samedi 31 mai 2008

Dennis Lehane - On solde !

Les Chats sont (presque) unanimes, par Thom

Et voilà. Aujourd'hui s'achèvent le cycle des Chats consacré à Dennis Lehane, Dixième Aristochat depuis la Création - premier de la nouvelle ère moderno-bloguienne.

Je ne sais pas si vous avez été intéressés par cette activité et les débats qui ont suivi (dont un plutôt houleux !) mais nous, ça nous a plutôt bien branchés et il me semble bien que Dennis Lehane est passé à deux doigts de détrôner les indétrônables Philip Roth et Jean Teulé dans le coeur des Chats. Rarement un Aristo aura fait une telle unanimité dans nos rangs...à tel point qu'à l'heure des bilans je me demande s'il est bien nécessaire de publier cette petite note de synthèse...

Voici donc quelques réactions post-Aristo, mais auparavant je profite de l'espace qu'on me donne (on ne m'en donne jamais vous savez ? Chez les Chats je suis juste là pour les corvées) pour attirer votre attention sur la critique de Catherine, chez nos confrères de Biblioblog. Pourquoi ? Tout d'abord parce qu'elle a commenté l'un des seuls livres de Lehane que les Chats n'ont pas commenté - son récent recueil de nouvelles : "Coronado". Ensuite et surtout...parce qu'elle l'a lu dans le cadre de l'Aristochat, elle aussi. Et ça, c'était une fort agréable surprise qui méritait qu'on la remercie (et qu'on l'encourage à participer au prochain Aristo !!!).

Dans le même ordre d'idée (quoique ce soit moins étonnant, car le gaillard a déjà sévi à propos de "Mystic River"), saluons le soutien amical de Yohan, qui s'est joint à nous le temps d'une (comme d'habitude) très bonne critique du "Dernier verre avant la guerre".

Merci à tous les deux, au nom de tous les Chats !

Ce passage de druckérisation achevé...je vous propose de jeter un oeil au bilan des Chats.



Gaël

De Dennis Lehane, je ne connaissais que l'adaptation de "Mystic River"de Clint Eastwood, ainsi que les articles de Gaëlle et de Thom. Je n'ai lu que "Un dernier verre avant la guerre", et j'ai enchanté. Noirceur de l'âme humaine décortiquée, associée à des rebondissements haletants et un humour imparable. J'adoooooooooore! Ca me réconcilie avec les Aristochats !

(NDLR : Gaël avait eu maille à partir, il y a quelques mois, avec un certain Luis Sepulveda... s'en était suivi un combat à mort entre eux - remporté par Gaël... par K.O. !)



Ingannmic


Je connaissais un peu cet auteur pour avoir lu, sur les conseils avisés des chats, Shutter island (que j'avais adoré) et "Un dernierverre avant la guerre", qui m'avait permis de faire la connaissance des détectives Gennaro et Kenzie. A part "Sacré", qui m'a vraiment déçue, les 2 autres titres que j'ai lus (Ténèbres.. et Gone) m'ont confortés dans l'idée que Lehane est effectivement un grand auteur, que l'on ne peut pas cantonner à la catégorie "polar". En effet, au-delà des enquêtes policières menées par ses personnages, il nous fait nous interroger sur la nature imparfaite de l'homme et sur la relativité du bien et du mal. Il me reste encore plusieurs titres à lire, ce que je ne vais pas manquer de faire.



Jeanne

Je n'ai pas aimé les deux livres que j'ai lu de lui, mais j'ai apprécié son receuil de nouvelles Coronado. Vous ne le trouverez pas sur ma LAL. Il ne m'a pas assez impressionnée.



Laiezza

Bilan mitigé, en ce qui me concerne : un que j'ai adoré ("Mystic River"), un que j'ai bien aimé ("Ténèbres..."), et un que j'ai trouvé pas mal, sans plus ("Un dernier verre..."). Ceci dit, du point de vue de l'écriture, j'ai vraiment la sensation d'avoir rencontré un grand écrivain qui m'était inconnu (et que je n'aurais pas rencontré autrement, vu que spontanément, je ne vais pas vers le polar). Je relirai donc Lehane prochainement (il me reste d'ailleurs "Gone..." en stock).

(NDLR : pour des raisons techniques, la critique de "Ténèbres, prenez la moi la main" par Laiezza n'a pas été publiée dans nos pages... mais vous pouvez bien sûr la retrouver sur 115th Dream)



Livrovore

Je ne connaissais pas du tout Lehane, je n'en ai lu qu'un (Shutter Island), et ça a été un coup de coeur ! Je relirai très certainement cet auteur.



Sandrounette

Comme à chaque fois, l'Aristochat m'a permis une vraie découverte. J'ai eu le temps de lire seulement "Un dernier verre avant la guerre" mais "Ténèbres prenons-nous la main" est dans ma PAL. Je compte bien continuer ma découverte de Lehane dans l'avenir.



Zaph

Je n'avais jamais lu Lehane, et je ne regrette vraiment pas de l'avoir fait!
J'ai adoré "Mystic river", qui pour moi est un grand livre.
J'ai aussi passé un très bon moment avec "Shutter island", qui à mon avis est une chouia en dessous, parce qu'il y a un côté "performance" d'écriture dans ce livre, dont Lehane peut très bien se passer.
En plus, ça faisait un bout de temps que je n'avais pas lu de roman "noir", et ça m'a fait d'autant plus plaisir.
Je relirai certainement cet auteur à l'occasion.



Dennis Lehane chez les Chats :
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"Shutter Island" - Dennis Lehane

L'avis de Livrovore


Deux Marshals, Teddy et Chuck, sont envoyés sur l'île de Shutter Island pour enquêter sur la disparition d'une détenue. Cette île abrite un hôpital psychiatrique dont les prisonniers sont dangereux et violents, et Rachel Solando a réussi à s'échapper de sa cellule pourtant fermée à clé de l'extérieur.

C'est mon premier Denis Lehane, et j'ai été littéralement scotchée. Positivement scotchée, je veux dire. Au début, pendant de longues pages, l'enquête fait son petit bonhomme de chemin, on suit les deux protagonistes sur leur piste, tranquillement, on ne s'inquiète pas trop même si c'est sacrément bizarre comme histoire. Mais ça marche, j'ai suivi docilement le récit.

L'atmosphère est oppressante, on cherche le moment où ça va « péter », on tourne chaque page avec précaution.

Et puis d'un seul coup, tout s'accélère, il se passe plein de choses. L'auteur sait nous tenir en haleine. J'étais pendue au suspense tout en essayant de comprendre, de trouver une solution à l'enquête moi aussi.

Le roman m'a paru très cinématographique, je veux dire qu'en le lisant on a un film dans la tête. Un film d'action, un de ceux qui font battre le cœur et sursauter.

Et puis la fin m'a bien surprise, je ne m'y attendais pas. Denis Lehane a réussi à me retourner le cerveau dans un sens et puis dans l'autre, jusqu'à me perdre. Belle prouesse.

Ce livre, on a envie de le relire après l'avoir terminé. Pour tout revoir d'un autre œil, maintenant qu'on connaît la fin. J'ai relu deux fois le dernier chapitre, et ça me turlupine encore.



L'avis de Zaph

Laissez-moi vous donner un conseil, voulez-vous ?
Si vous êtes un U.S. marshal envoyé en mission, ne vous laissez pas déposséder de votre flingue dès le début du chapitre deux.
Surtout si votre mission se déroule dans un pénitencier psychiatrique réservé aux déments criminels les plus dangereux, situé sur une île inaccessible, de surcroît menacée par une terrible tempête, et que vous êtes chargé de retrouver l'un d'eux mystérieusement disparu.
Vous pouvez parier que les choses ne vont pas se dérouler de manière optimale.

Je suis assez d'accord avec Thom, en fait: ce roman a été en partie tué par les quarante critiques qui en ont été faites. Sauf que pour moi, Thom, il a été tué par la tienne, puisque je n'en avais lu aucune avant !
Mais soyons juste: même si on sait des choses qu'on ne devrai pas savoir, on passe quand-même un moment très fort. Parce que l'ambiance construite par Lehane dans ce lieu complètement dingue (c'est le cas de le dire) est est absolument pétrifiante. Et puis les deux personnages principaux sont terriblement vivants et et remarquablement dessinés.

Donc, même si on vous l'a déjà raconté quarante fois, je vous conseille quand-même de le lire. Ça en vaut la peine.

A lire également chez les Chats, les avis de Sahkti, Thom & Jeanne

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vendredi 30 mai 2008

"Les dépossédés" - Ursula Le Guin

La SF comme j'aime, par Zaph


Urres est une planète dominée par une société très hiérarchisée, où règne l'économie libérale, la consommation, et le machisme. Une planète qui ressemble un peu à la Terre version U.S.

Anarres, planète jumelle, abrite une société de type 'utopie anarchique', égalitaire, sans gouvernement monolithique. Toute notion de possession y a été abolie, jusqu'au niveau familial, où la relation de dépendance entre parents et enfants est réduite au minimum.

Anarrès a été peuplée à l'origine par des rebelles dont Urrès n'était que trop heureuse de se débarrasser. Depuis, les deux planètes se regardent en chiens de faïence, limitant les contacts à quelques échanges commerciaux et publications scientifiques.

Shevek, un jeune et brillant, mais quelque peu naïf physicien d'Anarrès, après avoir lu quelques articles en provenance d'Urrès, brûle de curiosité de connaître cette planète et ses chercheurs, et qui sait, peut être d'amorcer un rapprochement entre les deux mondes.
Un jour, il s'embarque à bord d'un des rares cargos en partance pour Urrès, et y est accueilli à bras ouverts.

