jeudi 30 avril 2009

"Printemps et autres saisons" - JMG Le Clézio

Court mais dense, par Zaph


Avant, j'aimais pas les nouvelles. J'avais ce qu'il est convenu d'appeler un "a-priori négatif". Je me disais que si un auteur a choisi d'écrire une nouvelle plutôt qu'un roman, c'est que le sujet, sans être franchement mauvais, ne méritait pas les honneurs de la forme longue.
Mais plus je lis des nouvelles, moins j'en suis convaincu. Du moins, je pense que ça existe ce genre de relégation en division inférieure, mais c'est loin d'être une généralité. Parfois même, une forme plus courte permet de conférer une densité extraordinaire à un récit.
Il se pourrait d'ailleurs que la première nouvelle de ce livre, "Printemps" soit en fait du tout meilleur Le Clézio. L'auteur ne se perd pas ici dans des péripéties inutiles. On a déjà dit que Le Clézio a un style très poétique, et la force de la poésie est justement d'évoquer en peu de mots des sentiments complexes et subtils, sans s'embarrasser du superflu. C'est bien de cela qu'il s'agit dans "Printemps" : un portrait de jeune femme, qui nous révèle l'essentiel sans nous perdre dans des péripéties anecdotiques. On en sait peu, de cette femme, juste ce qu'il faut, mais tout est dit : la quête de l'identité, l'inaccessibilité du sens, le déracinement, ...

Ce sont d'ailleurs cinq portraits de femmes que nous propose ce livre, certains très courts, tous fragmentaires. Cela donne l'impression que ces femmes (toutes les femmes ?) sont insaisissables, mystérieuses, et qu'elle nous échapperont éternellement.
L'auteur, en exposant une succession de moments clés, en sautant les époques, et en éludant des pans entiers de la vie, réussit à donner une certaine vision des personnages, toute en mélancolie, et à créer un étrange sentiment de vide chez le lecteur.
Tout ça servi par une écriture épurée et -faut-il encore le répéter?- poétique.

mercredi 29 avril 2009

"Verre cassé" - Alain Mabanckou

Humour "noir", par Ingannmic.


Verre Cassé est un fidèle client du « Crédit a voyagé », le bar tenu par son ami L’escargot entêté. A la demande de ce dernier, il consigne dans un cahier les histoires que veulent bien lui rapporter les habitués du lieu, histoires tristes ou cocasses de leurs existences. Verre Cassé y mêle des bribes de ses souvenirs, ou parfois simplement ce qui lui passe par la tête au moment où il rédige ses notes. Il écrit comme il parle, dans un flot ininterrompu, qui m’a presque donné la sensation de l’écouter plutôt que de le lire !

Cette lecture m’a réjouie. Alain Mabanckou fait preuve d’un humour intarissable tout au long du récit, qui pullule de jeux de mots dont il tire la source de ses références littéraires, historiques, culturelles, bibliques… ce joyeux mélange abolissant toutes les hiérarchies, qu’elles soient sociales ou raciales. Verre Cassé est capable de faire l’apologie de la littérature au même titre que celle de la bouteille, de mêler propos de poivrots et citations d’auteurs, de se lancer de longues énumérations à couper le souffle, et recélant de multiples clins d’œil souvent très drôles.
Cet humour et la –fausse- simplicité qu’il prête à son personnage lui permettent, presque mine de rien, de se jouer des convenances, des hypocrisies (des politiciens corrompus, des intellectuels faussement modestes), de ceux qui aiment se donner de l’importance, des traditions, des préjugés, de l’ambivalence des relations nord-sud…

Un roman truculent, qui m’a vraiment fait passer un bon moment !

mardi 28 avril 2009

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » - Harper Lee

Boo for ever!! par Sandrine


La narratrice de cette histoire, Scout, est une fillette plutôt dégourdie et sacrément intelligente. On la suit découvrant l’école et la stricte éducation qui y est donnée, elle qui est habituée à une certaine liberté. En effet son père, Atticus Finch, a des idées bien à lui sur l’éducation de ses enfants et ne les brime pas énormément.
Scout et son frère ont une seule idée en tête au début de ce livre : faire sortir un voisin mystère, Boo Radley, enfermé depuis des années dans sa maison, que tout le monde connait mais que personne ne semble jamais avoir vu…
L’histoire s’emballe quand le père de Scout, avocat, est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Nous sommes dans les années 30 dans le sud rural américain. On ne pardonnera pas à Atticus de vouloir défendre réellement son client, mais il restera en accord avec ses opinions, malgré le mépris de sa famille, de ses concitoyens, malgré aussi les menaces…

J’ai beaucoup aimé ce livre, son ambiance, l’impertinence de Scout, les personnages merveilleusement bien croqués, Boo Radley qui m’a arraché un cri de joie (je n’en dirais pas +, lisez-le, lisez-le !!!), Atticus (j’ai fait un transfert, désolé papa mais c’est lui mon idéal paternel :D ) émouvant et quelque peu dépassé devant sa fille qui grandit. Unique livre, à ce jour, d’Harper Lee et un coup de cœur pour moi !

lundi 27 avril 2009

"Mondo et autres histoires" - JMG Le Clézio


Longueurs et ennui, par Livrovore

J'avais dans ma bibliothèque "Mondo et autres histoires" depuis environ 16 ans... En effet, quand je l'ai réouvert à l'occasion de l'Aristochat, j'ai vu qu'en première page j'avais écrit, avec mon écriture d'enfant, mon nom et ma classe : "5ème B". Je me suis rappelée de cette lecture obligatoire de l'époque : j'avais dû lire la première nouvelle du livre, celle qui s'appelle "Mondo". Je sais que je n'avais pas du tout aimé, et c'est bien le seul souvenir que j'en avais. J'ai donc décidé de m'y remettre pour participer à l'Aristochat, et en pensant qu'avec l'âge je verrai certainement cette lecture d'un autre oeil.

"Mondo et autres histoires" est donc un recueil de nouvelles, 8 en tout, qui parlent principalement d'enfants qui recherchent la liberté, qui sont proches de la nature. L'auteur excelle dans la description de la nature, la mer, la végétation, le vent et les sensations que ces choses provoquent sur les personnages. La communion avec la nature semble faire partie intégrante du rapport à la liberté selon Le Clézio. L'éloignement des obligations de la société (parents, école...) également. Beaucoup de silences, d'écoute de ce qui les entoure. Mais ces enfants sont souvent forcés de retourner à la vie sociale au final, bien malgré eux.

J'ai beaucoup peiné à la lecture de ces nouvelles, et pour tout vous avouer j'ai même laissé tomber les dernières, m'apercevant que je finissais par parcourir vaguement en diagonale pour écourter mon ennui. Les personnages sont chaque fois assez semblables (Mondo, Jon, Lullaby...) et surtout les descriptions m'ont parues d'une longueur incroyable. C'est beau la nature, oui, mais les descriptions détaillées du vent et des plantes pendant des pages... ça m'a barbé. Je n'ai pas réussi une seule seconde à m'attacher aux personnages, et je n'ai ressenti aucun attrait pour connaître la suite de leur aventure.

dimanche 26 avril 2009

Premiers Pas sur le Disque-Monde


All myths are true, for a given value of 'true', par Guic’ de Worde

Terrence David John (dit Terry) Pratchett, écrivain anglais né en 1948 est le créateur de la série de fantasy burlesque la plus succesful qui soit. Cette série, « Les Annales du Disque-Monde », compte à l’heure actuelle une bonne trentaine de tomes, soit plus de 4 Harry Potter.

Cela constitue une raison bien suffisante d’en attaquer la lecture. Mais les questions à se poser avant de s’y mettre sont nombreuses, et leurs réponses, bien que simples, sont source de nombreux débats. On va tenter d’y répondre, mais je vous promets rien.

1.Qu’est-ce que Le Disque – Monde (le monde) ?

“Certain things have to happen before other things. Gods play games with the fates of men. But first they have to get all the pieces on the board, and look all over the place for the dice.”

C’est un monde circulaire, plat, comme une pizza géologique, mais sans les anchois. C’est sur celui-ci que se déroule les aventures de la série. Au centre de celui-ci, une gigantesque montagne, le Pic du Moyeu. Au bord, le Bord. Au dessus, un soleil paresseux, des étoiles, des trucs comme ça. En dessous : quatre éléphants, parfois incommodés par le frottement du à la rotation du disque qu’ils portent. Et sous leurs pieds, une gigantesque torture céleste, la grande A’Tuin.
Sur le disque, outre le Moyeu, des continents et des pays (Klatch, Ephese, Lancre, XXXX, ou encore le Continent sans Nom (1), chacun avec leurs particularités, traditions, coutumes.)
Et Sur le Continent Sans Nom, une grande ville, la plus grande du Disque – Monde avec son million d’habitants (c’est de la science fiction, hein), Ankh-Morpok, où se déroule une majeure partie des épisodes.

2.Qui croise-t-on sur le Disque-Monde ?

“It was funny how people were people everywhere you went, even if the people concerned weren't the people the people who made up the phrase 'people are people everywhere' had traditionally thought of as people. And even if you weren't virtuous, as you had been brought up to understand the term, you did like to see virtue in other people, provided it didn't cost you anything.”


Eh bien, des gens comme vous et moi en majorité, c’est ça qui est drôle. Mais aussi des nains, des trolls, des vampires, des loups-garous, des mages, des sorcières, un orang-outan bibliothécaire, des marchands ambulants et la Mort (qui est de sexe masculin, c’est de la Fantasy, d’accord ?)
Certains sont parfois les héros des annales, parfois pas. Les personnages sont nombreux, se croisent souvent, mais on peut au final distinguer des « séries d’aventures » centrées autour des personnages suivants :

  • Rincevent (Rincewind) : Mage raté (recalé en première année de l’Université de l’Invisible), aventurier malgré lui, poissard comme pas permis, extrèmement doué dans le domaine des langues quand il s’agit d’appeler au secours.
  • Les Sorcières de Lancre : Au nombre de trois, elles dirigent en sous – main le royaume de Lacre, vont à l’occasion faire un tour à la ville… Elles préfèrent la magie de la nature à la magie « industrielle » de ces salauds de mages.
  • Le Guet : Police d’Ankh-Morpok, pas toujours douée, menée de main de maître par le Capitaine Samuel Vimaire (Vimes), qui s’échine à résoudre les crimes les plus atroces commis dans la grande Cité.
  • La Mort : un grand gars maigre avec un boulot pas forcément drôle tous les jours… A force de fréqueter des humains, il a commencé à les prendre en sympathie, mais bon… Le boulot, c’est le boulot. Sinon, il aime le Curry et les chats.

