mardi 30 septembre 2008

"Quand elle était gentille" - Philip Roth

Head Like A Hole, par Guic’ the Old

Lucy est une jeune fille charmante. Dans ces années 50 pas encore secouées par la libération des mœurs, Lucy grandit dans une famille un peu particulière. Qu’il s’agisse de sa mère, femme assez effacée, ou de son père, loser au penchant pour la bouteille assez préoccupant, Lucy apprend, petit à petit, non pas à les détester, mais à les mépriser. Car ils sont faibles. Mais elle ne le sera pas, c’est décidé. Elle ménera fièrement sa vie, et se démarquera de sa famille, elle. Elle leur est supérieure. Quoique… La vie se mêlant de tout, et surtout de ce qui ne la regarde pas, celle de Lucy ressemblera à tout sauf ce qu’elle a décidé, planifié… jusqu’à la chute.

Il n’est pas facile de fournir, comme ça, un résumé de ce livre sans en révéler trop. Car la mise en place du contexte à laquelle se livre Philip Roth dans ce roman est très particulière : en faisant varier les points de vue et en jouant sur la chronologie, on est déjà arrivé page 100 quand commence l’histoire proprement dite. Mais cela, au final, importe peu, car s’il est une qualité qu’on se doit de concéder à l’auteur, c’est bien la qualité de son écriture. Philip Roth écrit bien.
Et en conséquence peut nous emmener n’importe où, sans jamais qu’on rechigne à le suivre, avant de nous lâcher, là, paumé au milieu d’une forêt de personnages dont on a du mal à déterminer lequel est le plus barge.
De la jeune fille désireuse de s’émanciper, de son mari rêveur qui n’a pas son mot à dire sur sa vie, du grand-père sage mais résigné, du père alcoolique mais prêt à tous les efforts, on ne saurait dire, tout le long du livre, qui a raison, et on prend parti pour chacun des personnages tour à tour. Surtout quand les bourreaux deviennent victimes et que toute situation en voie de résolution ne peut finalement que chuter de nouveau dans des abîmes encore plus profondes.
Si humour il y a dans ce livre, c’est de l’ironie, mais l’ironie la moins amusante qui soit : l’ironie du sort. Découvrir comment en cherchant à vivre une vie moins malheureuse que celle de sa mère, Lucy crée finalement toutes les conditions de son échec… Découvrir comment une maniaque du contrôle légèrement mégalomane (enfin, avec tout du moins un gros complexe de supériorité) va se faire piéger par un truc aussi banal que les sentiments… Si jamais ça fait rire, c’est jaune.

Parce qu’au final, on ne peut pas se réjouir du malheur des gens, sauf des méchants… Sauf que là, il n’y a pas de méchants : juste des gens.

Un livre marquant, pas aussi drôle qu’on pourrait le croire, habilement mené, et surtout… surprenant.
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Sébastien Japrisot - On solde !

La rentrée meurtrière, par Thom

C'est peu dire que Japrisot n'a pas déchaîné les passions chez les Chats. Peu de critiques, encore moins de critiques positives... et pourtant : il en a bien fallu pour l'élire, non ?
Bah oui, bien sûr. Simplement les avis sont pour le moins mitigés... à moins que tout simplement les Chats aient perdus l'habitude d'être divisés après deux Aristos à l'unanimité écrasante (Dennis "Black Is Black" Lehane et Philippe "Don't call me Philou" Jaenada").

Quoiqu'il en soit : voici la traditionnelle petite synthèse maison.



Livrovore

J'ai lu "Compartiment tueurs", je n'ai pas été spécialement emballée. Toujours contente de découvrir un nouvel auteur, mais pour le moment pas vraiment envie d'aller plus loin avec Japrisot. Peut-être plus tard... Je n'ai pas dû commencer avec le meilleur pour mettre l'eau à
la bouche...



Rêvejeanne

J'en ai lu quatre dont trois polars. Il y a bien de suspense dans ses livres, ou peut-être il faut plutôt dire qu'ils sont intriguants. Les personnages restent assez flous, on a souvent aucune idée pourquoi ce qui arrive arrive pourtant avec chaque livre je voulais savoir comment ça finissait. On pourrait dire que pour un polar, ca suffit. Je dis que pour un divertissement ça suffit, oui. C'est trop peu pour pouvoir considerer Japrisot comme un grand écrivain.



Sandriine

J'ai lu 4 Japrisot, 2 polars ("Piège pour Cendrillon" et "La dame dans l'auto...") dont j'aurais pu me passer ainsi que 2 romans ("Un long dimanche..." et "L'été meurtrier") qui m'ont beaucoup plus plu. Même si il n'en est ressorti aucun vrai coup de coeur c'est une belle découverte que je n'aurais pas faite seule,c'est certain, merci donc aux chats.



Sandrounette


Encore un nouvel Aristo très intéressant et loin de ce que je lis habituellement... J'ai découvert un auteur touchant et dépeignant le réel avec une facilité déconcertante. J'espère bien retrouver cet auteur lors de mes pérégrinations littéraires...



Zaph

Moi, j'en ai lu deux, et j'ai été vraiment frappé par la différence. Comme si en changeant de nom de plume, il avait aussi changé complètement de style. Je ne peux pas dire que Japrisot me laissera un souvenir inoubliable. Il ne fait décidément pas partie des grands Aristochats. Bien sûr, c'est pas facile de passer après Jaenada !




Sébastien Japrisot chez les Chats :

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lundi 29 septembre 2008

"Descends, Moïse"

Une introduction idéale, par Thom

C'est le troisième recueil de nouvelles de Faulkner, mais il est le seul à figurer officiellement dans les bibliographies (parfois même dans la catégorie romans, vous allez comprendre pourquoi). Les autres, en effet, sont tous (à l'exception notable de "Knight's Gambit") des "collections" (en anglais), à savoir des compiles pures et simples, là où "Go Down, Moses" (en V.O.) a été envisagé de manière globale... et d'ailleurs, s'agit-il réellement de nouvelles ?
Quelle différence structurelle fondamentale y-a-t'il entre les précédents livres de l'auteur, qui contiennent tous de petites histoires imbriquées dans la grande, et celui-ci, collection de nouvelles, certes, mais mettant en scène les mêmes personnages, à la même époque de leur vie, et constituant en elles-mêmes une suite romanesque - sinon une différence de pagination ?
Tout cela, bien sûr, est finalement assez secondaire. Seul compte, au final, le texte. Un texte d'une qualité exceptionnelle. Plus léger qu'à l'accoutumée, parfois même franchement drôle, il relate l'histoire d'une famille paumée au fin fond d'une Amérique profonde qu'on imagine volontiers être la future Amérique de Bush. On y retrouve bien sûr les obsessions faulkneriennes - fatalité - inceste - racisme, mais elles sont cette fois-ci traitées sur le mode de la dérision et de l'ironie... surtout dans "Was", la première nouvelle, proprement hilarante. Il faut dire que l'ensemble, limpide et remarquablement rythmé, a quelque chose d'assez fulgurant : l'un des seuls livres de Faulkner, peut-être, qui soit parfaitement "accessible", presque "lisible au premier degré"... une introduction idéale, en somme, à un auteur essentiel dont la complexité effraie parfois (à tort) le lecteur de passage...
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dimanche 28 septembre 2008

"La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil" - Sébastien Japrisot

Un bon début, par Zaphod



Pour tout dire, ce livre commence bien ; même très bien.
Le patron de Dany (c'est une fille, Dany) lui demande de le conduire à l'aéroport et de ramener sa voiture en ville pendant qu'il prend l'avion pour un voyage d'affaires à Genève.
Mais Dany, au lieu de rentrer directement, décide d'emprunter la voiture pour quelques jours et de se payer un peu de bon temps sur la Côte d'Azur.
Seulement voilà, les choses ne vont pas se passer comme elle l'espérait. Elle commence par se faire attaquer et blesser à la main dans une station service, puis les évènements et les rencontres bizarres se succèdent, jusqu'à ce que... je le dis ? ... allez, s'il y a un fusil dans le titre, vous devez bien vous douter qu'il y aura aussi un cadavre.
Tout cela est tellement étrange que Dany n'arrive pas (et le lecteur non plus, c'est là toute la force de l'histoire) à décider si elle est complètement folle et s'est livrée à quelqu'acte terrible sans s'en souvenir, ou bien si elle est victime d'une terrible machination.

C'est donc une sorte de polar sans policier ou le personnage central joue en même temps le rôle du détective et celui de la victime ou du criminel (c'est un peu une spécialité de Japrisot, si j'ai bien compris).

Le problème est que si ces prémisses sont très intéressantes, elles ne sont pas aisées à mettre en oeuvre ; on sent que l'auteur peine un peu à maintenir le suspens et à nous garder dans l'incertitude. Cette situation ne peut pas durer très longtemps ; après avoir été captivé par le début, puis irrité par le milieu, il était temps d'arriver à une résolution ; et c'est malheureusement là que tout s'effondre.
Non seulement, c'est celle des deux hypothèses de départ qui me plaisait le moins qui se révèle finalement la bonne, encore que ça, c'est pas trop grave, c'est finalement une question de goût, mais le pire, c'est que l'auteur tombe en plein dans une structure de roman tout à fait primaire et lourdingue : il s'est d'abord acharné à construire une situation en apparence incompréhensible, et une fois que c'est fait, paf, il passe de nombreuses et assommantes pages à nous livrer par le menu l'explication du mystère avec une emphase et un souci du détail que n'aurait pas renié Hercule Poirot, histoire de nous en foutre plein la vue et de bien nous montrer comment l'auteur il est génial d'inventer des énigmes aussi tordues. Beurk.