Mais Shevek est sur le point d'accoucher d'une théorie physique révolutionnaire du Temps, qui aurait des applications capitales dans le domaine du voyage spatial. Quelles sont donc les motivations réelles d'Urres pour accueillir Shevek?
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Ce roman est passionnant.
On ne peut s'empêcher, en le lisant, de réfléchir à la possibilité d'autres systèmes sociaux et politiques que le mode dominant d'économie libérale qui passe à notre époque pour l'unique système viable.

Malgré une critique à peine voilée de notre société, Le Guin ne tombe pas dans le manichéisme et n'épargne pas les faiblesses de l'alternative.
Le "système anarchique" semble ne conserver sa cohérence que grâce à une sorte d'embrigadement très fort -bien qu'inconscient, une diabolisation de "l'autre" qui inspire la peur de tout autre système, considéré a priori comme mauvais.
On se demande même si le système d'Anarrès est capable de tenir le coup une fois confronté à un système plus individualiste. Est-ce qu'Anarrès n'est pas condamnée à rester isolée?
Le roman s'ouvre d'ailleurs très joliment sur le symbole d'un mur. Un mur tout à fait franchissable physiquement, mais c'est une sorte de barrière mentale qui empêche les gens d'Anarres de le traverser, de se confronter à l'autre.

Plein d'autres thèmes intéressants sont abordés, comme par exemple la valeur du couple dans une société libertaire, ou encore le dogmatisme social comme remplacement du dogmatisme religieux.

Bref, c'est à un vrai choc des civilisations que nous assistons entre ces planètes soeurs, ce qui n'est pas sans évoquer certains discours récurrents dans les media d'aujourd'hui.

Mais rassurez-vous, rien de tout cela n'est lourd, car il y a bien un récit, et il est mené de main de maître.
La SF comme je l'aime.

"It is hard to swear when sex is not dirty and blasphemy does not exist."

***

Pour terminer, un petit poème d'Ursula :

In the Third Year of the War

I used to stand in this corner window
to wave to my children setting off
down the hill to school with their lunch boxes,
and they'd turn and wave to me.

At Christmas the tree goes in this window,
and all year I keep flowers in it,
close to the glass, so we inside
and people passing by can see them.

Last year I put a Peace sign in the window
with an electric candle behind it
that comes on at twilight. Last month I started
sticking a piece of paper with the number,

the day's count of the dead, in the window.
Now almost every day I have to change it,
to add one, or four, or seven
to the number of the brave children.

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Ursula Le Guin

Aujourd'hui, nous étudions les Ursula, par Zaph


La première Ursula célèbre est cette créature sculpturale sortant de la mer en mini-maillot dans je-ne-sais-plus-quel-film-de-James-Bond * qui a marqué de manière indélébile plusieurs générations d'adolescents mâles boutonneux.

La seconde Ursula joue le rôle de l'horrible sorcière des mers dans le dessin animé "La Petite Sirène".

Il y aurait donc dans ce prénom un indiscutable élément marin, mais avant de conclure hativement que toutes les Ursula sont des créatures marines, voici qu'une troisième Ursula (ma préférée) vient réduire à Néant cette théorie foireuse.

Ursula Le Guin s'intéresse heureusement plus aux étoiles (non de mer) qu'aux bigorneaux.
Elle a publié une masse de livres : romans (une vingtaine), poésie, essais, nouvelles (une centaine), livres pour enfants, traductions (dont une traduction remarquable du Tao Te King).

En science fiction, on peut citer par exemple comme références "The Left Hand of Darkness", "The Dispossessed" et "Always Coming Home".

Ses livres les plus connus sont probablement l'épopée fantasy d'Earthsea (ah ben tiens, on retrouve la mer, comme quoi , ma théorie n'était peut être pas si foireuse).
Le premier livre de la série Earthsee est paru en 1960 et raconte l'apprentissage d'un jeune orphelin envoyé dans une école de sorcellerie après qu'on eut découvert chez lui des pouvoirs magiques.

Ca ne vous rappelle rien ?


* NDLR : James Bond contre Dr Ursulaaaaaaaa-oh-nooooooo...

jeudi 29 mai 2008

"J'ai épousé un communiste" - Philip Roth

Les Aristochats sont éternels, par Ingannmic


Années post-seconde guerre mondiale, Etats-Unis. En ces temps de guerre froide il ne fait pas bon être sympathisant communiste. C’est ce que va apprendre à ses dépens Ira Ringold, homme d’extraction modeste et peu instruit, bâti comme un colosse, qui va être initié par un camarade d’armée à l’idéologie marxiste. Devenu célèbre en tant qu’acteur pour la radio, sa carrière finira par pâtir de ses convictions. Lui-même peinera à trouver un juste équilibre entre son engagement politique et une vie privée marquée par son union avec Eve Frame, ex-star du muet. Les relations avec son épouse sont en effet tendues en raison de l’omniprésence de Sylphid, la fille de 23 ans d’Eve, qui entretient avec sa mère des rapports particulièrement malsains.
Aujourd’hui âgé de 90 ans, son frère, Murray Ringold, professeur d’anglais à la retraite, évoque longuement son destin à l’attention de son ancien élève Nathan Zuckermann. Ce dernier, ayant fait la connaissance d’Ira alors qu’il était étudiant, nourrissait pour lui une profonde admiration.

J’avoue avoir eu du mal à commenter une telle œuvre… Oh, pas de doute, je l’ai adorée. De là à expliquer pourquoi… D’un côté, ce livre m’a plu pour de multiples raisons, et en même temps, j’ai simplement envie de dire qu’il est génial –au sens strict du terme-, que cela se passe d’explications, et… lisez-le ! Mais comme ce serait trop facile, je vais malgré tout développer un peu.
« J’ai épousé un communiste » parvient à être à la fois le remarquable portrait d’un homme, un témoignage sur une partie de l’histoire américaine souvent occultée, et une démonstration de la difficulté de l’individu à composer avec ses faiblesses et à vivre en bonne intelligence avec autrui (surtout quand il est différent). Philip Roth utilise un procédé qui permet une approche du personnage central éclairée par différents points de vue : Nathan, le narrateur, rapporte ce que lui relate Murray à propos d’Ira, et l’enrichit de sa propre expérience, ce qui ajoute à la crédibilité dudit personnage.
Le caractère intransigeant du héros met en évidence les injustices que subissent la classe ouvrière, soumises à des conditions de travail déplorables, ainsi que les communautés juives et noires, en butte au racisme et à l’antisémitisme ambiants. En parallèle, un regard critique est porté sur l’aveuglement des partisans communistes, qui refusent d’admettre le totalitarisme du régime soviétique. Vous l’aurez compris, l’auteur ne verse ni dans le manichéisme, ni dans la propagande, mais apporte une vision plutôt objective des ces Etats-Unis d’après-guerre. De plus, il nous amène à réfléchir sur un constat qui dépasse le contexte historique du récit : au-delà des idées, aussi nobles soient-elles, il semblerait que la nature de l’homme le pousse davantage à écouter ses désirs personnels qu’à se dévouer à l’intérêt collectif.

A lire également, si le cœur vous en dit, la chronique de Thom
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mercredi 28 mai 2008

"L'élégance du hérisson" - Muriel Barbery

Parce que nous sommes comme eux ? par Rêvejeanne


Après ce que j'en avais appris dans les critiques je n'attendais pas beaucoup de ce livre.

Personnages stéréotypés voilà une combinaison de mots qui me rend allergique. Mais la polémique m'ayant rendue curieuse je suis allée le chercher à la bibliothèque « juste pour voir ». Je ne le regrette pas.
L'histoire de ce livre : l'amitié qui naît entre une concierge érudite (hérisson l'élégant) une adolescente intelligente suicidaire et un japonais intelligent. Avec une fin absolument digne d'un hérisson.
On ne peut pas ne pas s'en apercevoir, ce n'est pas un livre de 200 mots. Non il me fallait bien un dictionnaire pour comprendre certaines phrases. Mais ça n'a pas dérangé la lecture, je crois même que c'est fait express (pour le lecteur ça pourrait être assez énervant de savoir qu'il connaît moins de mots qu'une concierge !) comme le choix de personnages stéréotypés est fait exprès. Renée (Mme Michel), la concierge érudite, Paloma l'adolescente suicidaire très intelligente et sa soeur Colombe pas trop intelligente, Manuela la femme de ménage très bonne cuisinière, les riches habitants de l'immeuble. Et M. Ozu le japonais riche. Riche, pauvre, intelligent, moins doué, jeune, vieux. Des stéréotypés et nous les lecteurs risquons d'avaler cette description du décor sans hésitation. Parce que nous sommes comme eux ? Ils vivent tous dans leur propre cocon, méprisant tous ceux qui n'appartiennent pas à leur propre classe ou ne pensent pas comme eux. En créant des rituels ils essaient de donner un sens à leur vie. Parce que, et voilà le message de ce livre, la vie même n'a pas de sens. Il existe de beaux moments, il faut en profiter. Nous avons l'Art, la musique, l'amitié, mais en fait on ne diffère pas beaucoup des animaux : on vit et on se reproduit. La différence la plus importante, l'homme en est conscient. Ce qui ne rend pas la vie plus facile.

