse Cora, sont descendus (j'allais dire aux enfers mais non) dans un luxueux hôtel de Kingston pour permettre à Bevan de se refaire une santé après une mauvaise passe.
Du moins, c'est la version officielle. En réalité, on se rend vite compte que ce couple est sur le point d'exploser et cet environnement jamaïcain va lui en fournir toutes les occasions.
Cora semble vouloir continuer à y croire malgré tout, Bevan, par contre, recherche une forme de suicide, par le rhum, ou en s'exposant aux risques des quartiers les plus violents.

Ça, c'est clair que c'est du roman noir. Tout est noir. Le décor, les personnages, l'histoire, le cadre.
Trop noir, même. C'est presque excessif, ce qui serait le petit bémol que je mettrais à ce roman.
Bon, il y a peut-être une toute petite lueur à la fin, mais à part ça, les personnages rament péniblement à contre-courant de leur existence.
Il y a de la tragédie. Un peu comme si avec les cartes reçues d'entrée de jeu, on ne pouvait pas espérer une partie bien différente.
Un enchaînement implacable de circonstances. Les personnages sentent que leurs actions vont les mener vers un dénouement terrible, mais assument leur destin, ne voient pas les sorties de secours qui se présentent à gauche ou à droite.

Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que je m'attendais à un polar, mais qu'il n'y a pratiquement pas d'enquête policière.
Il y a des policiers, mais si peu dans le coup que non contents d'avoir arrêté un faux coupable, ils refusent de croire la confession du vrai meurtrier, qui -comble de l'ironie, devra risquer sa peau pour prouver sa propre culpabilité !
Bref, même l'humour est noir dans ce roman.

vendredi 9 janvier 2009

"Mendiants et orgueilleux" - Albert Cossery


Pour vivre bien, vivons sans rien par Livrovore

J'ai découvert Albert Cossery avec ce roman, qui est le premier dans ses "Oeuvres complètes I" que l'on m'a offert. Inculte que je suis, je n'avais jamais entendu parler de cet écrivain égyptien (de langue française), né au Caire en 1913 et mort dernièrement.


Etrange histoire, qui nous présente des personnages tous singuliers et hauts en couleurs. Gohar a décidé un jour de vivre sans rien. Il vit dans une chambre minable, dort sur des journaux, se fait payer sa drogue et le thé par ses amis. L'un de ceux-ci, son fournisseur de drogue, se nomme Yéghen. Il est laid, n'a pas de logement, passe sa vie à dormir et se dit poète. Il y a aussi le voisin de Gohar, un homme-tronc, et puis un fonctionnaire de l'Etat rêveur amoureux d'une prostituée malade...
Chaque personnage pourrait représenter le malheur, la pauvreté, l'horreur. Mais Albert Cossery nous les présente au contraire comme joyeux, ils ont choisi de vivre de cette façon et s'en contentent parfaitement. Il y a un crime et cela ne préoccupe pas grand monde, pas même le tueur. A part le policier chargé de l'enquête qui n'y comprend rien à ce meurtre sans mobile, et qui préférerait être avec son jeune amant.


Cossery aime à démontrer que l'on peut vivre heureux dans la pauvreté, en se fermant hermétiquement au monde bien rangé et régenté par le pouvoir, en refusant de se soumettre aux règles de la société. Caricatural, il va dans les extrêmes mais emmène à la réflexion sur le sens de la vie et les choix de ce que l'on en fait.
Parfois humoristique, grinçant, étonnant, dans une écriture agréable et fluide, Cossery a réussi à me captiver et je vais donc continuer la lecture de ses "Oeuvres complètes".


"Mendiants et orgueilleux" a été adapté en BD chez Casterman (dessinateur : Golo), et au cinéma par Asma El-Bakri en 1991, toujours sous le même titre.

jeudi 8 janvier 2009

"L'Ensorcelée" - Jules Barbey d'Aurevilly

Sur la lande abandonnés..., par Yohan


Lors de la traversée de la lande de Lessay, dans le Cotentin, Maître Tainnebouy, herbarger, voyage en compagnie d’un homme qui ne connaît pas les lieux. Dans cet endroit où la nature est hostile, entre brumes et marécages, les deux voyageurs entendent une cloche sonner, alors qu’il n’y a aucun bâtiment aux alentours. Maitre Tainnebouy raconte alors à son accompagnateur étonné l’origine ce bruit à son compagnon : c’est ainsi qu’on découvre l’histoire de Jeanne Le Hardouey et de l’abbé de la Croix-Jugan.

Moine à l’abbaye de Blanchelande, Jéhoel de la Croix-Jugan s’est engagé dans la Chouannerie. Face à la défaite des siens, il décide de se donner la mort, mais le coup de feu n’est pas mortel. Retrouvé dans un fossé, il est recueilli par une paysanne qui le soigne. Mais les Bleus, ennemis de Chouans, découvre le blessé, et pour le punir, lui arrache sauvagement tous ses bandages : La Croix-Jugan survit, mais il est défiguré.