Dommage pour cette fin, donc, sinon, j'aimais bien le personnage de Dany, sympathique quoique peu réaliste.
Bon, je vais en essayer un autre. C'est pas parce qu'on a un nom qui commence par 'J' qu'on va forcément pondre un chef d'oeuvre à tous les coups.




C'est long..., par Sandriine

La dame c’est Dany Longo, secrétaire dans une agence de pub. Elle s’ennuie dans une vie étriquée, elle s’ennuie, elle ne s’aime pas, elle essaie de faire comme les autres mais cela ne la rempli pas. L’auto c’est la Thunderbird de son patron, accessoirement mari d’une amie-Anita- un peu méprisante, un peu méchante.
Durant un week-end et le voyage d’Anita et du mari, Dany va profiter de la Thunderbird pour vivre un de ces rêves : voir la mer. Bien sûr ce ne sera pas si facile. Les gens qu’elle croisera sur sa route la reconnaisse, lui parle de la veille, lui demande pourquoi elle refait le chemin en sens inverse. Dany se perd dans ces affirmations, pense à une petite machination « rigolote » jusqu’à ce qu’elle ouvre le coffre de la Thunderbird… Là elle panique, cherche la clé, se croit folle, se croit capable de tout, et remonte sa propre piste jusqu’à trouver l’incroyable vérité.
Il y a quelque chose dans ce livre, la première partie m’a plu, quand l’héroïne sombre et ne comprend rien, on embarque avec elle. Le problème c’est qu’à la moitié du bouquin, la solution devient tout de même assez nette même si l’auteur tente de nous expliquer que ça ne tient pas debout. Hé oui ça ne tient pas debout effectivement, c’est tiré par les cheveux, cousu de gros fils de nylon et le héros principal se nomme hasard. Construire un « «roman policier » sur le hasard c’est quand même un peu gros… Et beaucoup trop long !! Il y a quand même un charme dans ce livre, l’héroïne, Dany, complètement à l’ouest mais qui reste debout et se bat pour comprendre ce qu’il lui arrive. Elle est marrante, elle me plaît bien !

Il y a dans mon édition un petit entretien avec l’auteur où il explique que ce livre était censé sortir dans une collection policière à la suite de « Compartiment tueurs » et de « Pièges pour Cendrillon » et que cela n’a pas été fait car le livre était trop long. Il nous dit aussi qu’il a mis plus de temps à l’écrire car il s’est appliqué, il a fait plus attention. (A quoi, ça il ne le dit pas…)

samedi 27 septembre 2008

"Les grands singes" - Will Self

Singeries, par Ingannmic


Simon Dykes, artiste peintre londonien branché, se réveille au lendemain d’une nuit de débauche dans un monde cauchemardesque : une guenon a pris la place de sa compagne Sarah à ses côtés. Et le malheur, c’est que l’ensemble de l’humanité semble avoir subi la même métamorphose, Simon lui-même arborant toutes les caractéristiques d’un jeune mâle chimpanzé…Interné dans un établissement psychiatrique, il est pris en main par le docteur Busner, un « anti-psychanalyste » peu orthodoxe décidé à aider son patient à recouvrer la conscience de sa « chimpanéité ».

A la fois fantasmagorique et hilarante, cette planète des singes est l’occasion pour l’auteur de mettre en boîte non seulement les travers de l’espèce humaine (notamment son narcissisme et son sentiment de supériorité) mais aussi les règles de vie en société, les faisant passer pour absurdes. Tantôt ces chimpanzés suivent à la lettre certaines de nos pratiques (pour flatter un supérieur hiérarchique, ils lui lèchent réellement le cul), et tantôt ils adoptent un mode de comportement à l’inverse du nôtre : c’est surtout flagrant en ce qui concerne la vie de couple, qui se doit d’être polygame, et leurs habitudes sexuelles (la fornication est pratiquée partout, à tout moment, et l’acte ne doit pas dépasser la minute…). Ultime sacrilège : le tabou humain de l’inceste est joyeusement transgressé, puisqu’il est fortement recommandé de s’accoupler entre membres d’une même famille !

Mettre des singes à la place des hommes est l’occasion de situations loufoques, de jeux de mots et d’un second degré très drôle (je ne l’ai pas lu dans le texte mais j’ai l’impression que la traduction rend assez bien le sens de l’humour de l’auteur). Je me suis même demandée si le but de Will Self n’était pas juste de se marrer un bon coup…D’ailleurs, vous l’aurez compris, je me suis moi-même beaucoup amusée à la lecture de ce roman, mais j’avoue avoir aussi été choquée, parfois. Enfin, « choquée » est un terme un peu fort, mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire une grimace de dégoût lors de certains passages (je vous laisse découvrir lesquels…).

Sans doute peut-on voir dans « Les grands singes » un magistral pied-de-nez au puritanisme hypocrite et à la rigidité de certaines de nos mœurs, ou un pamphlet sur l’irresponsabilité de l’homme, l’irrespect qu’il voue à sa propre nature et à son environnement en général (environnement qui n’est d’ailleurs pas que le sien, ainsi que nous le rappelle ce cher Will).

Sans doute…en tout cas, moi, je me suis bien marrée !


Lire aussi l'avis de Zaph


vendredi 26 septembre 2008

"Un long dimanche de fiançailles" - Sébastien Japrisot

Une lecture charmante et tranquille, par Sandrine


Mathilde aime Manech, soldat condamné pour s'être mutilé volontairement afin d'échapper à une guerre qui le dépasse, qui le dégoûte. Comme d'autres soldats il sera envoyé, mains ligotées, devant les tranchées ennemies. Le but est de tenir, de survivre.
Aux veuves, aux parents il sera dit qu'ils sont morts fusillés. Mais Mathilde n'y croit pas, elle veut savoir ce qu'il s'est passé, elle veut encore de cet espoir fou qui la fait tenir. Elle enquête, fait enquêter, retrouve des compagnons, des femmes. Elle découvre des histoires sordides, elle découvre la guerre dure et immonde. Mais même si elle se résigne, son amour pour Manech résistera aux années …

J'ai l'avantage de n'avoir pas vu le film de Jeunet, j'ai donc fabriqué mes propres images et sensations (mis à part Mathilde qui fut Audrey Tautou durant toute ma lecture). Et j'ai également été surprise bien sûr, ne sachant pas la fin (bien que la devinant) mais surtout ne connaissant pas le cheminement de Mathilde jusqu'à cette fin. Maintenant j'ai hâte de voir le film, voir les images d'un autre.
Pour moi ce fut une belle découverte que ce premier Japrisot, une lecture charmante et tranquille, parfaite pour un week-end de calme. J'ai refermé le livre enveloppée de douceur et d'espoir, imaginant ces deux là une dizaine d'années plus loin, heureux… Les défauts de l'histoire je n'en ai cure lorsque je suis transportée comme cela… Presque un coup de cœur (mais je suis trèèès difficile !!! )

jeudi 25 septembre 2008

"Simetierre" - Stephen King

J'aurais voulu être fan de King, par Livrovore

Louis Creed prend un nouveau poste de médecin dans une université. Pour cela, il emménage avec sa femme et ses deux enfants dans une nouvelle maison, à Ludlow. Il se prend tout de suite d'amitié avec son voisin d'en face, un vieil homme nommé Jud, qui lui fait découvrir où mène le sentier près de sa maison : à un mystérieux cimetière des animaux.

J'ai un peu honte de dire que… je n'ai pas trop accroché à la lecture de ce bouquin.

Pourquoi honte ? … Parce que tout le monde dit que c'est bien. « Classé au premier rang des best-sellers mondiaux », dit le quatrième de couverture. Même mes amis m'ont tanné avec ce livre, on a donc fini par me le prêter.

Sauf que ça me fait le même effet quasiment à chaque fois que je lis un Stephen King : au début j'aime bien, je rentre dans l'histoire, je me prends au suspense… puis cela devient lent, ça traîne en longueur, et je décroche. King part dans de très longues descriptions qui font que j'ai du mal à avoir envie de continuer la lecture.
Je vois bien, pourtant, que c'est un grand auteur. Je comprends bien cette construction, justement toute en douceur, pleine de latences, de tensions qui restent en suspend, de mystères qui mettent du temps à s'éclaircir. Le fait que Louis soit médecin, il essaye chaque fois de rationaliser les choses, d'y trouver des explications scientifiques qui empêchent d'y croire vraiment, qui nous embrouillent nous aussi, lecteurs.
Sauf qu'au lieu de me tenir en haleine, cela me lasse. J'ai fini le bouquin parce que j'avais quand même envie de savoir comment ça allait se finir, mais je n'avais plus l'impatience ni l'angoisse. Juste envie que ça se termine.