A lire également, chez les Chats :

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mardi 27 mai 2008

"Vie et passion d'un gastronome chinois" - Lu Wenfu

La gastronomie contre-attaque, par Mbu


Lorsque l’on m’a prêté ce livre, malgré les carottes sur la couverture, je n’étais pas très en appétit. C’est donc parce qu’il fallait que je le rende que je l’ai ouvert, curieuse quand même des petits plats inhabituels que j’allais y découvrir mais curieuse surtout de savoir comment l’auteur allait parvenir à faire une bonne histoire sur un thème comme celui-là. Et j’ai été surprise en bien, comme on dit chez moi (j’adore cette expression) : dés le début, ce petit roman au ton léger et plein d’humour (et ça, c’est un joli tour de force, si l’on tient compte du fait qu’il traite de 40 ans de vie et d’histoire dans la Chine contemporaine) m’a accrochée.

Nous sommes à Suzhou (encore ! je vais finir par avoir très envie de voir Suzhou !), petite ville réputée pour sa gastronomie. Le jeune Gao Xiaoting observe quotidiennement le rentier épicurien Zhu Ziye mener une vie oisive entre les trois repas raffinés qu’il prend chaque jour. Gao, pauvre, bénéficiant de la « charité » du goinfre, se sent humilié et promet de se venger. C’est ce qu’il fera quelques années plus tard lorsque, jeune communiste idéaliste, il s’attaque à la cuisine de Suzhou, confondant son idéalisme populaire avec sa rancune. Mais l’adversité lui réserve bien des surprises, et son extrémisme est bien gentil comparé à celui de certains révolutionnaires : ainsi se trouvera-t-il patron d’un restaurant de luxe ou, un jour, debout aux côtés de son « adversaire », avec une pancarte « agent du capitalisme » autour du cou. Et surtout, sa vie restera toujours liée à celle de Zhu, avec lequel il va partager plus qu’il n’aurait jamais cru et surtout voulu. Jusqu’à devoir mettre un peu d’eau dans son alcool de riz.

Ce petit roman est écrit à la première personne, du point de vue de Gao dont les déboires font beaucoup sourire. Il faut dire ici que ce n’est pas l’un ou l’autre personnage qui gagne le duel, mais la gastronomie chinoise, qui a la vie dure, très dure. Et on s’en réjouit ! Dans un pays où, pour saluer, on dit : « Bonjour ! As-tu mangé ? » Allez, je vais aller manger une morce.

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lundi 26 mai 2008

"Un dernier verre avant la guerre" - Dennis Lehane

L'avis de Gaël

Amis depuis l'enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d'une église de Boston. Un jour, deux sénateurs influents les engagent pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels.
Ce que Patrick et Angela vont découvrir, c'est un feu qui couve "en attendant le jet d'essence qui arrosera les braises". En attendant la guerre des gangs, des races, des couples, des familles.

Ah, Boston! Son histoire, son architecture, sa culture, ses universités, ses écrivains (Nathaniel Hawthorne, Henry James, Edgar Allan Poe, entre autres) et... sa guerre des gangs! Oubliez toutes les images de carte postale que vous avez de cette ville. Dennis Lehane utilise sa cité natale au fil de ses romans comme décor à ses héros torturés. Dès ce premier roman, Un dernier verre avant la guerre, l'auteur fait de la capitale de la Nouvelle-Angleterre un personnage à part entière, une entité tantôt grouillante, tantôt désertique, qui recèle les secrets d'une Amérique bien propre et enfouit ce qui s'écrit au dos de la carte postale. On verra passer Boston, dans ce thriller, de l'aspect newyorkesque du downtown commercial empli de monde au décor post-apocalyptique des quartiers abandonnés, une ville où le soleil ne s'arrête jamais vraiment et où la pluie ne nettoie plus grand-chose.
C'est dans ce décor que nous découvrons les premières aventures du couple vedette de l'oeuvre de Lehane : Patrick Kenzie et Angela Gennaro, duo aussi séduisant que meurtri. La qualité première de ces personnages est leur ancrage dans une réalité sociale palpable. Loin des héros de thrillers et des détectives cocasses de romans policiers, Pat et Angie s'intéressent aux secrets des autres pour oublier leurs propres cicatrices, maniant un humour à la fois irrésistible et désabusé, dernier rempart pour échapper à leurs démons, à la folie, à la mort. Lehane entoure ses protagonistes de personnages tantôt attachants, tantôt détestables, jouant sur les apparences trompeuses et les clichés du genre. Il développe également une richesse thématique poignante, de l'enfance traumatisée à la cohabitation raciale, fondement même de la société américaine. Si l'intrigue de Un dernier avant la guerre ne pêche pas par excès d'originalité (mais ne reprochait-on pas déjà des défauts d'intrigues à Raymond Chandler, un des pères fondateurs du genre), l'auteur nous démontre un talent exceptionnel (notamment pour un premier roman) dans l'art des scènes marquantes (le face-à-face des gangs au cimetière, la course-poursuite dans la gare) autant que dans l'étude de caractères.
Lehane a digéré les meilleurs ingrédients du roman noir et du thriller, mêle suspense et interrogations sociales et humaines, et enrobe son roman dans un rythme effréné, sans oublier une pincée d'humour acide. Une recette à déguster avec soin et à consommer sans modération.



L'avis de Laiezza

Aussi bien écrit, mais plus traditionnel, que "Ténèbres prenez-moi la main", ce premier épisode des aventures de Patrick Kenzie et Angela Genaro, est aussi le tout premier roman de Dennis Lehane. C'est sûrement pour ça que le résultat, s'il dispose déjà les obsessions récurrentes de l'auteur (misère sociale, violence en chacun de nous, fantômes de l'enfance...), s'avoue moins convaincant.
Les deux détectives y mènent une enquête à hauts risques, impliquant différents notables de Boston, et semblant liée à la guerre des gangs qui agite la banlieue environnante. C'est l'occasion pour l'auteur de se livrer à une série de portraits pour certains poignants, pour d'autres très drôles. Aucun personnage ne laisse jamais indifférent, et certains passages sont complètement prenants.
Pourtant, il manque encore quelque chose, qui se retrouve dans les autres livres de l'auteur (ceux que j'ai lus, en tout cas) : la "transcendance". Dans "Un dernier verre avant la guerre", on a quand même affaire à un roman policier assez classique, avec une intrigue un peu convenue, et un duo de héros attachant mais "déjà vu". C'est dommage, mais c'est un début (de carrière, et de série), et il aurait sûrement fallu que je commence par ici, pour l'apprécier à sa juste valeur.



L'avis de Sandrounette

Il est difficile de passer après Gaëlle et Thom dans l'éloge de Dennis Lehane. Je vais quand même m'y essayer. Je pense qu'il n'est pas nécessaire de resituer l'intrigue ni les personnages, mes chamis l'ont très bien fait avant moi. Je voudrai parler des émotions procurées par ce petit bijou : j'ai eu du mal à me plonger dans le roman : l'incipit est surfait, on ne cerne pas du tout le personnage de Kenzie. Je me suis dit "Ouais bon, encore un polar sans grand intérêt". Et là, ô stupeur, je n'ai pas pu lâcher Kenzie et Angie. J'ai ressenti la peur dans leur ventre, la sueur sur leur visage, les bleus sur leur corps.

Je suis dans la lignée de la critique de Thom : pour un premier roman, je suis soufflée! Je n'ai plus qu'une seule idée en tête : lire le second de toute urgence !!!!!!!!



L'avis de Sandriiine

Nous suivons un duo de détectives sur les traces de documents compromettants. Si compromettants que plein de gens armés suivent le duo de détectives...

Cela pourrait être un polar terriblement banal si Lehane n'avait pas si bien croqués ces deux personnages principaux. Ils sont en morceaux à l'intérieur, plein d'une colère froide qui n'attend que de choses pour sortir.

Le discours est déjà amer, ils veulent s'en sortir et on sait sans avoir lu les autres livres de la série que c'est quand même mal parti pour eux. Trop de souffrances rentrées, trop de cauchemars...

La chute a commencé mais ils ne sont pas encore au courant, ils pensent s'en sortir, le veulent-ils réellement?

A la fin du livre, ils sont , dans mon imagination, marqués d'une ride prononcée sur la joue, une ride d'amertume contenue, avec les yeux qui tombent un peu. Vous savez, cet air que l'on a quand on comprend qu'un jour tout finira, que ce jour approche et qu'on aura pas fait le dixième de ses rêves, qu'on ne sera pas le héros qu'on aurait tellement voulu être...

A lire aussi, si le coeur vous en dit, les avis de Thom & Claude !

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samedi 24 mai 2008

"Podium" - Yann Moix

Du C.L.O.C.L.O. au J.C.V.D. ?! par Lhisbei


Après l’épisode Anissa Corto j’avais envie de donner une seconde chance à Yann Moix. Comme j’avais bien aimé Podium (le film) je me suis laissé tenter par Podium (le livre).

Je retrouve donc avec plaisir Couscous alias D. Jérome qui narre l’histoire, la vie et l’œuvre de Bernard Frédéric, sosie free-lance de Claude François. Bernard Frédéric pense plutôt être le fils spirituel voire la réincarnation de Claude François. Comme son idole il est perfectionniste, colérique, déraisonnable. Mais il est aussi un type des plus antipathique : grossier personnage, ringard, pingre, irrespectueux, névrosé, raciste, anti-homosexuel... Et pourtant il fait rire. Le roman se lit d’une traite, il est drôle (et il faut tenir sur 446 pages) et propose au passage quelques réflexions sur la notoriété, la difficulté d’être quelqu’un, le fanatisme et la connerie des être humains aussi.