Il y a bien évidement d’autres personnages, en pagaille, mais aussi des aventures ne faisant pas intervenir en particulier les personnages cités plus haut. On les appellera par al suite « Divers ».

3.Quels livres constituent les annales du Disque-Monde ?

“He could think in italics. Such people need watching.Preferably from a safe distance.”

Bon, histoire de pas faire trop longs, je vais citer que ceux que j’ai lus, dans leur ordre de publication (qui est leur ordre chronologique de déroulement aussi), associé à leur personnage pricipal(aux.)

1.La Huitième couleur (the Color of Magic) – Rincevent
2.Le Huitième sortilège (The Light Fantastic) – Rincevent (2)
3.La huitième Fille (Equal rites) – Sorcières / Divers (En fait avec une des 3 sorcières)
4.Mortimer (Mort) – La Mort
5.Sourcellerie ( Sourcery) – Rincevent
6.Trois soeurcières ( Wyrd Sisters) – Les Sorcières
7.Pyramides (Pyramids) – Divers
8.Au guet ! (Guards ! Guards !) – Le Guet
9.Faust Eric (Faust Eric) – Rincevent
10.Les Zinzins d’Olive – Oued (Moving Pictures) – Divers
11.Le Faucheur (Reaper Man) – La Mort
12.Mécomptes de fées (Witches abroad) – Sorcières
13.Les Petits Dieux (Small Gods) – Divers
14.Nobliaux et sorcières (Lords and Ladies) – Sorcières
15.Le Guet des Orfèvres (Men at arms) – Le Guet
16.Accrocs du Roc (Soul Music) – La Mort
17.Les tribulations d’un mage en Aurient (Interesting Times) – Rincevent
18.Masquarade (Maskerade) – Sorcières
19.Pieds d’argile (Feet of Clay) – Guet
20.Le Pere Porcher (Hogfather) – La Mort
21.Va-t-en-guerre (Jingo) – Le Guet
22.Le Dernier Continent (The Last Continent) – Rincevent
23.Carpe Jugulum (Carpe Jugulum) – Les Sorcières
24.Le cinquième éléphant (The Fifth Elephant) – Le Guet
25.La Vérité (The Truth) – Divers


Ca fait du monde, hein ? Et ca fait des heures de lecture en perspective, aussi. Mais maintenant passons à la question fatidique, celle qui divise les fans comme les novices : dans quel ordre ça se lit ?

4.Dans quel ordre lire les Annales du Disque-Monde ?

“Knowledge = Power = Energy = Matter = Mass. A library is just a genteel black hole that can read”

Bon, comment dire : les différents épisodes des Annales du Disque-Monde ne se suivent pas, certes, sauf les deux premiers. Mais ce n’est pas parce qu’ils ne se suivent pas directement qu’il n’y a pas une progression logique entre les épisodes. Par exemple, à chacune de ses apparitions, le Guet s’enrichit de nouveaux membres, et certains obtiennent des promotions. Certains évènements se voient révélés dans certains tomes, et, si jamais on a lu les suivants d’abord, la révélation est gachée. C’est pourquoi je dirais que, dans l’absolu, on peut lire les épisodes dans l’ordre qu’on veut, à la condition de lire ceux relatifs à un même personnage dans l’ordre. Comment apprécier les mésaventures de la petite fille de la Mort, si l’on ne sait pas qu’il a une fille (3) ? (Ouais, la Mort est définitivement pas la même que chez nous sur le Disque-Monde). De même, il est passionnant de voir, au fur et à mesure des tomes, les mages découvrir rien moins que…. L’informatique. Sans vraiment comprendre comment ca marche, et pourquoi une souris a décidé de s’installer dans leur machine complexe – surtout que si on l’enlève, tout cesse de fonctionner.


5.Sinon, c’est bien le Disque – Monde ?

“It may, however, help to explain why Gandalf never got married and why Merlin was a man. Because this is also a story about sex, although probably not in the athletic, tumbling, count-the-legs-and-divide-by-two sense unless the characters get totally beyond the author's control. They might. »

La question fatidique. Il faut d’abord savoir que, le Disque-Monde, c’est drôle. Donc ça n’a pas le droit de réclamer le titre de chef-d’œuvre. Mais sinon, ça pourrait.
Mais le Disque-Monde, c’est aussi une satire du Monde Rond, de ses travers. Et c’est aussi une de ces œuvres qui font appel à des références de la culture populaire ou peu populaire aussi d’ailleurs.

C’est un des gros défauts de ce cycle (a mon avis) : ceux qui ne connaissent rien à Shakespeare, Byron, La Bible, Clint Eastwood, Led Zeppelin ou les théories de la physique quantique risquent de passer à côté de quelque chose. Vraiment. Pourtant ca ne les empêchera pas d’apprécier, de se marrer, mais il y a une dimension sous-jacente de parodie qui leur échappera, et ce serait dommage.

Sinon, non content de faire évoluer ses personnages, Pratchett fait évoluer son Monde au fur et à mesure des livres. Au départ parodie complètement déjantée des mondes de la Fantasy, le Disque-Monde évolue au fur et à mesure vers une vision déformée de notre monde. L’évolution se fait lentement mais surement, et l’humour évolue avec lui. Les premiers tomes font preuve d’un humour très… « parlé », basé entre autres sur des phrases de 10 lignes avec une chute finale, ou, bien sur, le jeu permanent de Terry avec les notes de bas de page (qu’heureusement, on garde toujours). Les derniers parus, eux, jouent plus sur la satire de notre société, le décalage des situations.

Une conséquence amusante de cette situation est que les tomes… disons de 12 à 20 sont certainement parmi les meilleurs, puisqu’on est en plein cœur de cette modification, et qu’on profite donc pleinement de ces deux types d’humour.

Enfin, ce qui rend ce Disque-Monde si fascinant… c’est bien entendu sa cohérence. Pratchett, qui disait que « La carte du Disque-Monde n’existe pas : on ne cartographie pas un sens de l’humour » a fini par créer un monde qui existe presque, avec ses codes un peu barbares, ses créatures magiques (4), ses antihéros, son histoire, ses traditions. Au point que finalement certains en ont fait des cartes.

Et il m’apparaît utile de préciser que le traducteur français, Patrick Couton, réalise un boulot extraordinaire et a d’ailleurs été primé pour ça en 1998. Il conserve à la traduction l’humour et les références, les transforme si nécessaire, et en ajoute même parfois pour notre plus grand plaisir.
Reste à être honnête : non, le Disque-Monde n’est pas un chef d’œuvre. Mais quand on s’y plonge, c’est généralement juste pour s’en payer une bonne tranche, et ça, Pratchett réussit à faire rire comme personne (sauf peut-être Douglas Adams). C’est agréable, il est difficile de décrocher, et ça fait (un peu) rêver. Et finalement, que demander de plus ? Ca vous suffit pas ?


Je finirais par lister mes préférés si vous me le permettez (ca se discute totalement comme liste, c’est totalement subjectif) au nombre de deux par personnage, non sans vous rappeler de commencer en lisant les deux premiers qui posent les bases.

Rincevent : Sourcellerie, Le Dernier Continent (mais en vrai : tous.)
Les Sorcières : Nobliaux et Sorcières, Carpe Jugulum
Le Guet : Le Guet des Orfèvres, Pieds d’argile
La Mort : Mortimer, Le Père Porcher
Divers : Les Petits Dieux… à la rigueur.

Le Disque – Monde existe encore, et Terry publie alternativement de véritables aventures disquemonaines, et des aventures plus orientées pour les enfants (Wee Free Men, Amazing Maurice and his educated rodents), mais quoiqu’il en soit, le tome 37 est paru en 2009. Affaire à suivre…

“That's what's so stupid about the whole magic thing, you know. You spend twenty years learning the spell that makes nude virgins appear in your bedroom, and then you're so poisoned by quicksilver fumes and half-blind from reading old grimoires that you can't remember what happens next. “



(1) Le Continent sans nom n’est pas appelé ainsi parce qu’il s’appelle « Continent sans Nom »*, c’est juste qu’il n’est jamais nommé, donc on en ignore le nom.
* Il y a cependant effectivement sur le Disque – Monde un continent dont on ignore le nom, sauf qu’en fait, on l’appelle « XXXX »

(2) Remarque : les deux premiers tomes sont les deux seuls qui se suivent réellement. D’autres tomes sont parfois liés entre eux (comme le 25 et le 26) mais sans pour autant que l’un soit la suite de l’autre, ce coup-ci.

(3) Adoptive, rassurez-vous et évitez-vous un certain nombre de cauchemars.

(4) Ma préférée dans le lot étant ces arbres, qui, persuadés que l’homme coupe les arbres pour vérifier leur âge en comptant les cercles de leur tronc, ont décidé, aidés en cela par l’évolution, d’afficher le leur en tous chiffres sur leur écorce. Espèce en voie de disparition à cause du commerce des numéros dans maisons dans les rues.



Si vous pensez qu'il y a encore quelque chose à dire après cette somme, vous pouvez toujours jeter un œil sur les articles d'Ananke et Zaph

samedi 25 avril 2009

"Le carnaval des monstres" - Anne-Sophie Brasme

Quand le monstre n'est pas celui que l'on croit, par Ingannmic.


« Le carnaval des monstres », c’est l’histoire d’une rencontre atypique, celle d’un photographe fasciné par l’anormalité physique, Joachim Kellerman, et de Marica Barbier, jeune femme que sa bouche difforme rend particulièrement laide.
C’est la rencontre de deux êtres qui finalement ne vont jamais se connaître, chacun puisant dans la présence de l’autre une réponse à ses angoisses, un prétexte à céder à des pulsions ou des aspirations inavouables.
Tout commence comme un banal rendez-vous : Marica répond à une annonce de Joachim… ce dernier recherche des modèles à photographier dans le cadre d’une étude portant sur les « monstres », entendez par là ceux qui sortent des canons habituels de la normalité.
Au fil des séances photo, l’ « artiste » et le modèle vont lier des relations de plus en plus intimes, et étranges aussi, la vision qu’ils ont l’un de l’autre, en inadéquation avec celle qu’ils ont d’eux-mêmes, creusant de plus en plus le fossé d’incompréhension qui les sépare.