L'auteur a une imagination débordante, morbide certes, mais l'histoire est bien construite et on pourrait presque y croire. Mais je ne sais pas, je n'arrive pas à comprendre pourquoi je ne réussis pas à rester dans l'histoire quand je lis du King. Et j'en suis super déçue.
Alors je ne veux décourager personne de le lire, vu le succès que ce roman a eu. Je pense que je fais partie d'une minorité qui n'arrive pas à se passionner pour ce genre de bouquin…

mercredi 24 septembre 2008

"Comment j'ai raté mes vacances" - Geoff Nicholson

Tentative d’humour anglais, par Lhisbei

Eric, 45 ans, est un anglais modèle, très modèle, voire stéréotypé. Marié, deux enfants, il est comptable dans une entreprise de meubles. Sa vie est tout sauf passionnante ou stimulante. Le soir des ses 45 ans il boit un verre au pub du coin avec des collègues, se regarde dans la glace et pan la mid-life crisis (crise de la quarantaine) lui tombe dessus. Il décide de réagir : il a besoin de vacances décide-t-il. Et hop direction le camping – caravaning de jeunesse pour passer 15 jours de vacances en famille. Son objectif : faire le point, apprendre à mieux connaître sa famille et resserrer les liens. Et pour que la thérapie fonctionne bien Eric décide de tenir un journal de vacances. Evidemment les vacances ne vont pas tout à fait se passer comme prévu : sa femme devient une femelle enragée avide de sexe, son fils choisit de retourner à la nature et sa fille a rencontré Dieu. Et ce n’est que le début…

Les péripéties s’enchaînent les unes aux autres sans temps morts et sont méticuleusement consignée par Eric. Au début c’est drôle. Une centaine de pages plus loin ça devient lassant et répétitif. L’ennui guette. L’auteur ajoute couche sur couche de cataclysmes délirants qui finissent par friser le ridicule. Comme un mille feuilles indigeste. Pour le New York Times, il s'agit de " la plus drôle des comédies noires ". Les critiques du Figaro invoquent l’humour des Monty Python mélangé au « Candide » de Voltaire. Le magazine Lire lui donne 3 étoiles sur 4 … J’ai maintenant une bonne raison de ne pas lire le NY Times ou le Figaro (pour ce dernier j’ai bien d’autres raisons encore) et je ne regrette pas d’avoir résilié mon abonnement à Lire… Quant aux Monty Python … laissez-moi rire. Si l’auteur avait terminé son livre par "C'est le livre le plus stupide que j'ai jamais écrit" et apposé le mot fin comme les Monty Python abandonnaient le plateau en disant "C'est le sketch le plus stupide que j'ai jamais vu", alors peut être qu’une parenté au 15eme degré aurait pu être établie… Ici, en plus, l’auteur nous gratifie de deux (mauvaises) fins …

mardi 23 septembre 2008

"Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus" - John Gray

Heureusement, mon chéri ne lit pas le blog, par Sandriine

J’ai chez moi à peu près 400 bouquins dont plus de la moitié non lus (acheteuse compulsive j’avoue)… Et j’ai perdu un temps effroyable à lire ce livre, tout ça parce que mon chéri m’en a parlé un peu et demandé à mots voilé de lire. Erreur erreur erreur. Il y a des règles précises dans ma bibliothèque appartement : pas de Mars et Vénus, pas de Chattam, pas de Da Vinci Code, pas de Cartland !!!

A chaque fois que je brise cette règle j’ai mal, presque physiquement, mon cerveau se tord et me supplie d’arrêter, me présente les alternatives (un petit Zola, les Chats lisent Lehane faut que je m’y mette...) et donc je lis ce pauvre bouquin en 1 mois et demi (et une amende à la bibliothèque).

Mr Gray nous donne ici la solution définitive aux ruptures et divorces, disputes et discussions passionnées (pouvant se finir par une réconciliation sympathique sur l’oreiller)… C’est simple : les hommes et les femmes sont différents, ils pensent différemment, vivent différemment, et même si ils ont ce désir irréalistes de vivre ensemble, ils ne sont pas fait pour s’entendre.

Ah !

Que faire alors ? Lire son livre qui nous enjoint à se mettre dans le cerveau de l’autre. En gros les femmes sont sensibles et ont besoin de parler pour réfléchir, les hommes sont terre à terre et ont besoin de réfléchir avant de parler…

On peut aussi s’écrire des lettres…

Et là tout va mieux, on s’aime dans un bonheur béat et sans accro, sans rebondissement, sans battements de cœur accélérés. Trop Cool.

Pour les amateurs, il y a aussi : Mars et Vénus au lit, Mars et Vénus au bureau, Mars et Vénus le calendrier… (Véridique !!!)

lundi 22 septembre 2008

"La fontaine pétrifiante" - Christopher Priest

Ne jamais dire fontaine, par Zaph

(Titre original : "The affirmation". Faut avouer que c'est un peu moins nul que le titre français ! )

L'air de rien, c'est pas si facile de trouver la première phrase d'un roman. C'est à ce moment-là que l'angoisse de la page blanche est à son paroxysme : quand l'auteur se trouve face à un petit tas de quelques trois cents feuilles de papier, toutes aussi immaculées les unes que les autres. Alors, j'imagine qu'il vaut mieux prendre un bon départ, et que la première phrase a son importance. J'irais même jusqu'à croire qu'une bonne première phrase peut vous mener loin, et peut-être même porter tout le roman. "Longtemps je me suis couché de bonne heure" ; ça sent déjà le vaste projet d'un auteur qui a le temps et les moyens de ses ambitions, qui va remonter très loin s'il le faut, et dans les moindres détails, pour expliquer le plus infime sentiment de son héros.

Avec Christopher Priest, aussi tueur de pages blanches à ses heures, c'est une autre histoire, mais lui aussi annonce la couleur d'entrée : on va parler de cette chose étrange, incertaine, mouvante, et fragile, qui a pour nom "réalité".

"De ceci au moins je suis sûr : Je m'appelle Peter Sinclair, je suis anglais et j'ai, ou avais, vingt-neuf ans."

Pour le gros poisson naïf que je suis, une première phrase comme celle-là suffit à me ferrer et à me captiver pour de nombreuses pages.

J'ai un autre aveu à vous faire : je souffre de certains a-priori en littérature.
Le moindre de ceux-ci n'est pas celui qui concerne les auteurs qui écrivent un roman sur l'écriture.
Comme si ça pouvait intéresser le commun des mortels (moi) ! Je veux dire, si, c'est intéressant, pour un esprit ouvert, mais pas plus que la mécanique automobile ou la pêche à la sardine.
Bon, j'ai bien passé quelques soirées jadis devant l'émission "Thalassa" sur FR3 à m'entendre expliquer pourquoi la pêche intensive de la sardine avait un impact sur le déplacement des cachalots, mais bon, j'ai été incapable de m'émouvoir pendant trois heures sur le sort de ces pauvres bêtes.
J'ai même failli me fâcher irrémédiablement avec Paul Auster à cause de ça (l'écriture, pas les sardines).

Si je vous dis tout ça, c'est parce que Christopher Priest (que j'adore) a justement commis un livre sur ce sujet (que j'abhorre).
Et pourtant, il se pourrait bien que ce soit un des touts meilleurs livres sur le sujet. Tout simplement parce qu'il part de ce thème, et l'étire jusqu'à son point de rupture, parce qu'il ne s'agit pas ici de l'auto-exploration nombriliste d'un écrivain angoissé par la fragilité de son inspiration, mais bien d'une plongée vertigineuse dans les abîmes de l'imaginaire.

En quelques lignes, Priest pose le problème.

"Mon imagination m'avait installé dans l'existence. J'écrivais sous l'empire d'une nécessité intérieure, et cette nécessité me commandait de créer une vision plus claire de moi-même. Ecrire, c'était devenir ce que j'écrivais."

Lors de ma première lecture, j'avais trouvé l'histoire un brin lente. En relecture, le sujet m'a passionné.
Bien sûr, c'est un grand livre sur le processus fictionnel et son rapport au réel, mais aussi et surtout, ce livre jette les bases de tout l'univers de Priest, et c'est une lecture indispensable pour tous ceux qui l'apprécient.

Au début du roman, nous apprenons que le personnage principal traverse une passe difficile. Il décide alors de coucher sa vie par écrit dans le but de tirer certaines choses au clair. Mais sitôt confiés au papier les évènements prennent leur propre substance et s'écartent de la réalité, ou plutôt, acquièrent leur propre réalité indépendante.
Du coup, il est amené à changer certaines données dans le récit de sa vie pour les rendre plus vraies, plus significatives.
Plus le récit s'éloigne de la réalité banale, plus il s'y perd, jusqu'à peut-être basculer complètement.
Ces va-et-vient et cette tension entre deux univers qui se répondent nous donnent droit à une remarquable construction en miroir

Le livre est un peu verbeux par endroits, c'est la seule chose que je lui reprocherais, mais en contrepartie, il explore la question complexe et passionnante de ce qui se passe pour un écrivain quand la fiction devient plus prenante, plus réelle que la réalité.

"Mais le monde extérieur, perçu de façon anecdotique, avait une solidité et une complexité spécieuses. Il était voué au hasard, il échappait à tout contrôle, il manquait de rigueur narrative."

dimanche 21 septembre 2008

"Le canapé rouge" - Michèle Lesbre

Assis sur un canap’, 5 minutes avec toi, par Sandrounette

Rencontrer un auteur est toujours un moment fort. Dans le cadre de notre café littéraire, nous avons la chance de pouvoir discuter, en petit comité, avec un écrivain qui se prête volontiers à nos milliers de questions sans jamais fatiguer.

Michèle Lesbre fut l’une d’entre eux. Venue présenter son Canapé rouge, elle nous parle de sa façon d’écrire, de son ressenti face à son livre. Mais parlons d’abord du roman.

Présélectionné pour le prix Goncourt 2007, ce roman parle d’amour. Parce qu’elle était sans nouvelles de Gyl, la narratrice part sur ses traces. A bord du Transsibérien elle parcourt la Russie profonde jusqu’au lac Baïkal. A travers ce voyage, nous découvrons la vie d’Anne, chroniqueuse croquant la vie de femmes extraordinaires telle Milena Jesenskà. On apprend également son amitié sincère et forte avec une vieille dame de son immeuble, Clémence Barrot, qui attend ses récits avec impatience sur son immuable canapé rouge.

Le roman se lit très vite et, même si le style de l’auteur est fluide et épuré, il faut vraiment ne jamais avoir lu de roman de sa vie pour ne pas deviner comment le roman va se terminer… Mais voilà… J’ai rencontré Michèle Lesbre.

On pouvait lui reprocher d’utiliser de grosses ficelles, des préjugés… Grande amoureuse des voyages en train, l’auteur a effectivement parcouru ce voyage jusqu’au Baïkal. C’est ce voyage qui fut à l’origine de l’écriture du roman. En écrivant à la première personne, l’auteur a voulu s’impliquer totalement sans parler de soi, pour écrire quelque chose de plus universel.