Yann Moix est à la fois un auteur inventif : le très élaboré calendrier claudien en annexe en est un exemple (les autres annexes sont tout aussi jouissives), le C.L.O.C.L.O qui désigne les sosies officiel avec passage d'un concours et major de promo comme pour une école de commerce, les notes en bas de pages qui ancrent le récit dans la réalité. Mais c'est aussi le roi du recyclage. D’abord il pompe des passages de ses anciens bouquins (page 153 il reprend un très long paragraphe sur les « mecs » tiré d’Anissa Corto). Ensuite Bernard Frédéric philosophe comme Jean Claude Van Damme. Exemple : page 44 Bernard Frédéric nous sort "l’eau s’est mieux pour se recréer. Parce que l’eau peut te nourrir, mais aussi l’eau peut te porter. Parce que l’eau a des lois magiques ! L’eau peut tenir des cargos dans le mer, des milliers de tonnes d’acier. C’est quelque chose qui a beaucoup de dimensions, l’eau". Et Jean Claude Van Damme a dit : "L'eau c'est quelque chose de concret mais pas concret. Parce que l'eau... peut me nourrir, mais aussi l'eau... peut me porter. Parce que l'eau... a des lois magiques. L'eau peut tenir des cargos dans la mer, des milliers de tonnes d'acier... C'est quelque chose qui a beaucoup de dimensions l'eau."
Et ça remet ça page 54 avec le très subtil "une noisette je la casse entre mes fesses", page 55 "Les cacahuètes c'est le mouvement perpétuel à la portée de l'homme" et "Entre toi et moi il y a un produit qui s'appelle un produit, une molécule qui s'appelle l'oxygène, alors si tu fais ça (inspiration/expiration) comme ça, tu vis, mais si je tue l'oxygène comme sur la lune, tu meurs !!". Et c’est sans compter les tics de langage ("compidation" pour compilation, "se recréer", les mots anglais dans ses phrases…) Alors Bernard Frédéric, sosie de Claude François ou plagiat de Van Damme ?

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vendredi 23 mai 2008

"La fin des temps" - Haruki Murakami

Au pays des merveilles sans merci... , par Ingannmic

Ce roman nous plonge, en alternance, au cœur de deux mondes. Dans l’un, un vieux savant farfelu charge un informaticien de coder les programmes relatifs à ses travaux ultra secrets et, selon leur auteur, d’une importance capitale. Dans l’autre, le narrateur est nouveau venu au sein d’une mystérieuse cité ceinte de hautes murailles, de laquelle seuls peuvent sortir les troupeaux de licornes qui y vivent. Au fil du récit, le lien va se faire de plus en plus étroit entre ces deux univers, jusqu’à l’ultime fusion…

Je considère Murakami comme un magicien : dans chacun de ses récits, il déploie une imagination fabuleuse, au sens propre comme figuré du terme. Ainsi que je l’ai déjà mentionné (sur l'ancien forum), lire l’un de ses romans, c’est comme entrer dans un rêve : on a l’impression d’évoluer dans le monde réel, et puis survient un évènement surnaturel ou juste une légère anomalie qui nous détrompent, mais de façon très subtile ; on n’est jamais vraiment ni dans le fantastique ni dans le prosaïsme de la réalité. Disons plutôt que l’on flotte entre les deux…De plus, comme dans les songes, même les dangers ne semblent pas réellement crédibles ou fatals. Les personnages les subissent avec une certaine philosophie et une inquiétude toujours très mesurée.
La fin des temps ne déroge pas à la règle. C’est un livre qui pour moi regorge de poésie ; rien que le sous-titre donné à l’un des deux mondes laisse rêveur : « pays des merveilles sans merci »… Et puis, comme à son habitude, l’auteur nous abreuve de références musicales et littéraires extrêmement diverses, ajoutant à la richesse du récit. Enfin, il réussit, par ces allers-retours entre ces univers parallèles, dans lesquelles l’histoire se déroule avec une lente progression, à distiller un suspense très prenant.

Bref, J’ADORE MURAKAMI !

jeudi 22 mai 2008

"Brooklyn Follies" - Paul Auster

Soyons fous, lisons Paul Auster, par Zaph

Youpy! Je suis réconcilié avec Paul Auster.
Ce que j'avais contre lui? Bah, j'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer ici ou là, mais peu importe. Nous n'allons pas étaler sur la place publique d'anciens griefs qui n'ont plus cours, puisque nous sommes réconciliés. Enfin moi, car je ne pense pas que Paul m'ait jamais adressé le moindre reproche.

Et le plus fort, c'est que deux phrases ont suffit. Les premières du livre:
"I was looking for a quiet place to die.
Someone suggested Brooklyn, and so the next morning I travelled down there from Westchester to scope out the terrain..."

Non mais, Brooklyn, un coin tranquille pour mourir; vous vous rendez compte? Ces quelques mots évoquent tant de choses que je me doutais déjà que ce livre serait un coup de coeur.
Parler légèrement des choses graves et pas forcément gravement des choses légères, voilà quelque chose qui fait du bien.

Ce qui me fait aussi du bien, maintenant, c'est quand on me pose la question "que penses-tu d'Auster, c'est un des plus grands écrivains vivants, non?", je ne dois plus répondre "euh, bof", puis essayer de détourner la conversation.
Non pas qu'on me pose la question tous les jours dans la vie réelle. Il est même probable que la plupart des personnes qui m'entourent, bien qu'intelligentes et respectables, n'aient qu'une très vague idée de qui est ce monsieur. Non, c'est plutôt par rapport à moi-même.

Ce que raconte ce livre, c'est peu de chose et c'est beaucoup. C'est l'histoire de Nathan, un homme vieillissant, malade, résigné à s'enfoncer dans la solitude, qui croit sa vie pratiquement finie et globalement ratée. Mais l'approche de la mort va justement l'amener à considérer les choses différemment.
"Tant qu'il y a de la vie, il y a de la vie", dit Vonnegut. Et ce livre en est une magnifique illustration.

Et puis, Auster réussit à créer des personnages de fiction plus vrais que nature (la chose la plus difficile en littérature?). C'est à dire qu'on y croit complètement. Ils sont réels. Et j'irais jusqu'à dire qu'ils nous apprennent sur la vie plus de choses que n'importe quelle personne de chair et d'os.
Enfin, j'exagère un tout petit peu. Mais tout ce que j'ai appris sur la vie, je l'ai appris dans les romans. Bah oui, j'ai pas eu de grand frère, et j'ai jamais été capable de tirer des enseignements de mes propres erreurs.

Bon, je ne dirais pas qu'il n'y a aucun défaut dans ce livre, comme par exemple ces dix pages qui résument six mois capitaux de la vie d'un personnage qui éclairent tout le roman, sous forme d'extraits de dialogue. C'est un peu lourd, mais on pardonnera aisément ce défaut mineur en regard du plaisir que procure cette lecture.

En fait, c'est un livre optimiste. Et même quand on est un indécrottable cynique, ça fait du bien, de temps en temps, un peu d'optimisme.

Finalement, quand on sait regarder les évènements et les gens d'une certaine manière, quand on sait entendre la petite "musique du hasard", on peut finir par croire que Brooklyn est effectivement "a quiet place"; mais pas seulement "a quiet place to die"; aussi surtout "a quiet place to live".

mercredi 21 mai 2008

"Un Homme" - Philip Roth



Une belle leçon de mort ! par Laiezza


Il y a des concerts de louanges qu'il faut savoir relativiser. Mais il y a aussi, plus rarement, des concerts de louanges devant lesquels on doit s'incliner. "Le dernier de livre de Philip Roth est un chef d'œuvre". Si personne n'a dit le contraire depuis sa sortie, c'est tout simplement parce que cela est vrai.
Son histoire est très simple : il s'agit de 154 pages de retour d'un homme âgé, sur lui-même. Le texte est court, d'une simplicité à couper le souffle. Le personnage revoit passer sa vie, une vie presque normale, il n'est qu'un homme - sous entendu : comme les autres. "Un" - article indéfini. Cet antihéros ne sera donc jamais défini, tout le long du roman. Il n'est pas fuyant, il n'est pas transparent, il est juste banal. Sa vie ressemble à bien d'autres vies, pur produit de la classe-moyenne qui a réussi, s'est installé, a construit quelque chose : un univers, confortable, un peu étriqué ; une vie, quoi, qui vaut ce qu'elle vaut, mais à laquelle il est attaché.
Et à présent, la fin se rapproche. Il y pense, comme l'auteur on le devine (Philip Roth est né dans les années 30), il pèse le pour et le contre. On est frappé par sa solitude, tous ces gens autour de lui paraissent en fait lointains, effacés. Comme si plus il se rapprochait de la mort, plus le monde, autour de lui, parlait à voix basse. Au même moment, les voix du passé deviennent tonitruantes. Le personnage manque de devenir moins ordinaire. Une déclinaison de Philip Roth peut-elle, vraiment, être un homme comme les autres ? L'auteur semble dire que "oui". Que tous les hommes sont égaux, face à la mort. La morale de ce livre est une évidence. Il fallait tout le talent de Philip Roth pour la rendre si éclatante, si poignante, si drôle : Philip Roth, même hanté par la mort, n'est pas capable de rester sérieux trop longtemps. Il réussit à parsemer son livre de scènes comiques, légères, comme ces moments de vie qui sur le coup paraissent anodins, et qui deviennent le fondement de la mémoire.
On dit souvent : "ce livre est une belle leçon de vie". Philip Roth, dans "Un homme", donne une belle leçon de mort. Il fallait oser ! Mais comme l'a écrit Thom, dans une très bonne critique de ce livre : "Partir avec un tel roman serait assurément une superbe fin". J'ignore si c'était son idée ; ce qui est certain, c'est qu'après ce livre, Philip Roth pourra, c'est vrai, partir en paix.