Marica et Joachim prennent tour à tour la parole. La cruauté du photographe inspire à la fois le mépris et la pitié : il éprouve pour la jeune femme une attirance animale et charnelle qui le dégoûte, et par conséquent se montre odieux avec elle, comme s’il voulait, en annihilant chez elle toute possibilité d’épanouissement et de bien-être, combattre ce désir en lui. Finalement, c’est lui le monstre… et pourtant, c’est bien Marica qui passe comme tel aux yeux du monde. Sa particularité physique l’empêche définitivement d’être intégrée socialement. Qu’elle se rende chez le coiffeur, chez le dentiste, elle réalise à chaque fois que c’est sa différence que l’on remarque, et que cette différence la condamne à ce que le reste de sa personnalité disparaisse au regard des autres. La vie de Marica, c’est une vie de solitude grisâtre, à l’image de cette région du Nord dont elle est originaire, à l’image aussi de l’existence de ses parents, laids eux aussi, et de leur foyer terne et poussiéreux…
C’est pourquoi elle se laisse facilement entraîner dans cette aventure malsaine avec le photographe, qui lui donne l’illusion d’être belle, d’être une œuvre d’art, alors qu’en réalité seule sa laideur l’intéresse. Et d’ailleurs, elle aussi, au fond, se sert de Joachim. Il est pour elle comme un miroir lui renvoyant l’image qu’elle aimerait avoir d’elle, « elle ne l’aime pas, elle aime l’idée de son propre corps sous celui d’un homme ».

Anne-Sophie Brasme sait trouver les mots pour décrire ce simulacre de liaison, exhumer et décortiquer les mécanismes de cette relation sordide, basée sur l’ambivalence entre désir et répulsion, entre pulsions animales (évoquée notamment par l’omniprésence des odeurs corporelles) et besoin de reconnaissance et de respect.
Je n’ai pas lu « Respire », le 1er roman de cette très jeune auteure qui avait inspiré à Lily un mémorable coup de griffe, qui suscitait récemment encore sur ce blog de nombreux commentaires. C’est d’ailleurs suite à ces derniers que j’ai emprunté « Le carnaval des monstres » à la bibliothèque, et vraiment ce roman m’a plu, je n’y ai trouvé aucun travers susceptible d’être imputé à la jeunesse de l’écrivaine.

vendredi 24 avril 2009

"Les mille maisons du rêve et de la terreur"- Atiq Rahimi


Une nouvelle déguisée par Anne.

Dans ce livre il s'agit de Fahrad un jeune Afghan. Après avoir un peu trop arrosé le départ de son ami Enyat qui est obligé de quitter l'Afghanistan car il a ridiculisé le slogan des Russes, Fahrad a oublié l'heure du couvre-feu. Sans mot de passe et avec le trop de bravoure que lui inspire l'alcool, il finit par être tabassé par les militaires. Il se réveille dans la maison d'une jeune veuve dont le mari a disparu à Pol-e-Charkhi, le camp de la mort à l'est de Kaboul. Elle soigne les blessures de Fahrad. La femme a une enfant, un petit garçon. Il appelle Fahrad son père. Fahrad se croit mort. Il se trouve dans un état entre le coma et le sommeil. Il se rappelle des prières de son grand-père, elles le réconfortent. Petit à petit il reprend connaissance. Il observe la femme qui le soigne, se demande pourquoi le petit garçon l’appelle père. Il veut rentrer chez lui, a peur que sa mère ne se fasse du souci parce qu’il n’est pas rentré. Mais il est trop dangereux de se montrer dehors. Les soldats le cherchent, il faut qu’il quitte le pays. Enroulé dans un tapis il arrive au Pakistan où l'attendent de nouveaux cauchemars.


Atiq Rahimi a bien du talent. Il utilise un langage poétique, sait créer de l’ambiance, écrit avec un intensité remarquable. Mais il y a aussi des bémols. Ce livre n’aurait pas du être un roman. La version que j’ai lue compte 170 pages (la version française 201). Au moins 25% sont blanches. Une police et des marges larges essaient eux aussi de compenser le manque de texte. Puis l’histoire traîne souvent sans apporter de nouveaux éléments. Quarante pages pour se réveiller, trop de pages pour dire qu’il veut sa mère, trop de pages pour dire tout ce qu’il dit. Parce que vraiment il ne nous raconte pas beaucoup. Les personnages restent superficiels, on n’apprend rien sur Kaboul ni sur la situation en Afghanistan. Une trentaine de pages auraient largement suffit pour cette histoire. "Les mille maisons du rêve et de la terreur" est un livre raté qui aurait pu faire une assez bonne nouvelle.

jeudi 23 avril 2009

"Le marin rejeté par la mer" - Yukio Mishima

Esthétique de la cruauté, par Zaph

J'ai l'impression que dans la littérature japonaise, surtout la littérature classique (dans la droite ligne de laquelle s'inscrit Mishima), les thèmes de l'amour et de la mort occupent une place vraiment centrale.
Ils sont en plus souvent abordés avec cette espèce de froide beauté distante si caractéristique de cette littérature. Comme si l'âme nippone était capable d'éprouver les sentiments les plus extrêmes et les plus violents, sans pour autant se départir de son détachement et de son esthétisme codifié.
Mishima en est la preuve vivante, ou plutôt la preuve morte, puisqu'il a choisi pour mettre fin à ses jours de s'appliquer la noble et honorable tradition du seppuku (pour moi, en fait, la manière la plus lamentable de se tuer, mais bon, je ne suis pas japonais).

C'est à la base une histoire toute simple que celle de ce livre. Après le décès de son père, Noboru, un jeune adolescent est élevé par sa mère. Evidemment, le jeune garçon est perturbé, un fossé d'incompréhension le sépare de sa mère, et il trouve refuge au sein d'une bande de jeunes de son âge, à la philosophie complètement tordue, et qui s'imaginent être les maîtres du monde. Des ados normaux, quoi.
Sauf qu'il y a cette violence sourde qui va s'accumuler jusqu'à se concrétiser, d'abord sur la personne d'un... chat !
Non mais, vous vous rendez compte ? Un pauvre chat honteusement assassiné puis dépecé méthodiquement sous le regard impuissant d'un Chat de bibliothèque. Quelle chose horrible !
Et puis, la mère se sent seule, et elle va tomber dans les bras d'un marin, que Noboru considère d'abord comme un héros, mais son opinion va bien vite changer, et je vous laisse deviner la suite...

Bon, si l'on arrive à surmonter cette cruauté envers un chat, l'esthétique du roman est superbe !

mercredi 22 avril 2009

"Attentat contre le Saint Suaire" - Laura Mancinelli

Le suaire a disparu! par Sandrounette

Rien ne va plus à Turin! La coupole de Guarini a été ravagée par les flammes! Cette coupole renferme le célèbre Saint Suaire, relique datant de la déposition de la croix de Jésus Christ. Il s'agirait en effet du linceul du messie. Autant dire que c'est une relique très importante pour la ville de Turin.
Un professeur de l'université de Turin s'intéresse de près à cette affaire: n'aurait-on pas volontairement incendié la Cathédrale San Giovanni Battista dans le but de dérober le linceul sacré?

Le roman commençait très bien. Ayant vécue à Turin pendant un mois lorsque j'étais étudiante, le charme a tout de suite opéré, comme une madeleine de Proust qui faisait ressurgir les ambiances des rues que j'ai adoré emprunter: la via Po et ses arcades, la via Garibaldi, Piazza Castello... et j'en passe! Cependant, il en faut beaucoup plus pour réussir un roman.

Il y a beaucoup d'incohérence et tout va beaucoup trop vite: en quoi un professeur d'université est-il habilité à mener une enquête comme celle-ci? Pourquoi une de ses "connaissances" journalistiques lui permet-il d'entrer dans l'univers très fermé de l'hémicycle turinois sans lui poser plus de questions que ça? Ca ne tient pas debout et cet aspect trop "facile" m'a vraiment ennuyée voire agacée. De plus, lorsque l'intrigue commence à devenir intéressante, que les protagonistes entrent dans les souterrains turinois à la recherche de passages secrets, tout s'arrête et l'affaire est résolue en claquant des doigts... Quelle déception!

Je m'attendais vraiment à lire un roman au crime historique passionnant avec des questions de fond en arrière-plan. Mon horizon d'attente a été plus que baffoué. Madai comme on dit à Turin ;) Mais ça m'a au moins donné l'envie de retourner à Turin!






Intérieur de la coupole de Guarini,
Cathédrale San Giovanni Battista, Torino, 1667

mardi 21 avril 2009

"La Route" - Cormac McCarthy

Peut-on survivre et rester humain ?, par Sandrine

Il m’est très difficile de faire une critique de ce livre car je ne veux vraiment pas déflorer cette magnifique histoire, qui m’a prise aux tripes, qui m’a passionné, que j’ai lu quasiment d’une traite, et que j’ai envie de recommander à tout le monde. Ce que je ne ferais pas, cette histoire pouvant être dure, cruelle, angoissante, même perturbante pour certains mais elle l’est pour la vérité de ce qui pourrait se passer. Et si…

Et si, demain, une terrible catastrophe arrivait, si les arbres, le bétail et une grande partie de la population mourraient, que se passerait-il dans les têtes des survivants ? Quelle morale peut-on garder après cela quand la seule qui compte encore c’est de survivre jusqu’au lendemain ?
Nous suivons donc un homme et son fils (leurs noms ne seront jamais dévoilés), l’homme lutte pour la survie de son fils qui passe par sa propre survie, son fils l’oblige à voir comment sa propre nature s’est changée, il n’y a plus de bonté, d’entraide en lui. Il en a trop vu, trop vécu. Mais le gamin reste bon et naïf et leur opposition n’est qu’en filigrane mais présente tout au long du livre.