Le canapé rouge traite de deux voyages : le voyage en train mais aussi le voyage intérieur sur le canapé.

Rencontrer un auteur est toujours un moment fort. Mais, même si c’est très intéressant, ça ne change pas toujours notre opinion sur le roman… C’est mon cas ! Trop rapidement traité, une fin hautement prévisible… A ne pas lire absolument donc…

samedi 20 septembre 2008

"Dans l'or du temps" - Claudie Gallay

Pas vraiment une pépite, par Ingannmic

Que recherche-t-on, par la lecture d’un roman ? Vaste question, à laquelle il existe probablement des centaines de réponses, selon l’humeur du jour, la personnalité, l’âge, ou les centres d’intérêt du lecteur, les conditions climatiques, le lieu, le jour, l’heure, et j’en passe…
Personnellement, ma plus grande attente, quand j’entre dans un livre, c’est d’y trouver de l’émotion. Cela peut être de la joie ou de la tristesse, de l’indignation ou de la sérénité, mais j’ai besoin d’éprouver « quelque chose ».

Or, de ce point de vue, le roman de C.Gallay a été plutôt décevant. Pourtant, j’étais confiante… Le sujet était appétissant : un parisien en vacances dans sa résidence normande avec sa femme et leurs jumelles de 5 ans fait la connaissance de sa voisine Alice, une vieille dame lunatique à laquelle il va rendre des visites de plus en plus fréquentes, aux dépens d’une vie de couple déjà incertaine. Non pas qu’il ait fait d’elle sa maîtresse, c’est surtout ce qu’elle lui raconte qui l’intéresse. En effet, Alice est la fille de Victor Berthier, photographe qui dans les années 40, constituait avec des personnalités comme André Breton, Marx Ernst, Chagall…, un groupe d’immigrés ayant fui la France occupée et s’étant réfugié aux Etats-Unis. Avec André Breton, il va y découvrir l’existence des tribus Hopies, indiens menacés d’extinction, qui vivent dans un environnement hostile et désertique, et dont la culture oscille entre traditions séculaires et ouverture à la modernité. C’est par bribes qu’Alice, qui a 16 ans à cette époque et qui va suivre son père, dévoile peu à peu ses souvenirs, dans un besoin de confier certains secrets avant sa fin prochaine.

Le récit alterne entre témoignage de la vieille femme, extraits du journal de Breton, et interrogations de notre narrateur –dont on ne connaîtra ni le nom ni le prénom- sur son avenir au sein d’une vie de famille dans laquelle il semble perdu.

Une lecture facile, et plutôt plaisante, mais voilà, il m’a manqué ce petit « quelque chose » qui fait que lorsque l’on a terminé un livre, on en a encore des échos qui résonnent en nous. Est-ce du à la personnalité du narrateur, qui relate sans jamais exprimer ce qu’il ressent, qui refuse d’avoir des opinions, et se laisse porter passivement par l’existence (on le devine dépressif) ? Ou au fait que le personnage d’Alice m’a parfois paru un peu caricatural ?
Peu importe, je n’ai pas trouvé « Dans l’or du temps » ce que j’espère à la lecture d’un roman…

vendredi 19 septembre 2008

"L'été meurtrier" - Sébastien Japrisot

Un vrai roman noir, par Laiezza

Je connaissais bien sûr le film, inlassablement rediffusé, avecIsabelle Adjani, et Alain Souchon. A l'occasion d'un nouveau cycle de l'Aristochat, consacré ce "bimestre" à Sébastien Japrisot, j'ai découvert le livre. Très agréable surprise que celle-ci : si le film est trop typé "années 80", et a beaucoup vieilli, le livre, pour sa part, est très efficace, et complètement indémodable.

Histoire de vengeance à travers les générations, histoire d'amour fou,"L'été meurtrier" met en scène Pinpon, "un amant naïf et sentimental" (pour paraphraser John LeCarré). Séduit par Elle, il la suit dans sa course folle, elle qui veut retrouver et punir ceux qui, autrefois, violèrent sa mère. A tout prix, même s'il faut plonger son amant dans un état de servitude totale ; même s'il faut l'entraîner jusqu'à la perte. Si l'écriture de Sébastien Japrisot m'a semblé un peu terne (succéder à Jaenada n'est pas facile !), difficile ne pas se laisser happer par l'ambiance sensuelle, troublante, qui se dégage de ce court roman. Si les notes de l'éditeur peuvent laisser croire qu'il s'agit d'un policier, on est surtout en face d'un vrai roman noir, genre dont je découvre que je l'aime beaucoup : l'étude de caractère est prépondérante, l'action réduite à l'essentiel... Le minimalisme de Japrisot sied bien à ce fait divers sordide, et lorsque le livre bascule dans une version trash de "Carmen", le lecteur succombe !

jeudi 18 septembre 2008

"René" - François-René de Chateaubriand

De l'inconvénient des oeuvres complètes, par Thom

Dans mon souvenir, "René" était un superbe texte pas très long. En réalité, c'est un texte intéressant très très court. René, c'est Chateaubriand, bien sûr. Qui raconte à ses amis sauvages (qui bizarrement parlent parfaitement le français) le pourquoi du comment il s'est retrouvé parmi eux. Il leur ouvre son coeur, révèle sa blessure jusqu'alors tenue secrète...

Je n'irai pas plus loin dans le résumé, parce que c'est tellement court que si je continue j'aurais tout raconté !

"René" est généralement considéré comme le tout premier roman "romantique" - en tout cas il sera désigné comme tel quelques décennies plus tard par les héritiers littéraire de Chateaubriand, notamment Vigny et Lamartine. "Premier roman romantique", voilà un bien lourd fardeau pour un si petit texte ! C'est là, sans doute, qu'on est sensé différencier le classique du chef d'oeuvre et le chef d'oeuvre du coup de coeur. Car si ce texte est capital dans l'histoire de la littérature, de par les innombrables auteurs qu'il inspira, il n'a en lui-même qu'un intérêt relatif. La plume est superbe, mais la plume ne fait pas tout. La forme est magnifique mais le fond, c'est à dire l'histoire, relativement peu intéressant. Beaucoup moins que le roman précédent, "Atala", dont "René" est d'ailleurs la suite directe.

Voilà...je ne sais pas trop quoi dire de plus : c'est un texte charnière auquel il est difficile d'échapper si l'on souhaite étudier la littérature du XIXe siècle. En revanche, pour le simple plaisir du lecteur, on préférera l'exotisme d' "Atala" voir même les colossales "Mémoires..." qui, elles, ont au moins le mérite de la consistance et montrent une introspection réelle et non superficielle comme c'est le cas ici.

mercredi 17 septembre 2008

François-René de Chateaubriand

François-René et la révolution, par Thom

Le petit François-René nait à Saint Malo en 1768, et il a une jeunesse très douloureuse, comme toute jeunesse de vicomte-écrivain qui se respecte. Une jeunesse tellement difficile qu'il va passer sa vie à nous la raconter en long en large et en travers. Plus sérieusement, fuir la France au moment de la Révolution, ça n'a pas dû être très rigolo. Surtout qu'il avait plein d'amis très bien en France, alors qu'en Amérique il va passer son temps au milieu d'indiens incultes qui vont lui raconter des histoires au coin du feu.

Mais pourquoi je n'arrive pas à parler de Chateaubriand sérieusement ? Peut-être parce qu'il est une chose qui lui fait cruellement défaut : l'humour.

Chateaubriand, pourtant, est un écrivain immense. Sa plume est alerte, vindicative, et ses oeuvres majeures, "Attala" ou "Le Génie du Christianisme" l'ont imposé bien au-delà des modes et des courants de son époque. Il fut en fait le premier romantique (au sens du "mouvement romantique" bien sûr) et les deux titres susmenstionnés cristalisent déjà, au tout début du XIXe, les obsessions qui plus tard viendront hanter les oeuvres des Hugo et autres Musset qui lui doivent tout ou presque.

Sauf que ça, ce sont les débuts littéraires...la partie visible de l'iceberg, le côté poète cosmopolite au romantisme échevelé et à la sensibilité à fleur de peau...après quoi, Chateaubriand va revenir en France pour surtout tâter de politique (il sera notamment ministre des affaires étrangères) et passer une bonne partie de sa vie à écrire tout et son contraire dans des essais à la qualité aussi vacillante que ses convictions politiques (lesquelles navigueront de droite à gauche puis de gauche à droite quasiment jusqu'à sa mort).

Après avoir inspiré nombre de ses contemporains, il mourra en 1848, non sans avoir eu auparavant une idée géniale : écrire ses fameuses "Mémoires d'Outre-tombe", programmées à l'avance pour être éditées à titre posthumes. Une idée révolutionnaire (la seule fois où il tata d'une révolution diront les mauvaises langues ) un peu noyée par la densité du résultat - qui acheva de dégouter de la littérature plusieurs générations d'étudiants en lettres modernes mais n'en demeure pas moins un texte passionnant (au moins les deux premiers volumes).

mardi 16 septembre 2008

"Son frère" - Philippe Besson

En manque d'adjectifs, par Livrovore

C'est un des livres des plus touchants que j'aie jamais lu. Philippe Besson réussit à retranscrire une telle sensibilité, une descrption si réaliste, si "humaine" de l'impuissance face à la mort, et de l'amour qui peut unir deux frères. Et pourtant ça n'est jamais larmoyant, ça ne tombe jamais dans le "pathos". Lucas se sent impuissant, et pourtant il est là. Il reste près de son frère, en silence, et c'est tout ce qu'il peut faire.