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mardi 20 mai 2008

"Dans le Scriptorium" - Paul Auster

Il se passe quelque chose... , par Mbu

Mr. Blank se réveille dans une chambre. Il est âgé. Ne se souvient de rien mais ressent un grand sentiment de culpabilité. Sur un bureau, des manuscrits qui, lorsqu’il s’en approche, provoquent en lui un profond malaise. Une fenêtre condamnée. Une porte qu’il n’est pas sûr d’être verrouillée. Et des personnages qui entrent, lui parlent de missions, de sa responsabilité, lui font prendre des pilules, cherchent à lui soutirer des informations et surtout, écrivent sur les pages blanches (Blank) de sa mémoire.
Qui sont-ils, que s’est-il passé, qui est-il lui-même, voilà des questions auxquelles il va tenter de répondre. Mais surtout, qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est réel ? On va même jusqu’à interroger notre propre existence lorsque le sujet de la narration change.

C’est un sujet difficile à décrire et je n’ai pas le talent de l’aborder vraiment. Surtout, je viens de le finir et il est un peu trop frais. J’ai aimé ce texte et la façon d’aborder ces questions. Je le mettrai dans la même catégorie que Le sein, de Philip Roth. Ces questions, le style du roman étant évidents dés le départ, je n’y ai en revanche pas trouvé l’espace de réflexion, ce silence qui vous prend lorsque vous tournez la dernière page. Quelque chose manque. Je ne saurais dire quoi.
Je retiens néanmoins que je l’avais sur moi lorsque nous avons dû passer la nuit dehors à cause du tremblement de terre. Ne pouvant pas dormir, je lisais. Et le thème rejoignait ce qu’on vivait : il se passe quelque chose, il s’est passé quelque chose, mais on est pas sûr de quoi. Ou plutôt si, mais c’est abstrait. On est pas sûr de comment se sentir, tout semble irréel. Etrange. Bref, le parallèle est peut-être mauvais, mais le malaise était bien réel. Ca a duré l’espace d’une nuit et j’ai terminé la lecture avec beaucoup de détachement, déçue de ne pas avoir plus de matière à réflexion, dans ce texte qui m’a finalement paru trop évident.
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lundi 19 mai 2008

"L'Homme aux cercles bleus" - Fred Vargas

Gimmickologie, par Gaël

Fred Vargas est un auteur très sympathique. J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Il semblerait pourtant que lire l'ensemble de son oeuvre amène le lecteur à perdre la magie qui entoure la découverte de son univers. En somme, trop de Vargas tue la Vargas ! Si je louais avant la cohérence de son monde, faisant croiser ses personnages d'un roman à l'autre et mettant en avant les traits communs attachants qui relient chacun de ses livres, ils apparaissent, au fur et à mesure que je remonte sa bibliographie, comme des gimmicks qui donnent l'impression de lire peu ou prou la même chose. Et si, au fond, Fred Vargas écrivait toujours le même roman ?
C'est effectivement la question qui m'est venue à l'esprit en tournant les pages de L'Homme aux cercles bleus, le roman le plus ancien de l'auteure que j'ai lu à ce jour. Toute la structure qui fera de ses romans suivants des best-sellers attirant des milliers de fans est déjà posée. Le commissaire Adamsberg s'intéresse à une affaire de moeurs anodine en sentant le danger arriver, et est amené à rencontrer une galerie de personnages cocasses, dont trois qui habitent un immeuble dont les étages sont classés selon un certain ordre. Mis à part L'Homme à l'envers, ce résumé colle parfaitement à tous les autres romans de Vargas que j'ai lus. Est-ce un défaut pour autant? Oui et non. Il est vrai que c'est une caractéristique que l'on a maintes fois reprochée à Alfred Hitchcock au cinéma, par exemple, et pourtant cela ne fait pas de sa filmographie une oeuvre mineure. Cependant, Hitchcock profitait de ce schéma classique pour aborder d'autres thèmes, ou le traiter différemment à chaque fois. Il semblerait que Fred Vargas n'ait pas été aussi inspirée que le cinéaste britannique, ou qu'elle n'ait pas son talent. Comme je le disais au début de cet article, l'univers de Vargas apparaît très cohérent d'un roman à l'autre. Mais cette cohérence cache surtout une répétitivité qui saute aux yeux lorsqu'on lit ses polars à des intervalles relativement courts. L'écrivain n'utilise pas une formule pour aborder des thématiques sous un angle personnel, elle décline seulement un schéma dont elle change les motifs. Remplacez les cercles bleus par des quatre noirs à l'envers, et vous obtiendrez Pars vite et reviens tard. Substituez les locataires de Mathilde Forestier aux Evangélistes, et le résultat donnera Debout les morts.
Lorsqu'on lit Agatha Christie, on peut avoir le même problème. Seulement Dame Agatha nous éblouit toujours par son imagination en ce qui concerne les méthodes meurtrières et les rebondissements spectaculaires. Fred Vargas ayant choisi de baser ses romans sur ses personnages et non sur l'intrigue, il ne nous reste plus grand-chose à se mettre sous la dent passé les trente premières pages.

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dimanche 18 mai 2008

"Respire" - Anne-Sophie Brasme

Par Lily-la-peste


C'est le livre d'une jeune prodige de 17 ans qui a vécu une carrière normale de livre d'une jeune prodige de 17 ans. Ca veut dire que :

- on a changé la pauvre fille en phénomène ( = regardez comme elle est jeune, genre c'est exceptionnel d'être jeune)

- on a jugé le roman avec condescendance bienveillante (= pas un chef d'œuvre mais elle est jeune, elle a du potentiel, elle peut progresser, genre l'âge de l'auteur doit être pris en compte pour juger de la qualité de son bouquin)

- on en a fait tout un plat et le livre a rejoint les bacs à soldes au bout de deux ans (= meilleur moyen de calciner un auteur de 17 ans : faire sortir son livre avec une grosse hype à la rentrée)

- Anne-Sophie Brasme a complètement disparu de la circulation (= son deuxième livre a été accueilli comme un livre de grande de fille et a été jugé en conséquence, donc plié en quatre, je ne sais pas si c'est justifié car je l'ai pas lu).

Respire ? Histoire banale écrite dans un style banal. Un peu saccadé (grande mode des années 2000), un peu nerveux, faussement cynique.
Charlène raconte sa relation tordue avec Sarah, meilleure amie type de lycée type (= pure connasse). Grand classique de teen-movie en fait : Charlène est la copine moche. Pas beaucoup plus, alors ok elle finit par sombrer dans des pulsions meurtrières mais dans l'ensemble ça ne va pas beaucoup plus loin. J'ai même été très agacée par cette manière totalement mélodramatique (limite pathos) d'évoquer un truc qu'on a tous vécu. Hyper universel ok, hyper commun et hyper anodin aussi. Pas de doute c'est bien le bouquin d'une ado ! Pas dans l'écriture (assez mure), mais dans le thème et surtout dans la vision du monde très simpliste et limitée.
C'est ce qui arrive quand un ado exhibe ses blessures d'ado (la mise en abyme est transparente) sans le moindre recul sur lui-même ou sur ce passé proche.

Bonne nouvelle quand même : wikipedia nous informe que l'auteur a été reçue à l'agreg en 2007. Elle pourra donc se recycler dans une nouvelle branche, parce que la littérature...moi, je n'y crois pas. Mais c'est plus la faute à un système pourri que la sienne...

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samedi 17 mai 2008

"L'énigme de la Porte Rashomon" - Ingrid J. Parker

Meurtres universitaires, par Sahkti


Second volet des aventures de Akitada Sugawara, fonctionnaire au ministère de la Justice, qui brille davantage par ses talents d'enquêteur que par ceux d'archiviste.
Aidé des fidèles Seimei et Tora, il devient provisoirement chargé de cours à l'université impériale de Heian-Kyo (ou Kyoto, l'ancienne capitale), sur la demande de son ancien professeur de droit Hirata, qui a connaissance d'un chantage important se déroulant parmi le corps professoral.
Venu démêler les fils de cette intrigue, Akitada se retrouve impliqué, de près et de loin, dans une série de morts suspectes qu'il voudrait bien élucider. Sans compter la mort du prince impérial Yoakira, mystérieusement disparu lors d'une prière dans un temple, un miracle proclament certains.

Nous ne sommes pas cette fois en province mais dans la capitale impériale du Japon du XIe siècle. Akitada demeure le même jeune homme timide et maladroit, souvent en proie à des accès de colère ou une certaine forme de rudesse vis-à-vis de ses pairs. L'enquêteur est ambitieux mais résigné face à cette stagnation administrative qui est la sienne, faute d'avoir fait ses preuves et de ne pas bénéficier d'appuis importants.
Ce personnage est attachant dans sa maladresse mais également agaçant en raison de sa terrible vanité et c'est agréable (pas bien, je sais...) de le voir de temps en temps remis à sa place. Dans cette histoire, son servitueur Tora effectue d'ailleurs une bonne partie du travail et sans lui, rien n'aurait été résolu. Akitada, un contre-héros en quelque sorte, et j'aime assez ça; je préfère les maladroits aux invincibles dans ce genre de bouquins.
Toujours, aussi, cette plongée dans l'univers mystérieux et très codifié du Japon impérial médiéval, ce respect des règles et traditions, cette vie rythmée par des calendriers, des horaires et des habitudes bien ancrées dans les esprits.