Nous ne saurons pas grand-chose, quelques souvenirs chez l’homme pour nous indiquer « l’avant », mais cela suffit, il en faut peut pour comprendre (rien qu’allumer la télévision à l’heure des infos peut aider…)
L’homme et l’enfant marchent sur la route, ne dévient que rarement, avec pour seuls « compagnons » un caddy et un pistolet qui contient 2 cartouches…

Superbe histoire, dépouillée, efficace et avec une petite touche d’espoir malgré tout. Coup de cœur !

lundi 20 avril 2009

"Diego et Frida" - Jean-Marie Gustave Le Clézio

L'amour, l'art et la révolution, par Ingannmic.

Diego Rivera et Frida Kahlo voient le jour, à 20 ans d’intervalle (1886 et 1907), à l’aube des grandes révolutions populaires du début du XXème : la révolution russe de 1917, et celle, bien sûr, de leur pays natal, le Mexique, où après des années d’oppression par les propriétaires terriens et les richissimes industriels, les paysans se révoltent. L’histoire de ce couple de peintres célèbres sera associée aux mutations de ce monde en évolution, et notamment aux mutations culturelles et artistiques dont ils seront des acteurs.
C’est la jeune Frida, alors étudiante, qui vient à la rencontre de ce peintre qui la fascine. Celui que l’on surnomme « l’ogre » est une véritable force de la nature, au caractère emporté, « terriblement séduisant malgré sa laideur (…), avec son visage de guerrier olmèque et sa corpulence de lutteur japonais ». Diego, lui, est aussitôt touché par la volonté farouche qui émane de cette frêle jeune femme, artiste elle aussi, et affligée d’une obsession de la souffrance liée aux malheurs qu’elle a subi (elle est frappée, enfant, d’une poliomyélite qui la laisse boiteuse, et subit quelques années plus tard un très grave accident d’autobus, à la suite duquel son corps restera définitivement meurtri). Leurs noces seront, aux dires du propre père de Frida, celles « d’un éléphant et d’une colombe ».
Aucun couple n’a jamais autant été uni dans la création, qu’ils vivent pourtant de manière différente, tout comme ils n’entretiennent pas le même rapport avec les événements qui bouleversent la société d’alors.
Diego se laisse facilement emporter par la passion et les intrigues politiques, et mêle de façon ambivalente son goût pour le pouvoir et sa foi révolutionnaire, son admiration à Staline comme à Henry Ford… A contrario, la vie de Frida est d’une lumineuse simplicité, mais c’est cela aussi que son époux admire chez elle : son refus des compromissions et des honneurs. Sa peinture ne reflète pas –à l’inverse de Diego- son engagement politique. Son combat à elle est surtout intérieur, dirigé contre sa solitude, ses souffrances, et la difficulté d’être une femme dans une société mexicaine dominée par les hommes.
En effet, le fossé qui sépare les personnalités des deux artistes n’est-il pas le reflet de celui qui sépare tout simplement les hommes des femmes, les premiers « tirant une certaine jouissance du mal et des larmes, conquérant par la violence, pendant que les secondes sont condamnées à la dépendance et la solitude, mais aussi à la clairvoyance par leur perception instinctive des dangers et des douleurs ? »
Ils ont cependant au moins deux points communs : leur façon de vivre leur art, tout d’abord, qui leur est viscéral, nécessaire. Leurs pensées sont au bout de leurs doigts, dans leur regard ; Diego et Frida ne sont pas des intellectuels, ce sont des artistes, pour qui peindre est une pulsion naturelle, un besoin vital. Et c’est peut-être encore plus vrai pour elle, dont l’art lui permet d’exorciser ses démons, d’équilibrer son existence. C’est pourquoi son implication dans le communisme ne pourra jamais être totale : elle ne peut tolérer de limite à cet art, le soumettre à la ligne du parti… à vrai dire, Diego lui-même sera déçu, lors de son voyage en URSS, de constater que la révolution artistique n’y a pas de place. Pour lui, elle est aussi importante que la révolution sociale, et doit se faire elle aussi par et pour le peuple. Et c’est sur ce point également que le couple se rejoint : le sentiment de son appartenance à ce peuple, mexicain mais surtout indien. Ils considèrent que l’art est le seul moyen d’expression d’une masse vouée au silence par la force oppressante de la culture bourgeoise, et qu’il est aussi vecteur d’un langage universel, permettant ainsi de s’adresser à tous les opprimés du monde. L’art de Diego Rivera incarne d’ailleurs complètement cette vision : il sera l’un des premiers grands peintres muralistes, écrivant sur les murs l’histoire tragique et merveilleuse du continent amérindien. A sa façon plus discrète mais néanmoins très forte aussi, ce sont les symboles du monde indien que Frida insère dans ces toiles, exprimant son besoin d’harmonie avec ce peuple dont elle se sent issue et la sensuelle nature mexicaine.


Un essai qui se lit comme un roman, dans lequel Le Clézio, à la fois précis et sensible, historien et critique d’art, parvient à nous attacher à ces deux personnages hors du commun mais aussi à leurs œuvres, en même temps qu’il se fait le conteur d’une très belle histoire d’amour.

Une grande réussite!

Ici : Autoportrait aux singes, Frida Kahlo.
Plus haut : Le défilé du 1er mai, Diego Rivera


dimanche 19 avril 2009

"Les naufragés de l'île Tromelin" - Irène Frain

Quand le réel dépasse la fiction par Sandrounette

Avant toute chose, je dois dire que j'avais un vrai à-priori en commençant ce livre. Quand j'ai su qu'Irène Frain était journaliste dans un canard people j'ai été refroidie. Quand j'ai commencé la lecture, je me disais "Mais qu'allais-je faire dans cette galère"... Et puis... Comme par magie, tout s'est transformé.

Le roman ne débute vraiment qu'aux environs de la centième page. Avant, la romancière nous raconte la genèse de l'œuvre et j'ai été plus que déçue de savoir la fin avant le début du récit. A-t-elle supposé que tout le monde connaissait cette histoire? Toujours est-il que j'ai été très frustrée par ce postulat de départ et par le style journalistique que je ne supportais pas. Mais je pardonne largement ces balbutiements tellement le reste du roman est captivant!

L'Utile est un navire français faisant la navette entre le port de Lorient et celui de L'île-de- France (actuelle Ile Maurice). A son bord, le Capitaine Lafargue a profité d'une escale à Madagascar pour embarquer clandestinement des esclaves qui seront vendus à prix d'or à son retour. L'Utile devient alors un bateau négrier. Rien de bien étonnant à tout cela puisque nous sommes en 1761. Le drame va arriver lorsque le bâteau vient heurter une île de sable non répertoriée sur les cartes. Le naufrage est alors inévitable.

Le roman traite du mode de survie sur cet île entre Blancs et Noirs à travers le regard de l'écrivain de bord puis de celui du premier lieutenant, Castellan, qui prend rapidement la tête des opérations: commencer par rationner l'eau et la nourriture, creuser un puits d'eau douce, puis préparer l'évasion de cette île où tout est hostile. Nous n'avons que le récit vu du côté des Blancs, puisque les archives retrouvées ne font pas état de la misère des Noirs et de ce qu'ils ont endurés. On ne peut qu'imaginer, ce qui est bien pire. Cette vision unilatérale est intéressante et rend bien compte du peu de considération que l'on avait pour les personnes de couleur à cette époque. Ils n'avaient pas le droit à la parole, juste le droit de travailler et d'obéir. Ils ne sont qu'évoqués dans la vie sur le camp et pour cause: les Blancs commencent à ressentir de la honte envers ces hommes et ces femmes qui n'avaient rien demandés et qui ont subis bien plus que les autres.

Je ne peux que vous encourager à lire ce roman et de ne pas vous décourager face au début un peu hostile. La preuve, j'ai dévoré les presque 300 pages en quelques heures!

Sur le site dédié au livre, de nombreuses photos et vidéos de l'île de Tromelin.

samedi 18 avril 2009

"Mars" - Fritz Zorn

Quand un cancer guérit l'âme...par Sandrine

"Mars" est un livre particulier, mémoires et constatations d’un jeune homme de la bonne société bourgeoise zurichoise des années 60-70, rongé par une éducation et un entourage familial lisse, très lisse. Tout va bien dans le meilleur des mondes chez les Zorn, il n’y a pas de disputes, il n’y a pas de contestations, il y a les choses « bonnes », les choses « mauvaises » et les choses « compliquées » dont on ne parle pas évidemment car il faudrait argumenter et même ne pas être d’accord avec son interlocuteur (ce qui est une chose « mauvaise »). Le narrateur ne se révoltera pas, restera engoncé toute sa jeunesse et son début de vie adulte dans cette carapace lisse, rigide qui l’empêchera d’avoir des relations affectives autres que superficielles. Jamais durant ce temps là il ne pensera par lui-même, ne se cherchera de but, de raison de vivre… Et, à trente ans, il apprend qu’il a un cancer, lové dans sa gorge, qui se nourrit d’après lui de toutes ces larmes, de tous ces cris qu’il n’a jamais pu sortir.

Il comprend vite qu’il est condamné malgré une réserve d’espoir et devient enfin vivant à l’heure de sa mort.


Nous apprenons tout de suite, en ouvrant ce livre ( et sur la quatrième de couv’), que l’auteur est mort de ce cancer, mais il faut savoir que ce récit n’est pas un « comment je vis au jour le jour avec mon cancer », c’est un texte de recherche de soi, de ce besoin de comprendre non pas pourquoi cela lui arrive mais comment. Quand Fritz Horn apprend qu’il a un cancer, sa seule pensée est « Naturellement »… Cela résume tout le pourquoi de l’importance de ce livre même si par moments, l’agacement me prenait devant ce énième pauvre petit garçon riche, je l’avoue. Mais son expérience et ce qu’il a osé dire ont fait beaucoup de remous que ce soit auprès de lecteurs lambda ou dans le monde médical. C’était en 1977, et les effets psychosomatiques n’étaient pas encore au goût du jour…

vendredi 17 avril 2009

"Marcovaldo" Italo Calvino

Tendres nouvelles urbaines, par Mbu.