"Moi, je n'ai rien demandé, rien voulu, mais je le suis, je le suivrai jusqu'à la fin, quelle que soit la fin."

Lucas laisse sa vie de côté (son activité d'écrivain et sa vie personnelle), le temps de quelques mois où il se consacre entièrement à son frère, aux derniers instants de sa vie.

"Alors, j'ai fait ça, abandonner le roman en train de se faire, et j'écris à propos de Thomas, je raconte la vérité pour la première fois, je suis dans le réel. J'ignorais que les mots pouvaient dire le réel."

On ressent toute la détresse de Lucas, leur souffrance à tous les deux. L'histoire nous est servie dans le désordre, entre l'actuel et le passé, les souvenirs d'enfance et le présent auquel il faut faire face. Mais le lecteur ne s'y perd pas, et l'on suit bien le fil de la pensée de Lucas, qui fait une sorte de "bilan", même s'il subit sans vraiment savoir comment faire face, à part rester là, en silence. Mais bien présent.

"Et tout à coup, Thomas saisit ma main. Sa main gauche enserre ma main droite. Je sens une pression douce, puis un relâchement. Les mains restent jointes. Je regarde droit devant. Je crois qu'il pleure."

Ce livre est superbe. Je ne trouve pas d'adjectif assez puissant pour dire comme cette histoire est belle, comme Philippe Besson arrive à écrire cela, à mettre des mots sur ce qu'il y a dans le coeur d'un homme.

"Et si on ne dit rien, c'est parce qu'on ne sait rien dire, on ne sait pas parler de ça, la mort."

lundi 15 septembre 2008

"Les égouts de Los Angeles" - Michael Connelly

Trop, c'est trop, par Lily

Harry Bosch est le héros de ce roman long et bien construit, fragmenté en journées pour créer un rythme original : en quelques jours, il doit démêler une histoire de meurtre, de dope, d'espionnage, de braquage, affronter son passé, déjouer une conspiration, coucher et rompre avec une belle agent du FBI et plaquer des considérations poétiques sur la beauté de Los Angeles à l'aube... Ca ne fait pas du tout beaucoup pour un seul homme. J'ai été presque déçue qu'il ne tue pas quelques terroristes pour la route, mais c'est vrai que c'était pas trop la mode en 1992.

En tout cas je suis perplexe : je ne comprends vraiment pas ce qu'on peut trouver à cet auteur! Quand je lis qu'il écrit bien je flippe. Que ceux qui le lisent en VF disent ça, à la rigueur, mais quand des gens arrivent à trouver en VO que Connelly écrit bien ça m'inquiète pour leur santé. Connelly écrit l'anglais proprement (le mieux possible pour un américain dira-t-on), comme n'importe quel journaliste de formation. Son style n'a rien d'extra, il n'en a d'ailleurs pas vraiment. L'histoire, elle aurait pu être bien s'il ce n'était cette sensation de trop-plein. Trop-plein et en même temps, c'est super fastidieux, linéaire. Enquête classique : A enquête sur B qui le mène à C puis D...etc. On est loin des ellipses d'un Ellroy qui arrive à écrire sur une enquête sans quasiment la montrer et à en plus dire des choses pertinentes sur la marche du monde. C'est pour ça que l'affiliation de Connelly au "roman noir" me semble plus que douteuse, parce que Connelly la seule chose qu'il raconte vraiment sur son époque c'est que c'est une ère où les auteurs de polars à succès sont des bouchers charcutant du best-seller à tourne-bras. Lire Connelly c'est comme lire du manga : c'est pas mal foutu mais c'est créé de manière industrielle.

Cet auteur ne m'a pas semblé différent d'un Ludlum par exemple ni d'un Grisham, avec qui il a sans doute des millions de lecteurs en commun. ll est peut-être un peu plus sombre (et encore faut pas déconner : si vous trouvez ça noir je ne vous encourage pas à lire Goodis qui vous flippera terriblement !) mais il se range dans la même famille. Quant à son héros Harry Bosch, il est nul. Absolument pas crédible. C'est l'inspecteur Harry, Sam Spade, Columbo et Jack Bauer dans le même corps. Je n'y ai pas cru une seconde : Bosch a un passé, toute une biographie dès ce premier volume mais il est idiot de croire qu'il suffit qu'un personnage ait un passé pour qu'il existe. Par exemple : un des personnages les plus marquants de la littérature policière (dans un autre genre, mais on s'en fout), Holmes, on sait quasiment jamais rien de sa vie et ça ne l'empêche pas d'être incontournable à chaque lecture. Il existe parce que les circonstances le font exister. Alors que Bosch lui c'est une outre. Totalement désincarné. Ok il est dépressif, boit un peu, traine les pieds, gueule, il aime pas ses supérieurs, comme n'importe quel héros du plus mauvais "pulp" qui soit. Il m'a fait l'effet d'un homme de paille dans lequel Connelly avait enfoncé au forceps tous les points incontournables de son cahier des charges du bon auteur de polar.

Donc non, désolée Michael : je crois que nos routes se séparent au premier rond-point.

dimanche 14 septembre 2008

"Le chameau sauvage" - Philippe Jaenada

Le chameau est le meilleur ami des Chats, par Lhisbei

Généralement quand un jeune auteur se lance dans une histoire qui n’en est pas tout à fait une, dans un roman sans intrigue, qu’il utilise l'écriture en flux de pensées (écueil des jeunes écrivains qui tentent souvent de masquer, par ce biais narratif, leur manque de maîtrise de l’art d’écrire) et qu’il débute son histoire par une panne de radiateur pour enchaîner avec un petit truand marseillais de seconde zone et une virée au commissariat, le lecteur (moi en fait) tremble un peu.

Mais où va-t-on ? Et c’est quoi toutes ses parenthèses là ? Et puis, doucement, sans s’en rendre vraiment compte, on (je, toujours) se met à suivre l’auteur dans ses déambulations, sans plus se préoccuper des parenthèses ni se demander où l’auteur nous emmène. Et c’est tant mieux car il ne va nulle part. Le point d’arrivée n’est pas important, seul le chemin compte (non, ce n’est pas un proverbe chinois).

Le chemin d’Halvard Sanz, le « héros » malchanceux de l’histoire, est tortueux voire tordu. Halvard ne fait pas partie des « magiciens de la vie », il rame, il gamberge (surtout dans sa tête) dans un Paris plutôt triste. Les trucs les plus invraisemblables lui tombent sur le coin du nez au moment où il s’y attend le moins et vous pouvez être surs que les coïncidences les plus fâcheuses et les plus embarrassantes vont se produire en exclusivité pour lui. Halvard fait toujours les mauvais choix et il est toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Il est en constant décalage avec sa vie et marche à côté de ses pompes en permanence. Ça pourrait être déprimant mais non. C’est drôle, très drôle et dans tous les registres de l’humour et du comique : des jeux de mots, des associations d’idées incongrues, des raisonnements par l’absurde, assaisonnés de ridicule, d’une touche d’ironie, d’une pointe d’autodérision et d’une pincée de farce burlesque.

J’ai souri, j’ai ri, j’ai éclaté de rire et j’ai pleuré de rire, et, ça, jusque tard dans la nuit où tôt le matin, comme on voudra (attention le rire est une drogue puissante dont on devient très vite dépendant). Faire rire le lecteur sur plus de trois cent pages n’est pas facile mais l’auteur réussit en plus à émouvoir le lecteur. Halvard est un être sensible qui nous fait ressentir et réfléchir et auquel on ne peut que s’attacher. Il y a une poésie chez les chameaux que je ne soupçonnais pas. D’ailleurs en parlant de chameaux, je me suis demandé jusqu’aux dernières pages comment l’auteur allait bien pouvoir boucler son histoire. Moi qui suis fâchée avec les fins j’ai trouvé celle-ci parfaite. Et si vous voulez la connaître lisez le livre…

Vous trouverez d'autres avis sur ce livre et sur l'oeuvre de Philippe Jaenada en vous référant à l'index

samedi 13 septembre 2008

"La maitresse de la mort – L’amant de la mort" - Boris Akounine

La maîtresse, l'amant, et la mort, par Sandriine

Boris Akounine est un écrivain contemporain russe que j’apprécie énormément. Déjà son héros Fandorine Eraste Petrovitch ressemble à Rouletabille, en plus écorché (il est russe n’oublions pas). De plus chacun de ses livres est une aventure !!! Car l’écrivain change à chaque fois de style narratif :

Azazel est un « bête » livre d’aventures policières se passant au 19ème siècle en Russie. Fandorine est un jeune héros charmant et naïf, terriblement chanceux, ce jusqu’à l’avant-dernière page.

Le Gambit turc se passe durant la guerre, on n’aperçoit quasiment pas le héros, le récit est donné par une jeune femme et parsemé de courrier, articles de presse, …

A chaque fois je me laisse emporter par son changement et quasi à chaque fois j’adore cela.

Dans ce cas-ci il a écrit 2 romans se passant en même temps. Il n’est aucunement obligé de lire les deux, ni de les lire dans un certain ordre (même si d’après moi il vaut mieux lire d’abord « La maitresse de la mort » le premier sorti qui plus est). Ce sont deux histoires bien séparées mais avec des repères de l’histoire d’à côté (si si c’est très clair !!)

Ces deux livres m’ont fait passés de très bons moments en particulier "L’amant de la mort" qui se passe dans les bas fonds de la Russie, à la recherche d’un chapelet, d’un trésor et d’un terrible meurtrier.