Bref, un bon moment de lecture !

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jeudi 15 mai 2008

"Le Montespan" - Jean Teulé

Par Laiezza

Comme tout le monde, il m'est arrivé de dire qu'on ne jugeait pas d'un livre à sa couverture. Et comme tout le monde, il m'est arrivé de me montrer imprécise, sur ce sujet : car la couverture appartient à ce que l'on appelle le "paratexte" ; elle ne fait pas partie du texte, mais elle fait bien partie du livre. Et lorsqu'elle est illustrée, elle dit quelque chose dessus dont j'imagine (peut-être à tort) qu'elle s'étend au-delà de la bête accroche promotionnelle. Or, celle du nouveau Jean Teulé, elle a quelque chose d'inquiétant : cette caricature aux couleurs criardes, montrant un carrosse doté de cornes, est-elle à l'image du roman ? Plutôt, oui.
Vous en avez peut-être entendu parler : "Le Montespan" raconte, tout simplement, la vie du mari de la Montespan, favorite du Roi. Cocu magnifique, à une époque où être cocufié par le Roi est presque un privilège, notre héros, excessif et amoureux (excessivement amoureux...), ne l'entend pas de cette oreille. Et il dresse le projet fou de séduire la Reine, histoire de remettre les pendules à l'heure. Ce point de départ est tellement génial, il flatte tellement l'imagination du lecteur, que j'ai été d'autant plus déçue par son traitement.
Quand avec mes amis les Chats, nous avions interviewé Jean Teulé, celui-ci nous avait confié ne plus vouloir retenter l'expérience des poètes, de crainte que cela ne tourne au procédé. Ce qui est étonnant, c'est qu'il y a différents "procédés", et qu'en fait, dans "Le Montespan", Jean Teulé se contente de décliner la formule autrefois appliquée à "Villon" et "Verlaine". La figure historique n'est plus un poète, mais l'idée est là, et l'univers est très, très proche de celui de "Villon". C'est à dire baroque, déjanté, très BD. Or, ce qui collait à merveille avec le Moyen-Age, époque violente dont on sait en fait peu de choses, est beaucoup moins adapté à celle de Louis XIV. Voir la cour changée en lupanar de luxe est assez perturbant, et le côté caricatural des personnages et des situations est plus agaçant qu'amusant. Jean Teulé aurait-il péché par excès de démesure ? C'est ce que j'ai pensé à la lecture, à moins peut-être qu'il s'agisse d'excès de légèreté. La quantité documentaire, qui conférait leur solidité à "Verlaine" et "Villon", semble ici bien moindre. Pas un seul personnage qui ne manque d'épaisseur, de nuance, et l'auteur se transforme en caricaturiste ordinaire. Le résultat n'est pas un mauvais livre, mais un livre un peu cheap ; l'argument est très intéressant, son traitement un peu trop j'menfoutiste pour me captiver durant plus de trois cent pages.

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mercredi 14 mai 2008

Hubert Selby JR

Par Thom

Selon la thèse officielle, Hubert Selby Jr est décédé le 26 avril 2004 à l'âge de 76 ans.

Selon la thèse officieuse, il vit sur une île secrète au large des Bermudes, où il partage sa hutte avec Coluche. Une petite île très sympathique, dont les résidents se nomment Elvis Presley, Philippe de Dieuleveult, Kurt Cobain, Daniel Balavoine, Charles Bukowski, Pierre Desproges, Bob Marley et Valéry Giscard d'Estaing (Jim Morrison a déménagé sur une autre île - il ne supportait plus ce dernier ).

On préfèrera de loin la thèse officieuse à l'officielle, pathétique : Selby meurt, et tout le monde est vraiment trop grave à mort ému, le génie nous a quitté, blablabla. Alors que de son vivant, tout le monde ou presque s'en cognait. Il n'a finalement connu le succès qu'assez tard et de manière détournée, à la fin des années 80 lorsqu'Uli Edel a massacré son fabuleux "Last Exit to Brooklyn" (1964), puis au début des années 2000 lorsque Daron Aronofsky a transcendé son moins bon roman, "Requiem For A Dream" (1978). Entre temps, les médias se seront vaguement rappelés de lui lorsqu'il publia son chef d'œuvre absolu, "The Willow Tree" [Le Saule] en 1998. A leur décharge, Selby n'a que très peu écrit.
Il est d'ailleurs devenu, de son propre aveu, écrivain "par défaut" : il ne savait rien faire d'autre, un jour il s'est dit "tiens, c'est pas mal comme métier ça : écrivain"... certains décident un jour subitement d'aller à la Star Academy, lui a choisi les chemins de traverse en rentrant dès "Last Exit to Brooklyn", son premier livre, dans la Subversive Academy - vous savez j'en ai déjà parlé : le club très privé des écrivains tellement sulfureux qu'ils sont censurés.

Pour le reste, voici dix bonne raisons de lire son oeuvre :

1. La vie de Hubert Selby Jr est digne d'un roman, mais il a eu l'intelligence de ne jamais nous faire chier avec.

2. Il a publié six romans et un recueil de nouvelles, sa bibliographie tiens donc sur un post-it et si vous achetez ses livres d'occase chez un bouquiniste, à deux euros pièce, cela vous coûtera 14 euros pour découvrir l'une des plus grandes œuvres de tous les temps.

3. Il n'a jamais correspondu avec Henry Miller - et il est bien le seul. Ce qui nous a donc évité (ô joie) de nous enfiler 6 volumes de sa correspondance passionnante avec Henry "je raconte ma vie dans mes livres mais j'ai quand même plein de trucs à raconter en plus" Miller.

4. Il écrivait mieux que tous les gagnants du Prix Goncourt des vingt cinq dernières années réunis.

5. Quand il adapté "Requiem" pour Aronofsky, il a accepté que Jared Leto joue le rôle principal - courage ou inconscience on ne sait pas trop - ce qui a permi au jeune homme de jouer dans au moins un bon film (mais lui a aussi donné de l'argent pour enregistrer ses horribles disques...enfin c'est une autre histoire).

6. Il est venu dans "Nulle Part Ailleurs" pour la promo de "The Willow Tree", sorti en France en 99. C'est à dire qu'il a passé une heure et demi à répondre aux questions de Nagui sans s'endormir ni lui coller un pain (voilà un exemple d'homme flegmatique).

7. C'était un homme très drôle qui écrivait des livres très tristes. La réciproques est rarement valable, et qui plus est les hommes très tristes n'écrivent pas des livres très tristes mais généralement des livres très chiants (je pense notamment à un certain François W.)

8. Il n'a jamais été fait Chevalier des Arts & Lettres par Chirac, qui a pourtant décoré la moitié des artistes de la planète depuis onze ans (dont Iggy Pop !!!). Si ça ça prouve pas qu'il est vraiment subversif !

9. Avec "The Room" (1971) il a écrit le seul bon livre sur l'incarcération à ce jour. Un vrai huît-clos, poisseux et étouffant comme du Jean-Paul S., les prétentions philosophiques en moins et le souffre en plus.

10. Hubert Selby Jr était Hubert Selby Jr, et ça ne se discute pas.

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mardi 13 mai 2008

"Lettres de motivation" - Laurent Mercier

Par Lhisbei

Rédiger une lettre de motivation n’est pas facile. Une bonne lettre de motivation ne doit pas simplement accompagner poliment un CV. Elle doit être lue par le recruteur et lui donner envie de rencontrer le candidat. Une lettre de motivation doit « parler » du candidat, de ses atouts et surtout de la raison qui le pousse à postuler. Rédiger une lettre de motivation efficace n’est pas facile. Laurent Mercier y réussit pourtant à chaque tentative. Comment un Directeur des Ressources Humaines pourrait-il résister à un homme qui lui écrit des mots si doux : « Délibérément, je fais le choix de troquer ma liberté d’être contre ma survie alimentaire » ? Dans ses missives Laurent Mercier incarne le parfait employé, l’homme providentiel, le subalterne effacé avant de dériver doucement vers un modèle un peu plus tordu. De la lettre obséquieuse à la lettre inquiétante en passant par la poésie ou l’absurde, Laurent Mercier se sert de sa plume comme un exutoire, un défouloir. De jeux de mots en double sens il ridiculise les travers de notre monde moderne, de la vie en entreprise et de l’économie.

Un tout petit livre ironique et irrévérencieux (73 pages) mais une vraie bouffée d’oxygène à respirer à chaque pause clope ou cigarette …

Un petit extrait pour mettre l’eau à la bouche :

« Votre firme est certainement la plus efficiente du monde dans le segment du business lessive. De plus, travailler dans une compagnie américaine m’assure de recevoir un excellent training, tout en travaillant avec un bon esprit d’équipe et dans un environnement pluri-culturel.

Pour faire court, j’aimerai faire un point en allant droit à la ligne :

J’espère mettre mes qualités d’analyse, mon expertise, mon leadership, ma compétitivité, ainsi que mon « get up and go » au service de la plus grande bande de lessiveurs du monde. »

lundi 12 mai 2008

"Quatrième étage" - Nicolas Ancion

Par Sahkti

Nicolas Ancion nous livre avec ce "Quatrième étage" un récit rondement bien mené question intrigue mais également inondé de son talent d'écriture.