Quelques années plus tard, Jéhoel de la Croix-Jugan revient dans l’abbaye d’où il est parti mais reste encapuchonné pour cacher sa défiguration. Et c’est lors d’une ces messes auxquelles elle assiste que Jeanne Le Hardouey va se prendre de compassion et d’amitié pour l’abbé. Elle apprend l’histoire de cet homme, qui va lui faire oublier son mari, son ménage, au point que les villageois vont la croire ensorcelée par cet abbé revenu des Enfers…

Voici un roman que j’ai lu il y a quelques années, et dans lequel je me suis replongé avec plaisir. J’en avais gardé le souvenir de cette lande inhospitalière, brumeuse, où se mêle les combats religieux et le fantastique dans ce personnage de l’abbé de la Croix-Jugan. J’y ai retrouvé tous ces aspects, et mon esprit, plus que par l’intrigue en elle-même, a été attiré par tous les aspects un peu secondaires au récit.

On retrouve ainsi dans ce roman un élément qui me parait assez caractéristique des romans du XIXe Siècle, la prise de position de l’auteur par l’intermédiaire de son narrateur. Ainsi, en plusieurs épisodes du récit, le narrateur nous fait part de son aversion pour le monde moderne, pour les machines, pour le progrès, opinions qui sont très proches de celles de l’auteur. De même, la narration prend clairement la défense de Chouans, ces paysans de l’Ouest qui se sont révoltés pour défendre la religion catholique. A travers ces différents aspects, on plonge dans un roman qui nous montre les débats qui avaient lieu au milieu du XIXe dans le milieu intellectuel français.

Si je ne partage pas les opinions politiques du conservateur Barbey d’Aurevilly (qui avait des positions très différentes en matière de littérature, puisqu’il a notamment défendu Flaubert ou Baudelaire), la lecture de l’Ensorcelée m’a une nouvelle plu par ce mélange de réalité historique et de fantastique, instillé de manière assez subtile dans le roman. C’est un joli roman à découvrir, avec un style parfois un peu daté, mais qui se lit avec un grand plaisir.
...

mercredi 7 janvier 2009

"Corpus Christine" - Max Monnehay

Émétique par Lhisbei

La troisième phrase de la première page débute comme ça : « Après élaboration d'une stratégie et mise en place des dispositifs adéquats, j’observais une phase de concentration [...] ». Un instant j'ai cru être tombée dans une faille spatio-temporelle qui m'aurait ramené au boulot ! De peur j'ai failli refermer le livre… mais je me suis retenue et me suis plongée dans les 226 pages de souffrance et de sadisme d’un couple qui s’aime et se hait.

Trois heures et quelques envies de vomir plus tard, j’émergeais, un peu hébétée, de ma lecture. Le narrateur est un homme incapable de se tenir debout qui se fait séquestrer par sa femme. Lentement elle le laisse mourir de faim et le torture moralement. Il se confie à nous par écrit (dans ce qui ressemble vaguement et de loin à un journal intime). On a donc droit à un monologue glauque, avec des retours fréquents dans le passé et la sordide description de la détérioration de son état physique. Les personnages principaux (tous les 2 sont à la fois bourreaux et victimes) sont tordus mais le livre, lui, tient à peu près la route. Le style est incisif, porté par de courts chapitres et teinté d’un humour grinçant. Une chose m’a agacée : les fréquentes interpellations du lecteur par le narrateur et les digressions inutiles que ça entraîne.

On compare Max Monnehay à Amélie Nothomb. L’analogie est-elle fondée ? Je n’en sais rien je n’ai lu que « Stupeur et tremblements » (et je n’ai pas vraiment aimé). Ce que je sais en revanche c’est que de Max Monnehay je ne lirai que « Corpus Christine ». Au final il ne me reste de cette lecture qu’une vague nausée et l'envie de ne surtout pas poursuivre avec cet auteur. Je n'ai accroché ni sur le fond ni sur la forme.

« Corpus Christine » a reçu le Prix du Premier Roman en 2006.

mardi 6 janvier 2009

"Nouvelles histoires extraordinaires" - Edgar Poe

Humour vert, par Ingannmic

Lire les « Nouvelles histoires extraordinaires » après les « Histoires extraordinaires », a été pour moi comme de déguster un plat succulent après un appétissant hors d’œuvre…L’ambiance à la fois fantastique et morbide que j’ai appréciée dans des nouvelles comme « Ligeia » et « Morella » est ici quasiment omniprésente, du « Chat noir » à « La chute de la maison Usher », en passant par « Le cœur révélateur », « Bérénice » ou « William Wilson ». Poe y instille en plus l’expression d’une folie des plus effrayantes, celle qui pousse les individus à accomplir malgré eux des actes insensés et nuisibles, comme de commettre un meurtre, puis de se dénoncer, ou de profaner une tombe pour en mutiler le cadavre…

Serait-ce révélateur d’une angoisse de l’auteur ? Question que l’on pourrait se poser également en ce qui concerne le fait d’être enterré vivant, thème qui revient dans 3 des récits (« La maison Usher », « La barrique d’amontillado » et « Le puits et la pendule »).
En tout cas, il excelle dans ce domaine du macabre surnaturel, notamment par ses descriptions : les décors de ses histoires sont baroques à souhait, les lieux choisis pour inspirer l’angoisse (caves, catacombes,…).