"La maitresse de la mort" nous entraine dans un club étrange où chaque participant désigné est prié de se suicider non sans avoir écrit auparavant un poème relatant sa vision de la mort juste avant de faire le grand saut…

Craquez pour Fandorine avant que l’on fasse un film d’Azazel (c’est en cours de négociation) c’est tellement meilleur en livre !!!

vendredi 12 septembre 2008

"Les mal partis" - Sébastien Japrisot

Dis, quand reviendras-tu ? par Sandrounette

Marseille sous l’occupation. Denis Leterrant est une « forte tête » de 14 ans, selon les prêtres de son collège jésuite. C’est-à-dire qu’il aime chahuter avec ses camarades et faire tourner la tête des surveillants.
Sœur Clotilde est une enseignante du pensionnat pour jeunes filles de Nice. A 26 ans, elle s’occupe également des malades de l’hôpital.

Vous devinerez aisément la suite des événements quand, obligé par un de ses surveillants, Denis se rend à l’hôpital à la rencontre de malades. Il rencontre Sœur Clotilde et leurs vies ne seront plus jamais comme avant.

Je commence mon cycle Aristochat avec sa toute première œuvre romanesque (écrite à 19 ans !). Il l’a d’ailleurs signé de son véritable nom, Jean-Baptiste Rossi. Le style juvénile est en parfait accord avec le propos. Il décrit un amour pur, vrai remis en question par la différence d’âge et surtout par la situation de la jeune femme. Comment aimer une Sœur dans une France ancrée par la religion et les interdits ?

Cependant, notre aristochat ne tombe pas dans la facilité : il ne profite pas de la situation de ses personnages pour invectiver la société ou la religion (pourtant il y aurait à faire…) Denis et Clotilde vivent leur amour pleinement malgré la souffrance qui en découle. Un excellent premier roman prometteur…. Vivement la suite de sa bibliographie !

« Lorsqu’il fallait rentrer, il n’y avait pas de coupure. Rien ne cessait. Elle ne cessait plus de penser à lui. Le soir, c’était des remords jusqu’au sommeil agité, des prières qui la laissaient malheureuse. Jamais la pensée ne revint qu’elle pourrait ne plus le voir. Son printemps était trop fort, trop chaud, trop brusque, trop dévorant. Son printemps lui devenait plus nécessaire que la vie. Elle priait et déjà il était dans sa prière. Il envahissait tout. »



Le petit Meaulnes, par Zaph

J'ai quand-même appris une chose, depuis que je fréquente les Chats, et elle va m'être fichtrement utile aujourd'hui : c'est de raconter absolument n'importe quoi dans une critique.
Grâce à cette faculté, je ne ressens en général aucune angoisse face à cette foutue règle des quinze lignes minimum.
Pourtant, là, avec ce bouquin, j'ai bien cru que je n'allais pas passer la barre. Est-ce parce que le livre est vide? Non, au contraire, il est solidement construit, la progression du récit est bien menée, et je l'ai trouvé plutôt bien écrit. De ce point de vue, je l'ai même trouvé nettement supérieur à ma précédente lecture de Japrisot, "La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil". Pourtant, "Les mal partis" est un premier roman, écrit semble-t'il à l'âge de dix-huit ans, mais qui curieusement semble montrer une plus grande maîtrise.

Vous allez me demander ce qui me dérange dans ce livre, alors...
C'est assez difficile à définir, mais en gros, j'ai eu l'impression d'un travail bien trop classique. Le thème d'abord : les amours adolescentes impossibles et donc contrariées, avouez qu'on a déjà donné. Il manque quelque chose de surprenant, je trouve. La structure est trop linéaire et on a vraiment l'impression d'anticiper ce qu'on va lire à la page suivante et même au chapitre suivant.
Peut-être qu'à l'époque où ce livre a été publié (vers 1950 si je ne me trompe), l'histoire d'un gamin de quatorze ans séduisant une jolie nonne était de nature suffisamment scabreuse pour apporter le piment nécessaire au récit, mais de nos jours... ils sont gentils, ils s'aiment, on les trouve sympathiques, et les méchantes grandes personnes veulent les empêcher d'être heureux : si c'est pas triste, ma bonne dame !

Pourtant, Japrisot s'en sort bien, et j'aurais sans doute beaucoup aimé sans cette sensation d'avoir déjà lu dix fois la même chose, qui a donné à ma lecture un petit air d'exercice imposé.

Bon, est-ce que j'ai mes quinze lignes, à votre avis?
S'il en manque une, je dirai quand-même que quelques scènes bien rigolotes de chahut au collège m'ont collé un petit sourire nostalgique sur les lèvres.
Voilà, j'ai fini mon devoir, je peux rendre ma copie.

jeudi 11 septembre 2008

"Le meilleur des mondes" - Aldous Huxley

Substance euphorisante, par Ingannmic

Anticipation ? Science-fiction ? Parodie ?

Ce "meilleur des mondes" est celui d'un futur où l'homme est fabriqué de façon industrielle à partir de savantes manipulations génétiques. Ainsi, chaque individu est conditionné afin d'appartenir à une caste bien déterminée, programmé pour accomplir certaines tâches, et surtout se satisfaire de son sort, n’éprouver aucun élan vindicatif. La main d’oeuvre étant ainsi conçue en fonction des besoins, le chômage a disparu.
Tout lien affectif ou familial a été banni, la notion même de parents étant devenue taboue. La religion, l’art, la culture, le goût de la nature, faisant appel à la sensibilité et n’ayant aucune utilité commerciale, ont été éliminés également. Seul est établi comme valeur reconnue le génie de Ford, fondateur de cette nouvelle ère (référence à Henry Ford, père de la taylorisation, qui a permis la production en masse d’un grand nombre de véhicules, principe appliqué ici aux êtres humains).
Les besoins matériels sont, eux, satisfaits immédiatement, et les relations sexuelles, encouragées dès le plus jeune âge, pratiquées avec de multiples partenaires, ne le sont jamais dans le but de procréer.
Les avancées scientifiques ont permis d’éradiquer les maladies, la vieillesse et la laideur.

Un monde parfait, donc ?
Pas pour Bernard Marx, en tout cas, qu’un disfonctionnement lors de sa « conception » a rendu plus petit, mais aussi plus sensible et objectif que les autres membres de sa caste, et que cette société qui considère les hommes comme « des morceaux de viande » déprime de plus en plus. Et peut-être pas non plus pour les quelques « sauvages » qui vivent encore comme avant « l’ère Ford », et qui sont désormais parqués dans des réserves visitées par les touristes en quête de curiosités.

Roman écrit avant la 2nde guerre mondiale, il est surprenant de voir la portée qu’il peut avoir aujourd’hui encore, et son actualité par rapport à des maux comme le consumérisme grandissant ou l’extension de l’hégémonie du capitalisme. La façon, même, de conditionner les personnes avec la répétition incessante de messages diffusés pendant leur sommeil, n’est pas sans évoquer des slogans publicitaires, et l’uniformisation de la pensée par le biais des médias, qui imposent insidieusement aux masses les mêmes besoins.

A.Huxley met en garde contre l’illusion qui consiste à croire que le progrès scientifique et technologique serait la clé du bonheur. Il nous démontre qu’il ne pourrait l’être qu’à condition que l’homme renie sa nature, son individualité. Et même alors, peut-on parler de bonheur ? Les êtres de ce monde sont fades, sans passion, et on décèle parfois un malaise perçant la surface de leur perfection artificielle, qu’ils étouffent rapidement par l’absorption de substances euphorisantes, distribuées généreusement par les autorités !

Dans quelle mesure ce « meilleur des mondes » s’inspire-t-il du nôtre ? Au lecteur de juger, et de comprendre que l’auteur nous invite à rester vigilants vis-à-vis de toute forme d’aliénation de la liberté individuelle…

mercredi 10 septembre 2008

"Fleur de neige" - Lisa See

Neige en été, par Idothée

J’ai eu peur lorsqu’on m’a gentiment prêté ce roman. Et oui, comme d’habitude la bibliothèque de mon quartier était fermée alors que j’y allais, fébrile et l’eau à la bouche chercher des livres à mettre dans ma valise . De bonnes âmes ont sauvé mon été. Mais ce livre là, je l’ai pris pour faire plaisir, convaincue que j’étais d’avoir à faire à une histoire à l’eau de rose. Le titre peut-être ? Et l’image sur la couverture glacée surtout : Un très beau et très lisse visage de femme chinoise. Et puis ... famine obligeant (je passe l’été dans une campagne relativement isolée et j’ai lu depuis longtemps tous les livres de tous les placards ), j’ai ouvert Fleur de Neige. Je me suis dès les premiers mots rendue compte de mon erreur, Fleur de Neige n’est pas un roman à l’eau de rose. C’est l’histoire de deux femmes dans la chine du XIXème siècle : Fleur de Lys et Fleur de neige. Née dans une famille de paysan, Fleur de Lys est tout enfant liée à une autre petite fille : Fleur de Neige, qui elle appartient à une famille de mandarins. Elles seront Laotong, unies pour la vie, 7 caractères sur 8 nécessaires à cette union étant présents : les dates et jours de naissance, le nombre de frères et sœurs mais surtout, leurs pieds promettent d’être particulièrement beaux. Ils auront, à la fin du bandage, la forme parfaite de la fleur de Lotus. Cette union, voulue et négociée par une entremetteuse va permettre à cette dernière de touver pour elles les meilleurs maris possibles. Maris qu’elles ne verront qu’à la fin de leurs années « chignons « avant d’aller vivre dans leur belle – famille.

De l’enfance aux années "chignon", à celles "de riz et de sel" et enfin aux années "assise au calme ", c’est un récit à la première personne, c’est Fleur de Lys qui nous parle. C’est l’histoire d’une femme et d’une amitié, tendre, passionnée, jalouse. Une femme qui ferme les yeux sur sa condition pour parvenir à tenir une place difficile et les ouvre à nouveau, à la fin de sa vie. Elle les ouvre tout autant sur son propre trajet que sur celui de toutes les femmes de la chine dans cette société où être femme était un état d’obéissance : A sa mère, à son père et ses frères, puis à son mari et ses fils. L’une des seules possibilités de « tenir les rennes » : avoir une belle-fille, avoir à son tour une fille, bien qu’une fille ne soit rien. L’autre : faire siennes ces traditions et épauler ( voire guider ) les hommes dans le maintien de l’organisation sociale existante.