Deux histoires qui se croisent, deux récits différents que le lecteur ne lie pas tout de suite ou alors dans l'erreur. C'est que dans les deux cas il est question d'un quatrième étage. Alors pourquoi ne pas, au début, penser à des appartements voisins, des gens qui vont finir par se rencontrer, une situation qui va se dénouer... bref, le lecteur conserve l'espoir d'un sauvetage savamment organisé.

Plantage pour le lecteur! Mais en beauté et en douceur car la suite est encore meilleure. Oui, les deux récits parlent d'un même étage, oui les deux récits sont bien plus liés qu'il n'y paraît, oui tout cela s'entrechoque et s'emmêle, oui oui oui mais Nicolas Ancion nous balade bien pendant une longue partie du récit avant que nous ne fassions face à cette réalité qui est, il faut le dire, assez sordide. Ce que nous pensions beau est illusion et l'amour qui dépasse tout, misère et maladie compris, se figera dans l'éternité du grand départ.

Thomas et Marie s'aiment et s'aimeront jusqu'au bout, victime d'un salopard, un marchand de sommeil sans scrupules aucun à qui je n'ai pu souhaiter que la mort dans d'atroces souffrances tant il m'a répugné.

Serge et Marie se découvrent et apprennent à s'aimer, la vie est belle et brille de petites paillettes de bonheur qui font du bien à leurs âmes meurtries.

Entre les deux couples, une passerelle qui apparaît peu à peu et laisse pantois devant cette manipulation excellente, il faut le dire, menée par Nicolas Ancion.

Un récit qui tient en haleine et à coeur, qui prend au ventre tant on s'accroche aux destins malmenés de tous ces êtres et tant on aimerait que cette société monstrueuse que l'auteur dépeint n'existe pas. Difficile, surtout lorsque cette société, cette ville qui l'abrite, on y a travaillé pendant des mois et que l'on a côtoyé cette misère humaine qu'il décrit sans tomber dans le pathos gratuit ou le misérabilisme médiatique. Tout y est, des ingrédients bien dosés pour composer une recette à déguster sans modération.

Lire l'avis de Zaph.

dimanche 11 mai 2008

"La part manquante" - Christian Bobin

Par Sandrounette

Je ne peux faire de « résumé » à proprement parler de ce livre. Il s’agit de onze nouvelles avec de très beaux titres tels « la baleine aux yeux verts », « la fleur de l’air » ou encore « les preuves en miettes de l’existence de Dieu ». Et pourtant…

Il y a des lectures qui marquent à jamais. D’autres qui ne marquent jamais. « La part manquante » fait partie de la deuxième catégorie. Quel ennui ! Je m’explique :

Les phrases sont hachées. Brèves. Hachées comme un couperet. Un couperet inutile. Un couperet inutile et fade.
Vous avez vu ? Je viens de faire du Christian Bobin … Chouette…
Tout est ciselé. A tel point que ça en est devenu obsessionnel, je ne voyais plus que ces arrêts intempestifs à chaque phrase, chaque paragraphe, chaque page. J’ai énormément souffert.
Comme quoi, la ponctuation est un paramètre très important à prendre en compte.

Imaginons que, finalement, j’arrive à mettre ce défaut stylistique de côté. Malheureusement, le contenu n’arrange rien. Comment parler pour ne rien dire ? Comment faire du vent et se prendre pour un philosophe ? Vous aurez toutes ces réponses en feuilletant le livre.
L’auteur croit nous donner à réfléchir sur des thèmes universaux tels la jalousie, le travail de l’écrivain, le rapport de la mère à son enfant mais il ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. La seule chose que Christian Bobin m’a apporté, c’est une grosse migraine !

Cependant, en lisant différents avis sur ce livre au gré de mes pérégrinations soit on le trouve fabuleux, soit on le déteste. Vous avez mon avis, à vous de faire le vôtre si le cœur vous en dit !

samedi 10 mai 2008

"Le magasin des suicides" - Jean Teulé



Un lointain futur, dans La Cité des Religions Oubliées. Lucrèce et Mishima Tuvache y sont les propriétaires d’un singulier magasin : ils commercialisent auprès des candidats au suicide moult et divers moyens d’en finir…et il faut dire que ces candidats sont nombreux, dans un monde devenu cauchemardesque, où règnent guerres, famines et désastres écologiques. Malgré cette morosité ambiante, et au grand désespoir de ses parents, Alan Tuvache (le cadet de leurs 3 enfants) est un jeune garçon d’une gaieté inaltérable.


Il s’agit du 3ème roman de J.Teulé que je découvre. "Darling" m’avait bouleversée, "Je, François Villon" m’avait fascinée, et celui-ci m’a réjouie ! C’est peu dire que l’auteur a plus d’une corde à son arc, et qu’il sait exploiter son talent à des exercices extrêmement variés. Dans ce –trop court, hélas- Magasin des suicides, il fait preuve d’une imagination débordante et d’un humour féroce, « assaisonnant » sa fable de multiples allusions à notre monde bien réel (la boutique des Tuvache est située Boulevard Bérégovoy, non loin de la discothèque Kurt Cobain…).

Grâce à cela, et malgré l’aspect parfois macabre et pessimiste que pourrait revêtir le récit, j’ai retiré de cette lecture une impression de fraîcheur, voire de candeur, candeur due à l’attachement que l’on finit par éprouver pour cette famille on sein de laquelle on devine beaucoup d’amour et de simplicité. En effet, il suffit au fond de peu de chose –en l’occurrence la joie véhiculée par le petit Alan- pour que tous ses membres retrouvent le sourire et l’envie de s’amuser.

Y a-t-il une morale à cette fable ? Je ne crois pas que tel était le but de l’auteur. Cependant, il nous met face à deux évidences quelque peu contradictoires : d’une part, sans une paix relative et un environnement protégé, l’homme a beaucoup de difficultés à trouver le bonheur et d’autre part, la nature même de l’individu fait qu’il finit par s’adapter à tout, et parvient à tirer satisfaction de la moindre occasion d’être joyeux, sinon heureux.


Pour finir : les Tuvache ne sont pas sans évoquer la célèbre famille Adams ; de même, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer un Tim Burton adaptant cette histoire au cinéma…

Lire les avis de Laiezza, Zaph, Céline, Livrovore et Thom

vendredi 9 mai 2008

"L'énigme du dragon tempête" - Ingrid J.Parker

Par Sahkti


Enquête dans le Japon du XIe siècle


Akitada Sugarawa est enquêteur impérial dans le Japon du XIe siècle. Il doit résoudre la mystérieuse disparition de trois convois d'impôts, qui se sont envolés dans la province de Kazusa. En route avec son secrétaire et assistant serviteur Semei, Akitada croise la route de Tora, qui entre à son service, jeune homme se pliant peu à la discipline et à la bienséance, quitte à choquer l'entourage de l'enquêteur très fidèles aux règles établies et à la tradition. Arrivés à destination, les hommes découvrent un gouverneur honnête dont les comptes sont irréprochables; leur principal suspect n'en est pas un. Restent d'étranges moines, belliqueux et faisant preuve d'une méconnaissance étonnante des choses de la religion. Mais quel rapport ces hommes pourraient-ils avoir avec les meurtres et vols commis dans la région ?


"L'énigme du dragon tempête" est le premier volet d'une série d'enquêtes menées par Akitada Sugarawa, l'enquêteur impérial. Il est suivi par "L'énigme de la porte Rashomon" (toujours chez 10/18) et le troisième numéro ("L'énigme de la flèche noire") devrait être publié en poche d'ici une bonne année.

Un polar historique, donc, qui ne fourmille cependant pas de détails ou de lourdes descriptions. L'enquête reste la priorité de l'auteur et il la maintient en première position tout au long du récit, tout en l'émaillant de quelques renseignements utiles à dresser le contexte et à se faire une mielleure idée de comment était dirigé le Japon de l'époque.

L'écriture est agréable, fluide et accessible ; c'est un roman qui se lit rapidement, tant on est pris par l'histoire et tant les pages se tournent sans qu'on s'en rende compte.

Ceux qui ont envie de mêler polar et Histoire, sans pour autant être noyé par les infos historiques en tous genres, devraient trouver ici leur bonheur. Ce récit est intéressant, notamment pour son caractère visuel. Il me semble que ça pourrait donner quelque chose de bien au cinéma, si on n'arrive à ne pas tomber dans le film asiatique de série B :)


Je compte bien poursuivre l'exploration de cette série, la lecture de ce volume m'ayant plu.

jeudi 8 mai 2008

"L'aveugle au pistolet" - Chester Himes


Par Claude


« Les policiers noirs, John Fossoyeur et Ed Cercueil Johnson, effectuaient leur dernière ronde dans Harlem avec le vieux coupé Plymouth à la plaque minéralogique courante qu'ils utilisaient comme leur voiture officielle. Pour le moment, ils allaient à faible allure en direction de l'Ouest sur la123° Rue avec les phares éteints, comme c'était leur habitude dans les rues sombres... »