Marcovaldo, pauvre et manœuvre, avec une famille nombreuse à nourrir, vit en ville. Mais il a l’œil « vert » et est attentif à toutes les manifestations que son univers d’asphalte cache. Cependant, sa quête de la nature en ville lui joue parfois des tours. Ainsi, il sème la terreur en ville avec un lapin vénéneux, il est perpétuellement dérangé par les intrusions de la ville dans sa quête désespérée d’une nuit de sommeil « sauvage » sur un banc d’un square qui le fait rêver depuis longtemps, tentant de transformer les diverses manifestations citadines en manifestations naturelles par la force de son imagination, il se régale d’une journée de neige en faisant beaucoup rire le lecteur, regarde avec envie passer les vaches en transhumance vers la montagne (quand il les regarde, il se sent comme au fond d'un puit) ou tombe amoureux d’une plante verte « magique ».

Chaque chapitre est une histoire ancrée dans une saison, et les saisons s’écoulent au fil des histoires, douces et amères, poétiques, drôles. Italo Calvino a un remarquable talent pour nous faire vivre ses nouvelles qui toutes sont imbibées de cette chaleureuse écriture italienne que j’aime tant. Ses histoires sont comme des tableaux, on les voit, on les respire, on les ressent. Qui n’a pas ressentit ce que Marcovaldo ressent, cet homme attentif à tous ces petits détails de la nature qui s’infiltre là où on s’évertue à la chasser. Parfois, la ville reprend violemment le dessus, comme ce rêve d’été éclaté par l’intrusion d’un plateau de cinéma, d’autrefois, c’est la nature qui a le dessus, comme la neige ou cet arbre généreux qui rassemble des foules en liesse.

Citadine depuis toujours, vivant dans une immense mégapole, mais amoureuse de la nature et la cherchant partout, j’ai trouvé en Marcovaldo un personnage qui me parle plus que n’importe quel autre. Et quelle étrange chose que de lire cette histoire sur Marcovaldo cherchant un endroit du fleuve pas trop pollué pour pêcher, alors que moi-même, au bord du Fleuve Jaune, j’observais entre deux lignes ces citadins pêcheurs qui faisaient abstraction de la ville autour d’eux, concentrés sur leur ligne plongeant dans l’eau sale.

jeudi 16 avril 2009

« La quarantaine » - Le Clézio

Tout simplement magnifique par Sandrine

« La quarantaine » c’est avant tout le souvenir d’Alexis, grand-père de l’auteur, qui fut obligé de rester sur un îlot au large de l’île Maurice pour cause d’épidémie de variole, inspiration première de Le Clézio dans cette histoire. C’est aussi une histoire de frères et de sentiments ambigus, c’est une histoire d’amour entre un homme et une femme et entre cet homme et la nature qui l’environne. Cet homme, Jacques, est coincé sur une île en quarantaine avec les passagers du navire sur lequel il se trouvait. Avec également son frère et la femme de celui-ci. La cohabitation sera longue et éprouvante mais aussi libératrice.

J’ai beaucoup aimé ce livre, je le trouve beau. Les descriptions, le sentiment d’être différent des gens qui l’entourent que Jacques éprouve, la mer environnante m’ont fait penser à Lullaby, le premier livre que j’ai lu de cet auteur, et qui est un de mes premiers coups de cœur. La première partie du livre est un peu ardue mais le reste vaut le coup de s’accrocher. De plus, l’ombre de Rimbaud ouvre le livre et le referme, c’est magnifique, jamais déplacé, poétique, bref coup de cœur intense !!

mercredi 15 avril 2009

Channiversaire

What's in a name, par Anne

mardi 14 avril 2009

"L'obéissance" - François Sureau

J'aurais préféré toucher le fond..., par Ingannmic.

C’est à un singulier périple que nous convie François Sureau avec « L’obéissance » : nous sommes en 1918, sur le front du Nord-Est, les combats font rage, et la justice belge, afin de pouvoir étêter un condamné à mort, demande à la France de lui prêter une guillotine et un bourreau. Anatole Deibler, bourreau de Paris, est désigné pour mener à bien cette mission. C’est donc un bien étrange cortège qui va traverser le front afin d’acheminer en Belgique les « bois de justice » : le bourreau et ses aides, protégés par une escorte formée du capitaine Loth, un ex aviateur défiguré à la suite d’un crash, du lieutenant Verbrugge, légionnaire manchot, et de trois soldats.

Je suis sortie de cette lecture avec la même déception que celle ressentie à l’encontre de «La vague», de Todd Strasser. Voilà un sujet prometteur, original, qui suscite l’espoir d’une intéressante analyse des mécanismes qui poussent les individus à obéir aux ordres en dépit de leur absurdité… et au lieu de cela, l’auteur nous offre surtout une description de la progression du bourreau et de son escorte vers le lieu de l’exécution.

Ceci dit, Attention !, je ne voudrais pas paraître injuste envers François Sureau : la comparaison avec le roman de T.Strasser s’arrête là. En effet, «L’obéissance» recèle des qualités littéraires indéniables. L’auteur décompose son récit en de courts paragraphes, tantôt épistolaires, tantôt narratifs, et donne ainsi la parole alternativement aux différents protagonistes, utilisant à chaque fois un ton et un point de vue adaptés à la condition sociale de ces derniers. Les uns font part de leur mépris pour la bureaucratie, les autres conspuent la religion, les hommes d’armes expriment leur haine des hypocrites bourgeois, qui plébiscitent la guerre mais ne la font pas. Tout ceci exprime bien, certes, l’absurdité de la situation, mais n’explique pas comment les hommes en viennent tout de même à respecter les exigences de leurs hiérarchies. Et pourtant, c’est un vaste débat qui mériterait que l’on s’y attarde…

En conclusion, disons que j’ai été déçue par le fond, mais que j’ai apprécié la forme !

lundi 13 avril 2009

Bon anniversaire - de T-Puss

C’est un jour où je m’ennuyais, loin de mes amis, loin de mon pays aussi, et que la pensée que si j’étais chez moi, je serais certainement dehors, quelque part, entourée de ceux que j’aime (faisant ainsi abstraction du fait que la proximité n’aurait peut-être rien changé et que j’aurais peut-être été chez moi à me dire que décidemment, les amis, faut les empêcher de se marier et de faire des enfants, après on les voit plus), bref, c’est un jour de vague à l’âme que j’ai fait un truc que je ne fais jamais : je me suis connectée sur Internet (ça ce n’est pas le truc que je ne fais jamais) et j’ai cherché un site de chat (ça, en revanche, je le fais jamais).


J’en ai trouvé un, caché entre plein de sites sur les chats. Après avoir franchi avec, il faut l’avouer, une volonté défaillante, toutes les étapes de connexion, je me suis retrouvée enfin branchée à plein de monde avec, au fond du cœur, une étincelle d’espoir de rencontrer quelqu’un avec qui je pourrais discuter, vraiment discuter, de choses intéressantes, telles que par exemple… la littérature ?

Mais peu persévérante, je me suis déconnectée au dixième « slt », « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? »… et au premier « t’es coquine ? » après avoir constaté que j’avais finalement de la chance, les conversations auxquelles je n’avais pas pris part étant plutôt monosyllabiques, j’étais finalement assez bien tombée. Bon, changement de stratégie : au lieu d’entrer « site de chat » dans le moteur de recherche, j’ai entré « site de chat littérature», espérant ainsi trouver conversation qui me sied. Et je suis tombée sur les chats….

Je me suis alors faite une réflexion que je réserve d’habitude à la rencontre d’un charmant jeune homme : « Pourquoi pas ? ». Sauf que là, c’est du « pourquoi pas ? » qui dure.

Il faut dire que mon entrée chez les chats coïncide avec la réalisation d’un de mes plus vieux rêves : vivre « ailleurs ». Mais cette vie demande un sacrifice de taille : vivre loin de ma bibliothèque (seul meuble que je possède vraiment, mais qui se trouve chez ma maman) et surtout, de mes libraires. Car si Prishtina, petite comme elle est, n’abondait pas dans le choix des livres, Chongqing, au contraire, en regorge, mais en chinois. Ce qui me laisse sur une expérience étrange : je suis à nouveau « illettrée ». Et lire étant la plus belle chose que j’aie apprise, mes yeux se tendent vers ces idéogrammes pleins de mystères et d’histoires qui me sont accessibles.

Mais je m’égare. Je disais donc que mon entrée chez les chats coïncide avec la difficulté pour moi de trouver de quoi me mettre sous les yeux, et compense d’un certain sens ce manque. En effet, c’est avec joie que je vois ma LàL s’allonger de titres prometteurs qui seront d’autant meilleurs que j’aurais attendu pour me les (faire) offrir et c’est avec un plaisir jouissif que, à l’occasion de mes retours, je pénètre dans les librairies qui plus que jamais, prennent des airs de caverne d’Ali Baba.

À titre de bilan, je dois dire que depuis que je fréquente les chats, mes lectures se sont largement diversifiées. J’ai appris à faire confiance à vos opinons, repérant chez les chats ceux qui partagent les mêmes goûts, guettant chez les autres la trouvaille inattendue, le petit bouquin nouveau qui ouvre de nouveaux horizons. Et de connaître encore ce frisson, du livre qui accroche et ne lâche plus.

dimanche 12 avril 2009

"Le soi-disant" - Yves Pagès

"Frôler le réel pour le réinventer vrai" (Yves Pagès) par Sandrounette

Dans le cadre du Café littéraire dont je fais partie était invité le romancier et éditeur Yves Pagès. Je ne le connaissais pas du tout et c'est en premier lieu par le biais de son roman que je l'ai découvert.

Romain est un petit garçon parisien qui a "onze ans moins des poussières" en 1973. Comme tous les enfants de son âge, il va au collège. Mais, fait extraordinaire, il assiste à l'explosion de ce même collège, le CES Edouard Pailleron alors qu'il habite dans l'immeuble d'en face. Pire: il voit sa soeur aînée prisonnière des flammes sur le toit de l'établissement.

Parti d'un fait divers réel, sur un ton instinctif à mi chemin entre l'enfant et l'adulte, le romancier nous conte alors les "soi-disant" souvenirs de Romain dans un mode surprenant. On sent que l'enfant demeuré dans l'auteur "prend ses aises", comme il a aimé nous l'expliquer. Ce texte se lit d'un souffle. Nous nous sentons aspirés par un système de mécanisme lié aux pensées de l'enfance. Une idée en chasse une autre, de plus en plus facilement. D'ailleurs, la lecture que nous a offerte l'auteur était extrêmement rythmée!