L’écriture est nette. Sans le « pathos » qu’on aurait pu craindre de trouver tant la vie de ces femmes étaient douloureuse. Celle des hommes aussi était difficile et Lisa See, si elle parle des femmes, ne tombe jamais dans cette pente facile qui serait de faire, naïvement, le seul procès des hommes.

Un style clair. Monotone presque. Le fil essentiel est celui des messages écrits en nu shu sur un éventail, que s’envoient les deux laotong ( Le nu shu était une écriture utilisée seulement par les femmes ). Cependant on est tenu en haleine, happé, à suivre ces deux femmes au prise avec leur destin et avec celui de la chine, de révoltes paysannes en périodes de famine, on se trouve entraîné dans leur lutte. J’ai vu arriver la dernière page avec cette mélancolie qu’on éprouve quand on ferme un livre ami.

mardi 9 septembre 2008

"Mes mauvaises pensées" - Nina Bouraoui

Mes mauvaises humeurs, par Lily

Depuis le temps qu'on me vend Nina Bouraoui j'ai voulu voir ce dont il retournait, je ne vais mentir, j'ai pas été déçue du voyage.

Déjà, je dois commencer par dire que j'ai un gros problème avec le roman "contemporain" (ça explique que je rédige aussi souvent des coups de griffes!). Peu d'auteurs trouvent grâce à mes yeux et pour un Jaenada découvert de temps en temps j'ai quand même beaucoup plus souvent des énervements que des enthousiasmes. "Mes mauvaises pensées" s'inscrit hélas dans la première catégorie, gros ramassis de conneries nombrilistes qu'on appelle "autofiction" surtout parce que si ça s'appelait "journal intime", ça vendrait que dalle.

C'est sûr que personne aurait envie de débourser 17 euros pour découvrir les divagations d'une lesbienne principalement amoureuse de son reflet dans le miroir (c'est pas comme ça dans le livre, je veux juste dire qu'elle est hyper-ultra NARCISSIQUE), qui cause avec sa psy dans l'espoir débile de la séduire (vive les clichés). C'est écrit sans chapitres et sans paragraphes histoire de dire qu'il y a eu un travail sur la forme, c'est oublier que dans les journaux intimes on s'embête rarement à écrire en paragraphes ou en chapitres. "Mes mauvaises pensées" est donc un genre de journal intime dont on a viré les dates, c'est quand même mieux que du Angot, parce que Nina est plus intelligente et intéressante que Christine. Mais déjà, s'il faut comparer le coefficient sympathie des auteurs pour réussir à différencier leurs bouquins, c'est qu'il y a un problème quelque part. Non ?

De toute façon des problèmes, Nina, elle n'a que ça. Va pour l'auto, on ne va pas y passer la nuit. Et la fiction, dans l'histoire ? Ah ah ah ! La fiction ! Et pourquoi pas la littérature pendant qu'on y est ? Faudra qu'on m'explique quand même comment dans la même discussion (du genre les commentaires à l'interview de Mr Jaenada) on peut appeler "auto-fiction" "Le Cosmonaute" ET cette daubasse, les chroniques de notre Thom ET les rognures d'ongles de Christine Angot. Qui s'étonnera après ça que je passe la moitié du temps à critiquer les auteurs contemporains ??


lundi 8 septembre 2008

"Néfertiti dans un champ de canne à sucre" - Philippe Jaenada

Chat botté en touche, par Laiezza

Alors là, je botte en touche. Il y a des livres qu'on aime, des livre qu'on n'aime pas, et il y en a quelques uns dont on peut juste dire : "ce n'est pas mon truc, ce livre n'est pas pour moi". C'est le cas de celui-ci.

Alléchée (sans mauvais jeu de mot, please) par le "duel érotique et sentimental" qui m'était promis, j'ai commencé "Néfertiti dans un champ de canne à sucre", plutôt confiante (en plus, le titre me semblait vraiment chouette). Mais je me suis aperçue assez vite que ce que cela racontait ne me parlait pas, du tout. Deux personnages (l'homme et la femme), peu d'action, beaucoup de bavardages, beaucoup de scènes de sexe... Pas grand chose d'autre, ce qui est très surprenant par rapports aux autres Jaenada que j'ai lus (voir plus bas), qui avaient la particularité d'être très riches, et très variés. Là, il y a surtout de la séduction et de la digression, de l'érotisme un peu vulgaire (et pourtant je ne suis pas sainte-nitouche, j'adore la littérature érotique...)... Et le style de Philippe Jaenada, toujours aussi agréable, énergique, plein d'humour. Juste, cette fois-ci, ce qu'il raconte m'ennuie, je pense que si le livre avait été un peu plus long, je n'aurais pas été au bout.

Cependant, comme je le disais plus haut, c'est surtout que pour parler sommairement : "ce n'est pas mon genre". Je pense que d'autres personnes y trouveraient leur compte, et, "objectivement" (si on peut dire cela) ce n'est pas un mauvais livre. De là à dire que je suis la mauvaise lectrice, n'exagérons pas non plus !! Mais je pense que vous comprenez ce que je veux dire...

dimanche 7 septembre 2008

"Le Montespan" - Jean Teulé

Eh! oui, je suis cocu, j'ai du cerf sur la tête… par Lhisbei

« Eh! oui, je suis cocu, j'ai du cerf sur la tête,

On fait force de trous dans ma lune de miel,
Ma bien-aimée ne m'invite plus à la fête
Quand elle va faire un tour jusqu'au septième ciel.

Au péril de mon cœur, la malheureuse écorne
Le pacte conjugal et me le déprécie,
Que je ne sache plus où donner de la corne
Semble bien être le cadet de ses soucis. »

Georges Brassens

La Grande Histoire s’est attachée aux pas de Louis XIV, le Roi Soleil, dont les 72 années de règne ont profondément marqué la France (en plus de nombreuses guerres, de l’instauration d’une monarchie absolue de droit divin, de la révocation de l’édit de Nantes, on lui doit le château de Versailles). La petite histoire a retenu le nom de Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart ou plutôt son titre de marquise de Montespan, favorite de Louis XIV pendant plus de 10 ans, compromise dans une sombre histoire d’empoisonnement et héroïne de nombre de romans historiques. Pour la petite histoire, donc, La Montespan fut reléguée aux oubliettes par Mme de Maintenon, une femme très pieuse et, disons-le, quelque peu austère, dernière maîtresse du Roi et qui réussit à s’en faire épouser, ce qui prouve tout de même une forme d’intelligence… (pour ceux que la petite histoire intéresse, lisez « L’allée du Roi » de Françoise Chandernagor).

Jean Teulé, lui, se fiche de la petite histoire ou de la Grande Histoire. Ce qui l’intéresse c’est la poussière sous le tapis de l’Histoire, celle qu’on planque en faisant le ménage et qu’on oublie avec le temps. La poussière, dans le cas présent, s’appelle Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan et époux de La Montespan. Le Montespan, le mari cocu, inconnu pour la Grande Histoire, ignoré par la petite, voilà le « héros » du roman de Jean Teulé. Ses plus grands faits d’armes ? Avoir fait un scandale à la Cour en apprenant que le Roi Soleil se tapait sa femme, avoir décoré son carrosse de bois de cerfs, symboles du mari trompé, et, surtout, avoir osé faire la morale au Roi en personne, ce qui lui valût un séjour en prison puis un exil sur ses terres. Il s’en est tiré à bon compte, le Roi aurait pu le faire exécuter. On ne conteste pas impunément un pouvoir aussi absolu…

Notre « héros » le marquis est donc un mari cocu, amoureux de sa femme (à cette époque les mariages où l’on s’aime ne sont point l’usage), bon vivant mais constamment fauché. Le Montespan est surtout un grand naïf, qui n’a rien compris à son époque. La réputation de coureur de jupons du Roi n’est plus à faire. La cour est un vrai lupanar. Alors quand on a une très belle épouse, que tout homme normalement constitué dévore des yeux, on évite de la mettre sous le nez d’un roi volage et porté sur les plaisirs de la chair. A fortiori quand ladite épouse a la langue bien pendue, possède un don naturel pour se moquer et assassiner d’un trait bien senti ses rivales, qu’elle aime le luxe et qu’elle n’a pas froid aux yeux – dans la vie comme au lit. Et, quand l’épouse prévient à deux reprises qu’elle ne pourra résister longtemps au Roi, on évite de la renvoyer à la cour… Mais le Montespan est un très grand naïf, qui comme tout grand dadais, se trouve surpris quand l’adultère survient. Plutôt que d’en profiter pour tirer un peu de la fortune des caisses du Roi en dédommagement, il préfère réclamer à cor et à cri sa femme et s’époumoner en vain, devenant la risée des courtisans. L’honneur est à ce prix, soit.

J’ai vraiment eu du mal à m’attacher à ce Montespan, personnage un peu pathétique et ridicule. Malgré la plume vive et la verve de l’auteur, sa drôlerie, sa façon de jouer avec les mots et la langue, la cocasserie et le burlesque qui émaillent le récit, cette farce outrancière ne m’a pas totalement convaincue. Le rythme est inégal : certains passages m’ont beaucoup fait rire, d’autres m’ont profondément lassée. Et la vie de Montespan, telle que racontée par Jean Teulé, ne mérite pas qu’on soulève le tapis.