« L'aveugle au pistolet » est le roman d'un quartier, comme le sont les autres titres de la série. Roman de la nuit à une époque où Harlem n'est plus qu'un conglomérat de gens perdus au bord de la rupture, un quartier au coeur de l'identité noire qui se construit enfin autrement que dans la soumission au blanc malgré les murs décrépis et les immeubles borgnes ou condamnés. Les deux policiers sont arrivés à un point de non-retour, ils n'ont plus foi en leur hiérarchie et ne supportent plus la violence qu'elle soit le fait de leurs congénères ou des blancs en col cravates. Harlem est le personnage principal de ce roman, un personnage fatigué comme ces femmes battues tous les soirs par leur amant. Ce n'est pas un portrait reluisant. Il y a un mépris pour tous ces frères qui ne valent pas mieux que les blancs qu'ils abhorrent. Un portrait sans concession de la médiocrité et de la stupidité. Les aspirations des différents personnages sont sapées par des traits de caractère pitoyables qui annihilent le mince espoir qu'ils pourraient avoir. Le constat est d'autant plus sombre que la misère sacrificielle et consentie ne débouche que sur des chacals qui proposent des solutions malfaisantes pour sortir du cercle vicieux. Les habitants d'Harlem n'ont guère l'espoir de voir leur condition s'améliorer. Mais les blancs sont mis en contre-jour, placés au pilori et accusés d'être les responsables en bout de course de cette infamie. Charge facile mais qui a ses raisons d'être dans un pays où Lincoln n'a libéré les esclaves que pour les plonger dans la ségrégation. Fracture raciale. « L'aveugle au pistolet » est un roman éclaté, aux histoires parallèles qui ne se rencontrent pas. L'intrigue n'est que le fil conducteur d'un portrait mélancolique et du testament de Fossoyeur et Ed Cercueil.

mercredi 7 mai 2008

"Ker Violette" - Karine Fougeray



Clara débarque dans un bistrot de Bretagne et s’enfile à 10h du matin du kir champagne dans des bolées de cidre. Elle a 36 ans, du culot à en revendre et elle est bien roulée. Elle ne cherche pas un homme même si elle tape dans l’œil de Félix, peintre de croutes locales pour touristes. Elle ne cherche pas son prince charmant. Des hommes elle en a eu à la pelle et pense qu’elle n’en a pas besoin. Non elle cherche son Prince. Prince de la Casarance, fils de Une de la Mare et de Ulysse de la Casarance. Clara cherche son cheval. Et derrière son cheval on trouve la mère absente, le père marin, les hommes de passage, le vide intérieur à combler. On croise des irlandais, une veuve de la mer au prénom fleuri, un maréchal ferrant sourd muet et d’autres encore, surgis du passé et du présent de Clara et qui prennent tour à tour la parole pour raconter, tisser l’histoire d’une fille bien roulée qui cherche son cheval.


Ce qu’il y a de plus déstabilisant dans ce livre ce ne sont pas les situations parfois rocambolesques, l’extravagance de Clara ou les péripéties improbables. Ce qui déstabilise le lecteur c’est la narration à la première personne du singulier. Tout le monde raconte son « je » et pourtant tout le monde brosse le portrait de Clara par petites touches subtiles pour certains ou de grandes traînée de peinture vive pour d’autres. Clara, une sauvageonne, qui s’imagine vivre en provoquant, se rebellant, en brisant le cœur des hommes pris dans ses filets pour combler le vide intérieur, la perte, l’abandon, la douleur, le manque d’amour. Ker violette est un roman d’amour dramatique mais pas mièvre pour deux sous. L’amour, la passion sont intimement mêlés à la violence, au chagrin, à la douleur. Les sentiments ne s’apparentent pas à une bluette avec mer calme et paisible en toile de fond mais à une tempête, mer déchaînée, ciel bas et gris. L’odeur de violette se mélange à celle de l’iode, du varech et de la paille fraîchement étalée, des sueurs mêlées d’un cavalier et de sa monture. Le mélange musqué est étonnant, parfois détonant et contraste avec la couverture guimauve-papier peint des années 50 qui a mal vieilli. Le style de Karine Fougeray est direct, brut parfois. Pas de faux-semblant, ni d’atermoiements chez elle.
Comme sur le dos d’un cheval qui s’emballe j’ai été emportée par Clara, liée à elle par une passion commune dont je porte encore aujourd’hui les cicatrices.

mardi 6 mai 2008

"Pauline" - Alexandre Dumas

Par Sandrounette

Victor Hugo disait de son ami: "Le nom d'Alexandre Dumas est plus que français, il est européen ; il est plus qu'européen, il est universel. Son théâtre a été affiché dans le monde entier ; ses romans ont été traduits dans toutes les langues. Alexandre Dumas est un de ces hommes qu'on peut appeler les semeurs de civilisation"

What else ?

Je n'en suis pas à mon premier Dumas, j'apprécie énormément cet auteur. Je n'avais pas encore lu Pauline, voilà qui est fait !
Pauline est une jeune fille de la haute société française. Elle s'éprend du Comte Horace et a droit à de belles épousailles. Mais voilà, tout n'est pas si simple, sinon quel intérêt d'écrire un roman (n'est-ce pas Madame de La Fayette ?!).
Le plus intéressant n'est pas forcément l'histoire en elle-même (on découvre rapidement le fin mot de l'intrigue) mais son agencement. En effet, Alexandre Dumas démarre himself la narration du roman. Il rencontre son ami Alfred de Nerval en charmante compagnie, une certaine Pauline.
On découvre l'histoire de Pauline à travers le récit qu'elle en fait à Alfred, qui la raconte à son tour à Alexandre Dumas. Le récit, circulaire, est extrêmement bien mené.
Le XIXème siècle est décidemment mon siècle préféré ! Je me suis délectée avec la langue cristalline employée. Même si Pauline est un peu "gnan-gnan", ça ne m'a pas choquée outre mesure. Les personnages sont bien sentis, romantiques à souhait et m'ont emportée.

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lundi 5 mai 2008

"Sacré" - Dennis Lehane

L'avis d'Ingannmic

A la demande d’un richissime homme d’affaires, Angela Gennaro et Patrick Kenzie se lancent à la recherche de sa fille Desiree. Le premier détective engagé pour cette mission -et accessoirement ami de nos 2 compères-, s’est lui aussi évanoui dans la nature. Les dernières traces de la belle disparue les mènent à Sos Détresse, centre de pseudo thérapie pour âmes désespérées.
Quel changement après « Ténèbres, prenez-moi la main »! Je me suis demandée où avait voulu en venir Dennis Lehane. En effet, ce 3ème opus des aventures de Kenzie et Gennaro paraîtrait presque léger en comparaison des 2 premiers volumes. Une intrigue plutôt convenue, un humour qui évoque par moments un film de série B, je dois dire que j’ai été assez déçue…dans la mesure où j’ai trouvé les autres romans de cet auteur excellents. J’ai fini par me dire que son intention était de faire « souffler » le lecteur après l’oppressant « Ténèbres,.. ». Pour ma part, j’estime que si je souhaite faire une pause, je n’ai qu’à lire Harlan Coben ! Ceci dit, c’est peut-être aussi lui-même que Lehane voulait faire souffler..




L'avis de Thom

Inutile de tourner deux heures autour du pot : « Sacred » ne vaut pas les deux précédents volets de la série Kenzie-Genaro - le grandiose « A drink before the War » et le chef d'œuvre « Darkness, take my hand ». Tout le monde vous le dira, et mieux encore : tout le monde aura raison de vous le dire. Est-il mauvais pour autant ? Point du tout, chers lecteurs - point du tout. Il est surtout assez différent. Voir carrément déstabilisant au départ.
Dès les premières pages, en fait, le fan de la série est complètement pris à revers : Patrick et Angie sont carrément kidnappés par un milliardaire souhaitant les embaucher ! Lequel milliardaire a tout pour lui puisqu'en plus d'être veuf et condamné à plus ou moins court terme sa fille a disparu, et le détective la recherchant aussi. Que vont donc faire Patrick et Angie ? Enquêter, mazette ! Après avoir ronchonné pour la forme (c'est quoi ces manières, vraiment - enlever les gens comme ça pour les convaincre de bosser pour vous...? N'importe quoi !) ils vont démêler les fils tout blancs d'une intrigue déconcertante de facilité (au point que quiconque pourvu d'un minimum de neurones parviendra à deviner la fin avec au moins cinquante pages d'avance), casser quelques gueules histoire de répondre aux quotas (oui : il y a des quotas de cassages de gueules dans tous les polars US), s'opposer aux puissants - bref : la routine.

Vous me direz que je ne le raconte pas sérieusement mais c'est parce que justement « Sacred » n'est pas du tout un livre sérieux. Après deux romans incroyables de noirceur et d'intensité, Lehane semble avoir voulu se détendre, jouer un peu avec les caractères de ses deux héros et livrer une intrigue ressemblant beaucoup plus à un pastiche de cette littérature hardboiled qu'il aime tant, qu'à un roman de Dennis Lehane tel qu'on l'imagine. Pour vous dire : il y a même des moments franchement burlesques - oui oui...vous avez bien lu. Le lecteur attentif soupçonnait d'ailleurs déjà Lehane d'aimer l'humour noir et l'ironie la plus cruelle (Cf. le début complètement décalé de « Darkness, take my hand » ou certains dialogues particulièrement enlevés dans « Shutter Island »). Avec « Sacred », il explore à fond cette autre facette de son talent, moins poétique parce que moins crépusculaire et moins évidente parce que beaucoup plus codifiée (il est probable qu'un lecteur n'ayant jamais ouvert un bouquin de Chandler ou de Spillane n'y verrait qu'un polar moyen, d'autant plus décevant qu'il viendrait d'un très grand écrivain)...mais plutôt séduisante - à condition bien sûr de ne pas attendre de « Sacred » les émotions fortes (sinon insoutenables) provoquées par un « Darkness... ».
En somme un Lehane mineur (situé d'ailleurs à part de la série Kenzie - Genaro dans les bios anglo-saxonnes) qu'on conseillera sans doute de lire après tous les autres...mais qui reste néanmoins réussi.

LIRE AUSSI L'AVIS DE SAHKTI

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