jeudi 4 juin 2009

"Dans le Café de la jeunesse perdue" - Patrick Modiano

Passé composé, par Laiezza


Il fallait oser. Il fallait oser intituler un livre de Modiano : "Dans le Café de la jeunesse perdue", titre si (auto) caricatural que l'on ne sait s'il faut en rire, s'en inquiéter, s'il s'agit d'un geste d'autodérision bienvenu...ou de la preuve, si besoin était, que Patrick Modiano n'est plus qu'une parodie de lui-même.

Tourné vers le passé (on pouvait s'y attendre), ce nouveau roman l'est donc, articulé comme une "enquête" autour de la disparition de Louki, jeune femme habituée du fameux café, enquête constituée de quatre témoignages, de quatre voix (dont celle de l'intéressée), dévoilant une part du "mystère Louki" de manière assez éliptique : plutôt que d'éclaircir les choses, chaque témoignage a tendance à les embrouiller, livrant des indices difficiles à saisir, des références discrètes, des serrures sans clés et, plus étrange encore, des clés sans serrures. Le résulat est des plus étonnant.

Parce qu'il s'agit, d'une certaine manière, d'un exercice périlleux : en apparence, "Dans le Café de la jeunesse perdue" est un livre assez simple, dont la construction "chorale" n'a rien de très original, ni de très ambitieux. Oui, mais d'un autre côté, c'est aussi, peut-être, le roman le plus complexe que Patrick Modiano nous ait offert. Sans cesse, le texte, comme sa fascinante "antihéroïne", donne l'impression de se refuser à nous. De fuir la lumière, les interprétations, pour se tapir dans l'ombre, en appeler au symbolisme, à la poésie (de Yeats, en premier lieu). Tout en ambiance, il semble vouloir nous dire que si le passé ne peut être changé, il peut être réinventé, en permanence, par la mémoire.

Ainsi mis en images (enfin, plutôt : en mots), le constat est troublant de justesse.

1 commentaires:

Zaph a dit…

C'est vrai que c'est pas avec un titre comme ça qu'il va attirer de nouveaux lecteurs ! ;-)

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