Lire aussi l'avis de Laiezza

samedi 6 septembre 2008

"Un long dimanche de fiançailles" - Sébastien Japrisot

L'avis de Gaël


Il est plus logique de lire un roman avant de voir son ou ses adaptations cinématographiques. Mais le hasard des choses fait que parfois, l'inverse se produit. Ce n'est pas toujours gênant : par exemple, avoir lu “Orgueil et préjugés” de Jane Austen après avoir vu le film de Joe Wright ne m'a aucunement perturbé. Je dois malheureusement avouer que, dans le cas d'“Un long dimanche de fiançailles”, l'expérience n'a pas été convaincante. Déjà parce que Jean-Pierre Jeunet a un univers visuel très fort, et qu'il est difficile de se représenter une histoire sous un autre angle quand on a des images encore fraîches et puissantes à l'esprit. De plus, comment ne pas juxtaposer le visage d'Audrey Tautou à celui de Mathilde, alors que dans le roman il s'agit d'une grande fille à cheveux longs ? Enfin, le fait que les protagonistes ne vivent pas en Bretagne, mais dans les Landes, m'a beaucoup dérangé. Je m'explique : Jeunet a utilisé un gag du livre (Manech venant de Cap Breton [et son prénom se prononçant donc Manèche, et non Manek !], tous les soldats pensaient qu'il était natif de Bretagne) au pied de la lettre pour resituer son histoire. Il a également changé le handicap de Mathilde (elle n'est plus dans un fauteuil roulant, mais claudique dans le film, maladie très courante en Bretagne) pour des raisons évidentes de rythme et d'action. Je n'ai pu m'empêcher, pendant toute la lecture du roman, de penser qu'on m'avait volé une héroïne régionale, ce qui est idiot, chronologiquement parlant. Mais connaissant personnellement certains lieux utilisés comme décors du film, j'avais à jamais associé “Un long dimanche de fiançailles” à ma Bretagne chérie.

Ceci n'a quand même pas complètement altéré le plaisir que j'ai eu à la découverte de ce roman. Japrisot maîtrise l'enquête comme personne. C'est une valse d'indices, de faux-semblants, de chausse-trapes et de signes révélateurs qui se dénoue tout au long du récit, à mesure que Mathilde mène son combat désespéré. Après la lecture de “Piège pour Cendrillon” et le résumé de quelques autres de ses romans, il semblerait que Sébastien Japrisot bâtisse ses oeuvres comme des puzzles, dont chaque pièce doit être retrouvée afin que la vérité éclate enfin. Ses héroïnes, obsédées par le passé, font preuve d'une opiniâtreté et d'une détermination à toute épreuve, défiant toute loi de la logique et de la bienséance, affichant même une attitude absurde face à l'évidence de la situation. À travers la structure de ses romans, Japrisot instaure une mise en abyme. Parallèlement à ses personnages qui reconstruisent des tableaux par petites touches, nous devinons l'auteur qui construit petit à petit son propre roman, guidant le lecteur (ou le trompant), pour l'amener d'une situation initiale à la conclusion.

Ce qui fait d'“Un long dimanche de fiançailles” une pièce unique dans l'oeuvre de Japrisot, c'est sa force d'évocation, notamment de la guerre dans les tranchées. Il m'est arrivé à maintes reprises de revoir les images qui m'avaient envahi après avoir lu “Le Feu” d'Henri Barbusse, roman autobiographique indispensable pour comprendre les événements de l'époque de l'intérieur. Japrisot touche du doigt cette verité-là. Si la première partie du roman peine à décoller au niveau du rythme et de l'intrigue, elle insiste sur l'ignominie et la cruauté de la situation dans laquelle se retrouvent ces cinq jeunes soldats dont la seule faute est d'avoir voulu échapper à une mort certaine et absurde. Et au fil du roman, c'est bien cette première partie qui nous avait paru pénible qui revient en mémoire, comme un sentiment crasse qui colle à la peau et dont on ne peut se débarrasser. Jean-Pierre Jeunet, dans son film, a voulu en faire un spectacle d'artifices, loin de la violence sourde et étouffante des descriptions de l'écrivain. Si Japrisot n'a pas eu la bonne idée de situer son roman en Bretagne, au moins lui a-t-il donné, sans savoir, son caractère.



L'avis de Thom

L'Aristochat est rarement pour votre serviteur l'occasion de grandes découvertes, en revanche il s'avère souvent un bon prétexte pour se livrer à des relectures agréables - voire même pour réévaluer des livres sur ou sous estimés. Concernant Japrisot hélas j'ai bien peur qu'en ce qui me concerne la messe soit dite depuis pas mal d'années : auteur intéressant mais mineur car trop inégal, celui-ci captive presqu'aussi souvent qu'il ennuie... et en ce sens « Un long dimanche de fiançailles » est sans aucun doute son chef-d'œuvre, puisqu'il concentre ces deux aspects antagonistes en trois cent soixante-treize pages tout à la fois intéressantes, énervantes, étonnantes, épuisantes...

Ce n'est pas comme on le prétend trop souvent un roman d'amour ; avant toute autre chose, « Un long dimanche de fiançailles » est l'histoire d'une obsession de moins en moins amoureuse au fil des pages. Une quête éperdue de vérité dans un monde mensonges - celle de Mathilde traversant mille épreuves afin de découvrir le pourquoi du comment de la condamantion à mort de l'homme qu'elle aime. Nous sommes en 1917 mais nous pourrions être en 2040, tout cela n'a dans le fond aucune importance : passé un début de livre semi-épistolaire passionnant l'univers se fige comme dans un manuel, le décor n'est au mieux qu'un décorum et jamais sans doute les années folles n'auront semblées aussi sages. A vrai dire on sera stupéfait de constater à quelle point le film hyper-esthétisant de Jean-Pierre Jeunet est une adaptation fidèle du roman de Japrisot tant elle restitue à merveilles le côté papier glacé du livre ! Seule compte ici l'obsession de Mathilde et elle étouffera tout le reste, personnages, lieux, évènements...

... on en ressort du coup un brin perturbé, car une seule idée peut bien sûr difficilement remplir un roman tout entier. A vrai dire il y a dans ce livre quelque chose d'inhumain, à l'image de cet unique véritable personnage dont la nature monolithique a quelque chose de presque dérangeant. Qui est Mathilde, vraiment ? Qui est-elle et quelle est sa raison d'être ? Si le but était de mettre en relief la vacuité de tout un chacun une fois éloignées ses obsessions les plus intimes, le pari est réussi. Las : il semble que le but ait plutôt été d'émouvoir, ce qui ne manquera pas d'étonner tant « Un long dimanche de fiançailles » est un roman froid et mécanique, aussi dépourvu d'émotion que surchargé de fioritures agaçantes. Très joli et un brin ennuyeux, admirablement construit mais moyennement écrit, il laisse perplexe de bout en bout tant la volonté de rendre le récit fastidieux semble clairement assumée par l'auteur. Le résultat est à double-tranchant : d'un côté on ne peut qu'être impressionné face au réalisme de l'ouvrage (car dans le fond, il n'y a que dans les livres qu'une enquête peut-être bouclée en quelques pages) ; de l'autre on se dit qu'on se fout pas mal qu'un roman soit réaliste, qu'on attend autre chose de la littérature et que le souffle en est une - et non des moindres. Se peut-il vraiment qu'un écrivain se réveille un matin en décidant d'écrire une histoire à rebours de tout suspens, de toute action, de tout ce qui peut faire plaisir dans une lecture ? Sans doute - s'il s'appelle Faulkner. Sébastien s'appelant hélas Japrisot, le résultat est en demi-teinte, et la noirceur romantique de « L'été meurtrier » semble ici bien loin...

Lire aussi l'avis de RêveJeanne

vendredi 5 septembre 2008

"Kafka sur le rivage" - Haruki Murakami

L’homme qui murmurait aux oreilles des chats, par Sandrounette

Prendre un livre d’Haruki Murakami entre ses mains suppose la connaissance de certaines consignes de sécurité :

1) Dès la première ligne et le premier chapitre vous entrez dans un univers onirique, phantasmé et pourtant solidement ancré dans une certaine réalité

2) Vous ne pourrez échapper à un syndrome bien connu, celui des LCA (Lecteurs compulsifs anonymes)

3) Vous aurez les tripes nouées, les ongles rongés et quelques fois les larmes aux yeux jusqu’au dernier mot.

Une fois que ceci est clair, laissez-moi vous conter cela : quelle est le point commun entre un garçon de 15 ans, un vieillard pas très intelligent, une bibliothécaire de 50 ans et un bourreau de chats ?

Chacun est une pièce de puzzle, un fil enchevêtré dans le déroulement de l’action.

Kafka sur le rivage représente une quête symbolique autour de thèmes universels comme la filiation, le destin, l’amour, la mort… Quand la prophétie familiale est trop lourde à porter, il reste la quête de Soi. Tout le monde est à la recherche de sa moitié perdue paraît-il. Avant de la trouver, il faut avant tout se trouver. Cependant, le romancier ne cherche en aucun cas à défendre des idées spirituelles quelconques. Le lecteur bascule avec les personnages dans un univers qui les dépasse, tout doucement, sans même s’en rendre compte, comme une croisière tranquille sur des eaux brumeuses.

Ce livre ne se résume pas, il se vit. Comment expliquer ce sentiment étrange et pénétrant de tristesse, de spleen quand on referme l’ouvrage pour la dernière fois ? Pour terminer, j’emprunte les mots de Zaph qui expriment également mon ressenti :

« Pour paraphraser l’aphorisme qui dit que le silence après Mozart est encore du Mozart, longtemps après avoir refermé un livre de Murakami, cette ambiance étrange et nostalgique si particulière continue à me bercer. Et ces personnages si attachants à m’accompagner comme des ombres. »

Lire aussi les avis de Zaph, Livrovore et Laiezza