Romain, à travers ses pensées, passe du coq à l'âne sans jamais perdre le lecteur. Le texte est également truffé de bons jeux de mots. Yves Pagès adore d'ailleurs "faire passer des chameaux dans le chat des aiguilles", expression qui m'a marquée! Parce qu'en réalité, tout passe "en douce" dans ce roman: les sentiments passent tout en douceur, comme s'ils nous frôlaient sans jamais se nommer mais aussi clandestinement à travers les émois du jeune protagoniste.

Le romancier fait aussi voyager le lecteur dans une époque récupérée par l'ouïe et par la vue grâce à de nombreuses références encore une fois "clandestines" au cinéma et à la musique des années 70. Tout est évoqué sans être nommé, sans frustrer le lecteur ni le surcharger de références ennuyeuses.

Si vous ne l'avez pas encore compris, je recommande fortement la lecture de ce roman et je compte bien poursuivre ma découverte de cet auteur!

samedi 11 avril 2009

Choyeux channiversaire

J'aurais pu offrir un cadeau, par Livrovore


C’est toujours la même chose, avec les cadeaux : on est super contents quand on en reçoit, on est aussi très heureux d’en offrir. Mais le plus dur… c’est de le choisir.

Le Blog des Chats a déjà un an. J’aurais pu lui offrir une rétrospective, reparler de son ancêtre le Forum « La Meute des Chats de Bibliothèque », créé par quatre potes, que de nombreux autres ont rejoint. Parmi les quatre il y en a qui sont partis vers d’autres horizons, et alors d’autres sont venus Chanimer avec eux. J’en fais partie. Le jour où on en a eu marre du forum, on a créé ce blog. Tous ensemble, chacun a apporté son avis. Chanimateurs et participants. Il y a eu des discussions mouvementées, d’autres attendrissantes, enfin des rigolottes. Tout ce que les Chats ont toujours bien su faire.

Je dois dire que mes meilleurs souvenirs sont aussi « off », c'est-à-dire dans nos discussions entre Chanims, qui n’avaient pas souvent à voir avec le schmilblick… mais qu’est-ce qu’on se poilait ! Aujourd’hui je n’ai plus le temps et j’ai passé la main. Mais c’est toujours un grand plaisir d’être rédactrice, de partager mes lectures et de découvrir celles des autres.

Je n’offre pas une rétrospective plus longue alors, non, ça n’est pas très original, et puis c’est trop émouvant. Ce que je retiens c’est surtout cette notion de partage avec les autres, alors j’ai pensé offrir un article sur un de mes livres préférés… mais je crois qu’ils sont déjà presque tous répertoriés dans l’index des Chats. Et oui, je ne vous cache rien les chamis.

Alors j’ai voulu offrir une critique d’un livre en rapport avec les chats et/ou les anniversaires, pour faire un petit clin d’œil. J’ai fouillé dans ma PAL : rien. Je me suis dis que c’était donc la meilleure occasion pour aller visiter la bibliothèque de ma nouvelle ville, ce que j’ai fait. J’ai passé un long moment à parcourir les titres des rayons (pas si nombreux que je l’aurais voulu). Pas un, pas un seul livre ne parlait de chats, ni d’anniversaires. J’ai fouillé, re-fouillé, re-re-fouillé… le néant. Au bout d’un certain temps de recherche, je dois dire que j’étais un peu agacée et fatiguée. Et puis je suis tombée sur un titre qui m’a attirée, et qui parlait d’animaux. Je me suis dit que même si ce n’était pas un chat, c’était toujours ça.

J’ai donc lu « La Théorie du Panda » de Pascal Garnier. Ca ne parle ni de chats ni d’anniversaire, mais j’ai eu un beau coup de cœur pour ce livre. Finalement j’ai eu envie d’en parler dans un article complet, je vous ai livré la critique plus tôt… et je n'ai plus de cadeau pour le blog. A part ce petit mot.

Merci aux Chadministrateurs qui bossent tous les jours, là derrière, pour notre plaisir : Ingannmic, Thom, et Zaphod.

Merci aux rédacteurs qui me donnent chaque jour envie de lire encore et encore, et qui me permettent un petit moment d’évasion dans la bonne humeur légendaire des Chats de Bibliothèque.

Joyeux anniversaire et longue vie au Blog des Chats !

vendredi 10 avril 2009

"La solitude des nombres premiers" - Paolo Giordano

Dissection cérébrale, par Anne.



Les deux premiers chapitres de ce livre nous donnent l'impression qu'on est en train de lire un recueil de nouvelles. Deux histoires très fortes, très intenses, bouleversantes. Deux enfants vivent un événement traumatisant. Alice en sort marquée physiquement, Mattia marqué émotionnellement.
Alice développe un complexe d'infériorité qu'elle nourrit en même temps qu'elle affame son corps. Mattia, coupable de la disparition de sa soeur jumelle, se culpabilise à en crever et commence à s'automutiler. Deux personnes blessées, isolées. On les voit grandir séparément jusqu'à leur adolescence quand leurs voies se croisent. Une rencontre de deux âmes solitaires qui se reconnaissent l'une dans l'autre. Une amitié étrange mais forte se construit entre eux, sans qu'ils se rapprochent vraiment. Quand après ses études Mattia va travailler à l'étranger ils se perdent de vue. Neuf ans après ils vont se rencontrer de nouveau. Adultes, changés, est-ce qu'ils retrouveront le lien qui les unissait autrefois?
Comme un chirurgien Paolo Giordano nous ouvre les deux cervelles pour nous laisser entrevoir le processus qui se déroule dans ces deux têtes embrouillées, ces deux âmes blessées. Faisant de nous des lecteurs observateurs il nous fait suivre leur bataille avec la vie. On ne s'attache pas aux personnages, pourtant on est happé par cette histoire qui malgré toute sa tristesse ne devient jamais tragique. Très beau livre.

Lire l'avis d'Ingannmic.

jeudi 9 avril 2009

Channiversaire : "Le Chat Orange" - Alan Mets

Comment un chat peut changer votre vie, par Zaph

Avant, mais avant, il y a environ une éternité tellement longue qu'elle pourrait presque se compter en années (ce qui en terme d'internet, est ce qui se rapproche le plus de l'éternité), c'était une époque où les blogs n'avaient pas encore complètement relégué au rang de pièces de musée leurs bons vieux prédécesseurs les forums. C'était une époque où subsistaient encore les dernières traces d'une utopie soixantehuitarde qui s'illusionnait de pouvoir réunir des internautes en un même lieu virtuel, en leur donnant la parole de manière égalitaire, et s'imaginant qu'une discussion mature et courtoise pourrait en résulter. Quelle naïveté !

Aujourd'hui, la nature fondamentalement égoïste, prétentieuse, et narcissique de l'internaute moyen a enfin trouvé à s'assumer pleinement grâce à la notion de blog. Enfin !, il y a une vraie distinction entre mes messages à moi qui sont des "articles" et les messages des autres qui ne sont que de vulgaires "commentaires". Fini, le risque de discussions qui s'éternisent et où ma voix pourrait se trouver noyée parmi d'autres, qui pourraient -quel comble, exprimer un désaccord avec mes opinions, voire même dire des choses plus intelligentes que moi, ou les dire mieux.

Et pourtant, je serais presque prêt à parier, moi, sur un retour à la convivialité, à la vraie discussion sur pied d'égalité ; je ne suis pas sûr que l'individualisme ait définitivement écrasé le communautaire.
Ce n'est peut-être qu'une question d'outil. Les forums étaient poussiéreux, les blogs sont encore clinquants de peinture fraîche, mais bientôt, j'en suis sûr, un nouveau concept apparaîtra. Peut-être même que Barak Obama y travaille déjà.

En attendant, chez les Chats, nous avons essayé de faire un truc "entre-deux" avec la version 2.0. Ok, c'est un blog, puisqu'aujourd'hui, les gens veulent du blog, mais un blog à plusieurs, et ça change tout, parce qu'on garde la notion de "bande de copains". Ne vous faites pas d'illusion, sur un blog personnel, vous pouvez avoir au mieux une bande d'admirateurs, au pire, une bande de frotte-manches si votre blog est bien classé, et c'est vrai, quelques copains qui passent dire bonjour. Mais c'est votre blog, ce n'est pas une activité partagée.

Bon, c'est sûr que ça fait plaisir d'avoir des visiteurs chez les Chats. Je veux dire, sur mon blog perso, je me fiche pas mal d'avoir 3, 30, ou 300 visiteurs quotidiens (en fait, c'est plus proche de 3 ;-), car il s'agit avant tout de moi parlant à moi-même, mais sur le blog des Chats, c'est une toute autre histoire.
Je n'y fais pas forcément que des choses que j'aime, et si nous n'avions pas très rapidement dépassé les 100 visiteurs quotidiens, j'aurais probablement proposé à mes potes de nous contenter de notre petit groupe Google privé.
Mais vous êtes là, lecteurs parfois inconnus, et plus on est de fous, plus on rit, alors, je voudrais en profiter pour relancer un appel :
rejoignez l'équipe ! Ne vous contentez pas de lire, même fidèlement, ou de poster un commentaire amical. Nous avons besoin de vous ! Ecrire une critique n'est pas si difficile, et participer à un groupe est tellement plus enrichissant que de se complaire dans sa petite tour d'ivoire bloguienne !
Et puis, faudra bien qu'on commence un jour à penser aux Chats 3.0 ! Et pour ça aussi, on aura besoin d'idées neuves.

Avant, mais avant, donc, du temps des forums, (non, je ne suis pas nostalgique) l'amour de la discussion était tel qu'on se creusait les méninges pour trouver des thèmes de débats, avec le risque de se retrouver à débattre d'une question totalement absurde, ou bien avec un thème que tout le monde a oublié après dix messages. Vous voyez, des questions du genre "est-ce qu'un livre peut changer une vie?", "Et vous, est-ce qu'un livre a déjà changé votre vie? Si oui, lequel et pourquoi?".
Alors que non, quoi, on sait bien qu'un livre ne change jamais une vie.
Pourtant, la manière dont on se construit en interaction avec les livres, c'est une question qui mérite qu'on s'y attarde. Spécialement chez les enfants. Les livres que j'ai lus à mes filles, par exemple, je me demande jusqu'à quel point ils les auront marquées. Et pourquoi je me souviens de tel livre de mon enfance plutôt que de tel autre, et pourquoi j'aime lire un certain livres à mes filles, et pourquoi elles le redemandent?