Mais j’ai découvert en plus dans ces « Nouvelles histoires » une autre facette du talent de Poe : l’humour –même si, j’en conviens, il n’a pas vraiment un physique de joyeux drille ! C’est vrai que « Le canard au ballon » par exemple (cf. « Histoires extraordinaires ») prouvait déjà que nous avions affaire à un farceur…il fait preuve ici d’un sens du burlesque mortel –dans tous les sens du terme-, mettant en scène des cadavres complètement loufoques ou une vengeance qui tourne à un assassinat multiple (« Le roi peste » et « Hop Frog ») mais s’essaie aussi à l’art de la satire, se moquant de ses adversaires politiques que sont les démocrates (« Le diable dans le beffroi ») et fustigeant le sacro saint progrès, qu’il oppose à la poésie dont il est un ardent défenseur (« Colloque entre Monos et Una », « Dialogue avec une momie »). Il va jusqu’à écrire que « la science est un mal » et que « le progrès détruit la nature ». Alors…
Poe précurseur du roman policier ET de la défense de l’environnement ?!

lundi 5 janvier 2009

"Cet amour-là" - Yann Andréa


Il n'y a rien à dire, il n'y a rien à faire...
par Sandrounette


L'auteur rencontre Marguerite Duras alors qu'il est encore étudiant. Il la rencontre d'abord dans ses livres: "Les petits chevaux de Tarquinia" est un coup de foudre littéraire pour lui. Il dévore ensuite les différents livres dont "India song". C'est à la suite de cette lecture qu'il se décide à écrire des lettres à son idole. Des lettres sages tout d'abord qui deviendront de plus en plus consumées par une grande passion. Cependant, ses lettres restent sans réponse... Jusqu'au jour où il se rend à Trouville, où il sait qu'elle se trouve pour la rencontrer. S'en suivront seize années de vie commune, jusqu'à la mort de Duras, entre coups de coeur et coup de gueule.

Comment vous dire? Je n'ai absolument pas accroché à ce livre. Je l'ai entamé il y a au moins six mois et, je l'avoue, je n'ai pas pu en venir à bout. Je n'ai pas aimé le fond et la forme, même s'il s'agit d'un récit autobiographique. Il y a quelque chose de glauque dans cette relation qui ne m'a pas donné envie d'en savoir davantage... Pourquoi s'embêter avec ce genre de livre alors qu'il y a tant de merveilles à découvrir?

A noter l'adaptation cinématographique de Josée Dayan avec Jeanne Moreau.

dimanche 4 janvier 2009

"Desperados" - Joseph O'Connor

Viva la revolucion, par Ingannmic

Franck Little et son ex-femme Eleanor, citoyens irlandais, se rendent au Nicaragua afin d’identifier et de rapatrier le corps de leur fils Johnny, parti depuis deux ans. Sur place ils font la connaissance de Smokes, ami de Johnny avec lequel il avait monté un groupe de rock, et qui va leur servir de guide. Nous sommes en 1985 : leur révolution ayant triomphé, les sandinistes sont au pouvoir, d’où les « contras », soutenus par le gouvernement Reagan, tentent de les déloger, provoquant une guerre civile.
Comme Johnny, de nombreux jeunes de nationalités diverses sont venus au Nicaragua pour y « défendre la révolution », et c’est d’ailleurs au cours d’une attaque des « contras » que le fils de Bill et Eleanor aurait été tué.

Les romans de Joseph O’Connor nous parlent et nous touchent parce que les personnages y sont comme nous. La vie n’a pas souvent été à la hauteur de leurs espérances, ils y progressent malgré tout alourdis de leurs échecs et de leurs erreurs, mais parfois aussi enrichis de leurs rencontres et de leurs expériences. Le résultat : de beaux portraits d’hommes et de femmes, brossés sans complaisance, et néanmoins très attachants. Pas de complaisance non plus pour ces jeunes « aventuriers » qui se veulent, au cœur de l’Histoire, les combattants de nobles causes, mais qui finalement font surtout preuve de nombrilisme et d’inconscience en compliquant la vie des locaux par leur héroïsme déplacé.

Le récit alterne entre une traversée chaotique du Nicaragua, sur les traces de Johnny, et la narration des différentes étapes de la défunte vie de couple de Bill et Eleanor, dont l’alcoolisme et le manque de communication ont eu raison en dépit de l’amour qu’ils se portaient (et se portent toujours). Ces deux histoires parallèles présentent autant d’intérêt l’une que l’autre : O’Connor sait aussi bien nous émouvoir en évoquant les désillusions et les petits malheurs du quotidien, qu’il sait nous imprégner de son récit quand il évoque l’atmosphère d’un lieu et fait revivre une époque.