Tenez, le "Chat Orange", par exemple.

Le problème du Chat Orange, c'est qu'il n'a pas l'air très normal.
D'abord, il est orange. On dit que, la nuit, tous les chats sont gris. Le chat orange, lui, reste orange. Quand il chasse, c'est très ennuyeux, les souris et les oiseaux de la forêt le voient venir à des kilomètres.
En plus, il est bourré de tics. Il passe des heures (assis sur son tapis bleu) à se gratter l'oreille droite en se léchant la patte gauche (à moins que ça ne soit l'inverse). Les souris et les oiseaux viennent de loin pour se foutre de sa gueule.

Il a très faim. Sa souffrance nous est décrite sans complaisance dans un style simple, allant directement à l'essentiel. Lisez plutôt:

"Vide, le frigo du Chat Orange !
Vide, l'assiette du Chat Orange !
Et vide aussi, le ventre du Chat Orange."

On croirait lire du Virgile, non ?

Alors, un jour, le Chat Orange en a marre. Il entasse ses maigres possessions dans un sac : son couteau, sa fourchette, et son assiette, et s'en va pour un long périple initiatique (enfin, "long", n'exagérons rien, pas plus de cinq ou six dessins et deux douzaines de lignes de texte, quand-même).
Il arrive dans la jungle de la ville, où les difficultés qui l'attendent sont bien pires que les moqueries des oiseaux et souris de la forêt.

C'est un bouledogue prénommé "Aldo" qui va prendre notre ami sous son aile (façon de parler) et le sauver de la caïra des chats de la ville. Ils vont former à deux le fameux "gang des saucissons" qui écumera les boucheries de la ville. Jusqu'à ce qu'ils tombent sur un boucher particulièrement coriace et rancunier qui les forcera à prendre le large.

C'est le retour vers la forêt, où oiseaux et souris se réjouissent du retour de leur Chat Orange. Mais les choses ont changé : le chat a grandi, et surtout il n'est plus seul.
Au cours de son périple, il a découvert l'amitié. Il a découvert que la vie était plus belle, et qu'on était plus fort à plusieurs que tout seul.

L'oeuvre se termine sur cette question d'Aldo:

" - A propos, tu t'appelles comment ?
- 'Orange', répondit le chat Orange."

Pas plus que le "Chat Orange", "Les Chats de Bibliothèque(s)" n'ont changé ma vie, mais quand même, je ne suis probablement plus exactement le même maintenant qu'au début de l'aventure. Si je me suis "bonifié", ce n'est pas à moi d'en juger, mais en ce jour d'anniversaire, j'avais envie de leur dire "merci", à mes potes "Chats".

mercredi 8 avril 2009

"Ritournelle de la faim" - JMG Le Clézio

Crossover-book, par Thom

La vie est quand même mal fichue parfois. Mais alors... très mal fichue. Surtout quand il s'agit du Syndrome du crossover-album.

Hein ? Quoi ? Mais si voyons...: le crossover-album c'est ce disque qui, publié par un petit artiste habitué de l'underground, se met à cartonner parce qu'une radio s'est emparée d'un de ses singles ou qu'un directeur marketing a choisi l'une de ses chansons pour illustrer une pub. Or la particularité du crossover-album... c'est qu'il est bien souvent sinon mauvais, du moins pas du tout représentatif de l'oeuvre dudit artiste. L'ami Guic' The Old, grand spécialiste du sujet, pourrait vous en donner mille exemples (le plus connu de toute l'histoire de la musique populaire étant bien sûr Let's Dance, de David Bowie).

Ce syndrome a beau avoir été théorisé en matière de musique, aucun genre artistique n'y échappe vraiment. Un exemple très connu, c'est celui de Stanley Kubrick avec Spartacus, simple film de commande... qui lui valut trente millions d'entrées, soit trente fois plus que tous ses films précédents... réunis. On pourrait en trouver d'autres. JMG Le Clézio, par exemple. Dernier Prix Nobel de littérature en date que, comme tout Prix Nobel qui se respecte, peu de gens ont lu ces quinze dernières années (même si bien entendu tout le monde prétendra le contraire... en attendant chaque fois que je demande à quelqu'un un titre de bouquin de Le Clézio sans qu'il ait google à proximité c'est la débandade). Et que, comme tout Prix Nobel qui se respecte (surtout s'il est cocoriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiico !!!), tout le monde va se mettre à lire dans les mois à venir (ç'a déjà commencé), ce qui ma foi est une excellente nouvelle - Le Clézio est un écrivain merveilleux.

Le dommage collatéral de cela c'est que son récent "Ritournelle de la faim", sorti la semaine du prix, est devenu bien plus qu'un best-seller : un crossover-book. Ce qui est plus qu'ennuyeux dans la mesure ou ce roman qui l'est par ailleurs beaucoup (ennuyeux) ressemble plus souvent à du mauvais Modiano qu'à du Le Clézio, même moyen. Serait-ce son nom sur la couverture, on peinerait même probablement à reconnaître l'auteur d'"Onitsha" dans cette espèce de quête identitaire souvent misérabiliste et en tout cas dépourvue de la moindre once de créativité. Un comble de la part d'un des auteurs les plus brillants de sa génération, authentique bâtisseur d'univers doublé d'un styliste hors-pair.

Le style justement, c'est sans doute ce qui fait le plus mal dans "Ritournelle de la faim". Ce n'est pas compliqué : on n'y retrouve absolument rien de la poésie, de la sensualité et de la classe folle caractéristiques d'un roman de Le Clézio. Sans doute par désir d'adapter l'écriture à l'histoire... peu importe à vrai dire : chaque page est un peu plus terne que la précédente, l'écriture est aride (pour personnifier la faim du titre ?), le foisonnement inhérent à tout livre de l'auteur absolument absent. Dommage, d'autant que le partie pris d'épuration stylistique est plus que discutable (en quoi n'aurait-il pas pu raconter exactement la même histoire avec ses mots - magiques - habituels ?) et débouche sur une austérité rendant le livre de plus en plus hermétique au fil des pages. Dès lors peu importe la construction tourbillonnante de l'histoire : on arrive jamais vraiment à la pénétrer, et c'est non sans tristesse que l'on regarde le grand, l'immense Le Clézio tomber successivement dans tous les pièges de l'autobiographie.

Car il ne faut pas s'y tromper : c'est bel et bien d'autobiographie (romancée) qu'il s'agit ; l'écrivain a beau jeu de prétendre raconter pudiquement l'histoire de sa mère, ce n'est jamais que de lui qu'il parle, de ses origines misérables et de ses blessures (plus vraiment) secrètes. Or allez comprendre pourquoi ce qui marche ailleurs ne marche pas ici... allez savoir pourquoi ce qu'on vénère chez Modiano laisse parfaitement de marbre chez Le Clézio... impossible à dire - aucune importance en fait : la magie n'opère pas, ces personnages qu'on imagine si familiers pour l'auteur ne prennent jamais chair aux yeux du lecteur, les situations stéréotypées s'amoncellent (car la base même de l'autobiographie ratée c'est de croire que ce qui est extraordinaire et fascinant pour nous le sera également pour les autres)... bien sûr on trouvera ici ou là quelques belles pages, bien sûr l'entreprise a quelque chose de touchant, et puis ce n'est pas si courant un écrivain qui prend autant de risques et change ses techniques comme ses thématiques de manière aussi radicale...

... il n'empêche que tout ça n'est pas suffisant pour faire un bon livre - aussi "Ritournelle de la faim" n'en est-il pas un. Que dire de plus ? Certains auteurs sont merveilleux lorsqu'il s'agit d'exposer leurs tourments intimes, d'autres sont de véritables virtuoses dès lors qu'ils décident de regarder au dehors et de parler des autres. Le Clézio, qui s'inscrit de toute évidence dans cette seconde catégorie, vient de signer un livre particulièrement égoïste. Souhaitons-lui un prompt rétablissement après cette douloureuse thérapie, et relisons ses chefs-d'oeuvre passés.




Boléro magique par Sandrounette

En allant farfouiller dans les rangées de ma bibliothèque, je suis tombée sur le dernier roman du prix Nobel de littérature: "Ritournelle de la faim". La quatrième de couverture m'a interpellée et l'avant-propos également. Il ne m'en fallait pas plus pour repartir avec mon exemplaire sous le bras.

En 1931, la bourgeoisie parisienne vivote entre luxe, oisiveté et investissement immobilier plus ou moins fructueux. Ethel est la fille unique d'un de ces couples. Petite fille modèle, très choyée par ses parents et son grand-oncle Samuel originaire de l'Ile Maurice, elle a foi en un avenir doré. A l'école, elle découvre l'amitié à travers le regard de Xénia, jeune fille exilée de Russie et vivant modestement dans la capitale française. Ethel va apprendre l'humilité mais également les moqueries et les trahisons de cette amie sans s'en inquiéter outre mesure. Tout aurait pu continuer ainsi si l'ombre du troisième Reich ne planait sur cette jeunesse pleine d'espoir...

Encore une histoire ayant pour fond la seconde guerre mondiale... C'est ce que je me suis dit quand le cercle des parents d'Ethel commence à parler d'un chancelier allemand nommé Hitler. Et puis tout dérive. Car ce qui intéresse Le Clézio n'est pas l'Histoire mais l'histoire d'Ethel et de sa famille se mélant à la grande Histoire. On suit ainsi les mésaventures de cette adolescente parvenue à l'âge adulte trop tôt à cause d'un père l'ayant dépossédée de tout un héritage qui lui revenait de droit et devant assumer les erreurs de ce dernier. La bourgeoisie nantie se retrouve à la rue et soumise au règne du plus fort, c'est-à-dire l'envahisseur allemand. Le lecteur traverse cette période difficile aux côtés d'Ethel qui n'abandonnera jamais ses parents à la misère malgré tout.

J'ai beaucoup apprécié ce roman qui était pour moi une découverte de cet auteur. Son écriture se situe au plus profond des gens, sans jugement de valeur. En conteur, il expose l'histoire d'Ethel, ponctuée par deux superbes manifestes sur la faim en début de roman (la faim qu'il éprouvait en étant enfant) et en clôture (de colère, d'absolu, de vivre) transformé en litanie par le Boléro...

mardi 7 avril 2009

Channiversaire

Les chats 2.0 ont un an, aaaahh une attaque de souvenirs !!! par Sandrine



Il y a bien longtemps de cela, et malgré la montagne de livres non-lus qui hante mon petit appartement, j’ai voulu rencontrer d’autres lecteurs voraces mais plus « culturés » et pouvant me conseiller des lectures auxquelles je ne pensais pas. Dans mon pauvre petit quartier de Bruxelles, rien ni personne ne semblaient pouvoir m’aider, je cherchais donc sur internet. Et là, je trouvais un club de lecture et devins modeste apprenti-rongeur, je commençai à découvrir un monde de lecteurs érudits (ou faisant semblant de l’être) et surtout pleiiiin de livres à lire absolument et pas assez d’une vie pour se mettre correctement à la tâche…

J’y ai fais mes premiers pas, mes premières critiques, 1 ligne et demi en moyenne, 5 les jours d’inspiration… puis vinrent Z et T, deux hurluberlus, révolutionnant le groupe, l’un écrivant des critiques très longues et intimidantes mais passionnantes l’autre fort louFOUque et me faisant rire à chaque intervention !

Un Dan Brown plus tard, les deux zigotos disparurent dans les confins de la toile et m’ennuyant de plus en plus chez les rongeurs je me mis à penser à quelque chose de fou : et si ces deux là s’étaient mis en tête de faire le propre groupe ???!!! Je découvris qu’ils n’étaient pas les seuls à être partis et me mis en chasse de tous ces gens que je ne voulais pas perdre de vue ! Bonne inspiration : je trouvais les Chats, je devins une apprentie-chat, écrivant toujours des critiques fort minimalistes, mais découvrant Faulkner, Roth, Murakami, McEwan et tellement d’autres et tout ça dans une ambiance fofolle et décontractée.

Les chats 2.0. pour moi, ce fut le coup de pied aux fessous… l’obligation d’y mettre un peu plus sérieusement du sien ( 15 lignes/article!!!!), c’est l’angoisse de la critique de 11 lignes et demi, des platitudes qui reviennent encore et toujours, des noms que j’oublie, de la mise en page aléatoire (pas taper Zaph, je m’applique promis), des fôtes, de la pression de bosser un peu sans se dire « boarf, y en a d’autres qui écrivent je peux m’accorder un break », des aristochats à lire même si on a pas envie, de la réputation de Zolaphage, et toujours la langue jusque par terre, impressionnée et quelque peu envieuse (si si j’avoue tout : c’est comme à confesse cette chronique !), quand je lis toutes ces critiques magnifiques (les 2 non-susnommés ont été rejoints par plein de bonnes pattes !!!) et puis aussi et surtout une certaine fierté de se dire que bon, ces Chats y sont quand même pas mal et que j’en fais partie na ! A vous maintenant de rentrer dans la ronde (refrain connu…) !!!

lundi 6 avril 2009

"Une exécution ordinaire" - Marc Dugain

Naufrage d'une nation, par Ingannmic.



U.R.S.S. de Staline. Ce dernier, pour soulager ses douleurs liées à des troubles articulaires, fait venir auprès de lui, dans le plus grand secret, Olga Ivanovna Atlina. Olga est urologue, mais ce sont surtout ses dons de magnétiseuse qui intéressent le dirigeant soviétique.
RDA, guerre froide : Plotov, membre du KGB, est mis à l’épreuve par ses supérieurs, qui se préparent pour la fin, qu’ils sentent proche, du régime soviétique.
Août 2000 : l’Oskar, sous-marin nucléaire russe, fait naufrage lors d’une démonstration, avec pour conséquence la mort des 118 hommes qui se trouvaient à son bord*.

A priori peu de rapports entre ces 3 parties… et pourtant, si je vous dis que le petit-fils d’Olga, Vania, est l’un des sous-mariniers détachés sur l’Oskar ? Que Plotov (qui n’est autre que Poutine, ainsi que le lecteur l’aura bien vite compris) est lui-même le petit-fils du cuisinier qu’employait Staline lors de ses séjours sur les bords de la Mer Noire, et qu’Olga a par conséquent eu l’occasion de faire sa connaissance ? Que c’est sous la présidence de Plotov-Poutine que se déroule la tragédie du naufrage ?
Pour faire le lien entre ces personnages, nous avons Pavel, le narrateur, fils d’Olga, et… (avez-vous bien suivi ?) père de Vania. C’est quelqu’un de tout à fait « ordinaire », juste un modeste professeur las d’enseigner à ses élèves une fiction qu’il doit faire passer pour l’Histoire, fatigué aussi de vivre avec une femme qu’il voulait quitter, ce dont il a été empêché par un accident qui l’a rendue dépendante de lui…

D’ailleurs, ces connexions ne sont pas si importantes, disons qu’elles relèvent de « la petite histoire », et qu’elles sont là afin de permettre à Marc Dugain de brosser le portrait de 50 ans de Russie, et de nous montrer que finalement, du régime stalinien à la présidence « démocratique » actuelle, rien n’a vraiment changé, de certains points de vue. Des décennies de totalitarisme ont fait de la terreur une composante du comportement russe. Elle reste la meilleure arme pour bâillonner et soumettre le peuple, et pour servir la grande Histoire –du moins celle que décident d’écrire les hommes de pouvoir-, qui broie les individus pour faire triompher la raison d’état. Que ce soit au nom de la grandeur d’une idéologie ou pour maintenir le prestige de la Russie face aux ennemis de l’Otan, peu importe, ce sont toujours les mêmes qui en subissent les conséquences. Que sont les vies de quelques anonymes face à la nécessité d’assurer la crédibilité d’un empire ?
Après l’effondrement de l’U.R.S.S., et les tâtonnements liés au manque de modèle pour remplacer le précédent, la corruption a infligé à la Russie son coup de grâce pour la précipiter dans une décrépitude générale.
Liés au destin de cette nation, deux hommes de pouvoir dont les portraits brossés par Marc Dugain encadrent le récit : un Staline en fin de parcours qui semble désabusé, car nourrissant peu d’espoir sur les perspectives de sa succession, mais gardant malgré tout sa ruse et son cynisme, et un Poutine lugubre au possible, homme froid et antipathique. C’est à se demander ce qui les pousse ! Ils donnent presque l’impression d’être, à l’instar des masses qu’ils gouvernent, pris dans un système qui leur impose ses règles, instruments d’une raison d’état qui leur interdit toute humanité.
Je suis sortie de cette lecture avec une immense sensation de gâchis et d’écœurement, accentuée par l’ambiance qui se dégage du lieu qu’a choisi l’auteur pour y situer la majeure partie de son récit : une ville des rives de la mer de Barents, où sévit la nuit polaire, ne laissant que peu de place à la lumière (et à l’espoir…). Ce qui n'empêche pas "Une exécution ordinaire" d'être un roman passionnant !


*C'est clairement au naufrage du Koursk que M.Dugain fait allusion.

dimanche 5 avril 2009

Remue-Méninge chez des Chats...

Qui l'eut cru? En ce jour du poisson, très important chez tous les félins lecturovores dignes de ce nom, nous fêtons notre première année d'existence bloguesque.
Les Chats furent d'abord un forum où les loufoqueries étaient de mises chaque jour, à un rythme tellement effréné que l'on pouvait se perdre dans ces méandres de pensée.

Et puis les Chats version 2.0 sont arrivés et tout a changé. Pour ma part, je me suis plus investie dans l'aventure, devenant Chat-rédacteur et devant soigner un peu plus mes avis de lecture, développant ainsi une certaine (et relative) finesse critique. Le format blog me convient mieux: les billets postés sont clairs et tellement différents d'un jour à l'autre! Cette diversité de lecture, de ton, de thème, de rédacteur fait que nous sommes passés à autre chose de beaucoup plus structuré. J'ai énormément de plaisir à participer à cette aventure où je peux non seulement partager mon amour de la littérature mais aussi et surtout découvrir de nouveaux auteurs passionnants (je ne vous remercierais jamais assez de m'avoir fait découvrir Jean Teulé).

Chaque chat ayant 7 vies, nous ne sommes qu'au début de la deuxième! Longues vies aux Chats!!!!!!!

samedi 4 avril 2009

"Dans la brume électrique avec les morts confédérés" James Lee Burke

Enquête psychédélique, par Zaph

Un roman policier normalement s'articule autour de trois questions : qui a tué, comment, et pourquoi.

Voilà ce que l'enquêteur se doit de découvrir en faisant usage de son flair et de son ingéniosité (et éventuellement de son flingue). Voilà aussi ce qui est sensé tenir le lecteur en haleine de bout en bout.

Or dans ce roman au titre psychédélique, ces trois questions de base sont traitées avec beaucoup de désinvolture. Est-ce à dire que ce roman est raté ? Non ! C'est même tout le contraire, mais l'intérêt est simplement ailleurs que dans l'enquête ; une enquête assez banale au demeurant.
L'intérêt est d'abord dans un personnage central très fort, voire même un tantinet écrasant : un Dave Robicheaux aux prises avec les spectres du passé (expression à prendre aussi bien littéralement que littérairement), et avec ses conflits internes : le respect de la loi n'est pas toujours compatible avec sa propre idée de la justice, qui elle-même défie son sens de l'honneur un peu désuet.
Sans pour autant nous révéler beaucoup sur la vie de Dave, Burke en fait un personnage complexe et attachant.

Mais c'est surtout l'ambiance particulièrement envoûtante du roman qui m'a captivé. On est vraiment plongé dans l'environnement suffocant et malsain du Bayou, là ou réalité et cauchemar peuvent se rencontrer. On touche même aux limites du fantastique par moments. C'est que rien ne s'efface, et les sombres actions passées laissent des traces indélébiles, et continuent à venir nous hanter bien longtemps après qu'elles ont été commises.